Cinéma de conte de fées
Le cinéma de conte de fées[1],[2] ou cinéma féerique[3] (allemand : Märchenfilm ; tchèque : Filmová pohádka ; russe : Фильм-сказка) rassemble des films qui racontent les aventures magiques de personnages féériques tels que des princes et princesses légendaires, des fées, des sorciers, des nains, des sorcières, des dragons, des trolls, des géants, des lutins, des sirènes ou des ondines. Les objets magiques tels que les bottes de sept lieues, la cape d'invisibilité, le miroir magique, les noix enchantées, la petite-table-sois-mise et les baguettes de sourcier jouent également un rôle important.
Le cinéma de conte de fées constitue un genre à part entière, particulièrement dans le cinéma est-allemand, le cinéma tchécoslovaque et le cinéma soviétique puis russe. Il avoisine le cinéma pour enfants et le cinéma de fantasy et comprend aussi bien des adaptations de conte préexistant dans la littérature et la mythologie tout comme des contes originaux[4].
Le conte de fées comme genre cinématographique
[modifier | modifier le code]Du point de vue typologique, le cinéma de conte de fées se distingue du cinéma de science-fiction et du cinéma fantastique par son contenu, qui s'inspire du concept littéraire de la féerie et du merveilleux, à travers la relation entre le monde réel et irréel. Le conte de fées est un royaume merveilleux qui s'ajoute à notre monde quotidien sans le toucher ni détruire sa cohérence. Le fantastique, en revanche, révèle un trouble, une fissure, une intrusion étrange, presque insupportable, dans le monde réel. « Le film fantastique/film de science-fiction part d'un réalisme originel qui est violé lorsque le monstre apparaît, que les morts reviennent à la vie ou que le voyageur pénètre dans un autre monde avec la machine à remonter le temps »[5],[6]. « [Le conte de fées, en revanche], s'intègre harmonieusement dans un monde où les lois de la causalité ont été abrogées dès le départ »[7]. Le miracle se produit de manière tout à fait naturelle et ludique, tandis que le fantastique [du film fantastique/de science-fiction], en tant que conception fictive d'une possibilité réelle, se déroule souvent dans un « climat horrifique »[8],[6].
Le film de conte de fées est l'un des genres cinématographiques les plus anciens qui soient. Bien que les frontières soient floues et que les films en tant qu'adaptations cinématographiques de contes, légendes et mythes classiques, puissent partager les mêmes thèmes, le film de conte de fées se distingue du film de fantasy plus anglo-saxon dans la mesure où ce dernier s'est rapproché du film d'action. En tant que film d'art, le film de conte de fées est étroitement lié à l'illustration et à l'opéra-féerie. Le film de conte de fées est étudié par la théorie cinématographique et la recherche sur les contes de fées.
Adaptation de contes au cinéma
[modifier | modifier le code]Le conte comme modèle littéraire pour un film présente certaines particularités. Les contes ont une plasticité et une malléabilité propres : le type de conte répertorié d'aprs la classification Aarne-Thompson-Uther est généralement raconté dans de nombreuses langues, souvent avec de légères variations[9]. Le film s'inscrit généralement dans cette nouvelle narration d'un conte de fées en combinant souvent plusieurs modes narratifs d'un type de conte et en réinterprétant les motifs du conte dans le sens d'une intrigue cinématographique, formulant ainsi une autre variante du conte de fées dans le film. En cela, le cinéma de conte de fées présente une particularité par rapport à l'adaptation cinématographique.
Il existe toutefois aussi des adaptations cinématographiques de contes qui s'intéressent à la transposition cinématographique directe d'une seule œuvre littéraire. Les contes artistiques adaptés au cinéma proviennent principalement de Hans Christian Andersen, Henrik Hertz[10], Wilhelm Hauff, Maurice Maeterlinck[11], Jan Drda[12], Josef Lada, Richard Volkmann-Leander, Alexandre Pouchkine, Nicolas Gogol, Charles Dickens, Washington Irving[13] et Astrid Lindgren.
Néanmoins, en raison de la grande diversité de leurs motifs, les contes des frères Grimm font également partie du canon international et constituent une source d'inspiration importante pour de nombreux films, parfois de manière autonome, parfois en combinaison avec des motifs analogues de Charles Perrault, Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, Charles Deulin, Italo Calvino, Božena Němcová, Karel Jaromír Erben, Joseph Jacobs, Robert Southey, Peter Christen Asbjørnsen, Alexandre Afanassiev et d'autres conteurs. De plus, certains films tirés de contes puisent leurs motifs dans le recueil de contes arabes des Mille et Une Nuits.
