Christine Brisset

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Christine Brisset
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Charlotte-Antoinette KipferVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnoms
Fée des sans logis
Christine
Madone des squatteursVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Autres informations
Archives conservées par
Archives municipales de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole (d) (88 J)Voir et modifier les données sur Wikidata

Christine Brisset, née Charlotte-Antoinette Kipfer à Chalon-sur-Saône en 1898 est morte à Paris en 1993. Connue pour son action en faveur des sans-abri après la Seconde Guerre mondiale, elle est la fondatrice du mouvement les Castors en Anjou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et premières expériences.[modifier | modifier le code]

À 6 ans elle est « placée comme bonne chez une institutrice... où il y avait des livres. Là , elle découvre le savoir » comme en témoigne son fils dans le film documentaire On l'appelait Christine de Chantal Monteiller et Marie-Josée Aubert[1]. Avec une formation autodidacte, à 17 ans elle occupe un poste de sténodactylographe dans une usine de guerre à Châlon-sur-Saône, puis celui de secrétaire dans une entreprise de crins en 1920. Présidente de l'aéroclub de Bourgogne, elle devient l'une des première femmes-pilotes de France. Paralysée suite à un accident d'avion elle va se faire soigner en Suisse. Après sa guérison, elle assume la direction d'une clinique accueillant les personnes atteintes de tuberculose. Elle rencontre alors Armand Arnold qu'elle épouse en 1934 et qui décède de la tuberculose en 1936, trois mois après la naissance de leur fils[2].

Les premiers engagements 1936-1945[modifier | modifier le code]

Titulaire des diplômes d'infirmière, de jardinière d'enfants et d'assistante sociale, elle rentre en France en 1936 et elle est nommée directrice de l'Institut de Puériculture de Paris. Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle se charge d'organiser des camps de réfugiés pour enfants. En 1940 elle s'engage dans le réseau de Résistance du musée de l'homme et elle y rencontre Pierre Brisset, directeur d'une entreprise d'épicerie à succursales multiples à Angers. Il deviendra son second mari. Pierre Brisset, membre du Sillon, mouvement pour un christianisme social, est aussi administrateur du Courrier de l'Ouest,et fondateur du Mouvement républicain populaire ( MRP) en Anjou. À la Libération, celle qu'on appelle simplement Christine tient une chronique d'entraide au Courrier de l'Ouest et s'engage bientôt dans un combat personnel en faveur des sans-logis et des personnes mal logées[3].

Occupations de logements vacants 1946-1949[modifier | modifier le code]

À la fin de la seconde guerre mondiale on compte cinq millions de sans-abri en France, soit environ un huitième de la population. L'ordonnance du 19 octobre 1945 permet aux préfets de réquisitionner les logements vacants ou inoccupés mais cette ordonnance n'est guère suivie d'effets , notamment à Angers où de nombreux quartiers comme la Doutre[4] ou Saint-Michel souffrent cruellement du mal logement ; au recensement de 1946, 22 750 personnes soit le quart de la population vit en situation de surpeuplement. Dans ce contexte de 1946, une Commission familiale et ouvrière du logement (CFOL) , se met en place à Angers. L'urgence est de trouver un toit décent au plus vite pour les familles sans logis ou mal logées. Christine Brisset, alors journaliste va apporter un soutien actif au mouvement. Il ne s'agit pas de passer au squattage sans avoir épuisé toutes les propositions de location amiable. Mais quand elles ne sont pas suivies d'effet, Christine demande une ordonnance de réquisition. Si cette ordonnance n'est pas appliquée, elle informe les autorités de la date à laquelle les familles s'installeront dans les logements inoccupés, c'est ce qu'on appelle une occupation illégale, un squattage[3], "une mesure d'urgence", argue Christine et dans la majorité des cas les propriétaires finissent par accepter la location imposée. Ainsi sur les 317 occupations effectuées de 1947 à 1949, seulement 5 propriétaires portent plainte. En 1949 la presse surnomme Christine la fée des sans-logis, la madone ou la Jeanne d'Arc des squatteurs[5]. Elle obtient l'appui du préfet de Maine-et-Loire et le soutien financier du ministre de la Reconstruction, Claudius Petit.

Des logements pour tous, fondation des Castors angevins[modifier | modifier le code]

Entre 1945 et 1956 plus de 2000 logements à loyer modéré (HLM) sont construits[6].

