Chibotte

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Cabane en pierre sèche (tsabone sous son nom vernaculaire, chibotte sous son nom touristique) au lieudit Les Vigneaux à Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) en 1979.

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Le terme a été répandu dans la première moitié du XXe siècle par l'érudit Albert Boudon-Lashermes (1882-1967), qui l'avait emprunté au toponyme chabotta rencontré dans des textes médiévaux et désignant une habitation permanente rudimentaire, une masure[1],[2].

Le terme vernaculaire authentique, employé par les vignerons constructeurs et utilisateurs de ces édifices, était tsabana, en français local tsabone (cabane)[3]. Cette substitution était le corollaire d'une mythification des cabanes, promues au rang de « ligures » par ce savant. « Un auteur du pays à l’imagination vive leur attribue une origine ligure », écrit en 1928 le rédacteur de la revue Vie à la campagne (numéro extraordinaire du , p. 15).

Fonctions[modifier | modifier le code]

Les chibottes ou tsabones étaient, au XIXe siècle, des habitations temporaires ou saisonnières dans les champs et les vignes. Ainsi des habitants du Puy-en-Velay qui possédaient une vigne à Vals-près-le-Puy, y avaient généralement une chibotte qu'ils occupaient le dimanche et pendant l'été, selon un schéma rencontré dans de nombreuses régions du Midi[4],[5].

Dans les années 1920-1930, ces cabanes, d'un emploi malcommode, commencèrent à être abandonnées pour de petites pavillons carrés, maçonnés et à toit de tuile plate, plus confortables[4],[5].

Matériaux[modifier | modifier le code]

Étant donné la nature géologique des plateaux volcaniques du Velay, les matériaux employés à la construction des chibottes sont des matériaux d'origine volcanique[6].

À Vals-près-le-Puy, il s'agit de dalles et de blocs de basalte, extraits sur place lors du dérochement [7] nécessaire à l'établissement des parcelles de vigne. On peut penser que, comme ce fut le cas dans d'autres régions, la poudre et des outils en acier furent employés pour mener à bien ce travail, produisant d'énormes quantités de matériaux lithiques [8],[6].

On distingue deux morphologies de matériau, à la place et à la fonction bien distinctes dans un même édifice :

  • d'une part un parement intérieur et une voûte encorbellée réalisés en dalles ou en lauses assez larges, peu épaisses ;
  • d'autre part un parement extérieur et une couverture en blocs et moellons[9].

Si les lauses de la « peau » intérieure ne sont jamais taillées, par contre elles sont souvent fracturées, sans doute pour en réduire les dimensions et obtenir un meilleur jointoyage. Les pierres du parement extérieur sont, quant à elles, quelconques. On note l'emploi de très gros blocs à la base, puis de pierres de moins en moins grosses à mesure que l'on se rapproche du sommet[9].

Quant à l'encadrement de l'entrée, il est souvent en blocs de brèche basaltique, plus rarement en blocs de ponce volcanique. Deux faces sont alors taillées : celle en façade et celle de l'embrasure [9].

Procédés de construction[modifier | modifier le code]

chibotte, ou tsabone, à la toiture refaite. Vue prise en 2019.

L'originalité architecturale des chibottes vient de l'emploi de la technique dite « des deux peaux ».

Prenons une construction circulaire. Intérieurement, on a une voûte de plaquettes encorbelées et inclinées, c'est-à-dire une succession verticale d'anneaux, à diamètre dégressif, dont les éléments sont inclinés vers l'extérieur (selon un angle de l'ordre de 15°). Du fait de cette inclinaison, chaque assise est témoin d'un phénomène de contrebutement entre ses éléments, ces derniers agissant comme autant de claveaux. Ce phénomène entraîne la fermeture d'un polygone des forces : chaque assise est alors clavée horizontalement[9].

Extérieurement, on a, épousant la forme de la voûte, un parement de moellons disposés avec une inclinaison vers l'intérieur, le rôle de ces moellons étant de caler les lauses en les empêchant de glisser et de se disjoindre[9].

La construction de ce type de voûtement qui associe de façon complémentaire voûte intérieure et revêtement extérieur, se fait assise par assise, et non point en érigeant d'abord la voûte et ensuite le revêtement extérieur[9].

