Citation (littérature)

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Une citation est la reproduction d'un court extrait d'un propos ou d'un écrit antérieur dans la rédaction d'un texte ou dans une forme d'expression orale. Selon Olivier Millet, une citation est « un fait de parole (d'écriture), par définition individuel et unique, qui est repris comme tel — cité — par un autre locuteur ou une infinité de locuteurs » (Dictionnaire des citations, 1992, p. V). La citation est, avec le plagiat, l'allusion, le lien hypertexte et la référence, une des formes du phénomène d'intertextualité.

La citation contient donc, d'après Antoine Compagnon, cinq « structures élémentaires » : un texte 1 « où l'énoncé apparaît pour la première fois et où il est pris », un texte 2 « où le même énoncé figure une seconde fois, en reprise », « l'énoncé lui-même », un auteur 1 (celui qui est cité) et un auteur 2 (celui qui cite) (La seconde main, 1979, p. 56). En réalité, les choses sont plus complexes. Par exemple, l'auteur de la parole ou du texte cité est généralement différent de celui qui fait la citation, mais un auteur peut être amené à se citer lui-même ; le texte 2 (la reprise) peut différer plus ou moins du texte 1 (l'original).

La citation est ponctuée par des guillemets ; parfois elle est donnée en caractères italiques.

Le propre d'une citation étant d'être un extrait, il faut la distinguer des maximes ou proverbes, des devises et autres formules, dictons, mots d'ordre, etc. qui sont, eux, plus généralement anonymes. Mais, ce mot peut servir de terme générique pour toute forme d'expression brève, en particulier dans des recueils de citations.

Des auteurs tels que Blaise Pascal et certains genres ou styles se prêtent davantage à devenir sources de citations : dialogues théâtre classique, aphorismes, poésie, etc.

Usage rédactionnel de la citation[modifier | modifier le code]

Le but d'une citation est de renforcer l'impact d'un texte par une forme de réquisition de l'expression d'un auteur de quelque notoriété. La citation soutient l'argumentaire ou l'illustre par une formulation autre ; elle peut aussi faciliter l'introduction à la question débattue.

L'extrait est généralement choisi pour sa représentativité du texte ou même plus directement des conceptions de son auteur. La citation est donc à la fois une forme de caractérisation et de substitution. En plus du respect de l'auteur, l'indication précise de la source (œuvre, discours) donne la possibilité de connaitre le contexte, de vérifier son exactitude matérielle, sa pertinence, et d'approfondir la connaissance de la problématique originelle.

L'emploi de la citation est délicat par sa nature même, puisque le propos cité est - d'une part - plus ou moins bien découpé dans un ensemble et isolé de ce contexte et d'autre part intégré à un autre contexte qui peut n'avoir que de vagues rapports avec le premier puisque rien n'y oblige le rédacteur.

Aspect légal[modifier | modifier le code]

Article détaillé : droit de citation.

Ce transfert d'un contexte à un autre justifie que l'emploi de citations soit assujetti au droit d'auteur. En respect du droit moral de tout auteur sur son œuvre, il est important de citer l'auteur de l'extrait reproduit, d'éviter toute forme d'altération, de donner autant que possible la source précise d'où a été tiré l'extrait. Si cette source n'est pas dans le domaine public et si l'extrait reproduit est de quelque importance, il est prudent de demander l'autorisation de l'auteur ou de ses ayants droit, démarche a fortiori requise s'il est fait usage de plusieurs citations d'un même ouvrage.

Citations opportunes et importunes[modifier | modifier le code]

La citation pose le problème de l'appropriation des idées et inventions d'autrui.

Deux situations peuvent déjà se concevoir relativement à la proportion de citations. D'une part, plusieurs types d'études peuvent reposer sur l'exploitation judicieuse d'un grand nombre de citations et tout le talent de l'auteur peut ne consister légitimement qu'en la justesse de leur choix et articulation. À l'inverse, d'autres essais peuvent se développer dans l'exploration critique des perspectives ouvertes par un seul extrait, considéré comme représentatif d'une époque, d'une œuvre, d'une école, etc. Un très grand nombre de proportions intermédiaires sont envisageables, sans qu'aucune règle théorique ne garantisse une valeur minimale à ces diverses compositions.

