Cherubikon

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Le Cherubikon (du grec de la koinè : χερουβικόν) ou Hymne des Chérubins (grec de la koinè : χερουβικὸς ὕμνος) ou, en slavon d'église, Chant des Chérubins (Херȣвімскаѧ пҍснь) est le tropaire de la Grande Entrée de la Divine Liturgie, chanté dans les Églises d'Orient – Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin.

Prêtre et diacres orthodoxes chantant le Cherubikon au début de la Grande Entrée.

Présentation du texte[modifier | modifier le code]

L'hymne introduit symboliquement les fidèles présents dans l'assemblée auprès des anges rassemblés autour du trône de Dieu[1]. Il est au cœur de la Divine Liturgie : l'anaphore, dont les parties les plus anciennes sont dues à saint Basile et à la version de saint Jean Chrysostome de la liturgie de saint Basile.

Tradition exégétique[modifier | modifier le code]

Le trisagion, ou hymne trois fois saint, mentionné par Saint Jean Chrysostome, ne peut renvoyer qu'au Sanctus de l'anaphore extraite de l'Ancien Testament, livre d'Isaïe, en particulier les versets 6:1-3 :

[1] Καὶ ἐγένετο τοῦ ἐνιαυτοῦ, οὗ ἀπέθανεν Ὀζίας ὁ βασιλεύς, εἶδον τὸν κύριον καθήμενον ἐπὶ θρόνου ὑψηλοῦ καὶ ἐπηρμένου, καὶ πλήρης ὁ οἶκος τῆς δόξης αὐτοῦ. [1] L'année de la mort du roi Ozias, je vis le seigneur assis sur un trône très élevé, et tous les pans de sa robe remplissaient le temple.
[2] καὶ σεραφὶμ εἱστήκεισαν κύκλῳ αὐτοῦ, ἓξ πτέρυγες τῷ ἑνὶ καὶ ἓξ πτέρυγες τῷ ἑνί, καὶ ταῖς μὲν δυσὶν κατεκάλυπτον τὸ πρόσωπον καὶ ταῖς δυσὶν κατεκάλυπτον τοὺς πόδας καὶ ταῖς δυσὶν ἐπέταντο. [2] Des séraphins se tenaient au-dessus de lui ; ils avaient chacun six ailes : deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds et deux dont ils se servaient pour voler.
[3] καὶ ἐκέκραγον ἕτερος πρὸς τὸν ἕτερον καὶ ἔλεγον Ἅγιος ἅγιος ἅγιος κύριος σαβαώθ, πλήρης πᾶσα ἡ γῆ τῆς δόξης αὐτοῦ.[2] [3] Ils criaient l'un à l'autre, et disaient : Saint, saint, saint est l'Éternel des armées ! toute la terre est pleine de sa gloire[3] !

Dans une homélie, Jean Chrysostome posa que le poème d'Isaïe et les chants de la Divine Liturgie étaient des actes analogues reliant la communauté des croyants au chœur éternel des anges :

Ἄνω στρατιαὶ δοξολογοῦσιν ἀγγέλων· κᾶτω ἐν ἐκκλησίαις χοροστατοῦντες ἄνθρωποι τὴν αὐτὴν ἐκείνοις ἐκμιμοῦνται δοξολογίαν. Ἄνω τὰ Σεραφὶμ τὸν τρισάγιον ὕμνον ἀναβοᾷ· κάτω τὸν αὑτὸν ἠ τῶν ἀνθρώπων ἀναπέμπει πληθύς· κοινὴ τῶν ἐπουρανίων καὶ τῶν ἐπιγείων συγκροτεῖται πανήγυρις· μία εὐχαριστία, ἕν ἀγγαλλίασμα, μία εὐφρόσυνος χοροστασία.[4] Comme les légions angéliques prient au plus haut, des tréfonds la communauté des humains chante la même hymne. Au plus haut, les séraphins proclament l'hymne trois fois saint ; ici-bas, le peuple élève la même hymne en une communion solennelle des sphères céleste et terrestre, en une eucharistie, une allégresse et une acclamation.

