Chauques

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Répartition des peuples germaniques au Ier siècle ap. J.-C.

Les Chauques (latin Chauci) se présentent comme étant une tribu germano-celte, issue des tribus dites "du Rhin", et appartenant à la culture de Jastorf. Les principales traces que l'on possède sur les chauques se révèlent au cours de la période de la Rome antique, notamment par le biais de textes antiques tels que la Germanie de Tacite ou encore des rapports de généraux de légions romaines. Cependant, on a récemment pu relever des indices archéologiques et toponymiques marquant leur ethnogénèse aux environs de 400 av. J.-C.[1]

Le territoire des chauques[modifier | modifier le code]

À l'instar de nombreuses autres tribus celtes ou germaniques, les chauques ont souvent migré au cours de leur histoire; soit pour des raisons économiques (pénuries de denrées alimentaires, pillages des biens et des richesses matériels de tribus voisines ou distantes par la mer) soit pour des raisons militaires (guerres frontalières). Incidemment, le territoire qu'ils occupaient est difficilement cernable et précis.
Néanmoins, on peut retenir par le biais de preuves archéologiques que les chauques se localisaient globalement sur le nord-est de l'actuel Pays-Bas et le Nord-ouest de l'Allemagne. Dans le détail, dans un premier temps leur territoire s'étendait essentiellement de la Frise à l'ouest jusqu'à l'Elbe à l'est; ayant ainsi la Mer du Nord pour façade maritime.
Dans un deuxième temps, au cours de la période romaine, Tacite nous rapporte qu'ils se sont installés plus au sud, à l'embouchure de la Weser ainsi que le long de la vallée de l'Elbe[2].
Les chauques étaient également décrits comme les "peuples des fleuves"; ils étaient considérés et décrits comme les seuls maîtres des fleuves de la Weser, de l'Ems et de l'Elbe; ce qui nous indique une donnée supplémentaire sur leur territoire[3]. Enfin, il ressort à travers des écrits de Tacite, que leur territoire les plaçaient en voisins directs des frisons à l'ouest; ainsi qu'au nord des chattes et des chérusques, dont les territoires étaient essentiellement localisés sur les rives de la vallée de la Weser, proches de la forêt de Teutberg pour les premiers, non-loin des rives de l'Elbe pour les seconds.

Les chauques sous l'antiquité romaine[modifier | modifier le code]

Ce que l'on connaît des chauques dans leur dimension historique, reste ponctuelle, parfois floue et peu représentée en termes de matériel écrit. Toutefois, il est possible d'établir une chronologie s'étalant sur approximativement 300 ans et essentiellement concentrée sur la période de l'Antiquité Romaine. Souvent associés aux Angles, aux Frisons et aux Saxons, ils œuvraient au sein de conglomérats militaires efficaces s'opposant aux légions romaines; les chauques étaient l'une des tribus faisant partie de ce qu'il convient d'appeler la "ligue des trente"[4].

En l'an 12 av. J.-C., ils mirent hors d'état les légions de Nero Claudius Drusus, pourtant alliées aux armées frisonnes et bataves. Les confrontations eurent essentiellement lieu sur les mers et dans la vallée de l'Ems.

En l'an 9 ap. J.-C., les chauques prirent part au soulèvement de Arminius face à Varus aux côtés des chattes et des charusques.

En 41, ils appuient les frisons dans la révolte de ces derniers contre le règne de Caligula. En outre, les chauques eux-mêmes se soulèvent face au gouverneur administrant la province romaine des chauques, Publius Gabinius Secundus.
Ils furent confronté aux opérations militaires de Corbulon en 47.
Au sein des légions placées sous l'égide de Domitius Corbulo, un jeune romain effectue alors son service militaire; il s'agit de Pline l'Ancien, qui beaucoup plus tard, nous rappportera à travers ses écrits et mémoires, le déroulement de cette bataille à laquelle il avait participé. Assaillis, les chauques répliquent néanmoins peu de temps après; réplique qui prend la forme d'attaque de piraterie sous le commandement de leur chef Ganiascus.

En 58, les chauques se confrontent aux Ampsivariens sur les rives et les eaux du fleuve Ems.
Les ampsivariens doivent battent en retraite face à la puissance militaire et maritime chauque et prennent refuge sur les territoires voisins.

