Chef (tête d'un mort)

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Un chef est la tête d'un mort, séparée du reste du corps lors de l'inhumation ou par la suite.

Le chef de saint Yves dans la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier.

Cette pratique a souvent lieu pour des raisons religieuses, soit pour honorer en plusieurs lieux différents des reliques constituées par un morceau du corps de la personne vénérée, soit pour des raisons de commodité (transporter la seule tête d'un défunt est plus aisé que transporter l'ensemble du corps, place manquante dans les églises pour y placer l'ensemble des corps des défunts).

Bretagne[modifier | modifier le code]

« Une pratique fort étrange règne en Bretagne. Les parents d'un mort le font exhumer au bout de quelques années (…). Les os recueillis sont alors rejetés dans un petit bâtiment construit ad hoc auprès de l'église : c'est le reliquaire. Quelquefois on réserve la tête du mort pour la mettre dans une boîte, et la placer dans un lieu apparent de l'église avec cette inscription : « Ci-gît le chef de N.. ». Il est impossible d'imaginer rien de plus repoussant (…)[1]. »

« Les boîtes à crânes, en forme de petite maison, contenaient, le nom l'indique, le chef d'un défunt dont les ossements avaient été portés à la fosse commune » ; certaines ont encore été utilisées au début du XXe siècle (par exemple en 1909 à Saint-Fiacre dans les Côtes-du-Nord)[2].

À Plouha le chef de Lezobré[Note 1] est présenté dans une boîte à crâne dans la chapelle de Kermaria-an-Isquit ; l'église Saint-Blaise de La Méaugon conserve plusieurs boîtes à crâne datant du XVIIe siècle alignées sous le porche ; huit boîtes à chef sont exposées dans l'ossuaire de Saint-Fiacre ; à Plouescat, la chapelle du Calvaire conserve dans une boîte à chef le crâne de Jacques Marhic, recteur de la paroisse au début du XVIIIe siècle ; un crâne est aussi exposé dans la chapelle Notre-Dame-des-Fleurs à Moustoir-Remungol et deux sont encastrés dans le mur nord de la chapelle Saint-Nicolas-des-Eaux à Pluméliau ; trois crânes sont incrustés au-dessus du bénitier dans le mur ouest de la chapelle Saint-Martin de Sarzeau et un dans le mur nord de la chapelle Saint-Gilles du Guermeur à Guernetc.[3]

Gustave Flaubert évoque l'ossuaire de Quiberon en 1847 :

« Autour de cet ossuaire où cet amas d'ossements ressemble à un fouillis (…) est rangée à hauteur d'homme une série de petites boîtes en bois de six pouces carrés, chacune recouverte d'un toit, surmontée d'une croix et percée sur sa face extérieure d'un cœur à jour qui laisse voir à l'intérieur une tête de mort. Au-dessus du cœur, on lit en lettres peintes ; « Ici est le chef de XXX, décédé tel an, tel jour ». (…) Il y a quelques années, on voulut abolir cette coutume : une émeute se fit, elle resta[4]. »

Le dernier décollement de chef connu en Bretagne fut celui du peintre Yan' Dargent réalisé selon sa volonté dans le cimetière de Saint-Servais en 1907 :

« La tombe fut ouverte, le cercueil descellé et, sur le vœu du fils du défunt, M. le recteur de la paroisse prit avec respect la tête du mort, la sépara sans grande difficulté du tronc, et la remit dans une petite châsse en zinc près du chef de sa mère. C'était le matin. Dans l'après-midi, toute la paroisse, fière de son peintre, assista à la funèbre cérémonie. Les écoles eurent congé, les autorités portèrent les glorieux restes jusqu'à la chapelle[5] »

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Pays bamiléké[modifier | modifier le code]

Parmi les bamilékés, il est d'usage de récupérer, après plusieurs années, le crâne du défunt afin de l'inhumer dans la "case aux cranes" familiale[6],[7].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

  • Dans Les Royaumes du Nord, Lyra découvre, en explorant Jordan College avec son ami Roger, que les cryptes du collège ne contiennent en plus des corps des Maitres, que les crânes des érudits afin de gagner de la place[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean de Lannion, baron des Aubrays, capitaine de guerre prestigieux, décédé en 1658.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Prosper Mérimée, « Voyage dans l'Ouest de la France », 1836.
  2. Andrew Paul Sandford et Yves Pascal Castel, « Patrimoine sacré en Bretagne », éditions Coop Breizh, 2012, (ISBN 978-2-84346-576-5).
  3. Bernard Rio, « Voyage dans l'au-delà. Les Bretons et la mort », éditions Ouest-France, 2013, (ISBN 978-2-7373-5809-8).
  4. Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, « Par les champs et par les grèves », 1847.
  5. « La semaine religieuse de Quimper et de Léon », 1907.
  6. Roger Kuipou, « Le culte des crânes chez les Bamiléké de l’ouest du Cameroun », Communications, vol. 97, no 2,‎ , p. 93 (ISSN 0588-8018 et 2102-5924, DOI 10.3917/commu.097.0093, lire en ligne, consulté le )
  7. Françoise Dumas-Champion, « Le mort circoncis. Le culte des crânes dans les populations de la Haute Bénoué (Cameroun / Nigeria) », Systèmes de pensée en Afrique noire, no 9,‎ , p. 33–74 (ISSN 0294-7080, DOI 10.4000/span.1114, lire en ligne, consulté le )
  8. Philip Pullman, A la croisée des mondes, vol. I : Les Royaumes du Nord, Folio, , 389 p., p. 49-50