Clément Ier

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Clément Ier
Image illustrative de l'article Clément Ier
Biographie
Naissance Rome
Décès vers 99
Rome
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat vers 88
Précédent Anaclet Évariste Suivant

Saint Clément de Rome (en latin Clemens Romanus) est une personnalité du christianisme ancien issue du judaïsme hellénistique. Il est considéré, selon la tradition catholique, comme le premier des Pères apostoliques[1] et le 4e évêque de Rome[2], à la fin du Ier siècle, succédant à Anaclet.

Il est surtout connu pour une lettre qu'il adressa à la communauté chrétienne de Corinthe, raison pour laquelle la tradition le range parmi les pères apostoliques. Il est vénéré comme saint et martyr par nombre d'églises chrétiennes, et liturgiquement commémoré le 23 novembre.

Historicité[modifier | modifier le code]

L'historicité de Clément Ier ne fait pas de doute chez la plupart des historiens. En revanche il y a un débat pour savoir s'il a été nommé évêque de Rome par l'apôtre Pierre ou s'il est le quatrième évêque de Rome, prenant ses fonctions en 88. Bien que la date de la mort de Pierre soit inconnue, aucun critique n'envisage qu'il ait pu vivre jusqu'en 88. Tertullien (mort vers 220) indique que « l’Église de Rome [rapporte que] Clément a été ordonné par Pierre[3],[4] ». Les Constitutions apostoliques rapportent qu'il a été nommé par Pierre après que « Lin, fils de Claude » qui avait été ordonné par Paul soit mort[5]. Toutefois selon la chronologie établie par Eusèbe de Césarée au IVe siècle, il n'est que le quatrième évêque, responsable de la communauté chrétienne de Rome uniquement à partir de 88 et jusqu'à 97. C'est cette chronologie que l'Église catholique retient.

Pour Irénée de Lyon, « Clément avait vu les apôtres et avait été en contact avec eux[6],[4] ». Origène et Jérôme considèrent que Clément est le disciple de Paul de Tarse mentionné dans l'Épître aux Philippiens[7]. Clément Ier a été assimilé par certains auteurs chrétiens à partir du VIe siècle au consul Titus Flavius Clemens, assassiné par Domitien en 95, mais cette identification n'est pas probante, même si l’exécution pour cause de mœurs juives, du consul trouve un écho dans les récits du martyre de Clément. Les indications chronologiques fournies dans les écrits du cycle pseudo-clémentin rendent en effet cette identification impossible. Le futur évêque Clément de Rome est un jeune garçon doué de raison à l'époque de l'empereur Tibère (mort en mars 37), alors que Titus Flavius Clemens ne naît pas avant 55-60[8].

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Selon l'Itinéraire de Pierre[modifier | modifier le code]

Selon Frédéric Manns, l'Itinéraire de Pierre[9] a probablement été une des sources de « l'écrit de base » du Roman pseudo-clémentin[10]. Bien que rejetés pour « ébionisme » par la « Grande Église » en raison de leur caractère Judéo-chrétien[11], ce sont ces textes qui fournissent le plus d'informations sur Clément, qui semble avoir été un judéo-chrétien tout comme les apôtres[12], les soixante-dix disciples de Jésus, constituant l'essentiel de l'Église jusqu'à environ 140[13]. Selon Simon Claude Mimouni, Clément est un judéo-chrétien, probablement de stricte observance juive « tout autant fortement messianiste que stoïcien[14] ». Les parties les plus anciennes du cycle pseudo-clémentin datent de la seconde moitié du IIe siècle et sont localisées en Syrie-Palestine[11].

