Classification Vox-Atypi

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En typographie, la classification Vox-Atypi permet de classer les polices de caractères en douze grandes familles. Inventée par Maximilien Vox en 1952, elle a été adoptée en 1962 par l'Association typographique internationale (ATypI). Elle est aussi adoptée, avec quelques modifications, comme norme allemande (DIN 16518) en 1964, comme norme britannique (British Standard 2961:1967) en 1967, et comme norme française (NF Q60-007) en 1977.

Historique[modifier | modifier le code]

Maximilien Vox commence à travailler en s’appuyant sur la classification établie par Thibaudeau. Mais il trouve que celle-ci, basée sur la forme des empattements, est quelque peu limitée et il s’emploie à créer une nouvelle classification davantage basée sur l’histoire et les grandes familles de caractères. Cette classification tend à regrouper les polices de caractères selon de grandes tendances, souvent typiques d'une époque (XVe siècle, XVIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle), et ce en s'appuyant sur un certain nombre de critères : pleins et déliés, formes des empattements, axe d'inclinaison, taille de l'œil, etc.

La classification Vox-ATypI définit des archétypes de caractères, mais en réalité une police peut très bien hériter des caractéristiques d'une, deux ou trois familles.

Famille des caractères classiques[modifier | modifier le code]

Les humanes[modifier | modifier le code]

Centaur, un caractère humane

Les humanes rassemblent les premiers caractères romains créés au XVe siècle par les imprimeurs vénitiens, s'inspirant des manuscrits humanistes de l'époque. Ces polices, plutôt rondes en opposition aux gothiques du Moyen Âge, sont caractérisées par des empattements courts et épais, et un faible contraste entre pleins et déliés.

Ces polices s'inspirent notamment de la minuscule caroline, imposée par Charlemagne dans son empire.

Les garaldes[modifier | modifier le code]

Garamond, un caractère garalde

Ce groupe est nommé « garalde » en hommage à Claude Garamont et Alde Manuce (XVIe siècle). Les garaldes ont en général des proportions plus fines que les humanes, tout en ayant un plus fort contraste entre pleins et déliés. Les graisses des garaldes sont réparties selon un axe oblique.

En France, sous François Ier, les garaldes ont été l'outil qui a favorisé la fixation officielle de la grammaire et de l'orthographe.

Les réales[modifier | modifier le code]

Times New Roman, un caractère réale

Les réales sont les polices de caractères typiques de la période classique, incarnant notamment l'esprit rationnel de l'époque des Lumières. Le contraste plein-délié est encore plus marqué que dans les deux premiers groupes, les graisses se répartissent maintenant selon un axe quasi-vertical.

Les réales sont le résultat de la volonté de Louis XIV d'inventer de nouvelles formes typographiques, d'une part pour trouver un successeur au Garamond, d'autre part pour rivaliser en qualité avec les différents imprimeurs de l'Europe.

Famille des caractères modernes[modifier | modifier le code]

Didones[modifier | modifier le code]

Bodoni, un caractère didone

Les didones tirent leur nom des caractères Didot et Bodoni. Ces polices, datant de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, sont reconnaissables grâce à leur très grand contraste entre pleins et déliés (déliés extrêmement fins), la verticalité des caractères et leurs empattements horizontaux et fins.

Elles correspondent aux Didot de la classification Thibaudeau.

Les didones ont notamment permis au Premier Empire français de se doter de polices très différentes des polices utilisées par les rois de l'Ancien Régime.

Mécanes[modifier | modifier le code]

Rockwell, un caractère mécane

Le nom « mécane » évoque l'aspect très mécanique de ces polices, qui sont contemporaines d'un grand développement de l'industrie (début du XIXe siècle). Les principales caractéristiques de ces polices sont un très faible contraste pleins-déliés et des empattements rectangulaires.

Elles correspondent aux égyptiennes de la classification Thibaudeau.

