Clans du peuple kongo

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Le clan[1] est chez les Bakongo[2], une réunion de familles[3] ayant le même ancêtre lointain. Comme dans la plupart des sociétés d'Afrique subsaharienne, le clan joue un rôle très important dans une société ethnique. C'est par le clan que l'individu peut s'identifier au reste du groupe et trouver sa place au sein de toute la communauté.

Clans de base[modifier | modifier le code]

Avant le XIIIe siècle existaient trois clans de base chez les Bakongo : le clan Nsaku, le clan Nzinga et le clan Mpanzu. Les clans de base n'étaient pas de simples regroupement d'individus car chaque clan avait aussi un rôle à jouer dans l'organisation de la société. Selon la tradition historique kongo, ces clans étaient issus des trois fils du premier monarque kongo, Nimi Lukeni.

Selon certaines traditions, Nsaku aurait été sa fille et non l'un de ses fils, ce qui expliquerait la place de choix qu'avait ce clan dans les affaires politiques et sociales des Bakongo, surtout lorsque l'on considère que le matriarcat est l'un des caractères sociaux principaux de la société kongo.

Le clan Nsaku[modifier | modifier le code]

Le clan Nsaku se chargeait du domaine spirituel et de la justice et fournissait toujours le Mani Nsaku Ne Vunda[4], la deuxième personnalité de l'empire, juste après le Mani Kongo[5]. L'ascendance de ce clan sur les autres était telle que, dans les terres qui leur appartenaient, ils nommaient eux-mêmes leur dirigeants, contrairement aux autres régions où c'était au Mani Kongo de nommer le chef. Les Nsaku présidaient à toutes les activités religieuses. En politique, ils étaient se plaçaient au premier rang aux côtés du Mani Kongo. Ils dirigeaient par ailleurs les obsèques du défunt souverain et présidaient l'élection de son successeur. Selon certaines traditions, l'épouse du Mani Kongo était souvent membre du clan Nsaku ; cela avait sans doute pour effet de lier les Nsaku à la maison impériale et de renforcer leur influence. Un Nsaku (un homme né d'une mère Nsaku) ne pouvait prétendre à la royauté, étant chargé du domaine religieux. La mémoire kongo se souvient de ce clan comme étant le guide des Bakongo.

Le clan Mpanzu[modifier | modifier le code]

Il était celui des artisans et des techniciens qui maîtrisaient notamment l'art de la métallurgie. Ils avaient aussi la responsabilité de conduire les hommes pendant la guerre. C'est sans doute à cause de ce fait et aussi parce qu'ils avaient la maîtrise de la métallurgie que les membres de ce clan ont souvent, au cours de l'histoire médiévale des Bakongo (Ngola), revendiqué non sans succès la royauté. En effet, l'art de la forge était considéré comme un attribut royal et sacré et cet art était au centre de l'activité économique, politique et sociale. C'est grâce à lui que les paysans avaient des outils pour travailler et que les guerriers avaient des armes pour se battre. Il était aussi un outil de prépondérance politique et sociale, le fer étant la principale matière nécessaire à la confection des armes et le cuivre étant un métal précieux. La mémoire kongo se souvient d'eux comme les dépositaires de la connaissance.

Le clan Nzinga[modifier | modifier le code]

Quant au clan Nzinga, il était le clan qui fournissait généralement les souverains. Les membres de ce clan occupaient la plupart des postes administratifs et gouvernementaux du pays. Chez les Bakongo, aucun poste n'était héréditaire. Le futur Mani Kongo accédait donc au trône par élection — même si le Mani Kongo régnant pouvait proposer son candidat, lequel était souvent un fils ou un neveu —, les candidats étant toutefois membres d'une famille dynastique. Les titulaires des autres postes étaient nommés par le Mani Kongo, sauf pour les postes dévolus aux Nsaku dont les membres nommaient eux-mêmes leurs candidats. Du clan Nzinga, la mémoire kongo se souvient comme celui qui a le don du gouvernement.

