Charondas (législateur)

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Charondas (en grec ancien Χαρώνδας) est un législateur semi-légendaire de Catane, souvent comparé à Lycurgue et Solon[1]. Il vécut entre le milieu du VIIe siècle av. J.-C. et la fin du VIe siècle av. J.-C.[2]. Il fut avec Zaleucos un des grands législateurs de la Grande-Grèce, et ses lois, presque inconnues mais décrites comme très juste par Aristote[3], furent appliquées outre à Catane, sa ville d'origine, à Rhêgion et dans de nombreuses autres cités chalcidiennes de l’Italie méridionale et de la Sicile[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Catane en Sicile, il est décrit par Aristote comme appartenant à la "classe moyenne". En réalité, Charondas de Catane appartenait très certainement à l’oligarchie. Il légiféra pour sa cité vers 620 av. J.-C. D'après Elien[5], Il fut contraint à l'exil. Charondas se réfugia à Rhégion et importa avec lui sa législation qui dès lors fut appliqué à cette cité également.

Bien que Diodore de Sicile et Valère Maxime en fasse également, le législateur de la cité de Thourioi fondé entre 446 et 443 av. J.-C., ils relatent la mort de Charondas :

"Les mouvements qui agitaient les réunions publiques de cette cité allaient jusqu’à la violence et à l’effusion de sang, et il les avait apaisés en prescrivant par une loi que quiconque y viendrait avec une arme serait exécuté sur le champ. Quelque temps après, il revenait d’une propriété éloigné de la ville, avec une arme à la ceinture, pour rentrer chez lui ; on convoqua tout à coup une réunion et, tel qu’il était, il s’y rendit ; la personne qui se trouvait le plus proche de lui fit remarquer qu’il avait enfreint sa propre loi, et il répondit : « c’est moi aussi qui vais la faire appliquer », et aussitôt il sortit l’épée qu’il avait sur lui et l’enfonça dans son corps." [6]

La véracité de cet événement est toutefois suspecte du fait qu’il a également été attribué à Dioclès[7] et à Zaleucos[8].

La législation chalcidienne[modifier | modifier le code]

La législation de Charondas s'est progressivement implanté dans la plupart des cités fondées en Sicile par les colons originaires de la cité de Chalcis en Eubée. En plus de Catane et Rhégion, des preuves de l'existence de cette législation ont été retrouvées à Himéra et à Léontinoi.

Selon Aristote, Charondas est à l'origine d'une loi concernant les procès intentés pour faux témoignage. Il aurait également régler le montant des amendes en fonction du niveau social de la personne incriminée. Diodore de Sicile nous rapporte un grand nombre de lois qu'il attribue à Charondas, en tant que législateur de Thourioi, mais elles sont en réalités l’œuvre de pythagoriciens et/ou de Protagoras d'Abdère, le sophiste qui participe à la fondation de la cité. Les lois de Thourioi ne peuvent donc pas être rapportées à la législation archaïque.

A l'époque hellénistique, la réputation de la législation de Charondas n'est plus à faire. Ces lois sont exportées en dehors de Sicile et sont appliqués à Téos et Lébédos avec l'impulsion d'Antigone le Borgne ainsi qu'à Mazaka de Cappadoce. Le poète Hérondas, résidant dans l'île de Cos, évoque les lois de Charondas dans les Mimes, ce qui est un bonne indicateur de leur popularité.

Le « Χαλχιδον γενου »[modifier | modifier le code]

Entre 427 et 424, les cités chalcidiennes de Sicile s'unissent politiquement pour faire face à la menace syracusaine. L'historien Georges Vallet explique que cette union a été rendue possible par la proximité culturelle et institutionnelle qui existe entre les cités. Symbole de cette unité, les Chalcidiens de Sicile envoyèrent une ambassade commune, menée par le sophiste Gorgias de Léontinoi. Ils obtinrent l'aide d'Athènes qui envoya une expédition pour soutenir les Chalcidiens. S'ils parvinrent à repousser les Syracusains, le "Χαλχιδον γένου" ne survit pas longtemps. Deux ans après, une guerre civile éclate à Léontinoi, principale cité chalcidienne de Sicile permettant aux Syracusains de s'emparer de la ville. Cette proximité, lié à la situation internationale, peut expliquer que le mythe de la mort de Charondas ait été transposé à Dioclès, législateur syracusain de la fin du Ve siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Max Mühl, « Die Gesetze des Zaleukos und Charondas » dans Klio. vol. 22, Leipzig, 1929, p. 105–124 et 432–463
  • Georges Vallet, Les Cités chalcidiennes du détroit et de Sicile, Napoli, arte tipographica, 1979
  • (en) J.D. Lewis, Early Greek lawgivers, Bristol Classical Press, 2007.
  • (en) A. Szegedy-Maszack, “Legends of the Greek lawgivers”, 1978, GRBS 19: 199-209

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Platon, La République, 599d-e. ; Cicéron, De legibus, I, 57.
  2. (de) K.-J. H., « Charondas », dans Der Neue Pauly, t. 2 : Ark – Ci, Stuttgart – Weimar, J. B. Metzler,‎ , p. 1110.
  3. Aristote, La Politique, 1274b 6-8 ; Héraclide de Lembos, fragment 55, in Mervin R. Dilts (éd.), Heraclidis Lembi; excerpta politiarum, 1971.
  4. Aristote, La Politique, 1274a.
  5. Elien le Sophiste, Histoire variée, p. III, 17
  6. Valère Maxime, Faits et dits mémorables, p. VI, 5, ext. 4
  7. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XII, 19, 1-2.
  8. Eustathe de Thessalonique, Commentarii ad Homeri Iliadem, 83, l. 18 [62, l. 43] (commentaire au chant I).

Liens externes[modifier | modifier le code]