Clément d'Astanières

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Clément d'Astanières
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Georges Clère, Buste de Clément d'Astanières,
Capbreton, maison de l'Oralité et du Patrimoine.
Nom de naissance Eugène Nicolas Clément d'Astanières
Naissance
Paris
Décès
Capbreton
Nationalité France Française
Profession

Le comte Eugène Nicolas Clément d'Astanières, né à Paris le et mort à Capbreton le , est un militaire et sculpteur français[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et carrière militaire[modifier | modifier le code]

Clément d'Astanières appartenait à une très ancienne famille du Languedoc située plus précisément à Pezenas (Hérault). Dès sa jeunesse, il se passionne pour les arts (peinture, sculpture et musique) au grand étonnement de sa famille de tradition militaire. Par contre, il se retrouve avec son père pour la pêche et la chasse[1].

Clément d'Astanières suit des études brillantes à Paris, puis se dirige vers la carrière des armes.

En 1860, il appartient au régiment de 2e hussards et part en garnison à Vienne. On le retrouve ensuite à l'école de cavalerie de Saumur, à Thionville puis à Pont-à-Mousson. Entré à Saint-Cyr, il en sort en 1864 (Promotion du Mexique). Il y trouve un grand nombre de sujets de modèles. Il est fiancé avec une jeune Lorraine issue d'une famille illustre, Marie Mathilde Charlotte Jeanne de Pange[1].

Mais la Guerre franco-allemande de 1870 éclate quelques jours avant le mariage qui est remis. Le 27 juillet, il part en compagne avec le maréchal Bazaine. Il est grièvement blessé dans la bataille de Mars-la-Tour le , près de Metz et il est fait prisonnier. Il est rapatrié le affaibli par ses blessures qui le handicaperont toute sa vie. Sa fiancée, qui le croyait mort, a du mal à le reconnaître. Il doit cependant reprendre du service pour la répression de la Commune de Paris. Il en obtiendra la Légion d'honneur (chevalier le puis officier le )[1].

Il épouse enfin le Mathilde de Pange (1845-1930), petite-fille du maréchal Lobau. Ce mariage très mondain donnera lieu à un compte-rendu du Figaro. Le couple n'aura pas d'enfant. Peut-être en raison de son coup de sabre à la tête, il fait preuve d'un caractère fantasque, tant dans sa vie personnelle que dans sa carrière militaire[1].

En 1875, en raison des séquelles de ses blessures, il se considère comme inapte au service de l'armée et donne sa démission pour se consacrer tout entier à sa passion artistique qui ne l'a jamais quittée. Il était déjà élève du sculpteur Georges Clère, avec qui il avait fait ses premiers travaux. Son premier envoi au Salon des artistes français, Le Gymnasiarque, date de 1873[1].

Puis il devient l'élève du sculpteur Alexandre Falguière. Dans son atelier on travaille indifféremment tous les matériaux, l'argile, la pierre, le plâtre ou le marbre, ce qui plaît à d'Astanières. Le maître et l'élève deviendront une paire d'amis malgré leurs différences : autant Falguière est un personnage très mondain, autant d'Astanières se découvre être un gentleman farmer décontracté. Il partage son temps entre Paris (il habite au no 25 rue Las Cases), et Montiers-en-Beauvaisis, dans le château offert par son père où il a une exploitation agricole, un gros élevage de porcs et bovins qu'il présente aux concours agricoles[1].

En 1882, d'Astanières, châtelain de Montiers, devient, comme son père, maire de cette commune. Il agira activement au moment de la construction de la voie ferrée de Paris à Saint-Just-en-Chaussée[1].

Carrière artistique[modifier | modifier le code]

À partir de cette époque il cumule les diplômes et récompenses pour les concours agricoles et pour ses œuvres artistiques. Au Salon des artistes français, il reçoit des médailles et devient vite hors concours, membre du jury. Au salon de 1882, avec L'Espiègle, sa première médaille d'or lui est remise. L'Espiègle entre dans les collections nationales et est conservé au ministère de l'Industrie. Il reçoit deux autres médailles pour une étude sur des cordages en fibres d'orties en 1895 et 1896, preuve de son éclectisme[1].

Il présente au Salon de 1889 un bronze intitulé Acrobate. À l'Exposition universelle de Paris de 1889, il reçoit une médaille de bronze pour la présentation du Pécheur à la ligne. Puis il présente un marbre au Salon de 1887, Le Jongleur, un autre au Salon de 1898, Le Moine blanc, obtient une médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1900. Son passé de militaire lui vaut de nombreuses commandes de soldats et le Tout-Paris lui demande des portraits. Il expose à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago, à Moscou en 1891 et reçoit de nombreuses récompenses[1].