Le cinéma de conte de fées par pays
[modifier | modifier le code]Allemagne de l'Est
[modifier | modifier le code]La DEFA fut le premier studio cinématographique des quatre zones d'occupation à obtenir une licence après 1945[14], mais elle ne produisit aucun film de contes de fées pendant la période d'occupation (1945-1949). Au début, la production de films pour enfants de la DEFA n'aborda que lentement le patrimoine des contes de fées[15], notamment parce que le recueil de contes des frères Grimm était controversé dans la zone d'occupation soviétique[16]. Les contes des frères Grimm semblaient d'une part trop romantiques, illusoires et mystiques, et d'autre part trop cruels et sanglants[15]. En 1948, Wolff von Gordon proposa à la DEFA d'adapter au cinéma le conte Cœur de pierre de Wilhelm Hauff[17]. Ce n'est que deux ans après la fondation de la RDA que Cœur de pierre, premier film de conte de fées et premier film en couleur de la DEFA en Agfacolor, fut tourné sous la direction de Paul Verhoeven au printemps et à l'été 1950 dans les studios de Babelsberg. Avec 9 779 526 spectateurs, il devint immédiatement l'un des films les plus populaires de la DEFA[18]. En 1953, le record d'audience fut battu avec le deuxième film de conte de fées de la DEFA, L'Histoire du petit Muck de Wolfgang Staudte, qui attira 12,9 millions de spectateurs, ce qui s'explique également par la production coûteuse et les effets spéciaux encore peu courants à l'époque. L'adaptation cinématographique de Wilhelm Hauff reste ainsi le film le plus visionné en RDA[18].
En moyenne, les productions féériques suivantes ont attiré quatre à cinq millions de téléspectateurs. En 1961, pour la première et dernière fois, un film tiré d'un conte de Hans Christian Andersen, intitulé La Robe, a été interdit. En juillet 1989, la production d'Hannelore Unterberg Verflixtes Mißgeschick! (de), dans laquelle Carmen-Maja Antoni joue le rôle-titre, a été le dernier film de conte de fées de la DEFA à être projeté sur grand écran.
Tchécoslovaquie
[modifier | modifier le code]Une grande réussite du cinéma féerique tchécoslovaque réside dans sa capacité à réfléchir de manière sensible au caractère mythique et merveilleux et à le rendre compréhensible. Trois Noisettes pour Cendrillon (réalisé en 1973 par Václav Vorlíček en coproduction avec la DEFA) est un classique. Le film ne met pas en scène l'histoire de Cendrillon comme un simple film pour enfants. Au contraire, le mythe du conte de fées de la jeune fille d'une beauté archétypale[19] est ici incarné par une jeune fille sûre d'elle et indépendante. Le rôle est interprété par l'actrice tchèque Libuše Šafránková. Outre les nombreuses adaptations cinématographiques de contes, la Tchécoslovaquie a également produit des séries télévisées, telles que Pan Tau en 1970, Arabela (cs) en 1979 ou Arabela se vrací (cs) en 1993. Les contes des frères Grimm ainsi que les contes tchèques de Božena Němcová et Karel Jaromír Erben ont constitué d'importantes sources d'inspiration littéraire. Les contes fantastiques de Hans Christian Andersen et Jan Drda ont également été adaptés au cinéma. La musique des films de contes de fées tchécoslovaques évoque la magie des mélodies rurales de Bedřich Smetana et des opéra-féeries d'Antonín Dvořák. Les images des films rappellent souvent les illustrations d'art nouveau d'Alfons Mucha. Les illustrations féeriques de l'artiste tchèque Artuš Scheiner (cs) constituent également une source d'inspiration importante.
Union soviétique et Russie
[modifier | modifier le code]Le cinéma soviétique et russe a trouvé de multiples façons de porter les contes de fées à l'écran. Les motifs spécifiques aux contes russes, tels que Baba Yaga ou le Kochtcheï, sont notamment représentés sous diverses formes avec un goût prononcé pour la technique, alliant ainsi l'aspect technique et le merveilleux des contes.
D'autre part, on trouve des images de contes de fées d'une grande beauté naturelle, comme lorsque Vassia et Alionouchka, dans Par feu et par flammes, errent avec le chevreau à travers des forêts de bouleaux blancs, des champs de coquelicots et des prairies de marguerites sauvages[20],[21]. Le film La Fleur de pierre de 1946 illustre la magie de l'imagerie romantique des contes de fées, avec des images tirées des contes de Pouchkine ainsi que des références au conte de Novalis Les Disciples à Saïs ou à Der Runenberg (de) de Ludwig Tieck.
Le film bulgaro-soviétique-russe de 1976 Ondine inspiré du conte La Petite Sirène de Hans Christian Andersen, avec une musique aquatique rappelant Alexandre Scriabine et Claude Debussy, montre le monde aquatique des images marines, le contraste entre le monde humain et le monde naturel, ainsi que la beauté des sirènes aux cheveux verts[22],[23].
