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Circoncision dans la psychanalyse

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La circoncision, objet de controverses, a été étudiée par des psychanalystes mais il ne se dégage pas une position théorique faisant consensus qui appartiendrait au corpus des références communes. De plus, elle recouvre de multiples pratiques, religieuses, rituelles et/ou médicales on devrait donc dès lors parler de pratiques de la circoncision . La psychanalyse tente d'expliquer les motifs inconscients d'un phénomène chez tel ou tel patient.

Circoncisions et psychanalystes[modifier | modifier le code]

Freud[modifier | modifier le code]

Sigmund Freud a dénoncé la circoncision comme génératrice de racisme antijuif (mais elle implique aussi la marginalisation des intacts) et discrètement formulé le fait qu'elle est, pour l'inconscient, une menace de castration[1]. Il s'est intéressé au sens inconscient de la circoncision. Il ne dit jamais que la circoncision est un début de réalisation de la castration et il ne semble la considérer comme une menace de castration qu'implicitement, dans une œuvre de la fin de sa vie, son Abrégé de psychanalyse (1938), en note de bas de page, par implication logique avec le corps du texte où il traite des menaces verbales de castration : « Quiconque acceptait ce symbole montrait par là qu'il était prêt à se soumettre à la volonté paternelle [...][2]».

Sur le plan anthropologique, Freud, dans Totem et Tabou[3], parle d'un « reliquat de pratiques tribales anciennes ». Cette pratique serait le reliquat d'une époque où les chefs de clan régnaient en maîtres absolus et avaient, entre autres, tous les droits sur toutes les femmes de la tribu. La circoncision, castration symbolique, représenterait alors un acte de soumission envers l'autorité du père et de menace de castration en cas d'adultère des fils avec les jeunes femmes du père, chef de la « horde »[4], puisque « La circoncision est un substitut symbolique de la castration que le père primitif et omnipotent avait jadis infligée à ses fils.

« … ce qui est particulièrement remarquable, c'est la présentation (dans le rêve) de l'onanisme, ou plutôt de sa punition, la castration, par la chute d'une dent et l'arrachage d'une dent, parce qu'on trouve un pendant en ethnologie, ce que ne savent sans doute que très peu de rêveurs. Il ne me semble pas douteux que la circoncision pratiquée chez tant de peuples, est un équivalent de la castration et vient en prendre le relais. On nous rapporte d'ailleurs qu'en Australie, certaines tribus primitives procèdent à la circoncision comme rite de puberté (pour la fête marquant l'entrée de la jeunesse dans l'âge d'homme), tandis que d'autres tribus, habitant tout près des premières, ont remplacé cet acte par l'extraction d'une dent[5]. »

Dans L'Homme Moïse (1939) S. Freud souligne que les expériences traumatiques originairement constitutives de l'organisation et du fonctionnement psychique Nous appelons traumatismes les impressions éprouvées dans la petite enfance, puis oubliées, ces impressions auxquelles nous attribuons une grande importance dans l'étiologie des névroses peuvent entraîner des atteintes précoces du Moi et créer des blessures d'ordre narcissique.

« ... l'angoisse de castration est un des moteurs les plus fréquents et les plus forts du refoulement et par là même, de la formation des névroses. Des analyses de cas où ce ne fut pas la castration mais bien la circoncision qui fut pratiquée chez des garçons comme thérapie ou comme punition de l'onanisme (ce qui ne fut pas rare dans la société anglo-américaine) ont donné la dernière certitude à notre conviction. »[6]

Neill[modifier | modifier le code]

A. S. Neill envisage le cas où elle serait vécue comme une castration symbolique (Retour à Summerhill, Payot).

Reich[modifier | modifier le code]

L'autrichien Wilhelm Reich considère que « la règle de la circoncision, une des croyances les plus sacrées des Juifs, montre clairement que les organes génitaux sont considérés comme la source de la malveillance » (Le Meurtre du Christ, page 138).

Bettelheim[modifier | modifier le code]

Le psychanalyste Bruno Bettelheim en parle aussi dans son ouvrage Blessures symboliques en se distanciant des thèses de Freud. Bettelheim pense au contraire que lien symbolique entre castration et circoncision n'est pas établi; il considère en effet que la circoncision aurait été une pratique imposée par les femmes comme une sorte de sacrifice qui leur serait offert. Il mentionne Sephora, la tribu d'Afrique Kikuyu, pour appuyer ses hypothèses.

Dans son ouvrage la forteresse vide, consacré à l'autisme, il estime que la circoncision à un impact positif sur les autistes leur conférant une meilleure approche de leur rapport à leur identité sexuelle.