Dans ces écrits, Clément est le fils d'un personnage de rang sénatorial dont nous ne connaissons qu'un des trois noms du tria nomina : Faustinianus[15],[16]. On trouve ce même nom dans les Reconnaissances[16], dans les Actes du martyr de saint Clément[15] et dans plusieurs traditions de l'église de Metz, dont un de ses frères est censé avoir été le premier évêque[17]. Ce nom de Faustinianus est abrévié en Faustus dans les Homélies[16]. Celui-ci a eu avec sa femme, Mattidie, deux jumeaux Nicétas et Aquila, Clément étant né par la suite. Les trois enfants sont actifs « à l'époque de l'empereur Tibère. » À la suite de péripéties, qui ont peut-être été romancées, les parents perdent tour à tour le contact avec les jumeaux Nicétas et Aquila, qui sont donc élevés dans la province romaine de Syrie par une princesse syro-phénicienne, prosélyte juive appelée Justa. Celle-ci leur donne une éducation juive dans le milieu culturel de la Syrie où « la langue ne constituait pas une barrière culturelle[18] » parce que les deux langues, syriaque (dialecte local de l'araméen) et grec, « constituaient l'expression et le véhicule d'une même et unique civilisation hellénistique, une tradition remontant aux origines de l'empire séleucide[19]. » La fille de la princesse syrienne, appelée Bérénice qui est une juive adepte de la « Voie de Jésus », met les jumeaux en contact avec Zachée, qui par son enseignement, les conduit à reconnaître Jésus comme Messie.

Au bout de plusieurs années sans nouvelles de sa femme et de ses deux fils aînés, Faustinianus part à leur recherche en laissant son fils Clément aux gens de sa maison, alors qu'il est âgé de douze ans. Resté à Rome, en recherche philosophique, séduit par la simplicité le « principe de l'unité divine », il adopte d'abord le monothéisme juif (Homélie, V, 28, 2). Il est ensuite « éveillé à la doctrine de vérité » par Barnabé qui mène alors une brève prédication à Rome. Sur ses conseils, il décide peu après de se rendre en Judée (Homélies, I, 8, 3 ; Reconnaissances, I, 12, 1) pour parfaire son enseignement auprès de Pierre[note 1].

Clément parvient à se joindre à Pierre à Césarée[note 2] et part alors avec l'apôtre qui mène une mission évangélisatrice dans toute la province de Syrie[note 3]. Chacune des étapes de leur périple est l'occasion d'un grand exposé de Pierre aux adeptes du lieu, ce qui complète la formation de Clément. À l'étape d'Antarados, Clément retrouve ses deux frères jumeaux, il avait préalablement retrouvé sa mère Matthidie dans l'île d'Aros. Ils constatent qu'ils ont tous adopté « la doctrine de vérité » et qu'ils reconnaissent tous Jésus comme Messie. Faustinianus, le père des enfants est retrouvé peu après et se convertit lui aussi.

Dans les Constitutions Apostoliques[modifier | modifier le code]

Dans le livre VII des Constitutions apostoliques sont cités en 46.1-15, les évêques que les apôtres ont institué pour différentes villes et régions (Ier siècle[note 4]). Au verset 6 de cette liste, il est indiqué que : « dans l'Église des Romains, le premier [évêque], Lin, fils de Claude, fut ordonné par Paul, et après la mort de Lin, le second fut Clément ordonné par moi, Pierre[5]. »

Par ailleurs, il est indiqué que les frères de Clément, Aquila et Nicétas ont été nommés évêques « des districts d’Asie[20] » par les apôtres. Le livre VI des mêmes Constitutions apostoliques indique qu'il s'agit bien des frères de Clément de Rome, l'apôtre Pierre y déclare en effet qu'à « Césarée de Stratôn » (Césarée maritime), lorsque Simon le Magicien « tenta de perturber l'annonce de la Parole de Dieu », l'apôtre était « accompagné des saints fils Zachée, jadis publicain, et Barnabé, Nicétas et Aquila, les frères de Clément, l'évêque et le compatriote des Romains, qui fut lui-même disciple de Paul, notre collègue apôtre et autre collaborateur dans l'évangélisation[21],[22]. » « Les districts d’Asie » font probablement références à la province romaine d'Asie, il n'est pas impossible que cette tâche qui concerne toute une région ait été confiée conjointement aux frères jumeaux, alors que tous les autres évêques de la liste ne sont responsables que d'une ville.

