Claude de Jouffroy d'Abbans

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Des informations de cet article ou section devraient être mieux reliées aux sources mentionnées dans la bibliographie, sources ou liens externes (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).

Améliorez sa vérifiabilité en les associant par des références à l'aide d'appels de notes.

Claude de Jouffroy d'Abbans
Description de cette image, également commentée ci-après

Claude, marquis de Jouffroy d'Abbans

Nom de naissance Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans
Naissance
Roches-sur-Rognon (Champagne)
Décès (à 80 ans)
Paris
Nationalité Français
Profession
Architecte naval, ingénieur et industriel, constructeur des premiers bateaux à vapeur prototypes puis de ligne.

Claude de Jouffroy d'Abbans, né le à Roches-sur-Rognon (actuellement Roches-Béttaincourt) en Champagne et mort le à Paris, est un architecte naval, ingénieur et industriel français, concepteur des premiers bateaux à vapeur prototypes puis de ligne, en concurrence avec Robert Fulton et James Watt.

À peine cent ans après le perfectionnement du principe de la machine à vapeur par Denis Papin en 1687 et plus de dix ans avant la Révolution française de 1789, il est le concepteur et metteur au point, en plusieurs étapes, des premiers prototypes de bateau à vapeur à roues à aubes latérales[a] puis des premiers bateaux de ligne régulière du même type.

Biographie[modifier | modifier le code]

Claude François Dorothée de Jouffroy d'Abbans naît au château de Roches-sur-Rognon, titré « marquis de Jouffroy d'Abbans », et commence ses études chez les Dominicains de Quingey. Puis son père le fait entrer à treize ans à Versailles chez les pages au service de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe. La mort de cette princesse en 1767 le fait revenir au château paternel.

Devenu ensuite lieutenant au régiment de Bourbon-Infanterie, il a une altercation — pour les faveurs d'une jeune duchesse — avec le propriétaire de ce régiment, le comte d'Artois, petit-fils du roi (et futur Charles X). Une lettre de cachet de Louis XV l'envoie au cachot en 1772 au fort royal de l'île Sainte-Marguerite, l'une des îles de Lérins. Ce serait lors de ce séjour passé à observer le passage des galères, qu'il met son enfermement à profit pour étudier les sciences.

Jouffroy d'Abbans et Pourchot

Libéré en 1774, privé des perspectives d'une carrière militaire, il rejoint Paris et s'intéresse à la fois à la construction des navires et à l'avenir de la machine à vapeur. Il entre dans une société formée par Claude d'Auxiron (condisciple à Quingey), les frères Périer, et Monnin de Follenay dont le projet est de faire naviguer un bateau à vapeur[1]. Un ecclésiastique du canton de Berne nommé Genevois avait publié à Londres en 1760 Quelques découvertes pour l'amélioration de la navigation où il développait l'invention de rames articulées et palmées, qui s'ouvrent en s'appuyant sur l'eau pour imprimer un mouvement de progression en avant, et se referment quand cet effet a été produit. Peu soutenu par son père, c'est sa sœur aînée Marie Elisabeth, chanoinesse de l'abbaye de Baume-les-Dames, qui intercède auprès de l'abbesse, cette dernière convainquant les dames du monastère de l'aider financièrement. En 1776, avec l'aide du modeste chaudronnier baumois Pourchot, le seul peut-être possédant un semblant de petite forge, il construit sa première embarcation, le Palmipède, dont une machine à vapeur actionne les rames. Il parvient à naviguer avec succès pour la première fois de l'histoire de la navigation sur le Doubs, sur le bassin de Gondé aux mois de et de la même année. Mais le relatif échec de ce procédé incite son inventeur à abandonner le projet.

Brouillé avec ses associés et renié par sa famille, Jouffroy d'Abbans se retire dans son château à Abbans-Dessus[b] pour tirer les conclusions de cet essai, inventer sa machine à vapeur rotative et à double effet et, fort de ses multiples expérimentations, poursuivre sa tâche.

En 1781, il créée une société à Lyon, alors seconde ville de France, pour exploiter son invention.

