Classification décimale de Dewey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

La classification décimale de Dewey[1] (CDD) est un système visant à classer l’ensemble du fonds documentaire d’une bibliothèque, développé en 1876 par Melvil Dewey, un bibliographe américain. Elle a été complétée et perfectionnée par la classification décimale universelle (CDU) développée par Henri La Fontaine et Paul Otlet.

Les dix classes retenues par la classification de Dewey correspondent à neuf disciplines fondamentales : philosophie, religion, sciences sociales, langues, sciences pures, techniques, beaux-arts et loisirs, littératures, géographie et histoire, auxquelles s’ajoute une classe « généralités »[2]. Les subdivisions suivantes sont 10 classes, 100 divisions et 1000 sections.

Histoire[modifier | modifier le code]

Melvil Dewey, l'inventeur de la classification décimale de Dewey

Entre 1870 et 1875, Melvil Dewey fréquente l’Amherst College, au Massachusetts[3]. Pendant son séjour, il commence à travailler à la bibliothèque et à repenser le système de classification[3]. Dewey voulait rendre la collection plus accessible en classifiant par sujet plutôt que par auteur[3]. Pour créer ce système, Dewey s’inspire principalement de deux ouvrages: La classification de la connaissance (The classification of knowledge) de Francis Bacon, et Book Classification, publié dans The Journal of Speculative Philosophy de William Torrey Harris[3]. En 1605, Francis Bacon publie son livre The Proficience and Advancement of Learning Divine and Human dans lequel il a présenté son idée pour la classification de la connaissance[4]. Il fait valoir que toutes les connaissances pourraient être divisées en mémoire (grammaire, théorie du droit, théologie professionnelle, cosmographie et arithmétique), compréhension (enseignement de la divinité, théorie médicale, la logique, les philosophies naturelles et morales) et imagination (la poésie, la musique, la pratique médicale, les mathématiques, l’astrologie, l’art militaire et la peinture)[4]. Dans les années 1870, William Torrey Harris s’inspire de la classification des connaissances de Bacon et décide de l’élargir et de l’appliquer à la classification des documents écrits dans les bibliothèques[5].

En mai 1873, Dewey décide d’ajouter un système décimal au système de classification hiérarchique existant de Harris afin de trouver plus facilement les livres distribués au collège Amherst[3]. En raison du contexte dans lequel Dewey a appris et travaillé, en plus du fait que la classification de Harris s’inscrivait également dans ce contexte, son système de classification était fortement fondé sur une vision du monde anglo-saxon protestante et n’a pas nécessairement pris en compte la connaissance qui a été produite à l’extérieur de leur communauté. Cela dit, la classification décimale de Dewey est devenue par la suite l’un des systèmes de classification les plus utilisés (avec une estimation de 100 pays usagers en 1964[6]) ce qui a attiré l’attention sur les nombreuses façons dont il est limité en dehors d’une sphère anglo-saxonne et protestante.

Indices et divisions[modifier | modifier le code]

La CDD répartit les ouvrages dans dix classes. Chaque classe est elle-même divisée en dix divisions, chaque division en dix subdivisions et ainsi de suite. Aucun indice ne peut avoir moins de trois chiffres ; dans ce cas précis, celui de gauche correspond à la classe, celui du milieu à la division et celui de droite à la subdivision.

2ème édition de la Classification décimale Dewey, annotée par Melvil Dewey, OCLC Dublin, Ohio

Prenons l’exemple de l’indice 537 pour l’électricité :

Le 0, qui doit toujours être mentionné, a une valeur de généralité :

  • 500 = Généralités sur les sciences pures ;
  • 530 = Généralités sur la physique[7].

Pour les indices dépassant trois chiffres, un point doit séparer les trois premiers des suivants :

Si l’indice dépasse six chiffres, on laisse un caractère d'espace (pas de point) entre le sixième et le septième chiffres :

Ainsi, plus la notion à exprimer est fine, plus l’indice est long[7].

Sur l’étiquette collée sur le dos d’un livre et indiquant sa cote, on peut répartir l’indice sur plusieurs lignes, ce qui permet une meilleure lisibilité ; l’indice est suivi des premières lettres du nom de l’auteur ou du titre pour former la cote[7].

La classification décimale de Dewey est souvent utilisée avec une marguerite des couleurs dans les bibliothèques des écoles primaires (BCD) et dans les Centres de documentation et d’information (CDI) des collèges et des lycées.

