Homme de douleurs

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Avec la croix, par Lorenzo Monaco.
Avec les anges et la croix par Benedetto Rusconi.
Avec anges et tunique, église de Brou.
Figure seule par Pietro Lorenzetti.

L'Homme de douleurs est une représentation de l'iconographie chrétienne du Christ entre sa mort et sa Résurrection. L'expression vient d'un verset du Livre d'Isaïe : « Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance[1]... » Le mot « douleurs » est toujours au pluriel : אִישׁ מַכְאֹבוֹת (ish makh'ovot) dans la Bible hébraïque et vir dolorum dans la Vulgate.

Origine du thème[modifier | modifier le code]

La représentation qui est à l'origine de ce thème est développée à partir de l'image de l'épitaphios byzantin (VIIIe siècle), une icône byzantine en mosaïque réputée miraculeuse sous le nom de Imago pietatis, une image de dévotion qui parvient en Occident vers le XIIIe siècle où elle est reprise en sculpture[2], en peinture et en enluminure dans les manuscrits.

En Italie elle renouvelle la représentation ancienne[3] du Christ « triomphant » « en gloire[4] » ou « en majesté », en le transformant (puis pour la supplanter[5]), en le montrant, en « homme de douleurs », dans l'intention manifeste de la pré-Renaissance d'humaniser le propos religieux, comme la « Vierge d'humilité » et la « Vierge de maternité » versus la « Vierge en majesté »[6].

Les Primitifs flamands et allemands (qui le nomme du nom précis de Schmerzensmann ) reprendront également cette iconographie nouvelle[7].

Cette forme particulière laissera, au XVIe siècle, la place aux représentations plus plastiques du Christ[8].

Attributs[modifier | modifier le code]

Le Christ, entre mort et résurrection[1], est représenté debout, ressuscité, sortant de la cuve du sarcophage de son tombeau, et seul le haut de son corps est visible : buste et mains stigmatisées[9], blessure au flanc droit, couronne d'épines sur la tête, le plus souvent bras croisés sur l'abdomen, portant le périzonium.

Auréolé il peut être entouré de figures saintes (assistant anachroniquement à la Résurrection, comme saint Jean-Baptiste mort en ce temps) ou célestes (anges, le soutenant ou non), la croix de la Crucifixion peut apparaître en fond centrée sur sa tête, avec ou non en présence des Arma Christi.

Il peut porter une tunique rouge reposant sur ses épaules.

Cette représentation existe en peinture et enluminure, en sculpture. Certaines représentations picturales sont des éléments de polyptyque, surmontant les autres panneaux (Jacopo Bellini, triptyque de la Vierge).

Précisions iconographiques[modifier | modifier le code]

On ne le confondra pas avec :

Peintres usant de cette iconographie[modifier | modifier le code]

Sculpteurs du thème[modifier | modifier le code]

Bas-relief de Donatello.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Is 53:3.
  2. Sculptures allemandes de la fin du Moyen âge: dans les collections publiques françaises : 1400-1530, Musée du Louvre, Réunion des musées nationaux (France), RMN, 1991
  3. Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien : Iconographie des saints, Presses universitaires de France, 1959
  4. Pantocrator
  5. Mélanges : Moyen âge; temps modernes, Volume 96, no 2, éditions E. de Boccard, 1985, p. 683
  6. Jacques Le Goff, Saint François d'Assise, Gallimard, Folio Histoire, p. 18
  7. De Sikkel, Les Primitifs flamands : Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux au quinzième siècle, 1986
  8. Iconographie et histoire des mentalités, Centre méridional d'histoire sociale des mentalités et des cultures, Centre national de la recherche scientifique, 1979
  9. Simona Boscani Leoni, Essor et fonctions des images religieuses dans les Alpes : l'exemple de l'ancien diocèse de Coire (1150-1530 env.), Peter Lang, 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Audrey Rieber, Art, histoire et signification : un essai d'épistémologie d'histoire de l'art autour de l'iconologie d'Erwin Panofsky, Harmattan, 2012, p. 29 et 39.
  • Iconographie et histoire des mentalités, Centre méridional d'histoire sociale des mentalités et des cultures, Centre national de la recherche scientifique, 1979.
  • (en) G. Schiller, Iconography of Christian Art, Vol. II, 1972 (traduction de l'allemand), Lund Humphries, Londres, figures 471 à 475 (ISBN 0-85331-324-5)
  • Pierre Gibert, Quand les peintres lisaient la Bible, Bayard culture, 2015 (ISBN 2227488476) p. 232

Articles connexes[modifier | modifier le code]