Claude Dellys

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Claude François André Dellys, né le à Paris, et mort le à Gipcy (Allier), est un aviateur, pilote d'essai et résistant français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Claude Dellys est né au no 20 rue Laugier à Paris, de Jules René Dellys, officier de carrière, et de Louise Magnien son épouse, née à Saint-Honoré-les-Bains, dont le père est tailleur dans la station thermale. Élevé par sa mère, c'est un enfant très croyant qui pense devenir ecclésiastique. Il guérira du mal de Pott et sera pensionnaire chez les frères à Saint-Nicolas de Buzenval à Rueil-Malmaison. Il se passionne alors pour l'aviation et, après la traversée de l'Atlantique par Lindbergh en 1927, il souhaite devenir pilote.

En 1932, il entre comme boursier à l'école de pilotage d'Angers, gérée par la Compagnie française d'aviation. Il fait ses débuts sur le terrain d'Avrillé et obtient son brevet le . Il part se perfectionner à Étampes et, à la fin de sa formation, intègre l'escadrille SPA 81 (insigne : lévrier blanc courant), au sein du 3e groupe du 3e régiment de chasse, basé à Châteauroux au camp de La Martinerie.

Le , il réussit son concours de chef de patrouille et son groupe touche le mois suivant un nouvel avion de chasse : le Dewoitine D.500/501 que présente à la base Marcel Doret, pilote d'essai chez ce constructeur. Dès qu'il le peut, il se rend à Saint-Honoré-les-Bains, effectuant le trajet en train (douze voyages en trois mois).

Avant guerre, il est pilote de chasse de 1933 à 1937. En 1937, il effectue un stage de cinq semaines à Istres pour se former aux vols à haute altitude, ainsi qu'aux vols sans visibilité. Il comptera une dizaine d'incidents entre 1935 et 1937, et perdra même le son gouvernail de profondeur lors d'un piqué de 4 500 m sur son Dewoitine D.500 en réussissant pourtant son atterrissage, ce qui lui vaudra la médaille militaire. Il est choisi pour représenter son escadrille à la fête aérienne de Moulins-sur-Allier avec le sergent Cheminade, sous les ordres du lieutenant Violet.

Fin pilote, il est intégré à la patrouille d'Étampes qui s'est déplacée d'Étampes à Salon-de-Provence à la fin de 1937, et qui change de nom dans le courant de l'année 1938 pour devenir patrouille de l'École de l'Air. La patrouille avait reçu en 1935 des Morane-Saulnier MS.225, plus puissants et plus spectaculaires, en complément de ses MS 230[1].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Claude Dellys, instructeur depuis 1938 à Salon-de-Provence, compte bien se battre, mais il sera maintenu comme instructeur. L'École de l'Air est provisoirement répartie sur plusieurs sites, dont Rabat où il se retrouve, avant d'être à nouveau regroupée sur Salon-de-Provence.

Après l'Armistice, il s'envole de Perpignan vers l'Afrique du Nord avec deux autres pilotes, Lucien Montet (futur héros des Forces aériennes françaises libres sous le nom de guerre de Christian Martell), et Fred Nicole (1911-1997) en empruntant un bombardier Lioré et Olivier LeO 451, malgré les obstacles disposés en travers de la piste. Ils se posent finalement à Meknès. Après l'attaque de Mers el-Kébir, Claude Dellys et Lucien Montet sont affectés à l'escadron de chasse II/5, basé à Oran-la-Senia et doté de Curtiss H-75 A Hawk d'origine américaine. Ce groupe comporte deux escadrilles : SPA 167 (cigogne de Romanet) et N 124 Lafayette (tête de Sioux). Mais les vols sont de plus en plus rares. Claude Dellys postule alors pour le Service civil de liaisons aériennes (S.C.L.A), créé le sous la responsabilité d'Air France. Il se déplace alors à travers toute l'Afrique française, mais ces missions civiles le lassent. L'école de Salon-de-Provence étant rouverte, il retourne former de jeunes pilotes.