En 1950 en accord avec la Commission familiale et ouvrière du logement (CFOL) d'Angers, elle fonde l'association les Castors (mouvement coopératif), système d'entraide mutuelle grâce auquel les membres de l'association construisent leur propre maison; c'est ainsi que des cités entières avec services et structures de loisirs modifient le paysage angevin d'après-guerre.

En 2013 les Castors sont scindés en deux associations : les Castors Angevins qui facilitent l'accession à la propriété et Anjou Castors qui gère un patrimoine de 500 logements[7].

Actions contestées, réhabilitation tardive.[modifier | modifier le code]

Mais entre 1945 et 1962, dans l'urgence des relogements, Christine Brisset soutient l'occupation de 800 logements vacants, ce qui lui vaudra 49 comparutions au tribunal[8]. Ses prises de positions et ses actions lui attirent de nombreuses inimitiés. En 1962, à l'indépendance de l'Algérie, elle aide une dizaine de familles de rapatriés à se reloger. Elle perd l'appui du préfet Jean Morin, et devient la cible d'une campagne de diffamation[9]. En 1950, elle est condamnée à deux mois de prison ferme pour gestion frauduleuse, et licenciée de sa propre société[5]. En 1964, « dans une ambiance de revanche locale », elle quitte Angers pour s'installer à Paris[10]. Christine est réhabilitée bien plus tard et décède en 1993, trois ans après la création du Droit au logement (DAL).

Hommages[modifier | modifier le code]

  • 2005, 52', On l'appelait Christine, film documentaire de Marie-Josée Jaubert[11],[1].
  • 2012, L'insoumise, bande dessinée-reportage de Chantal Montellier & Marie-Josée Jaubert[12] d'après le film On l'appelait Christine. Dans cet album, Christine Brisset fait revivre à travers ses souvenirs l'histoire d'habitations et de cités entières qui ont permis le relogement de milliers de personnes au lendemain de la guerre à Angers. Christine évoque aussi ses mises en cause et les procès auxquels elle a dû faire face[7].
  • Un square à Angers et une résidence à Montreuil Juigné[13] portent son nom.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « On l'appelait Christine », sur videotheque.cnrs.fr (consulté le 17 novembre 2018)
  2. 88 J - Archives de Christine Brisset, fondatrice des Castors angevins, Service archives-documentation-photothèque d'Angers, (lire en ligne)
  3. a et b Audrey Lebel, « «Christine Brisset, la madone des squatteurs» », Causette,‎ (lire en ligne)
  4. Jean-Pierre Branchereau, « Les mutations d'un quartier pauvre à Angers : le quartier Saint-Nicolas dans la Doutre », Norois,‎ , p. 387-403 (lire en ligne)
  5. a et b Légé, « Squatteurs et Castors : l'action de christine Brisset à Angers (1946-1962) », Les Annales de la Recherche Urbaine,‎ année 1987 / 33, pp.87-96 (lire en ligne)
  6. Archives municipales de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole, « BRISSET (square Christine) : Dictionnaire des rues - Archives municipales de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole », sur archives.angers.fr (consulté le 15 décembre 2018)
  7. a et b « l'insoumise-BDfugue.com »
  8. « La mémoire retrouvée de Christine Brisset "l'insoumise", l'Humanité », sur l'Humanité, (consulté le 15 novembre 2018)
  9. Audrey Lebel, « Christine Brisset, madone des squatteurs », Causette, hors-série, vol. #9 « 30 histoires de femmes infréquentables »,‎ , p. 47-49 (ISSN 2100-9791)
  10. Jean-luc Marais, historien, « Un logement pour tous à Angers.Christine Brisset: des squatters aux Castors (1947-1967) », Association Angevine des Amis de l'architecture,‎ (lire en ligne)
  11. On l'appelait Christine - film documentaire, 2004. La Scam, société des auteurs multimedia
  12. Chantal Montellier et Marie-José Jaubert, L'insoumise, Arles, Actes Sud, coll. « Actes Sud-l'An 2 », , 135 p. (ISBN 978-2-330-01198-7, lire en ligne)
  13. « La résidence Christine Brisset du centre-ville a été inaugurée. », ouest-France,‎ (lire en ligne)
  14. Chantal Montellier 1947- et Marie-José Jaubert, L'insoumise, Arles, Actes Sud, dl 2012, 135 p. (ISBN 978-2-330-01198-7 et 2330011989, OCLC 847557733, lire en ligne).
  15. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb435531881.

Liens externes[modifier | modifier le code]