La réforme du VIe siècle[modifier | modifier le code]

Le concept liturgique de lien entre les sphères céleste et terrestre existait déjà au IIe siècle. Deux cents ans plus tard, la Grande Entrée apparut nécessaire pour accompagner la procession des Saints Dons de la table de prothèse, située dans le sanctutaire, du côté de la sphère céleste à l'autel, dirigé vers la nef, du côté de la sphère terrestre, que la réforme architecturale de l'empereur Justin II avait séparés par un jubé. Le Cherubikon fut divisé en plusieurs parties. La première partie est chantée par l'assemblée des fidèles avant que le prêtre n’entame les prières. Puis, en une ou deux parties simultanées, le chant, graduellement, accède à un sommet qui marque la Grande Entrée.

Texte[modifier | modifier le code]

Texte grec :

Οἱ τὰ Χερουβεὶμ μυστικῶς εἰκονίζοντες,
καὶ τῇ ζωοποιῷ Τριάδι τὸν Τρισάγιον ὕμνον προσάδοντες,
πᾶσαν τὴν βιοτικὴν ἀποθώμεθα μέριμναν.
Ὡς τὸν Βασιλέα τῶν ὅλων ὑποδεξόμενοι,
ταῖς ἀγγελικαῖς ἀοράτως δορυφορούμενον τάξεσιν.
Ἀλληλούϊα, Ἀλληλούϊα, Ἀλληλούϊα.

Translittération Français Slavon d'église Géorgien Roumain

I ta cherubin mysticos Iconizontes
ke ti zopion triadi ton trisagyon ymnon prophagentes
passanin biotikin apothometa merinnan·
Os ton basileon ton olon Ipodoxomeni
tes angelikes aoraton doriforumenon taxasin
alleluia[5].

Nous qui représentons mystiquement les chérubins,
et qui chantons à la Trinité l'hymne trois fois saint qui donne la vie,
écartons les soucis terrestres
pour recevoir le roi de tous,
escorté invisiblement par les cohortes angéliques.
Alleluia[6] !

Иже херувимы тайно образующе,
и Животворящей Троицѣ трисвятую пѣснь припѣвающе,
Всякое нынѣ житейское отложимъ попеченіе.
Яко да Царя всѣхъ подъимемъ,
ангельскими невидимо дориносима чинми.
Аллилуіа[7].

რომელნი ქერუბიმთა საიდუმლოდ ვემსგავსენით,
და ცხოველსმყოფელსა სამებასა,
სამწმიდა არსობისა გალობასა შევსწირავთ,
ყოველივე მსოფლიო დაუტევოთ ზრუნვა,
და ვითარცა მეუფისა ყოველთასა,
შემწყნარებელსა ანგელოსთაებრ უხილავად,
ძღვნის შემწირველთა წესთასა,
ალილუია, ალილუია, ალილუია.

Noi care pre heruvimi cu taină închipuim,
și Făcătoarei de Viață întreit-sfântă cântare aducem,
toată grija lumească să o lepădăm
ca pe Împăratul tuturor să-L primim,
înconjurat de cetele cele îngerești.
Aliluia, aliluia, aliluia.

Ce tropaire commence comme une hymne solennelle. Au IVe siècle, l'hymne trois fois saint (trisagion hymnon) faisait aussi référence au tropaire ou au refrain du troisième antiphonaire chanté au début de la Liturgie des Catéchumènes. Aujourd'hui, il est chanté après la Petite Entrée. Les deux chants du trisagion et du Cherubikon sont centrés sur la liturgie du Sanctus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Cherubikon a été ajouté en tropaire à la Divine Liturgie par l'empereur Justin II (565-578), quand une séparation des lieux où les Saints Dons étaient préparés et consacrés a rendu nécessaire une procession jusqu'à la nef où les fidèles étaient rassemblés. Cette procession était accompagnée de chants, dans le genre de l'Offertoire en plain-chant des Églises occidentales. Elle prit le nom de Grande Entrée car le clergé devait pénétrer dans la nef par le jubé, remplacé plus tard par l'iconostase.

Le Cherubikon fait partie de l'ordinaire de la messe car il est chanté tout au long du cycle liturgie annuel. Il est parfois remplacé par des tropaires appelés anti-cherouvika : le Jeudi saint, par exemple, le Cherubikon est remplacé par le tropaire À Ton souper mystique (Τοῦ δείπνου σου τοῦ μυστικοῦ) ; à la Liturgie des Dons présanctifiés, on chante le tropaire Maintenant le pouvoir des Cieux (Νῦν αἱ δυνάμεις τῶν οὐρανῶν) ; le Vendredi saint, on utilise le tropaire Que toute chair mortelle garde le silence de la Liturgie de saint Jacques[1].