Dans les Actes des Apôtres, un personnage nommé Aquila est décrit comme ayant une importante activité à Éphèse qui est la capitale de la province d'Asie. C'est un citoyen romain de religion juive qui parmi les multiples « sectes » existant dans le judaïsme de l'époque a choisi « la Voie du Seigneur[23] », c'est-à-dire la Voie de Jésus et de ses apôtres. Il partage donc avec le Aquila, frère de Clément selon l'Itinéraire de Pierre, le fait d'être un romain converti au judaïsme qui s'est ensuite rallié à la « la Voie du Seigneur ». Il possède plusieurs résidences situées dans différentes villes de l'empire romain. C'est ainsi le cas à Rome[24], à Éphèse[25] et à Corinthe[26] où ses demeures sont suffisamment vastes pour accueillir les réunions d'une église locale (assemblée des croyants), qu'il semble avoir fondé avec sa femme Priscilla qui, elle aussi, est juive, ralliée à « la Voie du Seigneur[27] ». Comme Aquila est originaire du Pont, il est fort probable que sa famille y possédait aussi une maison. À Corinthe, il possède aussi une fabrique de tentes suffisamment importante pour qu'il puisse y employer saint-Paul pour lui rendre service[26]. Son patrimoine est donc tout à fait compatible à celui que l'on peut attendre du fils d'un important sénateur, tel que le père de Clément est décrit dans l'Itinéraire de Pierre. Pour cet ensemble de raisons, il a été émis l'hypothèse qu'Aquila mentionné dans les Actes des Apôtres et dans certaines lettres de Paul était le frère de Clément des Constitutions apostoliques et de l'Itinéraire de Pierre. Toutefois, cette identification qui ne correspond pas à la tradition chrétienne telle qu'elle est parvenue jusqu'à nous est rejetée par de nombreux critiques. Certains estiment même qu'il n'y a rien d'historique à tirer des écrits pseudo-clémentins, dont Frédéric Manns estime que l'Itinéraire de Pierre[note 5] a probablement été une des sources de son Écrit de base[10].

Données que l'on peut tirer des épîtres[modifier | modifier le code]

Saint Paul dans son Épître aux Romains semble s'adresser à des judéo-chrétiens fort attachés au respect de la Torah et à des chrétiens d'origine grecque qui veulent s'en détacher totalement[14].

Selon le Pasteur d'Hermas[modifier | modifier le code]

Le texte chrétien du IIe siècle Le Pasteur d'Hermas[28] évoque un Clément qui avait pour fonction de maintenir le contact entre les différentes communautés et à qui a été donné une version du « livre », tandis qu'une autre version a été donnée à Grapte « pour qu'elle le donne aux veuves et aux orphelins ». C'est un peu la même fonction qu'il assume dans la première lettre aux Corinthiens qui pourrait avoir été écrite vers 95, juste avant l'arrestation du consul Titus Flavius Clemens ou juste après.

Lien avec la famille flavienne[modifier | modifier le code]

De nombreuses sources chrétiennes disent que Clément était lié à la famille flavienne et donc aux empereurs Vespasien, Titus et Domitien qui étaient en poste pendant une bonne partie de sa vie publique (de 69 à 96, date de son arrestation). Des indications qui figurent dans les Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée, on peut déduire que son père était un demi-frère d'un « consul Clemens »[29],[note 6], identifié au consul Titus Flavius Clemens exécuté par Domitien en 95[8] pour des motifs où figurent sa religion. D'autre-part, dans les écrits pseudo-clémentins, Clément est le fils d'un personnage qui a atteint le rang sénatorial à l'époque de l'empereur Tibère (mort en mars 37), dont nous ne connaissons qu'un des trois noms du tria nomina[8] : Faustinianus, abrévié en Faustinus dans les Homélies pseudo-clémentines[30]. On retrouve le même nom Faustinianus dans les Actes du martyr de saint Clément[15] ainsi que dans les traditions de l'église de Metz, dont le premier évêque aurait été un des oncles de l'évêque Clément de Rome, appelé Flavius Clemens (le tria nomina complet n'est pas connu).