Clans « filles »[modifier | modifier le code]

Par clans « filles », il faut entendre les clans issus des trois clans de base. En effet, à partir du XVIIe siècle, époque marquée par le début de la colonisation portugaise en Angola, le peuple des Bakongo est en crise : plusieurs individus se déplacent vers le nord en direction de l'actuelle République du Congo. Cet éloignement progressif du noyau de la civilisation kongo (actuelles provinces du Zaire et Uige en Angola et centre-sud de l'actuelle province du Bas-Congo en République démocratique du Congo) crée un affaiblissement des valeurs fondatrices. De plus, ce peuple doit, au fur et à mesure des déplacements, conclure des alliances matrimoniales ou politiques avec les peuples des localités où il s'est installé ou qu'il a traversé. Ainsi, les familles, grandissant et se mélangeant, devenaient progressivement à leur tour des clans. Ces nouveaux clans virent en leur sein la naissance de plusieurs familles qui malgré les nombreux changements, n'oublièrent jamais leurs liens avec leurs clans d'origine, c'est-à-dire leurs clans de base.

Liste des clans[modifier | modifier le code]

Voici une liste proposée par Ne Muanda Nsemi :

  • Descendants de Nsaku : Nsaku, kinsaku, lemba, muanda, lunda, kalunda, kilunda, kinzambi, ndembo, ndingi, madingu, ba dia ndingi, mbuta, kimbuta, kihunda, kivunda, kimbunda, mavunda, mpunda, mbata, kimbata, kota, kikota, kahita, mukukulu, nkukulu, nkokolo, nkala, kinkala, mukala, milimina, kabemba, mbemba, mpemba, kimpemba, mvemba, kimvemba, lawu, mankunku, nkunku, ngola, nsongo, tsongo, mitsongo, kimanga, mbika, kimbika, kimvika, kiyuvu, mabika, nsengele, kinsengele, sengele, kiuvu, kinsumbu, kalemba, mvika, matsakula, kibuila, kimbuila, mbuila, mpila, kimpila, kingidi, kingila, kividi, kiyidi, mayidi, neyidi, ngidi, ngiri, nzidi, nsivuila, kuimba, kikuimba, kikuiti, lukuti, sangila, lunsangi, matsanga, musenga, nsenga, nsanga, nsangi, ngimbi, kingimbi, yimbu, ndinga, kindinga, mavandu, mpanda, muema, ngandu, masaka, masaki, nkamba, kikamba, lemfu, kilemfu, ngemba, kingemba, kiyemvo, yongo, kiyongo, zongo, kizongo, vuzi, kivuzi, kinsembo, masembo, nsembo, musemo, kimfuti, mfuti’a mvemba, makaba, nsimba, nsimbi, nsimbu, nsungu, nsongi, kinsongi, ntumba, kintumba, mowa, kiowa, kikiowa, ntamba, kimayalasa, kimiala, miala, nkuwu, mbakala, kimbakala, kiyaka, etc.
  • Descendants de Mpanzu : Mpanzu, kimpanzu, lamba, tadi, kilamba, kalamba, lufu, luvu, dondo, ndundu, munuani, kesa, muteke, kuanza, nkuanza, muanza, kimuanza, nganzi, bangu, kibangu, kabangu, kuangu, kikuangu, luangu, kiluangu, tsiluangu, mpangu, kimpangu, mvangi, muangu, kihungu, hungu, vungu, kimbungu, mbungu, ngungu, mangungu, mahungu, mavungu, mfutila, kimfutila, ndamba, kindamba, nlamba, mbau (tiya), kimbauka, mbauka, nsundi, kinsundi, kinsula, kinsulu, musundi, fumina, kifuma, vonga, luvongo, mbongo, kimbongo, kinuani, matana, nkua nioka, vakula, mpaku, kimpaku, voma, kihombi, kilombi, ngoma, kingoma, ngombe, kingombe, lombo, kilombo, kumba, nkumba, kinkumba, nkumbu, fulama, mfulama, kimfulama, vemba, mbembe, mbe, kimbembe, mbimbi, kimbimbi, wumba, wumbu, bumbu, kibumbu, lubangu, kimbundi, kibuma, mbuma, mbumbu, ngumbi, ngumbu, mukuzu, kinkuzu, nkozo, vola, mpondi, kimpudi, mpolo, polo, lumbu, kilumbu, malumbu, mpombo, mpumba, mumba, kimumba, ndombe, lulombe, mbumba (mvangi), ndumbu, mvudi, ngolo, ngola, ndamb’a ngolo (angola), paka, mpaka, mpakasa, kimbaku, kimpaka, mabaka, vona, mponi, mboma, boma, vukama, mavuku, mpuku, vonda, kimpondo, ngonda, ngondi, longo, ndongo, kindongo, samba, busamba, kinsamba, nsamba, nseke nzila, lumba, malumba, mulumba, nkenzi, kinkenzi, mukenzi, masunda, kinkosi, kinsuka, nsuka, nsuka za kongo, mutsakila, nsakila, ntu a nkosi, wembo, kiwembo, mfutila na wembo, etc.
  • Descendants de Nzinga : Nzinga, kinzinga, mbamba, kimbamba, kambamba, mbala, kihangala, kiluamba, kimbala, kiama, kimbambi, mbambi, kinzamba, nanga, kinanga, kananga, enanga, zananga, mayamba, mazamba, miyamba, mpal’a nzinga, muabi, muyabi, nzamba, yambi, zambi, yanzi, kiyanzi, kiniangi, kiyangu, kianza, kikiangala, mandiangu, nianga, manianga, mani, mayanzi, mbangala, mpalanga, muakase, nsanzala, mbanda, kimbanda, kibanda, mumbanda, kiyandu, mbandu, yandu, lunga, mabulungu, bulungu, madungu, mandungu, malunga, ndunga, nkunga, kiyinda, mbinda, makondo, nkondo, mukondo, mukoko, mikondo, mbenza, muzinga, njinga, mujinga, ngongo, nsinzi, nsindi, ngundu, ngunu, kingunu, kingundu, mahinga, muhoyi, mungoyo, ngoyo, kingoyo, woyo, lukeni, nkenge, kinkenge, kenge, mafuta, etc.

