Clément Bressou

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Clément, Jean, Pierre, François, Emmanuel Bressou est un vétérinaire français, né le 22 février 1887 à Montauban et décédé le 31 janvier 1979 à Toulouse, qui fut professeur d’anatomie à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (1920-1926), puis à l'École nationale vétérinaire d’Alfort (1926-1957) et directeur de cette École pendant vingt-quatre ans (1934-1957). En tant que naturaliste, il a joué un rôle important dans la protection de la nature en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Clément Bressou en 1926

Clément Bressou est né le 22 février 1887 à Montauban, dans une famille d’artisans, septième enfant de François Bressou et de Marguerite, Zoé, née Bourdelles, dont tous les enfants, sauf lui, moururent en bas âge[1]. Il fit ses études secondaires au collège de Castelsarrasin, en élève brillant et sportif, capitaine de l’équipe de rugby.

Au cours de sa scolarité à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (1906-1910), « il se découvrit une véritable passion pour les sciences anatomiques »[1], il fréquenta les milieux littéraires et artistiques de Toulouse, et participa activement à la vie culturelle et sportive de l’École, démontrant, déjà, « ses prodigieuses qualités d’animateur »[2], notamment comme président du Cercle des élèves. A la sortie de l’École de Toulouse, il répondit favorablement à la sollicitation de son maître, le professeur Lucien Montané, professeur d’anatomie, et fut engagé comme chef de travaux.

Le 18 juin 1913, il épousa Madeleine Sizes, jeune violoniste concertiste, et de cette union naquirent deux enfants : en 1919, Marc et en 1922, Simone. Parallèlement, il accomplit son service militaire (1910-1912), puis fut mobilisé en août 1914 pour plus de quatre ans.

En 1919, il devint professeur chargé de la chaire d’anatomie descriptive, de tératologie et d’extérieur des animaux à l’École nationale vétérinaire de Toulouse, succédant à son maître Lucien Montané ; en 1926, il devint titulaire de la chaire d’anatomie descriptive, systématique et topographique de l’École nationale vétérinaire d’Alfort, rendue vacante par le départ d'Édouard Bourdelle, appelé au Muséum national d'histoire naturelle à Paris. A partir de 1934, il cumula cette fonction et celle de directeur de l’École nationale vétérinaire d’Alfort jusqu’à sa retraite en 1957.

Œuvre et réalisations[modifier | modifier le code]

Clément Bressou œuvra dans différents domaines avec la même énergie apparemment inépuisable : l’enseignement, la direction de l’École d’Alfort, le développement et l’histoire de la profession vétérinaire ainsi que la protection de la nature.

L'enseignant[modifier | modifier le code]

En tant qu’enseignant, il a marqué l’esprit des étudiants de dizaines de promotions. Il savait transmettre sa passion de l’anatomie en alliant des dons d’orateur et de dessinateur à une mémoire extraordinaire[1] « Il savait enseigner, démontrer et convaincre de ses gestes persuasifs et de sa voix chaude où quelques accents rocailleux issus d’un terroir montagnard ne rompaient pas la mélodie généreuse des hommes du Midi, et bien au contraire lui donnaient vigueur »[3]. « Surchargé de travail, il commençait à parler dès l’entrée dans l’amphithéâtre. Il développait alors une description claire, précise, complète, qui n’allait plus s’arrêter qu’à sa sortie. Au talent du verbe, il associait la sûreté et l’habileté des gestes, il accompagnait son discours de dessins dont il recouvrait progressivement les six grands tableaux mis à sa disposition »[4]. Tout en poursuivant le développement des points de son cours, il continuait à dessiner sans jamais rester immobile une seconde. « Il grimpait sur une chaise pour commencer son trait et ce trait ne vacillait pas jusqu’au moment où il terminait accroupi. Ah ! Ces splendeurs en craies multicolores que l’on regardait, fasciné, avant l’horrible massacre de l’éponge »[5].

Ouvrages et publications[modifier | modifier le code]

Les travaux de Clément Bressou dans le domaine de l’anatomie l’ont conduit à effectuer de nombreuses publications, colligées dans la thèse de Plassard[1] : 32 traitant d’anatomie normale, 13 d’anomalies et de tératologie, et plusieurs ouvrages[6],[7],[8],[9],[10]. C. Bressou introduisit des méthodes nouvelles dans l’enseignement de l’anatomie, telles l’usage de la radiographie. Avec Bourdelle, Didier et Rode, il fonda en 1936 la revue Mammalia. Soucieux de l’exactitude des termes employés en anatomie, il contribua à la création de l’Association internationale des anatomistes vétérinaires en 1957 à Freiburg et fut élu président-fondateur à l’assemblée constitutive.