Martyre de saint Clément par Bernardino Fungai

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, Clément est arrêté à une date inconnue située entre 95 (sous Domitien) et 98, alors que dans la même période un grand nombre de chrétiens membres de la famille impériale sont eux aussi arrêtés. Il est ensuite « relégué au delà du Pont-Euxin dans la solitude de Cherson, où se trouvaient déjà deux mille chrétiens condamnés ». L'empereur Trajan donne ensuite l'ordre de l'exécuter à une date que la tradition fixe en 98.

Lettres aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

Vision de la Trinité du pape Clément, toile de Giovanni Battista Tiepolo, v. 1730

Première lettre aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

La tradition lui attribue depuis le IIe siècle une lettre — connue sous le nom de Épître de Clément aux Corinthiens[31] — adressée de Rome aux alentours de 95[note 7] à la communauté chrétienne de Corinthe en proie à des troubles internes graves, alors que de jeunes membres s’étaient insurgés contre les presbytres, au point de les déposer de leurs charges. L'auteur suggère alors le rétablissement dans leur fonction des pasteurs légitimes et appelle les révoltés à l’obéissance envers ces derniers. Ce texte peut témoigner de la structure hiérarchique de la communauté chrétienne dont le gouvernement semble encore de type collégial à ce moment.

Cette épître adressée au nom de « L'Église de Dieu qui séjourne à Rome à l'Église de Dieu qui séjourne à Corinthe » est perçue dans la tradition catholique comme un premier document post-apostolique en faveur de la préséance de l'évêque de Rome dans l'Église du Christ, et son rôle déjà accepté d'arbitrage, bien que la communauté chrétienne de Rome relève d'une direction collégiale au moins jusqu'au début du IIIe siècle[32].

Cette lettre rédigée en grec et dans un style simple et clair, est un véritable exposé sur la foi telle qu'elle était vécue à la fin du Ier siècle. Il s'agit d'un des plus anciens textes théologiques du christianisme, si l'on excepte les Évangiles et autres écrits apostoliques. L'auteur cite abondamment la Bible dans la version des Septante et on relève des citations ou des emprunts libres à Euripide et à Sophocle ainsi que des éléments de la pensée stoïcienne.

Oubliée à partir du IVe siècle, cette lettre est retrouvée au XVIIe siècle dans le Codex Alexandrinus. En 1894, un moine bénédictin de Maredsous, Germain Morin trouve à Namur un manuscrit du XIe siècle contenant la traduction en latin populaire de la lettre de Clément, la traduction elle-même remontant au IIe ou IIIe siècle, soit presque contemporaine de son écriture. La parenté du texte avec l’Épître aux Hébreux est indéniable et la question se pose de savoir si les deux textes émanent de la même source.

Deuxième lettre aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

Il existe une deuxième épître de Clément au Corinthiens qui date d'environ 150 et s'apparente davantage à une homélie qu'à une épître, et qu'on ne peut attribuer à Clément. Adolph von Harnack a cru pouvoir l'identifier avec une lettre de l'évêque Soter, adressée vers 170, à l'église de Corinthe. Des traits communs avec Le Pasteur d'Hermas laissent penser également à une origine romaine.

Autre écrits attribués à Clément[modifier | modifier le code]

On a attribué d'autres ouvrages à Clément : le Roman pseudo-clémentin connu en deux recensions, l'une grecque (les Homélies clémentines) et l'autre latine (le Roman des Reconnaissances), et deux lettres sur la Virginité, citées par Jérôme mais inconnues d'Eusèbe de Césarée et qui paraissent dater au IVe siècle.

Martyre et vénération[modifier | modifier le code]

Données de la tradition orale[modifier | modifier le code]

Clément est très vénéré dans les pays de l'Est à cause d'une tradition qui le fait mourir en exil au bord du Pont-Euxin dans l'actuel Inkerman qui se trouve aujourd'hui en Crimée (Ukraine). À cause de la même tradition de la présence de ses reliques à une extrémité de la route des Varègues aux Grecs, la première église construite en bois en Scandinavie lui aurait été dédiée.

Son martyre[modifier | modifier le code]

Saints Cyrille et Méthode amenant les restes de Saint Clément à Rome.
fresque du XIe siècle, Basilique St-Clément de Rome

Selon une tradition, Clément est mort en martyr, mais les Acta de son supplice, rédigés au IVe siècle ont un caractère légendaire.

