Cinéma de Chine continentale

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Le cinéma de Chine continentale est un des quatre cinémas en langue chinoise, avec celui de Taïwan, de Singapour et de Hong Kong.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cinéma shanghaïen (années 1920-1930)[modifier | modifier le code]

Tan Xinpei dans le premier film chinois La Montagne Dingjun (1905)

La première projection d'un film en Chine date de 1896, soit un an seulement après celle des frères Lumières. Le premier document filmé chinois qui nous soit parvenu est La Montagne Dingjun filmé en 1905. Il est composé de trois scènes de l'Opéra de Pékin autour du chanteur Tan Xinpei.

Pendant la décennie suivante les compagnies de production appartiennent principalement à des étrangers. L'industrie chinoise démarre en 1916 autour de Shanghai qui est alors la plus grande ville de l'Asie de l'Est. Cette date tardive s'explique par la situation politique intérieure chinoise très troublée.

Durant les années 1920, les techniciens chinois apprennent beaucoup des techniciens américains et l'influence américaine se fera sentir dans les deux décennies suivantes. Néanmoins, l'influence de l'opéra chinois est très forte. Ainsi, des metteurs en scène d'opéra adaptent au cinéma leurs propres productions, comme par exemple Pu Shunqing, première femme scénariste en Chine et son mari Hou Yao.

À cette époque, les nationalistes et les communistes luttent pour contrôler les studios principaux et influencer le contenu des films. Les nationalistes produisent principalement des films de divertissement contrairement aux progressistes issus du mouvement du 4 mai 1919 qui mettant en scène des personnages pauvres et exploités dans des films qu'on pourrait qualifier de « sociaux. »

Le genre social est progressivement remplacé par les films historiques de baishi pian[Quoi ?] puis par les films en costumes du guzhuang pian[Quoi ?], et enfin les films de capes et épées du Wu xia pian.

Les années 1930 sont considérées comme le premier âge d'or du cinéma chinois. Les réalisateurs de gauche reviennent au cinéma social et critiquent le Kuomintang et l'invasion japonaise. Ainsi, en 1932, est créé le Groupe des cinéastes qui rassemble les réalisateurs souhaitant développer un cinéma promouvant les idées progressistes. Il donne naissance au studio Yihua et surtout aux importantes compagnies Mingxing Film Company et Lianhua qui domineront le marché.

Les premières grandes stars apparaissent comme Hu Die, Ruan Lingyu, Zhao Dan, Zhou Xuan, et Jin Yan. Les films les plus remarquables sont Song of the Fishermen (1934), Crossroads (1937), et Street Angel (1937).

Shanghai est le centre de la production chinoise même si des pôles se développent autour de Canton et de Pékin. Le cinéma de Canton va développer un style unique de comédies populaires qui va traverser les décennies jusqu'à nos jours.

L'invasion japonaise et en particulier l'occupation de Shanghai met fin à l'âge d'or. Toutes les compagnies de production excepté Xinhua ferment leurs portes et de nombreux réalisateurs partent pour Hong Kong et les autres endroits encore sous influence nationaliste ou communiste.

Second âge d'or : années 1940 et ère communiste[modifier | modifier le code]

Après-guerre[modifier | modifier le code]

L'industrie cinématographique continue de se développer après 1945. Le studio Lianhua se réimplante à Shanghai et rassemble la plupart des réalisateurs de gauche. Les films principaux sont Myriads of Lights (1948), Crows and Sparrows (1949), San Mao (1949), et surtout l'immense succès The Spring River Flows East. The Spring River Flows East est un film de trois heures dépeignant les luttes du peuple chinois pendant la guerre sino-japonaise.

La compagnie Wenhua produit également des chefs-d'œuvre. Minhua produit le plus grand film de l'époque, Springtime in a Small Town (1948) de Fei Mu qui est considéré comme un des plus grands et influents films chinois.

Révolution communiste[modifier | modifier le code]

Après sa prise du pouvoir en 1949, le gouvernement communiste considère le cinéma comme un moyen artistique important pour la propagande. À partir de 1951, les films antérieurs à 1949 et la production hollywoodienne et hongkongaise sont interdits par le Parti communiste qui souhaite durcir son contrôle sur les médias de masse. Le PCC produit des films de propagande sur le modèle soviétique. Le Parti envoie d'ailleurs ses cinéastes étudier le cinéma à Moscou. Les films, bien que de propagandes ne sont pas dénués de qualités artistiques, notamment ceux du grand réalisateur Xie Jin à qui l'on doit Le détachement féminin rouge, Le Grand Li, le Petit Li et le Vieux Li et Sœurs de scène.