Le film La Princesse au petit pois, également réalisé en 1976, entremêle habilement différents motifs des contes d'Andersen, accompagnés par la musique d'Antonio Vivaldi. Le film Les Cygnes sauvages, sorti en 1987, illustre l'atmosphère féérique du vol des cygnes au coucher du soleil, mais aussi la souffrance liée au tissage des orties. Le Portrait magique, une coproduction russo-chinoise de 1997[24],[25],[26], est un exemple de référence cinématographique visuelle à l'encre de Chine et à la conception artistique naturelle du miracle féérique avec de vastes images enneigées et une histoire cohérente. L'esthétique des films de contes de fées russes s'inspire souvent des illustrations Art nouveau des contes de fées de l'artiste russe Ivan Bilibine.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Märchenfilm » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Aurélie Fiorentino, Le Conte de fées au cinéma: de la tradition orale à l'image en passant par l'écrit, , 338 p. (lire en ligne)
- ↑ Karsten Forbrig et Antje Kirsten, "Il était une fois en RDA--": une rétrospective de la DEFA : analyses & documentations, Peter Lang, , 235 p. (ISBN 9783034300308, lire en ligne) :
« [...] le premier film de contes de fées qui s'adresse directement à un public enfantin [...] »
- ↑ Fabienne Bradfer, « «La Belle et la Bête» dialogue avec l’enfance », sur lesoir.be : « Christophe Gans relit le conte de Mme de Villeneuve et brise la morosité avec un film féerique pour tous. »
- ↑ Dans son analyse intitulée Wunderwelten – Märchen im Film (litt. « Mondes merveilleux – Les contes de fées au cinéma »), Fabienne Liptay commence son introduction en inversant subtilement la célèbre citation Kinder brauchen Märchen? (litt. « les enfants ont-ils besoin de conte de fées ? ») de Bruno Bettelheim avec Brauchen Märchen Kinder? (litt. « Les contes de fées ont-ils besoin des enfants ? »). Elle souhaite démontrer à quel point le genre du cinéma de contes de fées ne peut être considéré comme un genre exclusivement réservé aux enfants. (de) Fabienne Liptay : Wunderwelten – Märchen im Film. Gardez!Verlag, Remscheid 2004, (ISBN 3-89796-041-9), p. 9-15.
- ↑ (de) Vivian Sobchak, Der fantastische Film, Metzler, , p. 283
- Liptay 2004, p. 48.
- ↑ Liptay 2004, p. 47f.
- ↑ (de) Roger Caillos, Das Bild des Phantastischen. Vom Märchen bis zur Science Fiction, Frankfurt, Phaicon1, , p. 46
- ↑ (de) « maerchenlexikon, edition amalia », sur maerchenlexikon.de
- ↑ Henrik Hertz a écrit le conte de fées König René’s Tochter, qui a inspiré le film Das Licht der Liebe, également connu sous le titre Svetlo lásky.
- ↑ Le symboliste belge Maurice Maeterlinck a écrit la pièce de théâtre L'Oiseau bleu, qui a inspiré plusieurs adaptations cinématographiques éponymes.
- ↑ Jan Drda a écrit Märchen Von der Prinzessin Lichtholde und dem Schuster, qui a inspiré le film La Princesse Jasna (cs) (titre original : O princezne Jasnence a létajícím sevci).
- ↑ Washington Irving a écrit le conte de fées Rip Van Winkle, modèle pour le film Faerie Tale Theatre - Rip van Winkle (1987)
- ↑ (de) Sabine Hake, Film in Deutschland. Geschichte und Geschichten seit 1895, Hambourg, Reinbek b., , p. 161
- (de) Eberhard Berger et Joachim Giera, 77 Märchenfilme. Ein Filmführer für jung und alt, Berlin, , p. 19
- ↑ (de) Kristin Wardetzky, Märchenspiegel. Zeitschrift für internationale Märchenforschung und Märchenpflege, , « Märchen in Erziehung und Unterricht », p. 3–14
- ↑ (de) Helge Gerndt et Kristin Wardetzky, Die Kunst des Erzählens. Festschrift für Walter Scherf, Potsdam, , p. 293–300
- (de) « Die erfolgreichsten DDR-Filme in der DDR », sur insidekino.de
- ↑ (de) Karl Kerényi, Das göttliche Mädchen, Amsterdam,
- ↑ Кинотеатр «Иллюзион» приглашает киноманов посетить новогодние показы
- ↑ « Par feu et par flammes », sur kinoglaz.fr
- ↑ « La Petite Sirène », sur encyclocine.com
- ↑ « Ondine », sur kinoglaz.fr
- ↑ Киноиндустрия в Приморье: от известных режиссеров до всероссийского фестиваля уличных фильмов
- ↑ КиноМай стартует в декабре: лучшие детские фильмы покажут детдомовцам
- ↑ Ведомости
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Fabienne Liptay, Wunderwelten – Märchen im Film,
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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