Chefferies traditionnelles au Cameroun

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Ensemble architectural de la chefferie de Bafut (Région du Nord-Ouest[1])

Les chefferies traditionnelles au Cameroun sont un échelon de l'organisation administrative au Cameroun. Elles sont régies par un décret de 1977[2]. La loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 assure la représentation des chefferies traditionnelles en prévoyant leur présence dans les conseils régionaux.

Les chefferies peuvent être du premier, deuxième ou troisième degré selon leur importance territoriale ou historique.

Origine des chefferies[modifier | modifier le code]

Les chefferies traditionnelles du Cameroun sont à l'origine des micro-états, ou des états vassaux d'états pré-coloniaux. Elles pouvaient prendre trois formes :

  • Nord (peuples peuls) : grands lamidats féodaux "tout-puissants" ;
  • Ouest (Grassland) : les chefferies tirent leur pouvoir d'une longue tradition rituelle ;
  • Est, Centre et Sud : chefferies patriarcales, pouvoir d'arbitrage entre individus.

Statut administratif des chefs traditionnels[modifier | modifier le code]

À l'époque coloniale, les puissances européennes qui se sont succédé au Cameroun s'appuieront sur celles-ci pour assoir leur pouvoir, le chef traditionnel devenant alors l'indispensable auxiliaire entre la population et le pouvoir colonial.

À l'indépendance, Ahidjo s'appuiera sur ces chefferies pour conserver la maitrise du territoire national, en s'assurant les loyauté des chefs traditionnels par un système clientéliste. Ceux-ci étaient membres de droit du bureau local du parti présidentiel.

En 1977, toutefois, un nouveau statut est adopté qui transfère certains pouvoirs administratifs aux maires.

Aujourd'hui, les chefs ont un statut d'auxiliaire administratif. Ils servent de lien entre l'administration et les populations du village et ont encore autorité pour rendre la justice traditionnelle (notamment pour les affaires foncières et civiles, dont les successions), même si la suppression de cette compétence est réclamée par diverses associations de défense des droits de l'homme[3].

Nomination[modifier | modifier le code]

Les chefs traditionnels sont nommés sur avis des « notables » de la chefferie. L'autorité administrative entérine ensuite leur nomination, laquelle est publiée au journal officiel. Toutefois, il arrive que l'administration refuse le choix des notables et imposent un autre chef. Ce cas reste toutefois très rare.

À la tête de la Chefferie, la succession va de père à descendant direct (fils du défunt chef). Ce successeur est choisi par son père avant sa mort.

Catégorie de chefferies[modifier | modifier le code]

Les chefferies sont catégorisées en degré selon leur taille et leur hiérarchie historique :

  • Premier degré : Chefferie qui couvre au moins deux chefferies du deuxième degré et dont le territoire ne peut aller au-delà des limites départementales ;
  • Deuxième degré : Chefferie qui couvre au moins deux chefferies du troisième degré et dont le territoire ne peut aller au-delà des limites d'arrondissements ;
  • Troisième degré : village, en milieu rural ou quartier, en milieu urbain.

Ces degrés représentent la hiérarchie des chefferies entre elles.

Nombres de chefferies de 1er et 2nd degré[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012 [4] 80 chefferies de premier degré et 862 chefferies de deuxième degré.

Région chef-lieu Nombre de chefferie de 1er degré Nombre de chefferie de 2nd degré
Adamaoua Ngaoundéré 6 17
Centre Yaoundé 7 166
Est Bertoua 7 59
Extrême-Nord Maroua 19 159
Littoral Douala 11 50
Nord Garoua 5 33
Nord-Ouest Bamenda 5 123
Ouest Bafoussam 11 108
Sud Ebolowa 3 105
Sud-Ouest Buéa 6 42
TOTAL 80 862

Pouvoirs des chefferies[modifier | modifier le code]

Influence traditionnelle[modifier | modifier le code]

Les chefs traditionnels conservent une forte influence morale et spirituelle sur leurs administrés. Néanmoins, du fait de l'absence de nombreux chefs de leurs villages (ceux-ci étant par ailleurs fonctionnaires, hommes d'affaires, etc.[5]), les chefferies perdent peu à peu de leur influence, souvent au profit des élus locaux, comme les maires ou les députés.