Le public des films augmente rapidement, passant de 47 millions en 1949 à 415 millions en 1959. En 17 ans, la Chine produit 603 films et un nombre extrêmement important de films documentaires et d'information.

L'académie du cinéma de Pékin ouvre en 1956 et les premiers films en grand écran sont produits en 1960. La Chine développe également un cinéma d'animation à partir des techniques traditionnelles d'ombres chinoises, de marionnettes et de peinture traditionnelle. Le plus célèbre est Havoc in the Heaven de Wan Laiming qui est primé au festival international de Londres.

Révolution culturelle[modifier | modifier le code]

Sous la censure[modifier | modifier le code]

La révolution culturelle est accompagnée d'une censure très sévère des films. Presque tous les films antérieurs à la révolution sont interdits et quelques-uns seulement sont produits. L'épouse de Mao et ancienne actrice Jiang Qing est l'acteur clé de cette "purification" des arts. Un des seuls films notables de cette période très pauvre cinématographiquement est la version ballet de l'opéra révolutionnaire Le Détachement féminin rouge.

La production cinématographique est en impasse jusqu'en 1972 où elle renaît sous le contrôle très étroit de la Bande des Quatre jusqu'en 1976 où ils sont renversés.

Renouveau « post-Mao »[modifier | modifier le code]

Les années précédant immédiatement la fin de la Révolution culturelle sont marquées par la renaissance du cinéma chinois comme médium de divertissement populaire.

Dans les années 1980, l'industrie connaît cependant des difficultés. Elle est confrontée à la compétition avec les autres formes de divertissement et à un contrôle des autorités étatiques qui est loin d'avoir disparu.

La fin de la révolution culturelle entraîne la sortie de films traitant des traumatismes émotionnels causés par cette période. Les films de 1980 Evening Rain et Legend of the Tianyun Mountains gagnent tous les deux le First Golden Rooster Award. Le plus populaire de ces films est certainement Hibiscus Town (1986) de Xie Jin.

L'Académie du Cinéma de Pékin avait ouvert ses portes en 1978. Elle fournit sa première promotion de l'après Révolution Culturelle en 1982 qui constituera ce qu'on appelle la cinquième génération.

« Cinquième génération »[modifier | modifier le code]

La cinquième génération est la première génération de cinéastes qui apparaît après la Révolution culturelle. Elle émerge au milieu des années 1980 autour de l'Académie de cinéma de Pékin. Ils s'écartent des méthodes cinématographiques traditionnelles pour une approche plus libre et moins commerciale qui se rapproche du cinéma d'auteur à la française.

Les films déclencheurs sont One and Eight (1983) de Zhang Junzhao et surtout Terre jaune de 1984, réalisé par Chen Kaige avec Zhang Yimou à la photographie. Le film, sous l'aspect d'un film historique, se permet d'attaquer indirectement le Parti communiste et devient l'événement du Festival international du film de Hong Kong en 1985.

Chen Kaige réalise une série de films comme La Grande Parade, Le Roi des enfants et La Vie sur un fil qui l'impose sur la scène cinématographique mondiale. Il remporte surtout en 1993 la première Palme d'Or chinoise avec Adieu ma concubine.

Zhang Yimou rencontre de nombreuses fois le succès avec des films comme Le Sorgho rouge, Épouses et concubines, Qiu Ju, une femme chinoise ou encore Vivre !.

Tian Zhuangzhuang, moins connu que Chen Kaige et Zhang Yimou, rencontre le succès dans les festivals avec son film Le Cerf-volant bleu.

Tous ces films rencontrent un écho critique et commercial très favorable en occident. Ce succès peut pousser le gouvernement à autoriser la diffusion de ces films en Chine. Mais la censure reste forte et se manifeste ainsi par les sept ans d'interdiction de tourner infligé à Tian Zhuangzhuang ou le refus de distribuer certains films comme Vivre ! malgré leurs succès.