Le Pyroscaphe, un bateau muni de nouvelles pales montées sur des aubes est construit avec le concours d'Antoine Frerejean. Le 15 juillet 1783 il réalise, au nord de Lyon, une spectaculaire démonstration publique devant dix mille spectateurs en remontant la Saône de la cathédrale Saint-Jean à l'île Barbe1 , et ce pendant environ un quart d'heure.

Pour obtenir un privilège, l'expérience doit être réalisée à Paris devant les commissaires de l'Académie, mais les moyens financiers de Jouffroy l'empêchent de le faire.

Incompris de ses contemporains, il est forcé d'émigrer durant la Terreur ; il ne revient en France qu'en 1795 et refuse de travailler pour Napoléon Ier. Le , il peut enfin lancer sur la Seine, sur le territoire de Bercy, le Charles-Philippe[2], bateau à vapeur construit par les chantiers navals Jouffroy d'Abbans pour desservir en ligne régulière le trajet fluvial entre Paris et Montereau en Île-de-France.

Mais ses concurrents disposant de moyens techniques et financiers supérieurs le surclassent désormais et il est acculé à la ruine. Jouffroy d'Abbans qui s'est retiré à l'hôtel des Invalides comme le lui permet son statut d'ancien officier, meurt le à deux heures du matin, du choléra qui sévissait alors à Paris. Son corps est enterré dans une fosse commune recouverte de chaux pour limiter la propagation de l'épidémie, selon l'usage de l’époque.

Postérité[modifier | modifier le code]

Emojione 267B.svg
Cette section a besoin d'être recyclée (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).  
Une réorganisation et une clarification du contenu sont nécessaires. Vous pouvez discuter des points à améliorer en page de discussion.

L'Angleterre suivait avec une extrême attention les développements des inventions françaises qui terrifiaient le tout nouveau premier ministre (William Pitt le Jeune) : canons de Gribeauval, poudres de Lavoisier, calculs de Belidor, navires de Senna, ballons des Montgolfier et, pire que tout, le navire à vapeur de Jouffroy d'Abbans. Pitt avec méthode et détermination suit les recommandations du dernier discours de son père (William Pitt l'Ancien) de 1777 et fait tout pour « régler » le problème français, seule menace possible à la toute-puissance de l'Angleterre. Cette même année 1783, le duc de Chartres (futur Philippe égalité) offre la fortune à Jouffroy en lui proposant de présenter son invention à ses amis d'Angleterre, offre refusée par Jouffroy par attachement à son pays.

Jouffroy subit par ailleurs la jalousie des frères Périer, qu’il considérait comme des amis et des associés : ceux-ci lui volent les plans de ses inventions et s'opposent à sa demande de brevet. En dépit de la réussite de ses démonstrations à Baume-les-Dames, Lyon et Paris, Jouffroy d'Abbans reste méconnu et n’a que sa sœur et son épouse pour le soutenir.

L'inventeur américain Robert Fulton, également pionnier de la navigation à vapeur, a reconnu Jouffroy d'Abbans comme étant l’inventeur du bateau à vapeur.

L'invention de Jouffroy d'Abbans a inauguré l'ère de la navigation fluviale à vapeur qui a permis le transport de milliers de voyageurs et de millions de tonnes de marchandises pendant tout le XIXe siècle, avant d'être remplacée par le train à vapeur, plus performant, à partir de 1840.

Hommages[modifier | modifier le code]

Odonymie[modifier | modifier le code]

Une importante voie porte son nom à Paris 17e : la rue Jouffroy-d'Abbans, connue sous le nom de « rue Jouffroy » de 1864 à 1994.

Une place de Besançon, un quai de Mâcon, des rues à Carcassonne, Chalon-sur-Saône, Chaumont, Lyon, Quingey, Baume-les-Dames, Abbans-Dessous… rendent hommage à Jouffroy d'Abbans en portant son patronyme.

Philatélie[modifier | modifier le code]

Jouffroy d'Abbans
2016, bicentenaire de la navigation à vapeur.