Au-delà du domaine de l’anatomie, Clément Bressou eut l’occasion de se pencher sur diverses questions impliquant la profession vétérinaire. Ainsi, il apporta sa contribution à des problèmes de pathologie médicale ou chirurgicale (13 articles), rechercha les facteurs d’amélioration des denrées d’origine animale, s’intéressa à l’épidémiologie des grandes maladies contagieuses de l’époque (16 articles) et contribua à répandre les techniques de l’insémination artificielle[1]. Enfin, dans le prolongement de ses travaux sur la vision des bovins et le comportement de bravoure des taureaux camarguais et toros de lidia, il introduisit et développa, en France, le statut de vétérinaire des corridas. Ainsi, avec Jean Marty, il fonda en août 1955, à l’occasion de la corrida des Fêtes de Dax, l’Association vétérinaire tauromachique et en fut élu président-fondateur.

Le directeur d'Alfort[modifier | modifier le code]

Clément Bressou a été le directeur de l’École d’Alfort ayant assuré le plus long directorat de l’histoire de cet établissement pendant le XXe siècle. Ayant été nommé Inspecteur général des Écoles vétérinaires le 20 mars 1941, il en démissionna dès septembre 1941, à sa demande[11]. Il eut à cœur d’assurer la modernisation du cursus et de l’enseignement : réforme du concours d’entrée, développement de l’enseignement pratique, création d’enseignements (agronomie, botanique et zoologie appliqués à l’hygiène et à l’alimentation animale , économie rurale…), notamment de spécialisation en dernière année, développement de l’enseignement post-universitaire (cours de médecine vétérinaire publique, enseignement d’insémination artificielle, cours supérieur d’aviculture, cours de pathologie apicole…), développement de nouvelles méthodes pédagogiques (recours à la cinématographie). Il fut responsable de l’organisation des Journées vétérinaires d’Alfort de 1929 jusqu’à son départ en retraite. Il eut également à affronter et résoudre les multiples problèmes liés à la direction de l’École pendant la seconde guerre mondiale[1]. Et, après la guerre, à réorganiser les échanges, pour l’enseignement et la recherche, avec les facultés de divers pays étrangers, interrompus pendant quelques années.

En qualité de directeur de l’École d’Alfort, C.Bressou fut directeur de l’Institut de médecine vétérinaire exotique, installé, à sa création, sur le site. Par la suite, il a favorisé l'autonomie et l'extension des activités de cet organisme qui devint l’Institut d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux. Il contribua à la promotion de l’enseignement et de la recherche vétérinaire et zootechnique dans les territoires de la France d’Outre-Mer, puis dans les pays d’Afrique francophone.

L'historien de l'anatomie et de la médecine vétérinaires[modifier | modifier le code]

Clément Bressou s’est également intéressé à l’histoire de l’anatomie et de la médecine vétérinaire. Cette inclination s’est traduite par diverses conférences, notamment celle effectuée dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le 27 mai 1967, lors de la cérémonie commémorative du deuxième centenaire de l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Elle l’a conduit à publier un petit livre de la collection Que sais-je ? sur l’Histoire de la médecine vétérinaire[12].

Le naturaliste[modifier | modifier le code]

Clément Bressou, naturaliste, en Camargue (Bouches-du-Rhône), vers 1930

Anatomiste dans l’âme, Clément Bressou n’en restait pas moins un fervent naturaliste et ce fut donc tout naturellement qu’il chercha « un dérivatif aux travaux fatigants et arides de l’anatomie dans la zoologie de plein air »[13]. Devenu membre de la Société de biogéographie et de la Société nationale d’acclimatation en 1926, il se vit attribuer le poste de Secrétaire général de la Société nationale d’acclimatation qu’il occupa de 1929 à 1935. Il fut nommé Directeur général des réserves naturelles de la Société en 1929 et contribua tout d’abord à l’organisation de la réserve de la Camargue. Sur ce modèle, il prit une part active à la réalisation de la réserve de Néouvielle en 1931, de la réserve de Lauzanier en 1932 et de la réserve de Port-Cros en 1945.