Linéales[modifier | modifier le code]

Les linéales rassemble l'ensemble des caractères sans empattement (ou sans serif).

Elles correspondent aux antiques de la classification Thibaudeau.

Le British Standard 2961 divise ce groupe en quatre sous-groupes : grotesque, néogrotesque, géométrique et humaniste.

Linéales grotesques[modifier | modifier le code]

Akzidenz-Grotesk, un caractère linéale grotesque

Les grotesques sont des polices apparues au xixe siècle. Elles ont généralement un léger contraste entre le plein et le délié et des courbes plutôt angulaires. Les attaques et terminaisons ont des coupes des traits généralement horizontales, leur G a souvent un éperon et leur R une diagonale sinueuse[1].


Linéales néogrotesques[modifier | modifier le code]

Univers, un caractère linéale néogrotesque

Les néogrotesques sont des polices inspirées des grotesques mais ont habituellement moins de contraste entre le plein et le délié et ont des courbes plus régulières. Leur G n’a habituellement pas d’éperon et les attaques et terminaisons ont des coupes des traits généralement obliques[1].


Linéales géométriques[modifier | modifier le code]

Futura, un caractère géométrique

Les géométriques sont des polices construites à partir de cercles, de rectangles et de formes géométriques simples. Ces formes sont répétées dans plusieurs lettres ou symboles. Elles ont généralement très peu de contrastes entre plein et délié.


Linéales humanistes[modifier | modifier le code]

Gill Sans, un caractère linéale humane

Les linéales humanes ou humanistes sont habituellement basées sur les proportions des capitales romaines et des minuscules humanes ou garaldes, et non sur les grotesques. Elles ont généralement un certains contraste entre plein et délié.

Famille des caractères d'inspiration calligraphique[modifier | modifier le code]

Incises[modifier | modifier le code]

Albertus, un caractère de type incise

Les incises sont des polices qui évoquent la gravure des caractères dans la pierre ou le métal. Par exemple, les polices Trajan ou Lithos dessinées en 1989 par Carol Twombly s’inspirent respectivement de la colonne Trajane et des façades des temples grecs.

Elles ont donc des empattements petits et triangulaires, ce qui rend ce groupe proche des linéales. Un certain nombre de ces polices ne possèdent pas de minuscules.

Scriptes[modifier | modifier le code]

Les scriptes sont les polices évoquant le tracé d'une écriture à main levée. Elles semblent être écrites à la plume, avec une forte inclinaison. Les lettres peuvent souvent être liées les unes aux autres. Les fameuses Anglaises font partie de cette famille.

Manuaires[modifier | modifier le code]

Les manuaires comprennent les écritures antérieures à la typographie, tracées à la plume, mais aussi des créations modernes où le tracé manuel (à la plume, au pinceau ou autre instrument) est prépondérant.

Les fractures[modifier | modifier le code]

Les fractures (de l'allemand fraktur) correspondent aux caractères couramment appelés « gothiques ». Ces polices se caractérisent par des formes pointues et anguleuses.

Les caractères non latins[modifier | modifier le code]

Cette famille est hétérogène puisqu'elle regroupe, sans distinction de style, toutes les écritures non fondées sur l'alphabet latin : hébreu, arabe, chinois, russe, etc.

Regroupement des familles[modifier | modifier le code]

Les familles peuvent être regroupées entre elles :

  • les humanes, garaldes et réales constituent la famille des caractères classiques (empattement triangulaires, axe plus ou moins incliné, faible contraste plein-déliés).
  • les didones, mécanes et linéales constituent la famille des caractères modernes (période industrielle : traits simples, fonctionnels).
  • les incises, scriptes et manuaires constituent les caractères d'inspiration calligraphique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « British standard for type classification », sur Luc Devroye (consulté le 13 mai 2015)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • AFNOR, NF Q60-007 Technologie graphique ; Nomenclature illustrée des familles de caractères ; Classification de Maximilieu Vox,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]