Comme il est paroissien de l'église Sainte-Clotilde à Paris, où sa femme est toute dévouée aux bonnes œuvres, il est amené à l'orner abondamment. Il a sculpté pour le banc d'œuvre Omnipotentia Supplex (La toute-puissance suppliante) en pierre, que l'on retrouve à Capbreton. Il a aussi réalisé des bas-reliefs dont une la réplique se trouve sous le porche de l'église de Capbreton[1].

Il s'évade de Paris et voyage en suivant les bords de la mer pour laquelle il a une attirance particulière. Il a peint une série d'aquarelles, de la Hollande jusqu'à l'Espagne. Il est en compagnie d'un jeune garçon, Arthur Pierre Gillet, qui lui sert de modèle depuis l'âge de 16 ans et deviendra son fidèle secrétaire et régisseur. Celui-ci a pris la suite de son frère Georges, initialement au service de l'artiste, mais mort très jeune de la typhoïde[1].

Vers 1897, d'Astanières découvre Capbreton. Il aurait alors été logé sur la place de la Mairie par Mme Loube qui accueillait des hôtes de passage. Séduit, il partagera désormais son temps entre Capbreton, Paris où il a gardé son atelier et le château de Montiers[1].

En 1900, la mort de Falguière avec lequel il a continué à travailler, marque un grand tournant dans sa vie. Un peu dépressif, épris de solitude, souffrant de rhumatismes, séquelles de ses blessures, il recherche la chaleur et décide de s'installer dans ce désert qu'il a découvert au bord d'une mer sauvage à Capbreton[1].

Il vend le château de Montiers et achète une trentaine d'hectares de sables sur un quartier de dunes qu'il baptisera « La Savane ». Il y fait bâtir en 1901 la maison « les Épaves », puis « les Gourbets » où il installe une sorte de palombière et une écurie à étage d'où ses chevaux pourront contempler l'océan[1].

À Capbreton[modifier | modifier le code]

Saint-Donatien, bas-relief, église de Capbreton.

Peu à peu, Clément d'Astanières gagne sur les sables du terrain pour l'installation de sa propriété, avec des cultures diverses, de la vigne ou des plantations des pins, fixant la dune avec des oyats. La propriété s'agrandit d'une ferme avec laiterie où il fabrique lui-même son fromage, une maison avec atelier, la Tataya. Un circuit de tramway avec une voiture tirée par des vaches fait même le tour de la propriété[1].

Clément d'Astanières est à la fois généreux avec ses proches et désargenté. Il fait preuve de non conformisme dans toute sa vie pratique. Son épouse a demandé en 1886 une séparation de biens. Elle vit dans ses propres appartements avec des beaux meubles, contrastant avec l'ornementation intérieure du reste de la propriété constituée d'objets ramassés sur la plage. Elle s'occupe des animaux de la propriété et d'œuvres pieuses[1].

En 1912, Clément d'Astanières sauve un baigneur en difficulté sur la plage de Capbreton[1].

Il meurt à Capbreton le à la suite d'un refroidissement contracté à la chasse aux canards. Il est inhumé, selon sa volonté, au cimetière de Capbreton. Sa veuve a fait don de nombreuses œuvres à l'église de Capbreton. Le , sa veuve meurt au château de Pange. Elle repose aussi au cimetière de Capbreton. Leur tombe commune est surmontée d'une vierge Omnipotentia Supplex.

Les maisons d'Astanières furent gravement endommagées par le raz-de-marée de 1938, puis par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et lors de leur retraite en 1944. Les derniers vestiges disparurent en 1977 pour des opérations immobilières comme la construction de la résidence Le Grand Large sur le front de mer[1].

Une rue de Capbreton, en bordure de l'emplacement de ses anciennes propriétés porte le nom de rue d'Astanières.

L'église Saint-Nicolas conserve quelques œuvres de Clément d'Astanières :

  • 178 plaques en terre cuite qui ornent sur trois rangs les murs de la nef, avec des milliers de noms, ceux des Capbretonnais enterrés dans l'église depuis 1533 jusqu'en 1752. C'est sa dernière œuvre de longue haleine qui sera interrompue par sa mort. Il avait commencé ce travail en 1912. Après lui, le Danois Steetrup achèvera la série sur des plaquettes de bois ;
  • des bas-reliefs, répliques de ceux de la chapelle des catéchismes de l'église Sainte Clotilde de Paris, ont été placés sur le mur d'entrée du porche.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s cotesudmemoirevive.com.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clarisse Bader, Soldat et artiste. Le Cte d'Astanières, Éditeurs E. Vitte, 1900.
  • Gabriel Cabannes, Galerie des Landais.
  • Jean-Claude Gillet, La Savane à Capbreton (1897-2017). L'étonnante aventure du comte Clément d'Astanières, puis de la famille Gillet, Coirac, Éditions La cause du Poulailler, 2017 (ISBN 9791091000383).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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