Place du clan dans la société kongo[modifier | modifier le code]

La structure familiale des Bakongo est matrilinéraire : le rôle de l'oncle maternel y concurrence donc celui du père. Par ailleurs, la famille désigne l'ensemble des individus ayant un lien de parenté vertical ou horizental, quel que soit le degré de parenté. Il ne faut pas confondre le concept de famille à celui de famille nucléaire[6] qui a sa place dans la sociologie kongo. Cette dernière constitue un groupe d'individus réunissant la mère à ses enfants. Le père n'est ici pas totalement compris dans la famille nucléaire. Quant au clan, il réunit des individus de plusieurs familles et de plusieurs régions différentes (faisant toutefois partie de la société kongo). Deux individus, l'un Munianga[7], l'autre Mundibu[7] peuvent ainsi faire partie d'un même clan et se considérer comme « frères ».

Voici les strates formant la société kongo :

  • Le groupe ethnique ou peuple kongo réunit en son sein plusieurs clans.
  • Un clan est composé de plusieurs familles.
  • Une famille est composée de plusieurs familles nucléaires.

Avenir des clans[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, peu nombreux parmi les Bakongo sont ceux qui se souviennent encore de leur clan qui ne joue plus aucun rôle dans une société où l'individu s'identifie plus à son appartenance à une ethnie et à une famille qu'à son lien avec son clan. L'avenir des clans est donc incertain : ils pourraient disparaître si l'on ne ravive pas leur souvenir.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Luvila (pluriel mimvila ou mvila)
  2. Bakongo (pluriel de Mukongo)
  3. Dikânda (pluriel makânda), dans son sens étymologique, tire peut-être son origine du mot nkânda désignant la chair.
  4. Titre de noblesse
  5. L'un des titres du chef suprême des Bakongo
  6. Môyo (pluriel miôyo), dans son sens étymologique, tire son origine du mot môyo signifiant ventre et par extension sein et utérus.
  7. a et b ethnie de l'état kongo

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Balandier, La vie quotidienne au royaume de Kongo du XVIe au XVIIIe siècle, éd. Hachette Littérature, Paris, 1992

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]