Lacan[modifier | modifier le code]

Lacan semble (en réalité, il ironise sur ses confrères juifs de la Société psychanlaytique de Paris) s'opposer diamétralement à Freud, lorsqu'il souligne "l'esthétique et la salubrité" de l'opération qu'il conditionne néanmoins « au quand c'est bien fait »[1]  :

« Car enfin, rien de moins castrateur que la circoncision. Que ce soit net, quand c'est bien fait, assurément, nous ne pouvons dénier que le résultat soit plutôt élégant. […] il y a tout de même dans la pratique de la circoncision quelque chose de salubre du point de vue esthétique [...]. Eh bien, pourquoi considérer comme la situation normale d'être à la fois le dard et le fourreau ? Il y a évidemment, dans cette attention rituelle de la circoncision, quelque chose qui ne peut, évidemment, qu'engendrer quelque chose de salubre quant à la division des rôles. (Extraits du séminaire X – L'angoisse – 19 décembre 1962 (édition ronéotée), p. 24-25 ) »

Les termes « attention rituelle » ont été expurgés par Jacques-Alain Miller dans l'édition du Seuil [7].

À la suite des propos ci-dessus de Jacques Lacan, certains, notamment à la S.P.P., de façon aberrante et rigoureusement opposée à Freud qui a condamné la circoncision tout au long de son oeuvre, estiment que la circoncision serait liée à la « loi symbolique » qui dérive du complexe d'Œdipe.

Miller[modifier | modifier le code]

Alice Miller : "Les pratiques rituelles de circoncision et d'excision ont des effets qui atteignent non seulement l'individu et sa descendance mais même les autres hommes." [8], elles sèment aussi la folie dans l'esprit des voisins des peuples les pratiquant.

Kristeva[modifier | modifier le code]

La psychanalyste Julia Kristeva souligne l'irréparable du handicap aux yeux des non handicapés : "... (il) confronte chacun de ceux qui ne sont pas atteints par ces incapacités à l'angoisse de castration, à l'horreur de la blessure narcissique, et, au delà, à l'irrémédiable de la mort psychique ou physique : creusant ainsi la plus intraitable des exclusions." [9].

Groddeck[modifier | modifier le code]

Georg Groddeck voit fort dans la circoncision l'expression d'une négation — qu'il dénomme refoulement — de la bisexualité humaine et donc l'expression d'un masculinisme outrancier : "L'étrange pensée que le féminin n'appartiendrait pas en propre à l'homme, et le masculin à la femme, s'insinue dans les raisonnements et donne à croire qu'il s'agit là de quelque chose d'inconvenant, qui pourrait et devrait être surmonté. La réalité effective - l'actualité -, à savoir qu'il n'y a absolument pas d'homme séparé de la femme, que l'être humain est homme-femme et femme-homme, est refoulée. L'histoire universelle offre un exemple formidable d'un tel refoulement dans la circoncision juive … car le prépuce est féminin, il est le vagin dans lequel est fourré le gland masculin." [10].

Tractenberg[modifier | modifier le code]

Le brésilien Moisés Tractenberg va encore plus loin que Freud dans la citation suivante : Une autre conséquence psychologique de la circoncision est qu'elle imprime dans l'esprit du nouveau-né une situation agressive et traumatique ... L'impossibilité de gérer une aussi terrifiante irruption d'agression dirigée vers l'intérieur peut conduire, a posteriori, à l'émergence de comportements psychopathes et violents ou, dans de nombreux cas, à l'émergence d'un masochisme extrême. [11]

Ferenczi[modifier | modifier le code]

Sándor Ferenczi s'attaque à la circoncision, vu comme une cause de traumatisme infantil[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • les travaux de Sándor Ferenczi sur le trauma, Freud sur la névrose obsessionnelle, Freud/Ferenczi ;
  • Nathalie Zajde (maître de conférences de Psychologie clinique et pathologique à l'Université de Paris 8) "La névrose ou la poule"  ;
  • les notes ethnopsychanalytique sur le "petit homme-coq" (Ferenczi), les poulets de Kappara et la circoncision, et un texte sur le sujet paru dans la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie, N¡ 31, 1996, 35-52.
  • Moïses Tractenberg, Psicanalise da circuncisao . (ISBN 9788577470174) (4e edition 2007)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Lacan, la circoncision et... l'excision (le retour… en arrière !) », (consulté le 13 juillet 2016)
  2. in "Moïse et le monothéisme" (1939)
  3. Freud S. Abrégé de psychanalyse. 1938. Paris : PUF ; 1978. p. 61, n.
  4. La horde primitive in Totem et Tabou (1913)
  5. Leçons d'introduction à la psychanalyse, 1916-17, Paris : PUF ; 2000. O.C., XIV, 170.
  6. Sigmund Freud, Leçons d'introduction à la psychanalyse, Paris, PUF, , p. 170
  7. Séminaire L'angoisse
  8. La connaissance interdite : affronter les blessures de l'enfance par la thérapie. Paris : Aubier ; 1990
  9. Aux frontières du vivant. Le magazine littéraire, février 2004 (428) ; 33-36
  10. Bisexualité et différence des sexes. 1931. Nouvelle revue de psychanalyse, 1973, 7, 194.
  11. Psychoanalysis of circumcision. New York : Denniston & al. Kluwer academic/Plenum publishers ; 1999. 213.
  12. Further contributions to the theory and technique of psycho-analysis, By Sándor Ferenczi, p. 228