Charlotte Sohy

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Charlotte SohySohy
Charles Sohy
Ch. Sohy
Charlotte Sohy-Labey
Description de l'image Defaut.svg.
Nom de naissance Charlotte Durey
Naissance
Paris
Décès (à 68 ans)
Paris
Activité principale Compositrice
Style Musique classique
Formation Schola Cantorum de Paris
Maîtres Georges Marty (piano, harmonie)
Alexandre Guilmant, Louis Vierne (orgue)
Vincent d'Indy (composition)
Conjoint Marcel Labey

Charlotte Sohy est une compositrice française née le à Paris et morte le dans la même ville.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charlotte Marie Louise Durey naît le au 17 rue Le Brun à Paris[1],[2]. Elle est la cousine du futur compositeur du groupe des Six, Louis Durey[3].

Fille d'industriel, enfant précoce, elle reçoit une éducation riche et complète, y compris musicale auprès de Georges Marty pour le piano et l'harmonie[1]. Introduite très tôt dans le milieu musical, elle est l'amie de Nadia Boulanger et de Mel Bonis[4]. Elle se perfectionne à la Schola Cantorum, où elle est élève d'Alexandre Guilmant puis de Louis Vierne à l'orgue, et de Vincent d'Indy en écriture et composition[1].

C'est au sein de cet établissement qu'elle rencontre le compositeur Marcel Labey, qu'elle épouse le 12 juin 1909 et avec lequel elle a sept enfants[4]. Ils organisent, dans leur appartement du 24 rue Greuze, des séances de musique auxquelles sont conviés des personnalités du monde des arts comme Marguerite de Saint-Marceaux[5]. Elle écrit le livret du drame lyrique de son mari Bérengère, publié en 1912 sous le nom de Charles Sohy, qu'elle emprunte à son grand-père maternel[1].

Comme compositrice, Charlotte Sohy est l'auteur de messes, de mélodies, de pièces pour piano, de trios, de quatuors à cordes, ainsi que d'une symphonie et d'un drame lyrique, L'Esclave couronnée[6],[7], composé entre 1917 et 1921, démontrant sa parfaite connaissance des grands ensembles et son appartenance au cercle de Vincent d'Indy, dans lequel le principe wagnérien du leitmotiv illustre le combat de ses héros[8], créé à Mulhouse en 1947[9] sous la direction d'Ernest Bour[8] avec la contralto Denise Scharley dans le rôle-titre[4] et repris dans les émissions lyriques de la Radio[10]. Elle signe ses œuvres à la chaleureuse sincérité[10] Sohy[11],[12] Charlotte Sohy, Charles Sohy, Ch. Sohy ou Charlotte Sohy-Labey[7] mais encore sous d'autres pseudonymes, Louis Rivière ou Claude Vincent[4].

Elle écrit aussi des pièces de théâtre et un roman. Sa formation littéraire imprègne son langage musical, d'une grande puissance dramatique et d'une prosodie sans faille dans ses œuvres lyriques. Son style expressif se rattache au néoromantisme[4]. Sa musique est jouée par Paul Dukas, Maurice Ravel ou encore Gabriel Fauré dans le salon de Marguerite de Saint-Marceaux où son mari et elle sont des habitués des vendredi musicaux, lui depuis 1908, elle, se joignant à lui, à partir de 1913[5]. Bien qu'elle signe ses œuvres de pseudonymes dissimulant sa féminité, la musique de Charlotte Sohy est de moins en moins programmée après la Première Guerre mondiale du fait de la misogynie ayant gagné le milieu artistique à partir de 1914 et de la publication par Jean Cocteau en 1918 de son manifeste contre le debussysme et le wagnérisme[4].

