Charles de La Fosse

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Charles de La Fosse
1691 - Charles de La Fosse (gr. Duchange).jpg

Charles de La Fosse par Gaspard Duchange (1707) d'après Hyacinthe Rigaud[1]

Naissance
Décès
(à 80 ans)
Paris, France
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Influencé par

Charles de La Fosse, né le à Paris, où il est mort le (à 80 ans), est un peintre français. Il est considéré par les historiens de l'art comme l'un des peintres français les plus importants vers 1700, avec Antoine Coypel et Jean Jouvenet, assurant la transition entre les XVIIe et XVIIIe siècles.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Nativité, peint pour Notre-Dame de Paris, musée du Louvre (oeuvre de la fin de sa vie)

L'élève de Charles Le Brun[modifier | modifier le code]

Fils d’un joaillier, qui lui vit du goût pour la peinture, La Fosse fut placé par lui à l’école de Le Brun, dont il devint l’un des disciples les plus connus et dont le classicisme l’influença. Les progrès rapides du jeune La Fosse furent tels que Le Brun, en grand observateur, découvrit bientôt, par la singularité de ses premiers essais, ce qu’il deviendrait un jour et présagea dans quelle partie de la peinture il devait paraître avec plus de succès.

Le voyage en Italie (Rome et Venise) (1659-1664)[modifier | modifier le code]

Charles Le Brun lui fit obtenir une pension de Louis XIV pour aller en Italie en 1662, où il étudia surtout les maîtres dont les ouvrages étaient plus en rapport avec le germe de talent qu’il avait reçu de la nature. Il passa deux ans à Rome et trois à Venise, où il se passionna pour les œuvres du Giorgione, du Titien, des Bassano, de Véronèse, du Le Tintoret, dont il chercha à découvrir les grands principes et les effets qu’ils ont su répandre dans leurs ouvrages. À la vue de leurs œuvres, La Fosse se fit une méthode de couleur et de clair-obscur qu’il mit ensuite en pratique dans toutes ses productions.

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Vénus demandant à Vulcain des armes pour Enée, musée des beaux-arts de Nantes, inv. 630

Ayant appris la peinture à fresque, il revint en France avec une technique presque inconnue jusqu’à lui et il se tourna vers un langage baroque privilégiant les trouvailles chromatiques. Chargé de plusieurs grands ouvrages pour les palais, il fit une rapide fortune et marqua cette époque comme un des peintres les mieux doués de son pays. La Fosse, dont le genre de talent semblait devoir appartenir à l’école vénitienne ou flamande, est celui des artistes du XVIIe siècle, qui, le premier, ait deviné les secrets de l’effet et de la couleur. Peignant indifféremment à l’huile et à fresque, il pourrait, « sans son défaut de proportion dans les figures, la dureté des draperies et l’emphatique de ses compositions, compter comme un maître dans l’art ». Ce peintre était né spécialement pour les grandes machines ; c’est dans les dômes, dans les plafonds que brillent surtout ses talents et sa capacité à percer les voûtes et y transporter le soleil dans tout son éclat. De La Fosse est celui de tous les peintres de l’école française qui a le plus de ressemblance avec Véronèse, dont il rappelle le goût dans ses grandes ordonnances.

Des commandes prestigieuses[modifier | modifier le code]

Le triomphe de Pandore, modello pour le plafond peint pour Louvois pour le cabinet d'angle du rez-de-chaussée du château-vieux de Meudon

Chargé de peindre dix tableaux pour la chapelle des Gonfalons à Lyon ; il n’en fit que deux : la Visitation et l’Adoration des Rois. Louis XIV lui commanda quelques toiles pour les châteaux de Trianon et de Marly. Les principales églises de Paris furent aussi décorées des tableaux de La Fosse, qui peignit ensuite à fresque la chapelle du Mariage à l’entrée de l’église Saint-Eustache, pour faire pendant à la chapelle du Baptême, que décorait Mignard avec lequel il entra en lutte. Il représenta Adam et Ève, et le Mariage de la Vierge, peintures dont on vantait le coloris, et qui furent détruites, comme celles de Mignard, lors de la construction du nouveau portail de Saint-Eustache. La Fosse peignit encore à fresque le dôme et le chœur de l’église des religieuses de l’Assomption ; mais ce travail fut jugé inférieur à ses précédents ouvrages.

En 1673, l’Académie de peinture le reçut parmi ses membres pour son tableau de l’Enlèvement de Proserpine. En 1699, il devint professeur et recteur de cette Académie, c'est à dire son directeur.

