Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans

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Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans
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Statue du Marquis Claude de Jouffroy d'Abbans, auparavant placée quai Veil Picard et désormais réinstallée pont Battant à Besançon

Naissance
Château de Roches-sur-Rognon à Roches-sur-Rognon (Champagne)
Décès
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Architecte naval, ingénieur et industriel, constructeur des premiers bateaux à vapeur prototypes puis de ligne.

Le marquis Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans est un architecte naval, ingénieur et industriel français (1751 à Roches-sur-Rognon en Champagne - 1832 à Paris) constructeur des premiers bateaux à vapeur prototypes puis de ligne en concurrence avec Robert Fulton et James Watt.
À peine cent ans après le perfectionnement du principe de la machine à vapeur par Denis Papin en 1687 et plus de dix ans avant la Révolution française de 1789, il fut le constructeur et metteur au point, en plusieurs étapes, des premiers prototypes de bateau à vapeur à roue à aubes latérale (type bateau sur le Mississippi) puis bateaux de ligne régulière.

Biographie[modifier | modifier le code]

Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans nait le 30 septembre 1751 au Château de Roches-sur-Rognon à Roches-sur-Rognon en Champagne (actuellement en Haute-Marne). Titré « marquis de Jouffroy d'Abbans », il commence ses études chez les Dominicains de Quingey puis son père le fait entrer à treize ans à Versailles chez les pages au service de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe. La mort de cette princesse le fait revenir au château paternel. Puis, devenu lieutenant au régiment de Bourbon-Infanterie, il a une altercation pour les faveurs d'une jeune duchesse avec le propriétaire de ce régiment le comte d'Artois, futur Charles X. Un lette de cachet de Louis XV l'envoie en cachot en 1772 au Fort royal de l'île Sainte-Marguerite, l'une des îles de Lérins. Ce serait lors de ce séjour forcé dans sa cellule, passé à observer le passage des Galères (peine), qu'il met son enfermement à profit pour étudier les sciences.

Libéré en 1774, privé des perspectives d'une carrière militaire, il monte à Paris et s'intéresse à la construction des navires et à l'avenir de la machine à vapeur. Il entre dans une société formée par son condisciple de Quingey d'Auxiron, les frères Périer, et Follenay dont le projet est de faire naviguer un bateau à vapeur[1]. Un ecclésiastique du canton de Berne nommé Genevois avait publié à Londres en 1760 Quelques découvertes pour l'amélioration de la navigation où il développait l'invention de rames articulées et palmées, qui s'ouvrent en s'appuyant sur l'eau pour imprimer un mouvement de progression en avant, et se referment quand cet effet a été produit. Peu soutenu par son père, c'est sa sœur aînée Marie Elisabeth, chanoinesse de l'abbaye de Baume-les-Dames, qui intercède auprès de l'abbesse qui convainc les dames du monastère de l'aider financièrement. En 1776, avec l'aide du modeste chaudronnier Baumois Pourchot, le seul peut-être possédant un semblant de petite forge, il construit sa première embarcation, le Palmipède, dont une machine à vapeur actionne les rames. Il parvient à naviguer avec succès pour la première fois de l'histoire de la navigation sur le Doubs, sur le bassin de Gondé aux mois de juin et juillet de la même année. Mais le relatif échec de ce procédé incite son inventeur à abandonner le projet.

Brouillé avec ses associés et renié par sa famille, Jouffroy d'Abbans se retire dans son château à Abbans-Dessus (25 km au sud-ouest de Besançon en Franche-Comté) pour tirer les conclusions de cet essai, inventer sa machine à vapeur rotative et à double effet et, fort de ses multiples expérimentations, poursuivre sa tâche.

En 1781 il créée une société à Lyon, alors seconde ville de France, pour exploiter son invention. Un nouveau bateau est construit, le Pyroscaphe[2] (46 m de long, 4,6 m de large, roues à aubes latérales) qui, grâce à de nouvelles pales, fait le 15 juillet 1783, une spectaculaire démonstration publique en remontant la Saône entre l'Archevêché et L'Ile Barbe sans le secours d'une force animale devant dix mille spectateurs.