Charlotte Sohy meurt à Paris le à l'âge de 68 ans[3]. Ses mémoires, inédits, sont cités par Myriam Chimènes dans sa publication en 2007 du journal (1894-1927) de Marguerite de Saint-Marceaux[13]. Dans le tableau des principales compositrices ayant exercé en France au XIXe siècle établi par Florence Launay, sa durée de vie et sa période d'activité créatrice s'insèrent entre celles de Nadia et Lili Boulanger dont elle est l'exacte contemporaine[14]. Elle fait partie de la vingtaine de compositrices qui, entre 1789 et 1914, ont atteint le statut professionnel, bénéficiant du respect de leurs pairs, de l'accès aux institutions musicales et d'un succès public[15].

Sa symphonie Grande Guerre est créée à Besançon le , un siècle après sa composition, par l'Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté sous la direction de Debora Waldman[16],[17]. Deux ans de travail ont été nécessaires à Debora Waldman, François-Marie Drieux, violon solo invité de l'orchestre et François-Henri Labey, petit-fils de Charlotte Sohy, pour réviser le matériel d'orchestre[4]. La journaliste Pauline Sommelet et Debora Waldman relatent cette découverte dans La Symphonie oubliée, ouvrage publié en 2021 par les éditions Robert Laffont[18],[19].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le catalogue de Charlotte Sohy, édité par Présence Compositrices, compte trente-cinq numéros d'opus[20] :

Musique vocale[modifier | modifier le code]

  • Berceuse triste, op. 1, pour soprano et piano, texte de Charlotte Sohy (1905)
  • Chants de la Lande, op. 4, pour mezzo-soprano et piano, texte de Charlotte Sohy (1908)
  • Trois chants nostalgiques, op. 7, pour mezzo-soprano et piano (ou ensemble ou orchestre), textes de Cyprien Halgan (1910)
  • Poème, op. 8, pour contralto, baryton, chœur et orchestre (1911), créé par Claire Croiza et Morel, sous la direction de Marcel Labey, le 24 mai 1913 à la Société nationale de musique[21], salle Gaveau[22]
  • Les quatre rencontres de Bouddha, op. 9, légende musicale pour quatuor vocal, flûte, clarinette, quatuor à cordes, harpe et piano, texte de Louis Rivière (1912-1913)
  • L'Esclave couronnée, op. 12, drame lyrique en trois actes et un prologue, texte de Charlotte Sohy d'après Astrid de Selma Lagerlöf (1917-1921), créé à Mulhouse en 1947[9] sous la direction d'Ernest Bour[8] avec la contralto Denise Scharley dans le rôle-titre[4]
  • Deux poèmes chantés, op. 17, pour baryton (ou mezzo-soprano) et piano (ou orchestre), poèmes de Camille Mauclair (1922)
  • Méditations, op. 18, pour soprano et piano, textes de Charlotte Sohy (1922)
  • Messe sur des cantiques bretons, op. 32, pour quatre voix mixtes , deux violons, violoncelle et orgue (1945)

Musique chorale[modifier | modifier le code]

  • Adoro te, op. 2, pour chœur SATB (1906)
  • Les Mains lentes, op. 16, pour chœur de femmes à trois voix et piano (1921), texte de Camille Mauclair
  • Deux chœurs, op. 20, textes de Victor Hugo et Eugène Le Mouël (1923)
  • Messe, op. 22, pour trois voix et orgue (1930)
  • Conseils à la mariée, op. 26, pour trois voix de femmes et piano (1938)
  • Conseils à la bergère, op. 27, pour chœur d'hommes à quatre voix (1939)
  • Messe a cappella, op. 31, pour chœur SATB (1944)
  • Cantique à Sainte Claire, op. 35, pour trois voix de femmes et orgue, texte de Charlotte Sohy (1953)

Musique symphonique[modifier | modifier le code]

Musique de chambre[modifier | modifier le code]