Pouvoir juridique[modifier | modifier le code]

En 1963, la cour suprême du Cameroun a jugé que partout où il a été légiféré, la loi l'emporte sur la coutume[6]. Elle ne s'applique que dans les vides législatifs. De même, la coutume ne peut aller contre la constitution.

En matière foncière, la coutume a longtemps été utilisée faute de droit écrit, mais la loi a prévu la transformation de la propriété coutumière en titre foncier sous peine de déchéance[7].

Les litiges coutumiers peuvent être tranchés par des tribunaux coutumiers, mais ceux-ci sont appelés à disparaître au profit des tribunaux de premier degré.

Critique de l'institution cheffale[modifier | modifier le code]

Les critiques de l'institution soulignent en général le caractère anachronique de l'institution et son caractère anti-démocratique.

Par ailleurs, il a été régulièrement soulevé le caractère anti-constitutionnel de l'institution, puisque celle-ci prévoit que les individus naissent libres et égaux en droit, principe incompatible avec le principe d'hérédité de la plupart des chefferies.

Les principales chefferies par région[modifier | modifier le code]

Adamaoua[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012 6 chefferies de premier degré et 17 chefferies de deuxième degré pour la région de l’Adamaoua. Dans cette région, les chefferies sont principalement appelées des Lamidats.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Djérem Tibati Lamidat de Tibati Vacant 1 22.210
Faro-et-Déo Tignère Lamidat de Tignère Yerima Baba Daïrou 1 10.732
Faro-et-Déo Mayo-Baléo Lamidat de Kontcha Yerima Bakari Dewa 1 1.520
Mayo-Banyo Banyo Lamidat de Banyo Mohaman Gabdo Yaya 1 34.980
Mbéré Meiganga Chefferie de Meiganga Moussa 1 55.728
Vina Ngaoundéré Lamidat de Ngaoundéré Mohamadou Hayatou Issa 1 107.35

Centre[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012 7 chefferies de premier degré et 166 chefferies de deuxième degré pour la région du Centre.

Département Arrondissement Dénomination de la chefferie Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Haute-Sanaga Lembe-Yezoum Yezoum Soumbou Angoula 1 2.710
Mfoundi Yaoundé III Efoulan M.T Assiga 1 739.200
Lekié Obala Endingding Tsala Ndzomo 1 19.955
Lekié Okola Mvog-Ndama I Jean-Marie Mama 1 10.645
Nyong-et-Kellé Éséka Ndog-Ndjoue I Gabriel Matip 1 7.350
Nyong-et-Kellé Bot-Makak Ndog-Béa Nord Louis Mbem 1 24.512
Mbam-et-Kim Ngoro Sanaga Mohamed Sombo Kathou 1 11.983

Est[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 7 chefferies de premier degré et 59 chefferies de deuxième degré pour la région de l’ Est.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Haut-Nyong Angossas Maka-Mboang Jean-Claude Balla 1er 1 14.131
Haut-Nyong Atok Maka-Bebend Vacant 1 14.141
Haut-Nyong Nguelemendouka Omvang-Sekonda René Ze Nguele 1 8.925
Haut-Nyong Nguelemendouka Ebessep Grégoire Langoul 1 10.341
Haut-Nyong Lomié Ndzimou  ? 1 8.400
Kadey Batouri Kako-Mbonjo Vacant 1 11.546
Kadey Kette Baya Mbele Banga 1  ?