Il fit partie, dès sa création en 1946, du Conseil national de protection de la nature et en présida, jusqu’en 1977, le Comité permanent. Son action y fut déterminante au moment où se créèrent enfin les Parcs nationaux de France grâce à la loi du 22 juillet 1960, texte à l’élaboration duquel il prit une part active[3]. Le rôle capital joué par C. Bressou pendant des décennies pour la protection de la nature est décrit dans un article présent sur le site de l’Association pour l’histoire de la protection de la nature et de l’environnement (AHPNE)[14].

Académies, sociétés savantes et professionnelles[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière, Clément Bressou a été membre de nombreuses sociétés savantes ou professionnelles, françaises ou étrangères et en a présidé certaines :

Il fut également président fondateur de l’Association internationale des anatomistes vétérinaires et membre d’honneur de l’Association mondiale vétérinaire. Sa notoriété lui valut d’être consulté à de nombreuses reprises au sein de diverses commissions : Conseil supérieur du CNRS, Conseil supérieur de l’INRA, Conseil de direction de la recherche scientifique vétérinaire, Conseil supérieur de la recherche scientifique et technique d’outre-mer, Comité directeur du Centre de coordination des études et des recherches sur la nutrition et l’alimentation, Conseil supérieur d’hygiène publique de France, Conseil consultatif des épizooties, Comité français de l’Union internationale des sciences biologiques, Comité médical du Palais de la découverte, etc.

Enfin, il présida l’Association centrale des vétérinaires, organisme d’entraide et de soutien financier de la profession, dont il avait bénéficié pendant ses études, pendant vingt-quatre années (1954-1978), le plus long mandat dans les annales de cet organisme caritatif, et fut membre du Conseil d’administration de l’Association des anciens élèves et des amis de l’Ecole d’Alfort de 1935 à 1973.

Des confrères, ses collaborateurs et ses amis lui ont offert, en 1972, une médaille de la Monnaie de Paris, sculptée par Paul Belmondo, frappée à son effigie sur une face et d’un isard sur l’autre.

L’homme[modifier | modifier le code]

Clément Bressou dans le jardin de sa maison de Castillon-en-Couserans (Ariège)

Clément Bressou était incontestablement un homme d’une très vive intelligence, d’une puissance de travail difficile à égaler et d’une mémoire prodigieuse. Il fut un homme de science, à la fois homme de laboratoire et de terrain ; il fut aussi un homme d’action et l’un des plus grands représentants de la profession vétérinaire de son époque. Les multiples charges qu’il assuma ne l’écartèrent pas d’un humanisme souriant, d’une vive curiosité à l’égard de tout ce qui l’entourait et d’un enthousiasme profond pour les jeunes[1]. Il se comportait presque en père avec ses étudiants, sachant les réprimander quand leur attitude cessait d’être responsable, parfois avec une touche de bienveillance quand elle n’était pas infondée, ou leur adressant de sincères vœux de rétablissement et les exhortant au repos s’ils étaient malades. Il était, de plus, toujours disposé à leur venir en aide[1]. Par ailleurs, C. Bressou, homme de culture, de sensibilité artistique, ne manquait pas d'inciter ses étudiants à bénéficier des multiples ressources culturelles que leur offrait la capitale.

Maison de Clément Bressou à Castillon-en-Couserans (Ariège)

Organisateur, précurseur, professeur talentueux et conférencier attachant, sa retraite prise en 1957 ne le ralentit guère dans ses activités. Pour ses anciens étudiants, ses collaborateurs, ses collègues des académies et d’ailleurs, sa silhouette, sa moustache et son regard clair illuminant un visage buriné étaient devenus familiers à tous. Il semblait ne pas vieillir puisque son esprit ne changeait pas et plus personne ne s’étonnait de cette présence qui défiait les années[1]. Il passa ses dernières années dans la maison qu’il avait contribué à rénover à Castillon-en-Couserans et qui lui servit de lieu d’enracinement, de paix et de ressourcement.