Après deux demandes infructueuses faites par les descendants du marquis, la Poste a accepté d' éditer en 2016 un timbre de collection intitulé « Bicentenaire de la navigation à vapeur ». Il s'agit dans ce cas du bicentenaire de l'obtention, en 1816, d'un brevet pour ce qui était appelé à l'époque un bateau-diligence.

Le graveur Pierre Albuisson a représenté Jouffroy d'Abbans de profil avec en arrière-plan le Pyroscaphe, le bateau à vapeur et à aube qui navigua pour la première fois sur la Saône à Lyon en 1783. La sortie de ce timbre est due à la volonté de Bernard Debrie, président de la société philatélique de Besançon. Les inaugurations et expositions du « premier jour du timbre » se sont déroulées du au à Roches-Bettaincourt en Haute-Marne, où est né le marquis, ainsi qu'à l'abbaye de Baume-les-Dames. Ce dernier lieu est particulièrement symbolique puisque Marie-Élisabeth, la sœur du marquis était chanoinesse de cette abbaye et a fortement contribué au financement et à la construction du « Palmipède » le premier prototype à rames mis à l'eau en juin-juillet 1776 sur le Doubs à hauteur de Baume-les-Dames.

Monuments[modifier | modifier le code]

En 1884, un an après le centenaire de la navigation du Pyroscaphe sur la Saône, deux monuments sont élevés à Baume-le-Dames près du lieu des essais de 1776 et Besançon, place de la Madeleine, future place Jouffroy d'Abbans. La statue en bronze de ce dernier monument, due à Charles Gauthier, sera fondue durant l'Occupation ainsi que les trois bas-reliefs du piédestal.

En 1946, à Besançon, une statue en ciment réalisée par Jean Jegou est placée sur le piédestal précédent. L'ensemble sera transféré avenue d'Helvétie le long du Doubs, en 1951, puis en 1986, lors de la création du Jardin des senteurs, la municipalité décidera de tourner la statue face à la rivière.

À Besançon en 1998, une œuvre de Pascal Coupot représentant Jouffroy d'Abbans en taille réelle est scellée sur le trottoir au début du quai Veil-Picard. L'inventeur est représenté dans une pose très réaliste contemplant le fleuve en aval du pont Battant. Les travaux pour le tramway nécessiteront le retrait de la sculpture en . Installée sur le quai de Strasbourg, elle sera descellée par des vandales en avant sa nouvelle implantation en sur le pont Battant.

Commémorations et attributions du nom[modifier | modifier le code]

Des commémorations eurent lieu en 1933 à Besançon (150 ans de la navigation sur la Saône), en 1951 à Paris (200 ans de la naissance), en 1983 à Lyon (200 ans de la navigation sur la Saône), en 2001 à Baume-les-Dames (250 ans de la naissance), et en 2016 à Roches-Bettaincourt, Baume-les-Dames et Abbans-Dessus (200 ans de l'obtention du brevet).

Un lycée à Baume-les-Dames, deux collèges à Sochaux et Doulaincourt, une école à Saint-Vit... portent son nom ainsi qu'une des 19 rames du tramway bisontin.

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce type de bateau a ensuite été très usité, comme sur le fleuve Mississippi aux États-Unis.
  2. Situé à environ 17 km au sud-ouest de Besançon en Franche-Comté.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Théry, Jouffroy d'Abbans, Paris, 1951.
  2. Sous protection du comte d'Artois. Le navire fut lancé pendant les fêtes qui suivirent le mariage du duc de Berry.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. C. Alfred Prost, Le Marquis de Jouffroy d'Abbans : l'inventeur de l'application de la vapeur à la navigation, 1889
  • Bicentenaire de la naissance de Jouffroy d'Abbans, inventeur de la navigation à vapeur, exposition, 27 octobre-11 novembre 1951, 52 rue de Bassano, Paris, 1951.
  • Alexandre Gauthier, Jouffroy d'Abbans, inventeur du bateau à vapeur, Compagnie des messageries maritimes, 1973.
  • Jacqueline Mologni, Claude Dorothée de Jouffroy d'Abbans, le génial marquis, préf. Diane de Jouffroy d'Abbans, Éditions du Sékoya, 2007 (ISBN 2-84751-045-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]