Dans ses plus mauvais emplois, la citation peut aisément faire illusion ; illusion dont il faut se garder d'abuser au risque d'affaiblir la crédibilité du propos au lieu d'en soutenir la trame. Le rapport de la citation à son contexte est à cet égard essentiel : celle-ci ne doit pas apparaître comme « plaquée » sur un exposé inconsistant ni davantage comme l'occasion d'une paraphrase dénuée d'intérêt. Il faut toujours éviter de tomber négligemment dans le travers épinglé par Émile Fournier : « Citer est parfois une ostentation de savoir ».

La méconnaissance du texte-source n'interdit pas la citation, donc par réemploi de citations faites par d'autres, mais ce réemploi apporte immédiatement des dangers supplémentaires, le premier étant d'indisposer le lecteur en lui suggérant que l'auteur cherche à lui en imposer sur ses lectures et son érudition. Le risque majeur serait surtout un emploi avec contresens ou un faux-sens bien fâcheux qui mangerait tout le contexte tout en marquant sans ambiguïté l'ignorance du texte initial. Le réemploi irréfléchi renforce de la même façon les risques d'anachronisme et autres formes de dénaturation des idées primitives.

Genèse et fonctions substitutives des citations[modifier | modifier le code]

En raison de sa nature de substitution à une formulation complète et originelle, l'abondance et les vocations des citations suivent l'évolution des moyens d'expression (invention et diffusion du papier, évolution de l'imprimerie, archives, sténographie, presse écrite, informatique). Cette évolution parallèle suit deux plans, d'abord celui de la facilité même d'expression écrite apportée par tel ou tel moyen, mais aussi par les possibilités de conservation des documents créés. Avant même l'écrit, la citation est parfois le seul vestige du discours, de la harangue martiale, de l'invective emportée par le vent. Elle seule reste aussi pour donner corps à une rencontre de personnages retenus par l'histoire. Ensuite, le recours à la citation plutôt qu'à la copie partielle ou intégrale dépendra de l'existence primaire de document original (condition d'une copie) et de la conservation de ce document, voire de sa reproduction et de son ample diffusion (condition d'un accès direct) ; copie ou accès direct reléguant la citation à des fins plus spécialisées où son caractère de conservation-substitution n'est plus centrale (érudition).

Ainsi, la mémoire collective ne connaît-elle de nombreux auteurs que par les citations que d'autres ont fait de leurs propos ou même de leurs écrits avant qu'ils ne disparaissent. L'exemple-type de ce phénomène, c'est les Fragments des philosophes pré-socratiques.

La mémoire collective n'a retenu parfois qu'une ou deux citations emblématiques du discours d'un tribun ou tout autre personnage de premier plan. Ne pouvant s'appuyer que sur les seules ressources de leur propre mémoire, les témoins n'ont retenu et transmis que ces mots devenus des raretés historiques. En de meilleures circonstances, la rédaction de journaux personnels et de chroniques a permis une première forme d'enregistrement moins réductrice et sans doute plus fiable.

Avec le développement exponentiel des moyens — et sans doute des sujets — de communication, la citation est toujours employée comme substitution, mais par un nouveau raffinement, celui de la réduction. À l'évocateur « Alea jacta est » du témoignage exceptionnel de Jules César sur la Gaule, fait écho un « Ich bin ein Berliner ! » (John F. Kennedy) ou un « Vive le Québec libre ! » (Charles de Gaulle) recueillis par des centaines de journalistes, photographes, caméramans et autres témoins immédiats. Les péripéties d'un voyage officiel et les discours de circonstance sont « réduits » par l'actualité en quelques formules percutantes ; formules dans lesquelles ensuite les diverses communautés opèrent encore des tris selon leurs particularités.

Le journaliste confronté à une masse croissante d'information cherche des raccourcis ; il est demandeur et même solliciteur de petite phrase, citation parfois bien arbitrairement choisie au sein d'un exposé, d'un débat parlementaire ou débat télévisé. Sortie de son contexte et de la chaleur des échanges, son auteur pourra parfois se demander s'il a bien dit cela, mais la mémoire collective en a jugé ainsi pour au moins un moment, pendant que d'autres hommes publics apprennent à retourner à leur profit cette obligation de faire court et percutant parfois au détriment du fond.