Extrême-Nord[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 19 chefferies de premier degré et 159 chefferies de deuxième degré pour la région de l’Extrême-Nord.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Diamare Maroua Lamidat de Maroua Bakari Yerima Bouba 1 130.585
Mayo-Tsanaga Bogo Lamidat de Bogo Ahmadou Ousmanou 1 47.019
Mayo-Tsanaga Mokolo Lamidat de Mokolo Yacuba M Murtula 1 12.841
Mayo-Tsanaga Mokolo Lamidat de Matakam-sud Djeguele Zogue 1 106.385
Mayo-Danay Yagoua Chefferie de Yaouga Litassou Makaïni 1 60.766
Mayo-Danay Kar-Hay Chefferie de Ndoukoula Luc Ayang 1 37.985
Mayo-Danay Kalfou Chefferie de Kalfou Yerima Hamadou Tomboutou 1 13.900
Mayo-Sava Maga Chefferie de Guirvindig Ampou Agourda 1 27.875
Mayo-Sava Mora Sultanat de Wandala El Hadj Yerima Brahim Boukar 1 48.175
Mayo-Kani Kaélé Chefferie de Kaélé El Hadj Abubakar Wabi 1 16.710
Mayo-Kani Kaélé Chefferie de Midjiving Moussa Lame 1 11.881
Mayo-Kani Kaélé Lamidat de Doumrou Aminou Ahmadou 1 6.750
Mayo-Kani Pohri Chefferie de Bizili Dakreo Dourga 1 8.150
Mayo-Kani Guidiguis Lamidat de Guidiguis Sadou 1 12.275
Mayo-Kani Mindif Lamidat de MIndif Oumarou 1 73.230
Mayo-Kani Moutourwa Chefferie de Moutourwa Bassoro Diwaoui 1 17.150
Logone-et-Chari Logone-Birni Sultanat de Logone-Birni Mahamat B Marouf 1 24.835
Logone-et-Chari Kousséri Sultanat de Kousséri Mahamat Moussa 1 14.675
Logone-et-Chari Kousséri Goulfey Ali Mahamat 1 19.250

Littoral[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 11 chefferies de premier degré et 50 chefferies de deuxième degré pour la région du Littoral.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Moungo Melong Chefferie de Mbo Mbappe Pandong 1 36.253
Moungo Njombe-Penja Chefferie Bonkenng-Penja Dieudonné Dissake 1 51.256
Moungo Mbanga Chefferie Balong Magellan Moukete Ngoh 1 152.163
Moungo Dibombari Chefferie Pongo TH Toto Bekombo 1 9.178
Sanaga-Maritime Édéa Chefferie Édéa-Bakoko William Ndong-Tsombe 1 11.296
Wouri Douala 1er Chefferie Bell René Douala Bell 1 18.265
Wouri Douala 1er Chefferie Akwa Din Dika 1 56.138
Wouri Douala 1er Chefferie Deïdo Essaka Ekwalla Essaka 1 22.156
Wouri Douala 3e Chefferie Bakoko S. Madiba Songue 1  ?
Wouri Douala 3e Chefferie Bassa Gaston Mbody Epee 1 35.248
Wouri Douala 4e Chefferie Belle-Belle Mbape Bwanga 1 20.956

Nord[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 5 chefferies de premier degré et 33 chefferies de deuxième degré pour la région du Nord.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Bénoué Garoua Lamidat de Garoua Alim Hayatou 1 106.575
Bénoué Bibemi Lamidat de Bibemi Daouda Aladji 1 26.618
Mayo-Rey Rey-Bouba Lamidat de Rey-Bouba Aboubakary Abdoulaye 1 75.150
Mayo-Louti Guider Chefferie de Lam Hamati Tizi 1 18.150
Mayo-Louti Mayo-Oulo Chefferie de Mayo-Oulo Ahmadou babale 1 17.135

Nord-Ouest[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 5 chefferies de premier degré et 123 chefferies de deuxième degré pour la région du Nord-Ouest. Dans cette région, les chefferies sont principalement appelées des fondoms et le chef traditionnel est appelé fon.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Mezam Bamenda Chefferie Mankon Angwafor III 1 31.255
Mezam Bali Chefferie Bali-Nyongha Ganyonga III Bikaï 1 28.276
Mezam Bafut Chefferie Bafut John Neba Abuabi II 1 31.253
Bui Kumbo Chefferie Nso P. Wirba Mbinglo 1 158.553
Boyo Fundong Chefferie Kom Vincent Yuh II 1 73.703

