Cité lacustre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Cité lacustre
Image dans Infobox.
Habitat de type lacustre à Hanuabada, Port Moresby.
Présentation
Matériau

Cité lacustre ou village lacustre est un terme appartenant au vocabulaire de l'archéologie ou de l'ethnographie désignant des constructions d'âges divers situées en bord d'un lac, d'un marais ou d'un étang (cas typique des sites palafittiques sur le pourtour alpin entre le néolithique moyen et la fin de l'âge du bronze), voire sur ces derniers ; dans ce cas elles peuvent être flottantes ou sur pilotis[1].

Certaines de ces constructions sur pilotis[2], souvent, sont nommées palafittes. Ce nom vient de l'italien palafitta, du latin palus (pieu ou marais) et de fingere (façonner)[3],[4]

Présentation[modifier | modifier le code]

Reconstitution du village lacustre d’Obermeilen par Keller (1854). Inspiré librement d’une vue du village de Kouaoui de Nouvelle-Guinée, « ce croquis est devenu l’archétype dont se sont inspirés d’innombrables artistes, dans l’élaboration du mythe lacustre[5] ».
Reconstitution d'une maison palafittique de l'âge du Bronze présente dans le parc archéologique du Laténium.
Palafittes au large de Morges, âge du bronze
Découverte de la pirogue de Chalain en 1904 (âge du bronze final, 1000 av. J.-C.)

Ce type d'habitat était répandu au cours de la Protohistoire, au Néolithique et à l'âge du bronze en Europe, en particulier en Suisse et dans le Jura où les sites sont très nombreux, bien étudiés et souvent présentés dans les musées (Lausanne, Neuchâtel[6], Zürich, etc.). Le Sud de l'Allemagne, l'Autriche (Culture du lac de Mondsee), l'Italie du Nord en ont aussi des exemples.

Pendant les basses eaux du lac de Zurich en janvier 1854, des ouvriers découvrent sur le site d'Obermeilen des centaines de pieux plantés dans la vase et de très nombreux objets néolithiques. L'archéologue suisse Ferdinand Keller avance alors la théorie erronée des « cités lacustres », villages construits sur une plates-forme commune en bois au large, au-dessus du niveau des lacs, dans le but de se protéger des bêtes sauvages[7],[8]. Cette découverte archéologique entraîne une véritable « fièvre lacustre », scientifique et romantique en Europe (fascination qui touche les antiquaires, mais aussi les peintres, poètes, auteurs de théâtre et publicistes), nationaliste en Suisse (mythification des vertus ancestrales d'un peuple palafittique égalitaire, démocratique, autarcique, travailleur et pacifiste)[9]. Le thème de la civilisation lacustre, qui emprunte le modèle ethnographique des villages lacustres rapporté d'outre-mer par des explorateurs, principalement de Nouvelle-Guinée ou d'Afrique, tend alors vers la représentation fantasmée d'un âge d'or préhistorique et d'habitants palafittiques en harmonie avec la nature[10].

En France, les lacs jurassiens comme au lac de Chalain ou de Clairvaux[11] où la présence humaine repérable sur le territoire de la commune de Fontenu est très ancienne. Les fouilles menées à l'extrémité ouest du lac de Chalain en 1904 et reprises dans les années récentes ont mis au jour une implantation s'étendant de 4000 à 750 av. J.-C. Les vestiges extrêmement nombreux d'une cité lacustre occupée du Néolithique jusqu'à l'âge du bronze sont regroupés au musée archéologique de Lons-le-Saunier, en particulier une pirogue creusée dans un tronc d'arbre et parfaitement conservée dans les marnes du bord du lac. Les sites de Clairvaux-les-Lacs et de Chalain ont été inscrits en 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO parmi les sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes[12].

Il est possible que ce type d'habitation ait présenté un intérêt aux époques où les lacs étaient riches en poissons, faisant donc de la pêche une activité de subsistance essentielle. Cependant, la pêche comme activité unique n'est avérée à ce jour dans aucun site archéologique palafittique. Au contraire, des traces indiquent que l'agriculture et l'élevage étaient pratiqués à proximité immédiate du village lacustre. Peut-être faut-il plutôt voir dans ce type d'habitat une fortification d'un type particulier, avec chemins d'accès et palissades[13].