D'une manière générale, la nécessité de parvenir ou de se maintenir sur le devant de la scène publique et en particulier politique, d'obtenir la une dans la presse, favorise la tentation du trait d'esprit, du bon mot.

La mémoire collective s'adapte à la relative absence ou à la profusion des informations disponibles et se sert de la citation pour baliser le patrimoine qu'elle gère. Ainsi « Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité » plante pour toujours le drapeau de l'humanité de 1969 dans le territoire des grandes aventures de l'espèce.

Citations apocryphes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Citation apocryphe.

L'absence de document probant - sources fiables - est la cause principale des citations apocryphes, c'est-à-dire dont l'auteur n'est pas certain ou généralement objet d'interrogations sur sa production ou sa formulation. Il peut aussi s'agir de manipulations délibérées, ou de privilège d'une forme emphatique.

Emplois particuliers de citations[modifier | modifier le code]

Comme d'autres expressions brèves, généralement d'origine populaire, les citations sont parfois employées privées de contexte au sens strict :

  1. Propos hors-texte : citations d'en-tête de chapitre ou d'entrée en matière (épigraphe) ; dédicaces manuscrites.
  2. Devise familiale, de corporation, d'organisation, de nation, etc.
  3. Épitaphes, frontons gravés et autres participations à l'art scripturaire ;
  4. Légendes :

Des bases de données de citations sont également établies, généralement classées par thème et/ou par auteur. Présentées comme des dictionnaires, elles sont vendues ou consultables sous la forme de livres ou de sites web. Il existe aussi des recueils axés sur un thème en particulier.

Usage des citations dans les sciences humaines[modifier | modifier le code]

Les diverses sciences humaines font un grand usage des citations dans les publications scientifiques. Contribuant beaucoup à la qualité d'un article, il est nécessaire de se former à l'art de la citation... des auteurs antiques, sources de références reconnues ou des auteurs plus contemporains fournissant un état des lieux du sujet traité.

Le droit est un grand producteur et un grand consommateur de citations, sans parler des citations à comparaître et autres éléments de procédure. De nombreux ouvrages juridiques sont composés de citations de divers types : textes législatifs, codes, coutumes, extraits de jugement, etc.

Citations sur les citations[modifier | modifier le code]

  • « Par des citations on affiche son érudition, on sacrifie son originalité. » Arthur Schopenhauer
  • « Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses. » Albert Camus, Carnets
  • « Les citations sont les pilotis de l'écrivain fantôme : sans elles, il s'enfoncerait doucement dans le néant. » Erik Orsenna, Grand amour
  • « Un livre de citations... ne peut jamais être terminé. » Robert M. Hamilton
  • « La sagesse des sages et l'expérience des âges sont perpétuées par les citations. » Benjamin Disraeli
  • « Citation. Répétition erronée d'une déclaration d'autrui. » Ambrose Bierce
  • « L'art de la citation est l'art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes. » Voltaire
  • « Se méfier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne qu'à partir d'une citation. » Emil Michel Cioran
  • « Les citations, c'est de la pensée en conserve : c'est pas cher, c'est pas toujours très bon, mais tout le monde en mange. » Nicolas Meyer
  • « Les citations sont à la pensée ce que le prêt-à-porter est au sur-mesure... » Alain Remi
  • « C'est une bonne chose pour un homme peu cultivé de lire des dictionnaires de citations. » Winston Churchill

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Théorie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Compagnon, La Seconde main ou le travail de la citation, Seuil, 1979, 415 p. (Savant).
  • Othon Guerlac, Les citations françaises (1931), Armand Colin, 1954, avant-propos (p. 1-11).
  • Olivier Millet, Dictionnaire des citations, LGF, 1992, préface, p. V-XXXIV.

Dictionnaires des citations[modifier | modifier le code]

  • Florence Montreynaud, Jeanne Matignon, Dictionnaire des citations du monde entier, Le Robert, "Les Usuels", 1993, 506 p. (Par pays).
  • Pierre Oster, Dictionnaire des citations françaises, Le Robert, "Les Usuels", 2006, 944 p. (Chronologique)
  • Gilbert Pons, Dictionnaire des citations, Ellipses, 2010, 740 p. (Avec les références précises).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]