Ouest[modifier | modifier le code]

La région est le berceau du Royaume bamoun et des Bamilékés. Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 11 chefferies de premier degré et 123 chefferies de deuxième degré pour la région de l’Ouest. La plupart de ces chefferies sont Bamilékés.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Bamboutos Babadjou Chefferie Babadjou Jean-Marie Penandjo 1 20.977
Bamboutos Batcham Chefferie Bangang Joseph Momo 1 30.985
Bamboutos Batcham Chefferie Batcham Vacant 1 29.155
Menoua Dschang Chefferie Foto Jean-Claude Momo Soffack 1  ?
Menoua Nkong-Ni Chefferie Bafou Victor Kana 1 47.753
Haut-Nkam Bafang Chefferie Banka David Monkam Tienttche 1 7.071
Haut-Nkam Bana Chefferie Bana Sylvestre Sikam Konchipe 1 5.053
Mifi Bamougoum Chefferie Bamougoum Jacques Fotso Kankeu 1 25.281
Ndé Bangangté Chefferie Bangangté Mouluh Seidou Bokam 1 29.135
Noun Foumban Sultanat Bamoun Ibrahim Mbombo Njoya 1 210.000
Koung-Khi Poumogne Chefferie Bandjoun Djomo Kamga 1 48.758

Sud[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 3 chefferies de premier degré et 105 chefferies de deuxième degré pour la région du Sud.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Dja-et-Lobo Bengbis Chefferie Bulu de Bengbis Etienne Enondji Mvomo 1 7.995
Dja-et-Lobo Sangmélima Chefferie Ndou-Libi Thérèse Eloumba Medjo 1 8.075
Océan Lolodorf Chefferie Ngoumba-Fang André Mienam Vilmorin 1 10.982

Sud-Ouest[modifier | modifier le code]

Le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation du Cameroun (MINAT) dénombre en octobre 2012, 6 chefferies de premier degré et 142 chefferies de deuxième degré pour la région du Sud-Ouest.

Département Arrondissement Dénomination Nom du chef Degré Nombre d’habitants
Fako Limbé Chefferie Victoria-Town Vacant 1 31.785
Fako Buéa Chefferie Victoria-Town Samuel Moka 1 20.758
Meme Kumba Chefferie Mamfé-Town Victor Mukete 1 42.133
Manyu Mamfé Chefferie Mamfé-Town Godson Orock Oben 1 10.577
Lebialem Fontem Chefferie Fontem Lucas Fontem Njifua 1 16.076
Lebialem Wabane Chefferie Bamumbu Lekunze Nebongwe II 1 17.198

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hilaire Kouomegne Noubissi , Décentralisation et centralisation au Cameroun. L'exemple de la répartition des compétences entre l'État et les collectivités locales, Université Panthéon-Sorbonne/Université de Yaoundé II, 2012, 443 p. (thèse de droit public)
  • Robert K. Kpwang, La chefferie « traditionnelle » dans les sociétés de la grande zone forestière du Sud-Cameroun : (1850-2010), L'Harmattan, 2011, 490 p. (ISBN 9782296459397)
  • Joseph Owona, Les systèmes politiques précoloniaux au Cameroun, L'Harmattan, 2015, 107 p. (ISBN 978-2-343-07294-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La chefferie de Bafut », proposée à l'inscription sur la liste du Patrimoine mondial [1]
  2. Décret 77/245 du 15 juillet 1977 - JOC 01/08/1977
  3. FIDH : « la torture au Cameroun : une réalité « banale », une impunité systématique ».
  4. « Annuaire des chefferies traditionnelles de 1er et 2nd degrés (MINAT, octobre 2012) », sur http://minatd.cm (consulté le 17 juillet 2016)
  5. Chefferies traditionnelles : Les étudiants du Sud dénoncent leur élite
  6. CS/COR arrêté du 23 avril 1963
  7. Décret 76/165 du 26 avril 1976 et Ordonnance 74/01 du 6 juillet 1974