Cité lacustre de Ganvié (Bénin)

Dans les Alpes un site immergé, à Charavines sur le lac de Paladru, a livré en fouilles subaquatiques un siècle de vie quotidienne d'un petit village où la dendrochronologie permet de suivre l'évolution des maisons[14]. Sur le même lac un habitat médiéval est de même nature. Le lac du Bourget, le lac d'Annecy, le lac d'Aiguebelette, le lac de Neuchâtel et le lac Léman possèdent aussi de nombreuses stations immergées datées du Néolithique au Moyen Âge.

La querelle des cités lacustres préhistoriques en Europe, habitat sur plancher au-dessus de l'eau ou directement sur la terre, ne se pose plus car tous les cas de figures sont possibles dans différents sites ou sur le même site : sur terre (Charavines), toujours sur plancher ou en partie sur plancher (constructions sur pilotis à Chalain en France, Fiavè en Italie…). Il semblerait que les explications uniques du phénomène soient considérées comme arbitraires.

À notre époque[modifier | modifier le code]

Des architectes ont conçu des « cités lacustres » comme celle de Port Grimaud dans le Golfe de Saint-Tropez ou dans des complexes touristiques de l'océan Pacifique. Divers habitats construits par les populations locales sont proches de celles de nos ancêtres préhistoriques.

Exemples de cités lacustres[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « LACUSTRE : Définition de LACUSTRE », sur www.cnrtl.fr (consulté le 28 mars 2018)
  2. Éditions Larousse, « Définitions : pilotis - Dictionnaire de français Larousse », sur www.larousse.fr (consulté le 28 mars 2018)
  3. op. cit. Acot 2004, p. 151-153
  4. « finalis - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 668 », sur www.lexilogos.com (consulté le 28 mars 2018)
  5. M. A. Kaeser, « A la recherche du passé vaudois. Une longue histoire de l'archéologie », Lausanne, Musée cantonal d'archéologie et d'histoire, 2000, p. 65
  6. Jura Trois-Lacs - Pays de Neuchâtel (Suisse), « Sites palafittiques Pays des 3 Lacs », sur Pays de Neuchâtel (Suisse) (consulté le 28 mars 2018)
  7. (de) Ferdinand Keller, « Die keltischen Pfahlbauten in den Schweizerseen », dans Mitteilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zürich 9/3, 1854, p. 65-100
  8. Marc-Antoine Kaeser, Visions d'une civilisation engloutie, Hauterive-Zurich, Laténium-Schweizerisches Landesmuseum, , 159 p. (ISBN 2-9700394-2-7, OCLC 470680382, lire en ligne), p. 24
  9. Marc-Antoine Kaeser, « Des fantasmes d’une Suisse insulaire : le mythe de la « civilisation lacustre » », Perspective, no 2,‎ , p. 178-186 (DOI 10.4000/perspective.350)
  10. Jean L'Helgouach, Jacques Briard, Systèmes fluviaux, estuaires et implantations humaines de la préhistoire aux grandes invasions, Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 128
  11. « Il y a 6000 ans, des villages lacustres à Chalain et Clairvaux | Juramusées », sur www.juramusees.fr (consulté le 28 mars 2018)
  12. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes », sur whc.unesco.org (consulté le 28 mars 2018)
  13. Pétrequin P. & Pétrequin A.-M., "Pourquoi les Palafittes ? Des villages dans un milieu répulsif". Les dossiers de l'archéologie, 355, janvier-février 2013, p. 24-27.
  14. Les oubliés du lac de Paladru, Editions Fontaine de Siloé (lire en ligne)
    Ouvrage de vulgarisation et d'anecdotes de chantier par Aimé Bocquet, responsable de l'exploitation du site. L'ouvrage est accompagné d'un DVD de 4,5 Go regroupant les résultats et les études scientifiques.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]