Dans l'hommage posthume qui lui fut adressé, ses collègues, les professeurs P.-C. Blin et R. Lautié, écrivirent : « On vous citera en exemple dans et en dehors de la profession : par votre prestance, votre intelligence, votre culture, par la hauteur de vos idées, vous fûtes un aristocrate ; par votre humanisme, par votre goût de la connaissance et votre souci de la diffuser, vous fûtes aussi un talentueux vulgarisateur, un homme de vérité. Mais surtout vous resterez pour nous, l’homme que nous avons aimé, l’enthousiaste, l’infatigable, le généreux, celui qui, au-delà de ses multiples tâches a su, pendant près d’un demi-siècle, symboliser l’enseignement et la profession vétérinaires »[5].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Clément Bressou reçut également de nombreuses distinctions françaises :

etc.

et étrangères :

etc.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une rue de Castelsarrasin porte le nom Clément Bressou.

Ouvrages de Clément Bressou[modifier | modifier le code]

  • Bressou C. Dissection des animaux domestiques. Chahine éd., 1927, 104 p.
  • Bressou C. Anatomie appliquée. Centre de documentation universitaire, Paris, 1935, quatre cahiers de 172 p.
  • Bressou C. et Richir A. Aide-mémoire d’ostéologie comparée des animaux domestiques. Vigot frères éd., 1re éd. : 1943, 104 p. ; 2e éd. : 1961, 110 p.
  • Bourdelle E., Bressou C. et Florentin P. Technique de dissection des animaux domestiques. Baillière et fils éd., 1947, 248
  • Montané L., Bourdelle E. et Bressou C. Anatomie régionale des animaux domestiques. Tome 1 Equidés : Cheval, Ane, Mulet. Baillière et fils éd., 2e éd. :1937 ; 3e éd. : 1950 ; 4e éd. : 1972, 977 p. Tome 2 Ruminants. Baillière et fils éd., 2e éd. : 1978,438 p. Tome 3 Porcins. Baillière et fils éd., 2e éd. : 1964, 398 p. Tome 4 Carnivores domestiques. Baillière et fils éd., 1953, 502 p.
  • Bressou C. Que sais-je ? Histoire de la médecine vétérinaire. Presses universitaires de France, 1970,126 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Plassard V. La vie et l’œuvre de Clément Bressou. Thèse de doctorat vétérinaire, École vétérinaire d’Alfort, 2013, 372 p.
  2. Robin V. Allocution de M. V. Robin, président pour 1947. Bull. Ac. Vét. Fr., 1947, 20, 19.
  3. a et b Dorst J. Notice nécrologique sur Clément Bressou, membre de la section de biologie animale et végétale. C. R. Acad. Sc. Paris, Vie académique, 1979, 289, 2-7.
  4. Jacquet X. Clément Bressou (1887-1979). C. R. Séances Acad. Agric. Fr, 1979, 65, 1262-1267
  5. a et b Blin P.-C. et Lautié R.-C. Professeur Clément Bressou (1887-1979). Rev. Méd. Vét., 1979, 130,1260-1279
  6. Bressou C. Dissection des animaux domestiques. Chahine éd., 1927, 104 p.
  7. Bressou C. Anatomie appliquée. Centre de documentation universitaire, Paris, 1935, quatre cahiers de 172 p.
  8. Bressou C. et Richir A. Aide-mémoire d’ostéologie comparée des animaux domestiques. Vigot frères éd., 1re éd. : 1943, 104 p. ; 2e éd. : 1961, 110 p.
  9. Bourdelle E., Bressou C. et Florentin P. Technique de dissection des animaux domestiques. Baillière et fils éd., 1947, 248 p.
  10. Montané L., Bourdelle E. et Bressou C. Anatomie régionale des animaux domestiques.Tome 1 Equidés : Cheval, Ane, Mulet. Baillière et fils éd., 2e éd. :1937 ; 3e éd. : 1950 ; 4e éd. : 1972, 977 p.Tome 2 Ruminants. Baillière et fils éd., 2e éd. : 1978,438 p.Tome 3 Porcins. Baillière et fils éd., 2e éd. : 1964, 398 p.Tome 4 Carnivores domestiques. Baillière et fils éd., 1953, 502 p..
  11. « Arrêté du Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture en date du 10 septembre 1941 », Recueil de médecine vétérinaire, (consulté le )
  12. Bressou C. Que sais-je ? Histoire de la médecine vétérinaire. Presses universitaires de France, 1970,126 p.
  13. Bressou C. Titres et travaux scientifiques de M. C. Bressou, professeur d’anatomie, directeur de l’École vétérinaire d’Alfort. Foulon R. imprimeur, Paris, 1950.
  14. Site de l'AHPNE : Bressou Clément, Jean-Pierre, François, Emmanuel (1887-1979)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]