Saint Clément est le patron des mariniers pour avoir été martyrisé sous l'empereur Trajan vers 99, précipité au fond de la mer une ancre de marine accrochée au cou. Ses reliques auraient été ramenées de Crimée à Rome par saints Cyrille et Méthode au IXe siècle. Elles sont vénérées dans la basilique Saint-Clément, près du Colisée, édifice dont il est dit qu'il a été érigé à l'emplacement de la maison du saint à Rome. Cette attribution hagiographique et anachronique a depuis été réfutée, notamment par E. Junyent[33].

Son nom est cité avec ceux de ses prédécesseurs Lin et Clet, ainsi que ses successeurs Sixte et Corneille, dans le canon du rite romain traditionnel de l'Église latine.

Il est liturgiquement commémoré le 23 novembre par les catholiques latins et les anglicans. Les églises syriaque orthodoxe, syro-malankare orthodoxe, grecque orthodoxe, catholique syriaque et catholiques orientales le célèbrent le 24 novembre, l'Église orthodoxe russe, le 25 novembre et l'Église copte orthodoxe le 8 décembre.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Clément est représenté avec l'ancre de son martyre au cou[34].

Identification[modifier | modifier le code]

Certains critiques ont tenté d'identifier l'évêque Clément de Rome avec le consul Titus Flavius Clemens exécuté par Domitien en 95, alors que sa femme Flavia Domitilla est exilée dans l'île de Pandateria, car l'écrit de Dion Cassius résumé par le moine Xiphilin dit que Flavius Clemens, ainsi que sa femme Flavia Domitilla ont été arrêtés par Domitien « les accusant tous deux de ne pas adorer les Dieux[35]. » L'accusation « d'athéisme » (« ne pas adorer les Dieux ») a souvent été utilisée à l'encontre des chrétiens qui refusaient de sacrifier aux Dieux païens. Cela est même devenu pour la justice romaine, un moyen de distinguer parmi les chrétiens, ceux qu'il fallait exécuter de ceux que l'on pouvait laisser repartir libre. Donc, il est possible que Titus Flavius Clemens et sa femme Flavia Domitilla aient été chrétiens et plus précisément qu'ils aient été ce que nous appelons aujourd'hui des judéo-chrétiens. C'est en tout cas ce qu'indique le Vetus Martyrologium Romanum à la date du 22 juin[36]. Mais cela ne suffit pas pour l'identifier à l'évêque Clément de Rome. Un premier obstacle vient de la chronologie. Les indications qui sont fournies à ce sujet dans les écrits du cycle pseudo-clémentin rendent en effet cette identification impossible. Le futur évêque Clément de Rome y est dépeint comme un jeune garçon doué de raison à l'époque de l'empereur Tibère (mort en mars 37), alors que Titus Flavius Clemens ne naît pas avant 55-60[8].

Les critiques qui soutiennent cette identification entre l'évêque Clément et Titus Flavius Clemens estiment qu'Eusèbe de Césarée et Dion Cassius parlent de la même Flavia Domitilla[37]. Eusèbe se serait simplement trompé en indiquant qu'elle a été exilée dans l'île de Pontia, alors que Dion Cassius parle de l'île de Pandateria. Eusèbe aurait aussi omis de dire que cette Flavia Domitilla était la femme de Flavius Clemens dont il parle dans la même phrase[38].

Article détaillé : Identification de Flavia Domitilla.

Toutefois, la sainte Flavia Domitilla n'a pas du tout le même profil que la femme du consul Flavius Clemens. La première est une jeune fille vierge qui décide de rester vierge et de refuser de se marier pour être consacrée à Dieu, la seconde est une femme mûre qui a eu sept enfants[39], dont deux des fils ont été ouvertement reconnus comme ses successeurs par Domitien[40]. La première sera finalement exécutée à Terracina après son exil, au contraire, la femme de Titus Flavius Clemens est seulement exilée sur l'île de Pandateria et Dion Cassius précise bien que contrairement à son mari, elle n'a pas été tuée. La mère de la première s'appelle Plautilla, or on connaît le nom de la mère de la femme du Titus Flavius Clemens, c'est une sœur de Titus et Domitien, elle aussi appelée Flavia Domitilla[41] et que les historiens ont pris l'habitude d'appeler Domitilla la Jeune. Enfin, la mère de la femme de Titus Flavius Clemens, ne peut pas être une demi-sœur du consul.

