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Citadelle (livre)

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Citadelle
Auteur Antoine de Saint-Exupéry
Pays Drapeau de la France France
Genre essai
Éditeur Gallimard
Collection Blanche
Date de parution 1948
Nombre de pages 544
ISBN 2070256634
Chronologie

Citadelle est une œuvre posthume d'Antoine de Saint-Exupéry, parue en 1948.

Citadelle est un livre qui n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur.

Fustigeant le monde qui l'entoure, Saint-Exupéry est persuadé, à partir de 1943, qu'il n'y a qu'un seul problème pour qui veut faire œuvre d'écrivain parmi les hommes, c'est de leur « rendre une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien[1] ». Conjuguant son expérience personnelle du temps où il vivait l'aventure de l'Aéropostale, et sa méditation sur l'homme contemporain et le monde, il tâche d'élaborer une sagesse humaniste. À l'image du Bédouin du désert, le seigneur berbère qui construit sa citadelle au milieu des sables, il s'agit de fonder une sagesse qui sera un rempart vivant, invulnérable. Saint-Exupéry aborde ainsi tous les thèmes récurrents déjà explorés dans ses œuvres précédentes : l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages. Mais le dernier mot de sa sagesse, dans la mesure où « l'homme n'est qu'un nœud de relations », c'est la conscience du lien, la pratique de la communion et de l’échange comme sources de salut.

Le ton, lyrique et très solennel à dessein, permet d'exprimer avec force et conviction des idées parfois complexes.

Maurice Nadeau, critique littéraire, explique que pour Saint-Exupéry, l'humain est une « tension », une « direction vers », un « champ de forces », un « désir ». Individu, il n'existe pas plus qu'une pierre dans un tas de pierres similaires ; il se définit selon le pays qu'il habite, cette montagne, ce fleuve, cette fontaine qui apaisera sa soif, cet ennemi qui lui donnera l'existence : maillon d'une hiérarchie militaire se résorbant en la personne du roi, moellon d'une pyramide dont la pointe est Dieu. Il est aussi pris dans la chaîne des générations passées et futures. Dans de multiples contraintes, joyeusement acceptées, il éprouve sa liberté en transcendance. Ses frères ne sont pas ses égaux, ils vivent avec lui dans la relation du commandement et de l'obéissance. Sa vie est injustice originelle. Il la noue à d'autres vies en vue d'une œuvre commune qui les dépasse. Il est l'élément du foyer, du métier, du domaine, de la province, de l'Empire, lesquels existent en dehors de lui et le contiennent, à l'image de la cathédrale les pierres qui la constituent et auxquelles elle donne un sens. La vie est lutte, dépassement et prière, perpétuel devenir. Elle s’exprime dans la création fervente de tout le monde, est perpétuel échange. Même le roi n'existe qu'en fonction de Dieu qui donne une signification à l'univers[2].

Une civilisation se délite quand se dénoue le « nœud divin », où humains et choses s'abandonnent à leur pente « qui est que se mélangent les matériaux, que se fondent les glaciers en mare, qui s'effritent les temples contre le temps, que se disperse en molle tiédeur la chaleur du soleil, que se brouillent quand l'usure les défait les pages du livre, que se confondent et s'abâtardissent les langages, que s'égalisent les puissances, que s'équilibrent les efforts et que toute construction née du nœud divin se rompe en somme incohérente... ». La vie, dit encore l'auteur, est « structure, ligne de force et injustice ». L'exposé de cette philosophie, séduisante et grande, a sûrement plus fait pour sa gloire que tous ses ouvrages précédents. Les Français y retrouvent leur goût de l'ordre et de la hiérarchie, toujours contrarié par leur tempérament et reviviscent. Ils trouvent dans ce livre une volonté de changement dont les moyens manquent, le souhait du bouleversement d'une société qui se dirige vers un tout autre avenir. Ils bercent leur nostalgie d'un passé de légendes où chacun serait enfin à sa place, immobile dans une communauté hors du temps[2].

Cette longue incantation révélait un poète et un métaphysicien que les romans, sobres comme des reportages, fermes comme des leçons d'héroïsme, dispensateurs d'une énergie triomphant de la pire adversité par une alliance infaillible de la patience et du curage, n'avaient pas laissé voir. elle invitait à penser qu'habitait aussi chez l'auteur un homme tout prêt à tourner le dos aux problèmes trop vulgaires de son temps[2].

Notes et références

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  1. Lettre au général X... (1943) citée par Henri Lemaitre, L'aventure littéraire au XXe siècle, 1920-1960, Pierre Bordas et fils, 1984, p. 379.
  2. a b et c Maurice Nadeau, « Les morts de la guerre (sous-chapitre "Antoine de Saint-Exupéry") », dans Le Roman français depuis la guerre, Paris, Gallimard, coll. « Idées », (ISSN 0530-8089), (25-28 pour l'édition de 1992)

Bibliographie

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  • Jeanne Kerneff, « L’éternité chez Saint-Exupéry », Études littéraires, vol. 33, no 2,‎ , p. 83-95 (lire en ligne)
  • Nelly Ambert, « Le langage, l’écriture et l’action dans Citadelle, ou l’art poétique de Saint-Exupéry », Études littéraires, vol. 33, no 2,‎ , p. 97-111 (lire en ligne)

Liens externes

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