En 69 et 70; les chauques prennent part à la rebellion de Civilis (lequel appartenait à la tribu des bataves, qui cependant possédait une citoyenneté romaine, mais également un statut et un grade important au sein de l'empire romain. Outre les bataves, les chauques guerroient aux côtés de nombreuses autres tribus dont les frisons, les chattes et les chérusques. Cet évenement fut plus tardivement cité sous le nom de "Révolte des Bataves".

En 174, ils dirigent des attaques sur la Gaule en déployant leur armada de navires sur les côtes gauloises bordant la Mer du Nord et la Manche, avant de lancer une offensive terrestre. Puis en 175, le consul romain Didius Julianus parvient à contrecarrer les invasions des chauques en Gaule et met en déroute ces derniers. L'empire romain était alors à son apogée, mené sous l'égide de Marc Aurèle, lequel multiplia sous son règne des guerres principalement frontalières, dans le but de résorber les fissures du vaste territoire romain.

En 288, les chauques s'associent aux Frisons afin de déjouer l'attaque romaine menée par Carausius, lequel, debordé de toutes parts, se voit dans l'obligation d'opérer une retraite avec lui et ses hommes. Dès lors, ces derniers prennent pied en Grande-Bretagne, où Carausius se fait nommer empereur par ses propres légions[5].

Mode de vie et économie[modifier | modifier le code]

Leur habitat se regroupait sur des éminences proches du littoral, les terpen; par ailleurs les chauques pratiquaient essentiellement l'élevage; leur cheptel était majoritairement constitué d'ovins (moutons) et dans une moindre mesure de bovins et d'équidés[6].
Leur façade maritime, ouverte sur la Mer du Nord induisait une économie également basée sur la pèche. De plus, ils possédaient une flotte militaire non-négligeable (cette dernière était constituée de plus de 1000 navires) qui leur permettaient, la plupart du temps, de prendre le dessus sur les mers vis à vis de leurs adversaires. Cette même compétence maritime leur donnait également un ascendant évident pour des projets de conquêtes via les côtes de littoral, par exemple au cours des invasions du IIIe siècle sur les côtes nord de la Gaule, notamment.

L'éventuelle présence des Chauques dans le poème épique de "Beowulf"[modifier | modifier le code]

On a parfois considéré que le terme vieil anglais Hugas présent dans Beowulf désignait les Chauques, cette hypothèse est toutefois controversée et incertaine et d'autres interprétations du terme Hugas ont été proposées[7].

En revanche, il est possible d'envisager "hugas" tel un terme générique désignant la noblesse d'un peuple ou plus directement "le peuple noble". Hugas désigna effectivement les chauques, mais aussi, plus tardivement, les Francs; ces deux peuples se distinguaient, l'un comme l'autre par leur noblesse d'esprit. Le terme hugas est derivé de "hugues", en langue franque[8]. Il faut également par ailleurs souligner que Tacite fait des chauques une description positive et remarquablement flateuse; selon lui, ces derniers seraient " le plus noble des peuples"; ils seraient également ordonnés et valeureux sur les mers.
En outre, il a souvent été évoqué "hugas" dans différents textes antiques et haut-moyenâgeux, pour désigner les peuples vivant en bordure de la mer du Nord - tel que les chauques, les frisons, les francs[9]...
Enfin le terme hugas pourrait également découler du haut-allemand eigenossen, signifiant "confédérés"; exactement ce qu'était les chauques vis-à-vis de la confédération saxonne; mais cela demeure une hypothèse qui manque d'éléments déterminants.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "The Early Germans"; éd. Blackwell Publishing, 2nd éd. 2004; par Malcolm Todd
  2. "The Early Germans"; 2nd éd. 2004, Blackwell Publishing
  3. wikidot.com/germanie
  4. "The Early Germans"; éd. 2004, Blackwell Publishing; par Malcolm Todd
  5. www.germanie.wikidot.com
  6. "The Early Germans"; éd. Blackwell Publishing, 2004; par Malcolm Todd
  7. W. Goffart, « Hetware and hugas, datable anachronismus in beowulf » dans C. Chase éd., The Dating of Beowulf, Toronto, 1997, p. 83-100
  8. "Histoire, économie et société"; année 1996, volume 15, numéro 15-4; par François Gaulme
  9. www.wikidot.com/Germania