Caractéristiques architecturales[modifier | modifier le code]

Si l'on fait abstraction des guérites, les cabanes visibles actuellement relèvent d'un type morphologique et constructif bien caractéristique, dont les grands traits peuvent se définir comme suit :

  • engagement partiel de la partie arrière de la base dans un versant, ou dans un talus séparant deux parcelles étagées;
  • façade rectiligne, plane, pas plus haute que l'entrée, aux angles en forme d'éperon;
  • couvrement en ogive ou en cône au sommet arrondi, dépassant seul du versant ou du talus;
  • entrée à l'élévation rectangulaire, aux piédroits en blocs de brèche basaltique taillés et appareillés, destinée à recevoir une porte en bois[10].

Enseignements des cadastres[modifier | modifier le code]

La comparaison des cadastres du lieudit Crousas à Vals semble indiquer que les cabanes qui s'y trouvent sont liées au morcellement d'une vaste propriété détenue par une seule personne[11] et à l'établissement de parcelles viticoles en ces lieux entre le milieu du XVIIIe siècle et le début du XIXe[12].

Enseignements des millésimes[modifier | modifier le code]

Quelques rares millésimes ont été observés sur le linteau en brèche basaltique de quelques cabanes de Vals-près-le-Puy : 1786, 1761 et 1808. Cette rareté est sans doute imputable à la dureté des dalles de basalte employées comme linteau dans les autres cas. La fourchette chronologique concernée permet de cerner à quelle période se situe le mouvement de construction des cabanes[13].

Classement[modifier | modifier le code]

Une cabane située au Bois de Lirate et propriété de la commune a été inscrite à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques le .

Parcours des chibottes[modifier | modifier le code]

Un projet de restauration et de mise en valeur touristique de ces édifices, échafaudé dès 1976, a débouché, le 5 novembre 2011, sur l'inauguration d'un « parcours des chibottes »[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Boudon-Lashermes, Le vieux Puy. Les origines de la cité d’Anis, 1923.
  2. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, Études et recherches d’architecture vernaculaire, CERAV, No 27, 2007, 38 p., p. 3 (Chibotte, tsabone ou chazourne ? Une terminologie à clarifier).
  3. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 3 (Chibotte, tsabone ou chazourne ? Une terminologie à clarifier).
  4. a et b Albert Maumené, Maisons et meubles du Massif Central, in Vie à la campagne, numéro extraordinaire du 15 décembre 1928, p. 15.
  5. a et b Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 4 (Les fonctions).
  6. a et b Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 5 (Les matériaux).
  7. Destruction à la mine et à la barre à mine des rochers et leur enlèvement.
  8. C'est-à-dire pierreux.
  9. a b c d e et f Emile Garnaud, Les chibottes du Velay, étude technique sur leur mode de construction, in Gaule, bulletin de la Société d’histoire, d’archéologie et de traditions gauloises, No 20, mars 1962, p. 15-18.
  10. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 25 (Les enseignements des caractéristiques architecturales).
  11. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 30 (Marthe Ravaudet, Les chibottes du Crousas).
  12. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 27 (Les enseignements des cadastres).
  13. Les cabanes en pierres sèches de Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) et alentour, op. cit., p. 27-28 (Les enseignements des millésimes).
  14. Inauguration du « parcours des chibottes » à Vals-près-le-Puy (Haute-Loire) le 5 novembre 2011, pierreseche.com, page « Nouvelles du monde de la pierre sèche », année 2011, 4e trimestre, rubrique No 2.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

(Ouvrages non cités en note)

  • Marthe Ravaudet, Les chibottes du Crousas (commune de Vals, Haute-Loire), dans L'architecture rurale en pierre sèche, CERAPS, t. 1, 1977, p. 24-25 + 1 fig. h. t.
  • Jean Pestre, Le vignoble du Puy-en-Velay, l'auteur, Le Puy-en-Velay, 1981, 340 p., en part. p. 231-279 (L'architecture du vignoble).
  • Les cabanes en pierre sèche de l’ancien vignoble du Puy-en-Velay (Haute-Loire) : mythes et légendes, in Pierre Sèche, la lettre du CERAV, bulletin de liaison No 12, , p. 67-76
  • Frédéric Bachelier, Les chibottes de Vals et d’ailleurs : in Cahiers de la Haute-Loire 2001, Le Puy-en-Velay, Cahiers de la Haute-Loire,