Il s'agit donc de deux Flavia Domitilla différentes et c'est par erreur que des auteurs chrétiens les ont assimilés depuis plus de mille ans. L'histoire a d'ailleurs retenu trois autres Flavia Domitilla vivant à la même époque et appartenant toutes à la famille flavienne.

La confusion vient probablement du fait qu'outre le grand nombre de Flavia Domitilla, il semble y avoir aussi eu, un grand nombre de Clément appartenant à la famille flavienne, qui ont été réprimés par Domitien pour des motifs religieux à la fin de son règne. Outre Clément de Rome, il y a donc Titus Flavius Clemens, mais aussi selon Philostrate d'Athènes et le Talmud de Babylone, un consul Clément exécuté en 96 (Kelomenos dans le Talmud), qui avait été marié avec une sœur de Titus[42] et de Domitien[43], avec laquelle il a eu un fils appelé Aquila (déformé en Onqelos dans le Talmud). Marcus Arrecinus Clemens dont la sœur Arrecina Tertulla avait été la femme de Titus[44], semble aussi avoir été exécuté dans la même période et pour les mêmes motifs[45].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Textes du Pseudo-Clément[modifier | modifier le code]

  • Homélies, dites Homélies clémentines, trad. A. Siouville, Verdier, 1991, 418 p.
  • Deuxième épître de Clément au Corinthiens (vers 150), éd. Hemmer, Les Pères apostoliques, t. X, Paris, Picard, 1909.
  • Roman des Reconnaissances (Syrie, IIIe siècle) : Les Reconnaissances du Pseudo-Clément. Roman chrétien des premiers siècles, Brepols, 1999, 649 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Faivre, Chrétiens et Églises : des identités en construction. Acteurs, structures, frontières du champ religieux chrétien, Paris, Cerf-Histoire, 2011, 608 p. la troisième partie de cet ouvrage (p. 383-442) regroupes les recherches les plus récentes sur la lettre de Clément de Rome : chapitre VIII :"Préceptes laïcs et commandements humains. Les fondements scripturaires de 1 Clément 40, 4 ; L'Église en question dans la Lettre de Clément de Rome : une ecclésiologie de conflit et d'intégration ; Des adversaires vus de Rome. l'art de gérer un conflit en proposant de nouvelles frontières pour l'ekklèsia
  • article du Dictionnaire de Théologie Catholique, sur Clément de Rome, numérisé par Jesusmarie.com en ligne
  • Yves Maris, article "Clément de Rome", in Chemins cathares, article en ligne
  • Paul Fargues, Histoire du christianisme, éd. Fischbacher, 1929, t. II, chap. 1, en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En passant à Alexandrie, il a à nouveau entendu l'enseignement de Barnabé, où ce dernier l'avait précédé.
  2. Césarée est alors la capitale romaine de la Judée et fief de Simon le Mage, auquel Pierre va s'affronter pendant tout le reste du récit.
  3. Cette mission évangélisatrice les conduit à Tyr, Sidon, Béryte (aujourd'hui Beyrouth), à Byblos, où Pierre nomme également un évêque et où il baptise Clément. Puis ils reprennent leur périple qui les mène à Tripoli, à Orthasia, à Antarados et Arados, Balania, Paltos, Gabala, Laodicée et enfin Antioche cf. Bernard Pouderon, Aux origines du roman pseudo-clémentin, in Le judéo-christianisme dans tous ses états - Actes du colloque de Jérusalem - 6-10 juillet 1998, Dir. Simon Claude Mimouni, Paris, éd. Cerf, 2001, p. 240.
  4. Il s'agit donc d'évêques institués au Ier siècle puisque le dernier apôtre, Jean de Zébédée, est donné par la tradition pour être mort « la troisième année de Trajan » (101).
