Charles de La Font de Savine

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Dernier et troisième enfant de Charles de la Font, comte de Savines, et de Madeleine Polyxène de Castellane, Charles de la Font de Savine est né le 17 février 1742. Il est décédé le 1er septembre 1814 à Embrun. Il fut évêque de Viviers de 1778 à 1793 et un des quatre évêques qui prêta le serment à la Constitution civile du clergé au cours de la Révolution française. En 1789, il est élu député du clergé aux Etats-Généraux par la sénéchaussée de Villeneuve-de-Berg[1]. Il siège à l'Assemblée Nationale Constituante jusqu'au 30 septembre 1791.

Cadet de famille noble[modifier | modifier le code]

En tant que Cadet d'une famille d'ancienne noblesse Charles La Font de Savine fut destiné à l'Ėglise. Initié par sa mère aux idées de Jean-Jacques Rousseau à travers la lecture de l'Émile, cette œuvre est longtemps restée sa lecture favorite[2]. Á 23 ans il est secrétaire de l'Assemblée du Clergé; à 28 ans vicaire général de son oncle, Mgr de Castellane, évêque de Mende[3]. À 37 ans il est promu à l'évêché de Viviers: il écrira plus tard "je suis devenu évêque comme tant d'autres parce que mon oncle étoit un grand seigneur, un gouverneur de province[4]".

Évêque de Viviers (1778-1793)[modifier | modifier le code]

Ayant prêté serment en février 1791, il s'engage alors que la majorité des évêques de France le refusent. Le diocèse de Viviers est modifié par la Constitution civile du clergé. Par respect du principe démocratique et voulant faire preuve de désintéressement, il se démet de son poste avant le serment. Il est alors élu évêque constitutionnel du département de l'Ardèche. Inscrit dans un club, il est élu également président du département[5]. Il fait peindre la cathédrale aux couleurs tricolores. Il se réjouit de l'existence de la Constitution civile qui ramène à la pureté de l'Eglise primitive.

Réformateur, il autorise la viande pendant le Carême,il autorise les chants en langue vulgaire par des jeunes filles à la place des vêpres,expérience qui est rejeté par les fidèles qui réclament les psaumes traditionnels. Il décide de supprimer les solennités pascales en 1791; mais la résistance des fidèles l'amène à démissionner à nouveau. Il reprend sa démission et les rites traditionnels seront réintroduits en 1792. Il veut associer les laïcs et les femmes au ministère en leur laissant prononcer jusqu'au sermon et remet en cause la hiérarchie entre l'Eglise enseignante et les fidèles; de même pour réduire l'écart hiérarchique entre prêtres et évêques, il offre l'ordination épiscopale à tous les prêtres de son diocèse. Deux d'entre eux sont sacrés en juillet 1791.

Cependant, fidèle à ses principes libéraux, il protège les prêtres de son diocèse touchés par la loi du 26 août 1792. Il réclame pour eux "justice", "pitié", "humanité"[6] et modère les ardeurs des administrateurs.

"Novateur" ou fou ?[modifier | modifier le code]

Le "citoyen Savine" remet sa croix pectorale et l'ensemble de ses insignes épiscopaux avec ses lettres de prêtrise le 1er décembre 1793 et démissionne de son office public d'Evêque du département de l'Ardèche[7]; arrêté comme suspect le 15 mai 1794, il est transféré à Paris. Au cours de sa détention, il rétracte son serment avant d'être libéré en octobre.

Vivant dans la misère il travaille comme porteur d'eau avant de devenir bibliothécaire à la bibliothèque de l'Arsenal. Il fréquente régulièrement M. Emery qui nous renseigne à son sujet. La Font de Savines était-il fou? Ce n'est pas ce que semble avancer Monsieur Ėmery qui le 14 octobre 1795 écrit à Pie VI en soulignant le "caractère novateur" de l'ancien évêque de Viviers ajoute "Il m'a souvent témoigné qu'il aurait été trompé par les libertés de l'Ėglise gallicane et ce n'était qu'en les suivant et les poussant aux dernières conséquences qu'il avait été mené si loin[8]"

En 1797, il semble avoir oublié sa rétractation, et réclame le diocèse de Viviers dont l'administration apostolique avait été confiée à l'archevêque de Vienne ce qui lui vaut une réponse cinglante publiée en 1800 par des prêtres de son ancien diocèse[9]. Le diocèse de Viviers est supprimé par le Concordat de 1802, mais La font de Savines refuse de démissionner. Cependant il est interné à Charenton en 1804 où il se rétracte et démissionne le 28 septembre 1805[10], avant d'écrire à son successeur qu'il a "la tête mal réglée…j'ai été dans une sorte de démence depuis que j'ai prêté ce malheureux serment[11]".

Il se retire dans le château familial de Savines. Pui il meurt à Embrun, dans l'hôtel où il était né.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Sa fiche sur assemblee-nationale.com
  2. Augustin Sicard, L'ancien clergé de France, Paris, 1903,T. I, p. 30.
  3. Stéphane MOULIN, "La carrière d'un marin au XVIIIe siècle, Joseph de Flotte (1734-1792)", dans Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1882, p. 234
  4. La Font de Savine, Charles de, Instruction donnée par M. l'évêque de Vivier, pour les habitans de la campagne, Paris, 1792, p. 3
  5. P. de La Gorce, Histoire religieuse de la Révolution française, T. II, p. 322.
  6. Archives nationales, F19, 403, cité par P. de la Gorce, ibid.
  7. Lettres apologétiques du Clergé du diocèse de Viviers, à M;. Charles Lafond-de-Savine évêque assermenté, abdicataire, etc, Viviers, 1800
  8. cité par F. Combaluzier, dans l'Ami du Clergé (1966) et repris par Péronnet M.dans "Charles de La Font de Savine, évêque de Viviers (1778-1793) : fou ou novateur ?". In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 56. N°157, 1970. pp. 348-352.
  9. cf Lettres apologétiques...
  10. http://www.catholic-hierarchy.org/bishop/blfds.html
  11. Art. cit, p. 352.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Font de Savine, Charles de, Lettre de M. l'évêque de Viviers à messieurs les curés, vicaires & autres fonctionnaires publics ecclésiastiques du département de l'Ardèche ; Discours prononcé par monsieur l'évêque de Viviers, avant de prêter le serment civique, Paris, 1791. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k45736x.r=.langFR
  • La Font de Savine, Charles de, Examen des principes de la constitution civile du clergé, ou du Règlement décrété par l'Assemblée nationale de France sur les formes extérieures du culte catholique, par M. l'Evêque de Viviers, Lyon, 1792.http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k49117z.r=.langFR
  • La Font de Savine, Charles de, Instruction donnée par M. l'évêque de Vivier, pour les habitans de la campagne, Paris, 1792.http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k45738m.r=.langFR
  • Discours prononcé par Monsieur l'Evêque de Viviers à la cérémonie de l'Ordination Episcopale de Monsieur Chaussy, curé de Bourg-Saint-Andéol et de Monsieur Perbost, curé de Saint-Marcel-d'Ardèche…, Viviers, 1792.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Messié, Autour de Charles La Font de Savine, évêque de Viviers (1778-1793), Largentière, 1959.
  • Pierre Souche Charles de La Font de Savine, 1742-1814 évêque de Viviers, 1778-1805, Largentière, 1985.

Liens internes[modifier | modifier le code]