  • Prélude, op. 5, pour violon et piano (1909)
  • Petite suite, op. 13, pour violon, violoncelle et piano (1921)
  • Thème varié, op. 15, pour violon et piano (1921)
  • Triptyque champêtre, op. 21, pour flûte, violon, alto, violoncelle et harpe (1925)
  • Octobre, op. 23 no 1, pour ensemble de violoncelles à l'unisson et piano (1931)
  • Sérénade ironique, op. 23 no 2, pour huit violoncelles (1931)
  • Trio, op. 24, pour violon, violoncelle et piano (1931)
  • Quatuor à cordes no 1, op. 25 (1933)
  • Quatuor à cordes no 2, op. 33 (1945-1947)

Musique pour piano[modifier | modifier le code]

  • Fantaisie, op. 3 (1907)
  • Sonate, op. 6 (1909-1910), créée salle Pleyel le 9 avril 1910 à la Société nationale de musique[22]
  • Deux pièces, op. 11, pour piano à quatre mains (1919)
  • Six pièces, op. 14 (1921)
  • Tambourins, op. 29 (1943)
  • Quatre pièces romantiques, op. 30 (1944)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Paraïso 2021, p. 5.
  2. « Archives numérisées d'état civil de Paris, 1887, 13e arr., acte de naissance n° 1815, vue 11/26 », sur archives.paris.fr (consulté le 4 mai 2021)
  3. a et b « Charlotte Sohy », sur dictionnaire-creatrices.com
  4. a b c d e f g et h Présence Compositrices, 2021.
  5. a et b Marguerite de Saint-Marceaux, Myriam Chimènes (dir.) et al. (préf. Michelle Perrot), Journal : 1894-1927, Paris, Fayard, , 1467 p. (ISBN 978-2-213-62523-2, notice BnF no FRBNF41029396, lire en ligne), p. 1331
  6. « Charlotte Sohy », sur presencecompositrices.com
  7. a et b Partitions libres de Charlotte Sohy sur l'International Music Score Library Project
  8. a b et c Gerard Lecaillon, Denise Scharley de l'Opéra de Paris Une vie de contralto, Librinova, , livre numérique (ISBN 9791026240815, OCLC 1152302867, lire en ligne)
  9. a et b « DUREY-SOHY Charlotte », sur Bru Zane Media Base (consulté le 4 mai 2021)
  10. a b et c Gustave Samazeuilh, « Nécrologie Charlotte Sohy-Labey », dans Le Guide du concert et du disque (no 97), (lire en ligne), p. 488
  11. a et b Louis Schneider (wd), « Concerts Lamoureux. — Séances diverses », Le Gaulois,‎ , p. 4 lire en ligne sur Gallica
  12. Le critique du Le Gaulois, Louis Schneider (wd), commente ainsi : « [...] poème symphonique d'un musicien que le programme désignait sous le nom de Sohy, et qui est une femme, Mme Charlotte Sohy. »
  13. Société des amis de Marcel Proust et des amis de Combray, Bulletin Marcel-Proust, Illiers-Combray (no 58), (notice BnF no FRBNF34483636), p. 39 lire en ligne sur Gallica
  14. Caroline Giron-Panel, Sylvie Granger et al. (préf. Michelle Perrot), Musiciennes en duo : mères, filles, sœurs ou compagnes d'artistes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7535-3572-5, notice BnF no FRBNF44281778, lire en ligne), p. 204
  15. Florence Launay, 2019, La relative floraison de compositrices au XIXe siècle.
  16. a et b Aliette de Laleu, « La symphonie de Charlotte Sohy jouée pour la première fois, un siècle après sa composition », sur francemusique.fr,
  17. Stéphane Capron, « Sa symphonie n'a jamais été jouée de son vivant : Charlotte Sohy, la compositrice ressuscitée », sur www.franceinter.fr, (consulté le 4 mai 2021)
  18. Pauline Sommelet, Debora Waldman, 2021.
  19. France Musique, 2021.
  20. Paraïso 2021, p. 6-12.
  21. Launay 2006, p. 360.
  22. a et b Launay 2006, p. 462.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]