  5. Les Periodoi petrou (Itinéraire de Pierre) sont cités par Origène dans son Commentaire sur la Genèse et dans son Commentaire de Matthieu datés respectivement de 230 et 245. Hom. 2,32 et Rec. 3,45,2 connaissent les Actes de Pierre 32 qui datent de 190 ; cf. Frédéric Manns, Les pseudo-clémentines (Homélies et Reconnaissances). État de la question, 2003, Liber Annuus, vol. 53, p. 171.
  6. Dans les Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée, Nérée et Achillée, deux chambellans de la sainte Flavia Domitilla, vont voir l'évêque Clément de Rome et pour se présenter ils lui disent: « nous savons que le consul Clément était le frère de votre père. Or, sa sœur Plautilla nous avait pris à son service », ce qui indique que Titus Flavius Clemens, Plautilla et le père de l'évêque Clément étaient des demi frères et sœurs.
  7. C'est la date généralement retenue, même si les dates peuvent osciller selon les chercheurs entre 80 et 140.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Chapman, « Pope St. Clement I. », The Catholic Encyclopedia 1908
  2. Le titre de Pape apparaît au cours du IIIe siècle, et n'est pas utilisé pour l'évêque de Rome avant le début du IVe siècle. Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape ».
  3. Tertullien, De praescriptione haereticorum, 32, 2.
  4. a et b Bernard Pouderon, Aux origines du roman pseudo-clémentin, in Le judéo-christianisme dans tous ses états - Actes du colloque de Jérusalem - 6-10 juillet 1998, Dir. Simon Claude Mimouni, Paris, éd. Cerf, 2001, note no 1, p. 233.
  5. a et b Constitutions apostoliques, livre VII, 46, 6.
  6. Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3.
  7. Nouveau Testament, Épître aux Philippiens, 4, 3.
  8. a, b, c et d Bernard Pouderon, Aux origines du roman pseudo-clémentin, in Le judéo-christianisme dans tous ses états - Actes du colloque de Jérusalem - 6-10 juillet 1998, Dir. Simon Claude Mimouni, Paris, éd. Cerf, 2001, p. 238-239.
  9. Les Periodoi petrou (Itinéraires de Pierre) sont cités par Origène dans son Commentaire sur la Genèse et dans son Commentaire de Matthieu datés respectivement de 230 et 245. Hom. 2,32 et Rec. 3,45,2 connaissent les Actes de Pierre 32 qui datent de 190 ; cf. Frédéric Manns, Les pseudo-clémentines (Homélies et Reconnaissances). État de la question, 2003, Liber Annuus, vol. 53, p. 171.
  10. a et b Frédéric Manns, Les pseudo-clémentines (Homélies et Reconnaissances). État de la question, 2003, Liber Annuus, vol. 53, p. 171.
  11. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 706.
  12. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 260.
  13. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 260-263.
  14. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 754.
  15. a, b et c Actes des martyrs, Actes de saint Clément, pape et martyr.
  16. a, b et c ,Frédéric Amsler, Les citations évangéliques dans le roman pseudo-clémentin. Une tradition indépendante du Nouveau Testament ? in Frédéric Amsler, Gabriella Aragione, Eric Junod, Enrico Norelli, Le canon du Nouveau Testament: regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, 2005, Éd. Labor & Fides, Genève, p. 149.
  17. En Lorraine, la tradition en faisait le fils d'un dénommé Faustinianus, le frère de l'évêque Clément de Metz (assimilé lui-même à un consul portant lui aussi le nom de Flavius Clemens cf. Le grand dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Louis Moréri 1740.)
  18. Drijvers, 1992, p. 126-127, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 226.
  19. Drijvers, 1985, p. 88-102, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 227.
  20. Constitutions apostoliques, livre VII, 46, 14.
  21. Marcel Metzger, Clement I (Pope.), Les constitutions apostoliques: Livres I et II, Éditions du Cerf, 1986, p. 317.
