Chasse à la glu

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Chasse de la grive à la glu

La chasse à la glu ou gluau est une technique de chasse traditionnelle utilisée dans la région méditerranéenne, en Espagne et en France par exemple[1], et visant à enduire de glu des branches d'arbres afin d'immobiliser les oiseaux s'y posant, attirés par un appelant[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Historiquement, la substance est préparée de diverses manières et à partir de divers matériaux[2].

Énée le Tacticien, écrivain grec du IVe siècle av. J.-C., recommande l'utilisation du gluau comme substance qui empêchera les incendies de brûler du bois ou d'autres matériaux combustibles, lorsqu'ils seront enduits sur leurs surfaces.

Utilisation dans le monde[modifier | modifier le code]

En Afrique du Sud, la colle est préparée à partir de Santalales locaux. Une poignée de fruits mûrs est mâchée jusqu'à ce qu'elle soit collante et la masse est ensuite frottée entre les paumes des mains pour former des brins longs et extrêmement collants qui sont ensuite enroulés autour de petites branches d'arbres où les oiseaux se perchent.

Une forme populaire en Europe est faite à base d'écorce de houx, bouillie pendant 10 à 12 heures. Une fois l'écorce verte séparée, elle est stockée dans un endroit humide pendant deux semaines. Elle est ensuite pilée en une pâte épaisse, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de fibres de bois et lavé à l’eau courante jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de petites taches. Après avoir fermenté pendant quatre ou cinq jours au cours desquels elle est fréquemment écrémée, la substance est mélangée au bâton avec une troisième partie d'huile de noix. Il est alors prêt à être utilisé.

Dans la région de Valence en Espagne, le gluau est couramment utilisé pour capturer la grive musicienne.

Une autre forme populaire en Asie provient de l'arbre Ilex integra.

Le gluau de Damas est censé être fait de Cordia myxa, ses noyaux s'y trouvent fréquemment ; cette version n'est pas prête à supporter le gel ou l'humidité. Celui des Italiens est fait de baies de gui, chauffé, mélangé à de l'huile, comme auparavant ; pour le rendre résistant à l'eau, on ajoute de l'essence de térébenthine. On utilise aussi la viorne lantane.

Législation[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

En France, la chasse au gluau concerne principalement les grives[2] et les merles. Elle est autorisée dans les départements où elle reste une tradition : Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse[3].

Elle a fait l’objet d'une tentative d'interdiction en France en 2014 et 2015[1],[4].

Union européenne[modifier | modifier le code]

Malgré les tentatives de l'Union Européenne pour freiner cette pratique[5], elle est toujours tolérée là où elle est une tradition.

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon Muriel Fusi, cette chasse est non sélective et tuerait, en plus des grives et merles censées être les cibles premières de cette technique, d'autres espèces d'oiseaux dont certaines protégées[1]. Selon cette dernière, la directive Oiseaux interdirait, en son article 8, la chasse à la glu[1]. L'article 8 dispose de la directive Oiseaux[6] :

« 1. En ce qui concerne la chasse, la capture ou la mise à mort d’oiseaux dans le cadre de la présente directive, les États membres interdisent le recours à tous moyens, installations ou méthodes de capture ou de mise à mort massive ou non sélective ou pouvant entraîner localement la disparition d'une espèce, et en particulier à ceux énumérés à l’annexe IV, point a.
2. […]. »

Sans être limitatif à celle-ci, l’article 8(1) de la directive renvoie à l'annexe IV(a) qui cite notamment les « gluaux » en son premier tiret[7]. La Cour de justice des Communautés européennes a notamment condamné l'Espagne pour l'usage de tels gluaux[8] et en 2014, un recours a été déposé par l'Association pour la protection des animaux sauvages en France auprès de la Commission européenne[1].

Toutefois, la directive Oiseaux prévoit une dérogation dans son article 9 puisqu'elle permet, « dans des conditions strictement contrôlées et de manière sélective, la capture, la détention ou toute autre exploitation judicieuse de certains oiseaux en petites quantités »[4],[9].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Fusi 2014
  2. a et b « La cabane - Mode de chasse à la grive - Chasse à la glu », sur Grives.net (consulté le 31 août 2018)
  3. Ministère de l'Écologie (France), « Chasse à la glu », sur Sénat, (consulté le 31 août 2018)
  4. a et b Sénat - 2015
  5. « Arrêt de la Cour Européenne », (consulté le 31 août 2018)
  6. Directive 2009/147/CE, article 8
  7. Directive 2009/147/CE, annexe IV(a)
  8. Affaire C-79/03
  9. Directive 2009/147/CE, article 9

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Muriel Fusi, « Chasse à la glu : cette cruelle technique enfin sur le banc des accusés », Le Nouvel Obs,‎ (lire en ligne)
  • Directive  2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil concernant la conservation des oiseaux sauvages, 32009L0147, adoptée le 30 novembre 2009, JO du 26 janvier 2010, p. 7-25, entrée en vigueur le 15 février 2010 [consulter en ligne, notice bibliographique]
  • Cour de justice des Communautés européennes, Affaire C-79/03, Commission des Communautés européennes contre Espagne, (lire en ligne)
  • « Maintien de la chasse à la glu », sur le site du Sénat