Pour obtenir un privilège, l'expérience devait être réalisée à Paris devant les Commissaires de l'Académie, mais les moyens financiers de Jouffroy l'empêchèrent de le faire.

Incompris de ses contemporains, il est forcé d'émigrer durant la Terreur (Révolution française), ne revient en France qu'en 1795 et refuse de travailler pour Napoléon Ier. Le 20 août 1816, il peut enfin lancer sur la Seine sur le territoire de Bercy (Seine) le Charles-Philippe[3], bateau à vapeur construit par les chantiers navals Jouffroy d'Abbans pour desservir en ligne régulière le trajet fluvial entre Paris et Montereau en Île-de-France.

Mais ses concurrents disposant de moyens techniques et financiers supérieurs le surclassent désormais et il est acculé à la ruine. Jouffroy d'Abbans qui s'est retiré à l'Hôtel des Invalides comme le lui permet son statut d'ancien officier, succombe le 18 juillet 1832 à deux heures du matin à l'âge de 81 ans, au choléra qui sévissait alors à Paris. Son corps est enterré dans une fosse commune recouverte de chaux comme c'était d'usage alors pour lutter contre la propagation de l'épidémie qui affolait la population.

Le Marquis de Jouffroy d'Abbans : l'inventeur de l'application de la vapeur à la navigation par J. C. Alfred Prost (1889)

Postérité[modifier | modifier le code]

L'Angleterre suivait avec une extrême attention les développements des inventions françaises qui terrifiaient le tout nouveau premier ministre (William Pitt le Jeune) : canons de Gribeauval, poudres de Lavoisier, calculs de Belidor, navires de Senna, ballons des Montgolfier et, pire que tout, le navire à vapeur de Jouffroy d'Abbans. Pitt avec méthode et détermination suivra les recommandations du dernier discours de son père (William Pitt l'Ancien) de 1777 et fera tout pour régler le problème français, seule menace possible à la toute-puissance de l'Angleterre. Cette même année de 1783, le duc de Chartres (futur Philippe égalité), offrira la fortune à Jouffroy en lui proposant de présenter son invention à ses amis d'Angleterre, offre refusée par Jouffroy par attachement à son pays.

Il subit par ailleurs la jalousie des frères Périer, qu’il considérait comme des amis et des associés : Ceux-ci lui volèrent les plans de ses inventions et firent tout pour qu’il n’obtienne pas le brevet. Malgré des expériences concluantes à Baume-les-Dames, Lyon et Paris, Jouffroy d'Abbans demeura méconnu et n’eut que sa sœur et son épouse pour le seconder.

Si l'inventeur américain, pionnier des bateaux à vapeur Robert Fulton a reconnu Jouffroy d'Abbans comme inventeur du bateau à vapeur, l’Anglais James Watt a cherché à en revendiquer la découverte.

Il a inauguré l'ère de la navigation fluviale à vapeur qui a transporté des milliers de voyageurs et des millions de tonnes de marchandises pendant tout le XIXe siècle, avant d'être remplacée par le train à vapeur plus performant à partir de 1840.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Théry : Jouffroy d'Abbans, Paris 1951
  2. « Pyroscaphe » (sur l'Internet Archive) sur le site du Musée de la marine
  3. Sous protection du comte d'Artois. Le navire fut lancé pendant les fêtes qui suivirent le mariage du duc de Berry.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bicentenaire de la naissance de Jouffroy d'Abbans, inventeur de la navigation à vapeur, exposition, 27 octobre-11 novembre 1951, 52 rue de Bassano, Paris, 1951.
  • Alexandre Gauthier, Jouffroy d'Abbans, inventeur du bateau à vapeur, Compagnie des messageries maritimes, 1973.
  • Jacqueline Mologni, Claude Dorothée de Jouffroy d'Abbans, le génial marquis, préf. Diane de Jouffroy d'Abbans, Éditions du Sékoya, 2007 (ISBN 2-84751-045-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]