Séjour à Londres (1689-1691)[modifier | modifier le code]

La renommée ayant porté le nom de La Fosse au-delà des frontières, celui-ci visita Londres, où il fut appelé par un amateur distingué, Lord Montaigu, ancien ambassadeur en France, pour y décorer son palais, situé à Bloomsbury, avec James Parmentier. Il passa plus de deux ans en compagnie des décorateurs Jacques Rousseau (1630-1693) et Monnoyer, peignant deux plafonds, l’Apothéose d’Isis et l’Assemblée des Dieux. Charles II en fut si émerveillé qu’il offrit de grands avantages à La Fosse s’il voulait se fixer en Angleterre.

Le décor de l'église royale des Invalides[modifier | modifier le code]

Dôme de L'hôtel des Invalides Paris par Charles de La Fosse (vue verticale)

Mais Charles Le Brun étant mort, Jules Hardouin-Mansart, qui venait d’achever le dôme des Invalides et était devenu le directeur des travaux ordonnés par Louis XIV, rappela La Fosse auprès de lui, le logea dans sa maison, et lui demanda des esquisses pour la décoration des Invalides. Voulant encore ajouter à la magnificence de ce monument, La Fosse peignit à fresque l’intérieur du dôme. Cochin a gravé d’après lui ces peintures, en 22 planches.

Mansart mourut à son tour en 1708, et La Fosse dut partager avec les Boullogne et Jouvenet les peintures de l’hôtel des Invalides ; celle du dôme, où il représente Saint Louis déposant sa couronne et son épée entre les maint de Jésus-Christ, assis au milieu d’une gloire et accompagné de la Vierge fut l’ouvrage capital de La Fosse. Dans les quatre pendentifs, il figura les quatre évangélistes avec leurs attributs et entourés d’anges. En 1771, Doyen restaura ces peintures fort endommagées par le temps.

Versailles et les résidences princières[modifier | modifier le code]

Clytie changée en tournesol, huile sur toile, 1688, Grand Trianon. [https://www.artsy.net/artwork/charles-de-la-fosse-clytie-changee-en-tournesol-clytia-changed-into-a-sunflower Image détaillée en cliquant ici

La Fosse peignit en outre sur toile, au château de Versailles, la voûte du chœur de la chapelle, où il représenta la Résurrection ; les plafonds de la salle de Diane, représentant l’Arrivée de Jason à Colchos et Alexandre chassant aux lions, et comme dessus de cheminée, le Sacrifice d’Iphigénie ; les plafonds de la salle du trône, représentant Auguste faisant construire le port de Misène ; Vespasien dirigeant les travaux du Colisée ; Coriolan fléchi par les larmes de Véturie sa mère ; Alexandre rendant à Parus ses États ; au centre, Apollon environné des Saisons et des figures allégoriques de la France, de la Magnanimité et de la Magnificence.

Pour le château de Meudon, La Fosse réalisa plusieurs plafonds peints pour Louvois, ainsi qu'un grand tableau ayant pour thème Coriolan, puis quelques tableaux pour l'appartement du Grand Dauphin.

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Vue de la chapelle royale de Versailles, dont La Fosse a peint le cul-de-four, avec la Resurrection du Christ. Oeuvre détaillée en cliquant ici.

Chez Pierre Crozat (1706-1716)[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles de La Fosse par Hyacinthe Rigaud

À la mort de Mansart en 1708, La Fosse s’était retiré chez le célèbre amateur Pierre Crozat, qui voulut le loger toute sa vie dans son hôtel, dans la galerie duquel il peignit un plafond représentant la Naissance de Minerve, ouvrage qu’il termina en 1707. « L’on ne sauroit assez admirer, dit Germain Brice, avec quel art il a su tirer avantage de la place qu’il avoit à peindre ; son ciel est peint avec tant de vérité et d’harmonie que la voûte semble effectivement percée en cet endroit-là. » Ce plafond fut transporté sur toile en 1786, lors de la démolition de l’hôtel de Crozat, devenu l’hôtel de Choiseul, rue de Richelieu.

Dans ses dernières années, La Fosse s'inspire fortement de Rembrandt, tel le tableau Suzanne au bain.

Chez Crozat, Charles de La Fosse travaille avec le jeune Watteau, dont les paysages s'inspirent fortement du maître.

À la mort de La Fosse chez Crozat, sa veuve continua d’occuper l’appartement de l’attique qu’il habitait. Son neveu était le poète tragique Antoine de La Fosse et son beau-frère le paysagiste Jean-Baptiste Forest.