Cherubikon en latin (début du XIe siècle ajouté à une anthologie du Xe siècle dédicacée à Boëce. (Londres, British Library, Ms. Harley 3095, fol. 111v).

Le Cherubikon latin de la Missa greca[modifier | modifier le code]

Le Cherubikon n'apparaît pas, dans l'histoire des manuscrits liturgiques byzantins avec notation musicale, avant le XIIe siècle. Des sources plus anciennes sont d'origine carolingienne – sacramentaires comportant le texte d'une messe dite Missa greca, tels l'Hadrianum rédigé à l'abbaye de Corvey[8]

Le Cherubikon translittéré est annoté de neumes paléo-franciques entre les lignes de texte. Les neumes paléo-franciques étaient diastématiques ; aucun manuscrit du Cherubikon en latin avec notation diastématique ne nous est parvenu. On suppose que la mélodie est, comme les premiers Cherubikons byzantins, dans l'intonation de l'echos plagal deutérus[9].

Le Cherubikon asmatikon[modifier | modifier le code]

Dans le rite cathédral de Sainte-Sophie, il y avait une seule mélodie dans l'echos plagal deutérus. Celle-ci a survécu partiellement dans les asmatikons (livres du chœur) et, en intégralité, sous le nom de cherouvikon asmatikon dans les acolouthia des XIVe et XVe siècles.

Le Cherubikon des plus anciens asmatikons du XIIIe siècle contient seulement les parties du chœur et du chantre ; ces versions ne sont pas identiques : ce sont les notations d'exécutions réelles et le nom du chantre est même indiqué[10]. Un seul manuscrit — une anthologie d'asmatikons du XIVe siècle —, comportant la partie du psaltikon a survécu dans les collections de l'Archimandritate Santissimo Salvatore de Messine[11]. Il contient la partie soliste ainsi que les acclamations ou anaphores en l'honneur du roi de Sicile Frédéric II[12].

Cherubikon de Manuel Chrysaphes (en), écrit dans le mode de l'Octoechos papadique (en), transcrit selon Panagiotes le Protopsalte (en) (Londres, British Library, Ms. Harley 5544, fol. 131v)

.

Le Cherubikon palatial[modifier | modifier le code]

Une autre version plus courte du Cherubikon dans le ton de l'echos plagal deutérus, sans aucun teretismoi (mélisme), avec des sections de syllabes abstraites, a été chantée par le chœur lors de fêtes de la cour impériale de Constantinople au XIVe siècle[13]. Une version plus longue, écrite par Jean Coucouzèle a été transcrite et est imprimée encore aujourd'hui pour les chantres[14]

Les cycles du Cherubikon papadique[modifier | modifier le code]

La pratique actuelle est de chanter le Cherubikon dans l'echos de la semaine. La plus ancienne mention d'un cycle hebdomadaire est le manuscrit d'une acolouthia de Manuel Chrysaphes (en)[15] rédigé en 1458. Il écrivit un cycle de huit Cherubikons dans le mode papadique de l'Octoechos[16].

Aujourd'hui encore, les chantres du Patriarcat de Constantinople contribuent de leurs propres réalisations au cycle papadique[17]. Comme le Cherubikon était initialement destiné à accompagner la procession de la Grande Entrée, les transcriptions modernes distinguent trois cycles : une version courte destinée aux jours de semaine (depuis que la Divine Liturgie est devenue quotidienne) ; une version plus longue pour les dimanches et une version ornée pour les fêtes, quand l'évêque ou un abbé préside la cérémonie.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Parry (1999), p. 117.
  2. Septante (grc) « Isaïe 6 », sur myriobiblos.gr (consulté le 4 octobre 2014).
  3. Traduction : Louis Segond, 1910
  4. PG 56 (1862), col. 97.
  5. Sacramentaire carolingien du Xe siècle (Düsseldorf, Ms. D2, f. 203v).
  6. Raya (1958), p. 82.
  7. Soroka (1999), p. 96.
  8. Düsseldorf, Ms. D2, f. 203v. Hadrianum est le nom donné au sacramentaire envoyé par le pape Adrien Ier à Charlemagne qui en avait demandé un au page Grégoire Ier.
  9. Le Cherubikon selon le manuscrit Ms. Harley 3095 de la British Library a été reconstitué par Oliver Gerlach (2009, p. 432-434).
  10. Voir une transcriptions par Neil Moran (1975).
  11. Archives de l'Université de Messine, Ms. gr. 161
  12. Moran (1979).
  13. Athènes, Bibliothèque nationale de Grèce, Ms. 2458, ff. 165v-166r [presque une page] (Acolouthia écrite in 1336).
  14. En Grec : Kyriazides 1896, p. 278-287, et une anthologie en bulgare : Sarafov 1912, p. 203-210.
  15. Mont Athos, Mone Iveron, Ms. 1120.
  16. La Cappela Romana (1er février 2013) sous la direction d'Alexander Lingas chante la version dans l'echos protos de Manuel Chrysaphes avec des teretismoi (mélismes) fondée sur la transcription de Iveron 1120 par Ioannis Arvanitis dans l'environnement acoustique simulé de Sainte Sophie.
  17. Une importante compilation en a été publiée par Levkopoulos au Psaltologion (2010).