Les réalisateurs de ce mouvement explorent des styles très divers mais ont en commun le rejet de la tradition cinématographique chinoise du social-réalisme. On peut également citer Wu Ziniu, Hu Mei et Zhou Xiaowen.

La quatrième génération revient également sur le devant de la scène après avoir été écartée pendant la révolution culturelle. Wu Tianming en particulier, a participé au financement des principaux réalisateurs de la cinquième génération par son studio Xian Film, tout en continuant lui-même de tourner.

La cinquième génération a disparu avec les événements de Tiananmen de 1989 bien que les réalisateurs importants aient continué à sortir des films. Certains se sont exilés, comme Wu Tianming aux États-Unis et Huang Jianxin en Australie, alors que d'autres travaillent désormais pour la télévision.

« Sixième génération »[modifier | modifier le code]

La sixième génération regroupe les cinéastes apparus après les événements de Tian'anmen qui tournent dans la clandestinité. Ces films sont tournés en ville, rapidement et avec peu de moyens ce qui leur donne une apparence de documentaire : longs plans, caméra à l'épaule...

Ces films traitent directement de questions de société comme le chômage, la prostitution ou la criminalité mais ce ne sont pas forcément des films engagés. Ils montrent une vie urbaine marquée par un refus du romantisme, l'individualisme et la désorientation.

Les réalisateurs ayant émergé sont Wang Xiaoshuai (The Days, Beijing Bicycle), Zhang Yuan (Green Tea, East Palace West Palace), Jia Zhangke (Xiao Wu, artisan pickpocket, Plaisirs inconnus, Platform, The World), et Lou Ye (Suzhou River). On peut également citer Wang Bing, Jiang Wen, Zhou Xiaowen, He Jianjun et Zhao Liang.

La montée de la sixième génération a amené une partie de la critique occidentale à rejeter la cinquième génération en l'accusant d'académisme, de compromission et de propagande. Ainsi Zhang Yimou est critiqué violemment et refuse en conséquence d'envoyer son film Pas un de moins à Cannes, film qui remportera un Lion d'Or à Venise. D'autres films comme Temptress Moon (1996) de Chen Kaige ou The Road Home (1999) de Zhang Yimou sortent de manière confidentielle.

Les films de la sixième génération sont eux bien accueillis dans les festivals occidentaux mais sont inconnus en Chine. Certains critiquent leur désintérêt pour le public chinois.

Renaissance[modifier | modifier le code]

En 1999, Ang Lee sort Tigre et Dragon qui remporte un succès immense en Occident. Le film est réalisé par un taiwanais mais est joué par de très grandes stars qui proviennent de tout le monde chinois : Hong Kong pour Chow Yun-fat, Chine continentale pour Zhang Ziyi, Taiwan pour Chang Chen.

Dans la même veine, Zhang Yimou réalise Hero puis Le Secret des poignards volants avec une distribution qui comprend la majorité des grandes vedettes du monde chinois connues à l'étranger.

Pour le cinéaste Jia Zhangke l'année 2003, marque la libéralisation de la politique cinématographique chinoise : alors que cet art était auparavant « considéré comme un outil de propagande idéologique primordial du gouvernement », il est alors vu comme une « industrie. » Les interdictions de filmer pour les cinéastes sont levées et ils peuvent « négocier avec la censure[1]. »

Selon l'universitaire Jean-Yves Heurtebise, les plus grands succès au box-office chinois de la fin des années 2010 (The Wandering Earth, Wolf Warrior 1 et 2) sont « des « blockbusters » nationalistes où l’industrie fait sienne les directives du Parti »[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Grangereau, « Jia Zhangke : « Mon prof avait peur que je sème la zizanie » », Libération,‎ (lire en ligne).
  2. Jean-Yves Heurtebise, « Le marché du cinéma chinois devrait dépasser Hollywood en 2020 : mais que peut-on y voir ? », sur Atlantico, (consulté le 15 février 2020).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lu Xixi, « Cent régiments et une armée de fantômes. En Chine, c'est un secret de Polichinelle que peu se risquent à dénoncer : les recettes au box-office de certains films seraient gonflées à des fins de propagande. À Pékin et à Hong Kong, des journalistes ont mené l'enquête. », Courrier international N° 1306, Courrier international SA, Paris, , p.68-69, (ISSN 1154-516X), (article original paru dans Duanchuanmei, Hong Kong, )

Listes et catégories[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]