La résistance[modifier | modifier le code]

Les troupes allemandes envahissent la zone libre le . L’École de l'Air est dissoute. Il effectue les formalités nécessaires à sa démobilisation le à Marseille. Après bien des péripéties, il rejoint sa mère à Saint-Honoré-les-Bains et s'installe dans le chalet acquis en 1935 dans l'allée des Pins, quartier des Garennes, qu'il baptisera plus tard L'Ariel du nom d'un hélicoptère qu'il pilotera.

Réalisant le rôle que jouera le Morvan après les débarquements projetés de Normandie et de Provence, comme base de repli des troupes allemandes, le War Office décide l'organisation d'un maquis particulier dans le sud du Morvan. C'est au capitaine Paul Sarrette, dit « Louis », que revient la charge d'organiser ce maquis. Claude Dellys, qui fréquente régulièrement l'hôtel du Guet, est l'ami du propriétaire Georges Perraudin, responsable local de la Résistance. Il gagne logiquement le maquis Louis le , sous le nom de « la Cigogne », il devient le second du sous-lieutenant Georges Desbaux, dit « Édouard », commandant de la 2e compagnie.

Le maquis Louis est engagé dans les combats qui se déroulent de Decize à Autun et auxquels participent les maquis du sud Morvan et de Saône-et-Loire, ainsi que l'armée de Lattre qui se porte sur Autun (1re division FFL). Cette bataille se termine le . Luzy est libéré dès le 9 septembre et le lendemain, les hommes du maquis Louis, dont Claude Dellys, défilent en vainqueurs dans la ville. Le général Elster, qui n'a pas pu franchir la Loire à temps, doit capituler le 11 septembre avec 16 000 Allemands[2].

Les maquis nivernais sont dissous le et Claude Dellys intègre le 13e régiment d'infanterie FFI, qui est dissous à son tour et versé dans le 1er groupement de la Nièvre.

Fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Le , il peut enfin réintégrer l'armée de l'air à Évreux d'où il part en Angleterre le , comme moniteur au sein de l'OTU française (Operational Training Unit) de chasse n°80, basée à Ouston (en), Comté de Durham, dirigée par son ami Christian Martell, ancien du groupe "Alsace" et compagnon de la Libération. Il est nommé aspirant le .

En mars 1946, l'OTU 80 est dissoute et les instructeurs sont affectés au Centre d'Instruction à la Chasse (CIC) de Meknès au Maroc. Claude Dellys, qui désire changer d'orientation, postule pour entrer à l'École du personnel navigant d'essais et de réception (EPNER) nouvellement créée au Centre d'essais en vol de Brétigny-sur-Orge (CEV), par le commandant Cabaret.

Dans le cadre de ses études, il va fréquenter de nombreux aérodromes et piloter une vingtaine d'avions de tous types : bombardiers, chasseurs à réaction, hélicoptères et avions de transport. Il obtient son brevet de pilote d'essais n°104, avec des notes satisfaisantes : deux 19 en technique et qualité de pilotage. Il décide alors de quitter l'armée et effectue son dernier vol pour le compte du CEV le .

Carrière civile[modifier | modifier le code]

Il devient pilote d'essais à la SNCAC, puis chez SNCASO et sera mis à la disposition de la Société de construction des avions Hurel-Dubois par son employeur, puis à l'Arsenal de l'aéronautique pour les essais du prototype Arsenal VG 90, après l'accident de Pierre Decroo.

Pour des essais à venir sur hélicoptère birotor SNCAC NC.2001 Abeille, la SNCAC l'envoie suivre une formation aux États-Unis. Il s'entraîna avant son départ en compagnie de Pierre Gallay sur les autogires Lioré et Olivier LéO C-30. Il part trois mois aux États-Unis, et revient avec sa licence de pilote d'essais d'hélicoptères. Il fait alors des démonstrations en public, aux professionnels et dans les fêtes aéronautiques. Pour ses déplacements professionnels, il dispose d'un Morane-Saulnier MS.500 "Criquet". Pilote virtuose, formé à la chasse et à la voltige, spécialiste de l'enseignement des techniques de pilotage et de voltige aérienne, il va en trois années maîtriser des avions très différents.

Extrait de carte IGN : lieu de l'accident au lieu-dit Mérolles, commune de Gipcy.
Stèle placée à proximité du lieu de l'accident de Claude Dellys.

Il se tue lors d'un vol de convoyage d'Istres à Melun-Villaroche d'un avion de chasse monoplace monoréacteur Arsenal VG.90-02, son siège éjectable n'ayant pas fonctionné alors qu'il a décidé d'évacuer l'avion après des ennuis techniques. L'accident s'est produit au lieu-dit Mérolles, commune de Gipcy (Allier), le jeudi . Une stèle est érigée en sa mémoire à quelques mètres du lieu de l'accident[3].

Les hommages lui sont rendus le lundi en présence des autorités civiles et militaires du département, du maire de Gipcy, des Ailes Moulinoises représentées par le chef pilote M. Eskenazy, et d'une délégation de l'Aéroclub de Moulins. Le corps est transféré à Paris et, le mercredi , se déroula la cérémonie funéraire officielle à l'église Saint-Augustin de Paris en présence de Pierre Montel, secrétaire d'État à l'Air des représentants de l'Armée, dont le général Martial Valin, chef d'état-major de l'Armée de l'Air, des généraux Maurice Challe, chef d'état-major particulier du ministre de l'Air, Henry Archaimbault et de l'ingénieur général Louis Bonte, directeur du Centre d'essais en vol de Brétigny-sur-Orge, et de nombreux pilotes d'essais dont Maryse Bastié, Charles Goujon, Charles Monier (1920-1953), Fred Nicole, Daniel Rastel. Sa dépouille prit la route de Saint-Honoré-les-Bains où un nouvel hommage lui fut rendu par les personnalités du département. Il repose depuis dans l'ancien cimetière communal de Saint-Honoré-les-Bains[4].

Il totalisait plus de 4200 heures de vol sur une centaine d'appareils différents[3].

Il est dépeint par Lucien Coupet, chef pilote d'essais chez Farman comme : « Un garçon précis, jusqu'au scrupule : son attitude morale se retrouvait dans son métier. Il était audacieux, cela n'est pas en question, mais il envisageait l'essai d'une manière complète, considérant que son rôle était, non pas de courir un risque inutile, mais de mettre tous les atouts dans son jeu. Tout le monde l'adorait, ses camarades, les ingénieurs, les mécaniciens, tous. Il n'oubliait jamais de remercier toux ceux qui avaient travaillé sur l'appareil qu'il allait essayer. On disait de lui : “Quel gars ce Dellys”, mais il n'avait aucun souci de l'opinion qu'on avait de lui. »[réf. nécessaire]

Postes et grades[modifier | modifier le code]

  • 1943 : adjudant-chef ;
  •  : élevé au grade de sous-lieutenant dans la résistance par le colonel Roche, commandant des FFI de la Nièvre. Il sera nommé aspirant en validation du grade acquis dans la résistance le .