Références[modifier | modifier le code]

Sources Web[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Homilies[modifier | modifier le code]

  • (grc) Jean Chrysostome (éditeur Jacques-Paul Migne), « Ἔπαινος τῶν ἀπαντησάντων ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ, καὶ περὶ εὐταξίας ἐν ταῖς δοξολογίαις. Καὶ εἰς τὸ, « Εἶδον τὸν Κύριον καθήμενον ἐπὶ θρόνου ὑψηλοῦ καὶ ἐπηρμένου » » [« Homilia in laudem eorum, qui comparuerunt in ecclesia, quaeque moderatio sit servanda in divinibus laudibus. Item in illud, vidi dominum sedentem in solio excelso (a) (Isaïe 6:1) »], Patrologia graeco-latina, vol. 56,‎ , cols. 97-107.

Livres de chant orthodoxe[modifier | modifier le code]

  • (grc) Agathangelos Kyriazides, Ἓν ἄνθος τῆς καθ' ἡμᾶς ἐκκλησιαστικῆς μουσικῆς περιέχον τὴν ἀκολουθίαν τοῦ Ἐσπερινοῦ, τοῦ Ὅρθρου καὶ τῆς Λειτουργίας μετὰ καλλοφωνικῶν Εἱρμῶν μελοποιηθὲν παρὰ διαφόρων ἀρχαίων καὶ νεωτέρων Μουσικοδιδασκάλων, Constantinople, Alexandros Nomismatides,‎ .
  • (bg) Petĕr V. Sarafov, Рѫководство за практическото и теоретическо изучване на восточната църковна музика, Sofia, Petĕr Gluškov,‎ .

Études[modifier | modifier le code]

  • (de) Oliver Gerlach, Im Labyrinth des Oktōīchos – Über die Rekonstruktion mittelalterlicher Improvisationspraktiken in liturgischer Musik, vol. 2, Berlin, Ison, [détail de l’édition] (ISBN 9783000323065, lire en ligne)
  • Michel Huglo (éditeur Jacques Westrup), « Les chants de la Missa greca de Saint-Denis », Essays presented to Egon Wellesz, Oxford, Clarendon,‎ , pp. 74-83
  • (en) Neil K. Moran, The Ordinary chants of the Byzantine Mass, vol. 2, Hamburg, Verlag der Musikalienhandlung K. D. Wagner, coll. « Hamburger Beiträge zur Musikwissenschaft », , pp. 86-140 p. (ISBN 9783921029268)
  • (en) Neil K. Moran, « The Musical 'Gestaltung' of the Great Entrance Ceremony in the 12th century in accordance with the Rite of Hagia Sophia », Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, vol. 28,‎ , pp. 167-193
  • Ken Parry et David Melling (éditeurs), The Blackwell Dictionary of Eastern Christianity, Malden, MA., États-Unis, Blackwell Publishing, (ISBN 0-631-23203-6)
  • (en) Joseph Raya, Byzantine Liturgy, Tournai, Belgique, Société Saint Jean l'Évangeliste, Desclée & Cie,
  • (en) Rev. L. Soroka, Orthodox Prayer Book, South Canaan, Penn., États-Unis, St. Tikhon's Seminary Press, (ISBN 1-878997-34-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes avec enregistrements[modifier | modifier le code]