Liste des classes[modifier | modifier le code]

Sont détaillées dans l'article les dix classes, divisées chacune en dix divisions des deux premiers niveaux[8],[9] :

Exemple de divisions successives[modifier | modifier le code]

  • 600 - Techniques. (L’indice est 600, car il faut au moins trois chiffres.)
    • 640 - Vie domestique. (L’indice est 640, car il faut au moins trois chiffres.)
      • 641 - Alimentation
        • 641.5 - Cuisine. (Un point sépare le troisième et le quatrième chiffres.)
          • 641.57 - Cuisine pour les collectivités

Limites du système[modifier | modifier le code]

Tout classement constitue un compromis entre l’objectif de simplifier la tâche du classificateur et celui de simplifier la tâche du chercheur. Dans le cas de la classification de Dewey, c’est le premier de ces deux facteurs qui a été privilégié : il n’est pas possible de se documenter sur un sujet sans savoir très précisément à quelle discipline le rattacher. Or cela pose problème lorsqu’un ouvrage traite précisément du lien entre deux disciplines. La bio-informatique, par exemple, sera-t-elle à chercher dans la section 500 ou 600 ? Et plus précisément 570 ou 620 ? Comme il n’est pas possible de répondre avec précision à cette question, la classification de Dewey se complètera utilement d’autres techniques comme :

La principale critique de cette classification est qu’elle a été centrée sur l’état d’esprit de la fin du XIXe siècle aux États-Unis d’Amérique et qu’elle représente cet état d’esprit qui ne correspond plus à notre conception actuelle des connaissances.

Ainsi, dans la classe 800 (Littérature), les deux premières divisions sont consacrées aux littératures en anglais (810 = Littérature américaine, 820 = Littératures anglaise et anglo-saxonnes), les six divisions suivantes aux littératures européennes (divisions 830 à 880) et une seule division aux littératures des autres langues (division 890).

De même, dans la classe 200 (Religion), les religions chrétiennes sont surreprésentées (divisions 220 à 280) tandis que les autres religions sont classées dans une seule division (290)[10].

Critiques et Évolution[modifier | modifier le code]

Bien qu’ayant été considérablement améliorée au cours de vingt révisions majeures, la CDD reflète toujours l’organisation générale du savoir telle qu’on la concevait aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. C’est pourquoi la philosophie et la religion, par exemple, qui représentaient environ 10 % de la production éditoriale à cette époque, a aujourd’hui encore une position disproportionnée dans la classification.

C’est une source de critique de la CDD, qui relègue ainsi de nombreux ouvrages dans d’obscures subdivisions simplement parce qu’ils ne traitent pas de la pensée occidentale : ainsi les religions non-chrétiennes n’apparaissent que dans la division 290 (un dixième de l’espace consacré aux religions) et la littérature et l’histoire européennes sont dominantes par rapport aux autres (comme elles le sont dans les rayonnages de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis).

De même trouve-t-on ailleurs que dans l'histoire de la France des ouvrages sur l'histoire de l'islam en France ou le dictionnaire de la colonisation française, donnant l'impression d'un classement racial de l'histoire de France.

Certaines divisions ou subdivisions sont également vacantes ou ne sont plus utilisées[11].

La classification décimale universelle (CDU) est dérivée de la CDD.

Marque déposée[modifier | modifier le code]

Depuis 1988, la classification de Dewey est un nom déposé par Online Computer Library Center (OCLC), qui a acheté les droits à la Forest Press Foundation, créée par Melvil Dewey pour poursuivre son œuvre[12].

Abandon[modifier | modifier le code]

Plusieurs bibliothèques incorporent de nouveaux systèmes de classification qui représentent mieux la diversité de leurs collections, ou elles modifient le CDD pour répondre à leurs besoins[13]. Une plainte provenant des usagers en bibliothèque publique est que la classification décimale Dewey sépare les livres sur un sujet ou culture particulière en différentes sections plutôt que de les regrouper[13]. Par exemple, les livres sur la cuisine française seraient sous 641,54, la langue française sous 440, les guides de voyage pour la France sous 914, et l’histoire française sous 944[9]. Pour certains, il est redondant de chercher dans de multiples endroits différents pour trouver des livres sur une culture d’intérêt et donc, n’est souvent pas propice au bouquinage[13]. Ainsi, certaines bibliothèques ont décidé de s’éloigner de la classification décimale Dewey pour adopter des systèmes plus intuitifs.[13]

Usage International[modifier | modifier le code]

Étant donné que le système décimal Dewey a été créé dans un espace américain, les plus grandes critiques qui viennent des usagers internationaux entourent la classification de la géographie et de la littérature[6].

Langues[modifier | modifier le code]

Une grande critique provenant des utilisateurs de langues non occidentales est que le DDC représente de manière disproportionnée les langues occidentales, ne laissant que les 890 pour d’autres langues non occidentales[6].

810 Littératures américaines

820 Littératures anglaises et anglais ancien

830 Littératures allemandes et connexes

840 Littératures françaises et connexes

850 Italien, roumain et littératures connexes

860 Littératures espagnole, portugaise, langues galiciennes

870 Littératures latines et italiques

880 Grec classique et littératures connexes

890 Littératures d’autres langues.

En 1965, Meena Krishnaswami a suggéré que pour représenter plus équitablement l’Inde et les différentes langues indiennes dans la collection tout en utilisant le système décimal Dewey, 800 devraient tous être consacrés à la littérature indienne, tandis que la littérature anglaise serait dans 820 et toute autre littérature linguistique dans 890[6],[14].