Ses programmes d'essais[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • 1953 : une stèle en pierre d'Auvergne est érigée au lieu-dit Mérolle en bordure du champ où s'est écrasé son appareil ;
  • une avenue de Saint-Honoré-les-Bains porte son nom dans le quartier du Plateau ;
  • 1955 : une stèle en bronze et ciment à l'angle des avenues Claude Dellys et Eugène Collin [Où ?] ;
  • le grand hangar du site Hurel-Dubois à Meudon-la-Forêt est nommé Claude Dellys. Ce site ayant fermé en 2005, le hangar fut démantelé en février 2007 ;
  • 1955 : le monoplace de l'Aéronautique du Nivernais, Brochet MB 50, est baptisé Claude Dellys en présence de la mère du pilote, la marraine est madame Augendre de Saint-Honoré-les-Bains et le parrain, Monsieur Guillien, président de la chambre du Commerce de Nevers ;
  • 1964 : la Loterie nationale émet une série de billets des Ailes Brisées à l'effigie de Claude Dellys ;
  • 2012 : cérémonie du 2 juillet pour la commémoration du centenaire de sa naissance à Saint-Honoré-les-Bains ;
  • du 15 au 23 septembre 2012 : expositions à Gipcy dans le cadre du centenaire de sa naissance, cérémonie officielle le 17 septembre, avec passage des avions de l'armée de l'air et, le 23 septembre, la participation de l'aéroclub de Moulins et le dévoilement d'une plaque honorifique à côté de la stèle, puis le dévoilement d'une plaque honorifique le 15 octobre au cimetière Saint-Honoré-les-Bains, près de la tombe du pilote[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Dellys n'en faisait pas partie à cette époque.
  2. Annales des Pays Nivernais, no 133, consacré au maquis Louis et à la bataille d'Autun.
  3. a, b et c « Claude Dellys - Saint-Honoré-les-Bains - Aérostèles », sur www.aerosteles.net (consulté le 10 mars 2016)
  4. Carré D, allée 14, tombe n°1 (en entrant par la grille centrale, la première tombe à gauche, près de l'allée longeant le mur.
  5. « Claude Dellys et le prototype NC.211-02 Cormoran » [PDF], sur ghtn.free.fr (consulté le 9 mars 2016)
  6. Bruno Parmentier, « Arsenal VG-70, avion expérimental par Aviafrance », sur www.aviafrance.com (consulté le 10 mars 2016)
  7. Bruno Parmentier, « Arsenal VG-90, avion de chasse par Aviafrance », sur www.aviafrance.com (consulté le 10 mars 2016)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Pétrus (dir.), Yves Aurenche, Gérard Croutte, Pierre Debriette, Paule Gauthé-Lanty, Marcel Moutet, préface de Jean Sarrail, « Claude Dellys, chevalier des Ailes françaises », in Les Annales des Pays Nivernais, no 147, Éd. La Camosine, 1er trimestre 2012, 32 p. (issn|0153-7121).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Colonel André Meritet, Claude Dellys, monographie déposée au SHD Air, juin 1997.
  • Christiane Fournier, Pilotes d'essais , Éd. André Martel, 1954.
  • Jacques Nœtinger, Équipages, Éd. Le Trotteur et Éd. Mondiales, 1953.
  • Jacques Noetinger, Drames et frayeurs aux essais en vol, Nouvelles Éditions Latines, 2008.
  • Jacques Noetinger, Rigueur et audace aux essais en vol, Nouvelles Éditions Latines.
  • Hubert Verneret, « Le Maquis Louis et la Bataille d'Autun, Journal d'un maquisard », in Les Annales des Pays Nivernais, no 133, La Camosine, 2008.
  • Les Ailes ; L'Air ; Aviation Magazine, de 1948 à 1952.
  • Bulletin de l'Association Amicale des Essais en Vol, no 6, année 1952.
  • Pierre Gaillard, Le Fanatique de l'Aviation, l'Arsenal VG 90, no 306, 2e partie, Éd. Larivière, mai 1995, p. 46.
  • « Bulletin du Groupe Historique de Toussu-le-Noble », in L'Histoire du Cormoran, no 6, 2001.
  • Bernard Trapes, Claude Dellys, un aviateur héroïque , Moulins, Ville de Moulins, 1997 [plaquette publiée à l'occasion de la fête du livre à Moulins les 5 et 6 avril 1997] (ISBN 2-9508088-1-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]