Chronologie[modifier | modifier le code]

1636 : naissance de Charles de La Fosse à Paris dans une famille d'orfèvres.

Vers 1654-1655 : entrée en apprentissage dans l'atelier de Charles Le Brun.

1659 - 1664 : séjours à Rome puis à Venise. La Fosse étudie Raphaël, Titien, Véronèse, Corrège. Il est pensionné par le Roi pour poursuivre ses études, par l'intermédiaire de Le Brun et Colbert.

1664 : retour à Paris et travail dans l'équipe de peintres de Charles Le Brun.

1666-1667 : participation à différents chantiers aux Tuileries.

1667-1670 : réalisation de décors pour la chapelle des Mariages de l'église Saint-Eustache.

1671 : La Fosse est agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture. Début de la « querelle du coloris ».

1673 : présentation de son morceau de réception à l'Académie : L'Enlèvement de Proserpine.

1674 : le peintre est nommé professeur de l'Académie. Chantier du salon d'Apollon au château de Versailles.

1676 : réalisation de décors à fresque pour l'église Notre Dame de l'Assomption à Paris.

1680 : fin des travaux dans les Grands Appartements avec Le Sacrifice d'Iphigénie, dessus de cheminée du salon de Diane. La Fosse s'écarte du style de Le Brun et adopte définitivement les leçons de Rubens

1682 : décor pour le couvent des Grands Carmes à Toulouse : La Présentation de la Vierge au temple.

1682-1686 : décor pour le château de Choisy, commandé par la duchesse de Montpensier.

1688 : commandes destinées au cabinet du Couchant à Trianon : Clytie changée en tournesol, Apollon et Thétys et Le Repos de Diane.

1689-1691 : séjour en Angleterre à la demande de Lord Montagu, ancien ambassadeur auprès de la cour de France, pour décorer le salon et le grand escalier de Montagu House, dans le quartier de Bloomsbury.

1690 : mort de Charles Le Brun.

1692 : La Fosse est rappelé en France par Jules Hardouin-Mansart.

1699 : réalisation d'une allégorie de l'Automne : Bacchus et Ariane pour le château de Marly.

1699-1702 : La Fosse est nommé directeur de l'Académie royale de peinture.

Il démissionne en 1702 pour devenir recteur de l'institution sous la direction d'Antoine Coysevox.

1701 : Moïse sauvé des eaux pour le cabinet du Billard du Petit Appartement du Roi au château de Versailles.

1702-1706 : réalisation d'une partie du décor de la coupole de l'église royale des Invalides, Saint Louis environné d’anges musiciens présente, ses armes au Christ, et de quatre pendentifs représentant les évangélistes.

1706 : installation chez le célèbre collectionneur et financier Pierre Crozat, rue de Richelieu, à Paris.

1708-1710 : réalisation du cul-de-four de la Chapelle royale du château de Versailles sur le thème de La Résurrection du Christ.

1709-1713/1715 : réalisation de tableaux pour la cathédrale Notre-Dame de Paris.

1716 : décès de Charles de La Fosse au domicile de Pierre Crozat.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Acis et Galatée

Les peintures de Charles de La Fosse sont conservées, pour la grande majorité, dans les musées français et étrangers du monde entier, outre les fresques peintes sur les lieux, comme aux Invalides ou Versailles. Seules quelques peintures sont encore conservées dans des collections particulières. La cote de l'artiste a doublé en dix ans, notamment depuis la publication du catalogue raisonné et de l'exposition monographique au château de Versailles[2].

Par ailleurs, le Nationalmuseum de Stockholm conserve de La Fosse plusieurs œuvres[3].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clémentine Gustin-Gomez, Charles de La Fosse, 1636-1716 : le maître des Modernes, Paris, Faton, 2006, Catalogue raisonné en deux volumes (ISBN 9782878440836)
  • Jean Chrétien Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. XVII-XVIII, Paris, Firmin-Didot, 1861, p. 806-7.
  • Charles Lecarpentier, Galerie des peintres célèbres, avec des remarques sur le genre de chaque maître, Paris, Treuttel et Wurtz, 1821, p. 102-6.
  • Béatrice Sarrazin (dir.), Adeline Collange-Perugi (dir.), Clémentine Gustin-Gomez (dir.), Charles de La Fosse (1636-1716) : le triomphe de la couleur, Somogy éditions, 239 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]