  22. Constitutions apostoliques, livre VI, 9, 1.
  23. Actes des Apôtres 18:25 ; 18:26.
  24. Nouveau Testament, Épître aux Romains, 16, 3-5.
  25. Nouveau Testament, Première épître aux Corinthiens, 16, 19.
  26. a et b Actes des Apôtres, 18, 1-5.
  27. Actes des Apôtres, 18, 26.
  28. Vision 2, 4, 3
  29. Actes des martyres, Actes des martyres de la vierge sainte Flavia Domitilla et des saints Nérée et Achillée.
  30. Frédéric Amsler, Les citations évangéliques dans le roman pseudo-clémentin. Une tradition indépendante du Nouveau Testament ? in Frédéric Amsler, Gabriella Aragione, Eric Junod, Enrico Norelli, Le canon du Nouveau Testament: regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, 2005, Éd. Labor & Fides, Genève, p. 149.
  31. Cf bibliographie pour la traduction
  32. Calixte Ier, vers 217, est le premier personnage semblant avoir assumé le poste d’évêque et ayant quelque consistance historique, cf. Yves-Marie Hilaire, Histoire de la papauté : 2 000 ans de missions et de tribulations, Paris, Folio, coll. « Histoire »,‎ Certains chercheurs parlent plutôt de Victor Ier, son prédécesseur (vers 199)
  33. (it) E. Junyent, Il titolo di San Clemente in Roma, 1932, Rome
  34. B. Des Graviers et T. Jacomet, Reconnaître les saints : Symboles et attributs, Massin,‎ (ISBN 2-7072-0471-4)
  35. Dion Cassius traduit par Théodore Reinach, « Dans Fontes rerum judaicarum : Histoire romaine ([[wikt:épitomé|épitomé]] de [[Xiphilin]]), livre 67, page 195 », Ernest Leroux,‎ 1895
  36. « Item Romae Translatio sancti Flavii Clementis, viri Consularis et Martyris; qui, sanctae Plautillae frater ac beatae Virginis et Martyris Flaviae Domitillae avunculus, a Domitiano Imperatore, quocum Consulatum gesserat, ob Christi fidem interemptus est. Ipsius porro corpus, in Basilica sancti Clementis Papae inventum, ibidem solemni pompa reconditum est. », (la) Vetus Martyrologium Romanum, à la date du 22 juin.
  37. Les deux Flavia Domitilla — celle mentionnée par Dion Cassius et celle mentionnée par Eusèbe de Césarée — sont une seule et même personne pour Paul Mattéi. Pour lui, il y a seulement une imprécision sur le lien de parenté qui l'unit à Flavius Clemens: épouse pour Dion Cassius, nièce pour Eusèbe de Césarée. cf. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin.
  38. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, tome III ; « les écrivains étrangers à notre croyance n'hésitent pas à rapporter dans leurs histoires la persécution et les martyres qu'elle provoqua. Ils en fixent la date avec exactitude ; ils racontent que dans la quinzième année de Domitien (96), avec beaucoup d'autres, Flavia Domitilla elle-même, fille d'une sœur de Flavius Clémens, alors un des consuls de Rome, fut reléguée dans l'île Pontia en punition de ce qu'elle avait rendu témoignage au Christ. »
  39. ILS, 1839.
  40. Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, p. 47.
  41. CIL 6, 31287, CIL 5, 2829, AE 1962, 272.
  42. Kelonikus (T.B. Guittin, 56b) ou Kelonimus ( T.B. Avoda Zara, 11a), que les linguistes reconnaissent comme une déformation du nom "Clément" et qui dans le Talmud épouse une sœur de Titus.
  43. Philostrate d'Athènes, Vie d'Appolonios de Tyane, livre VIII, XXV.
  44. Suétone, Vie de Titus, 4.2: Titus « épousa Arrecina Tertulla, fille d'un chevalier romain qui avait été préfet du prétoire, et, après sa mort, Marcia Furnilla, d'une naissance illustre, dont il se sépara après en avoir eu une fille ».
  45. « Sa troisième nomination au consulat en 94 précède de peu son arrestation », cf. Bernard William Henderson, Five Roman emperors: Vespasian, Titus, Domitian, Nerva, Trajan, A.D. 69-117, p. 52.