Le genre[modifier | modifier le code]

Melvil Dewey et son épouse Annie Godfrey Dewey ont tenu les conférences annuelles de Lake Placid sur sujets domestiques de 1899 à 1908[15]. Au cours de ces conférences, il y a eu des discussions sur la classification des sujets domestiques[15]. Au cours de la conférence de 1902, de nombreuses femmes ont fait valoir que les livres sur les aspects sociaux du travail domestique devraient se trouver dans les 300 (sociologie) et les aspects techniques dans les 640. Les défenseurs croyaient que cela renforcerait la légitimité du sujet en tant que véritable science sociale[15]. Toutefois, cet objectif n’a pas été atteint et, en partie, la persistance de l’exclusion des sujets domestiques des 300 représente le stéréotype du genre et le manque de visibilité des sujets stéréotypés « femme » dans la culture du début du XXe siècle[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Contrairement à un usage largement répandu, y compris parmi les bibliothécaires, la prononciation correcte de Dewey est douhi et non pas di ouai.
  2. Réseau des bibliothèques publiques de Longueuil, « Classification Dewey » [PDF], sur www.longueuil.quebec, (consulté le ).
  3. a b c d et e Wayne A. Wiegand, « The "Amherst Method": The Origins of the Dewey Decimal Classification Scheme », Libraries & Culture, vol. 33, no 2,‎ , p. 175–194 (ISSN 0894-8631, lire en ligne, consulté le )
  4. a et b Sachiko Kusukawa, « Bacon's classification of knowledge », dans The Cambridge Companion to Bacon, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-00065-9, DOI 10.1017/ccol052143498x.003, lire en ligne), p. 47–74
  5. Thiago Pires, « The classification of Harris: Influences of Bacon and Hegel in the universe of library classification », NASKO, vol. 6, no 1,‎ , p. 56–66 (ISSN 2311-4487, DOI 10.7152/nasko.v6i1.15230, lire en ligne, consulté le )
  6. a b c et d David Batty, « DEWEY ABROAD: The International Use of the Dewey Decimal Classification », The Quarterly Journal of the Library of Congress, vol. 33, no 4,‎ , p. 300–310 (ISSN 0041-7939, lire en ligne, consulté le )
  7. a b et c Guide de la classification décimale de Dewey, p. 25.
  8. Guide de la classification décimale de Dewey, p. 57-59.
  9. a et b Introduction to the Dewey Decimal Classification (23 rd edition).
  10. Guide de la classification décimale de Dewey, p. 58-59.
  11. Guide de la classification décimale de Dewey[réf. incomplète]
  12. Hudon, Michèle, Analyse et représentation documentaires : introduction à l'indexation, à la classification et à la condensation des documents, Québec, Presses de l'Université du Québec, , 297 p. (ISBN 978-2-7605-3745-3, OCLC 873807457, présentation en ligne), p. 186.
  13. a b c et d Erin Redihan, « Abandoning the Dewey Decimal System in Public Libraries », Public Library Quarterly, vol. 40, no 2,‎ , p. 95–107 (ISSN 0161-6846, DOI 10.1080/01616846.2020.1763755, lire en ligne, consulté le )
  14. Meena Krishnaswami, « A Proposal for the Method of Adapting the Dewey Decimal Classification Scheme to Meet the Needs of India », Library Resources & Technical Services,‎ fall 1965, p. 449-461
  15. a b c et d Anne M. Fields et Tschera Harkness Connell, « Classification and the Definition of a Discipline: The Dewey Decimal Classification and Home Economics », Libraries & Culture, vol. 39, no 3,‎ , p. 245–259 (ISSN 0894-8631, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Melvil Dewey, Dewey decimal classification and relative index, OCLC Online Computer Library Center, Inc., Dublin, Ohio, 2011 (23e éd.), (ISBN 978-1-910608-81-4). 4 volumes : vol. 1, Manual. Tables (ISBN 978-1-910608-80-7) ; vol. 2, Schedules 000-599 (ISBN 978-1-910608-76-0) ; vol. 3, Schedules 600-999 (ISBN 978-1-910608-79-1) ; vol. 4, Relative Index (ISBN 978-1-910608-78-4)
  • Depuis la 23e, les mises à jour sont annuelles suivant un abonnement avec possibilité d'impression à la demande.
  • (it) Silvia Delfitto, La religione nella Dewey decimal classification : la nascita e l'espansione della classe 200, Lateran University Press, Città del Vaticano, 2010, 232 p. (ISBN 978-88-465-0688-7) (texte remanié d'une thèse de doctorat à l'université de Florence, 2007-2008)
  • Annie Béthery, Guide de la classification décimale de Dewey, Éditions du Cercle de la Librairie, 2005, (ISBN 978-2-7654-0895-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :