Charles Westphal

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Charles Westphal
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Charles Westphal (1896-1972) est un pasteur de l’Église réformée de France, président de la Fédération Protestante de France de 1961 à 1970. Théologien, il est l’un des premiers promoteurs de la pensée de Karl Barth dans le protestantisme français. Il est également un ardent promoteur de l'œcuménisme et de l'amitié judéo-chrétienne. Son engagement dans la protection des juifs persécutés pendant la seconde Guerre mondiale lui a fait décerner à titre posthume, ainsi qu’à son épouse Denise, le titre de Juste parmi les Nations.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Charles Westphal est né à Montpellier, dans le département de l'Hérault, le 24 novembre 1896, où son père Alfred Westphal est pasteur. Sa mère est Sophie Westphal, née de Loriol. Après des études classiques à Paris, il s’engage comme volontaire, dès le début de la guerre de 1914. Grièvement blessé deux fois, il est décoré de la croix de guerre[1].
Après la fin des hostilités, il commence des études de théologie d’abord à la faculté de théologie protestante de Paris, puis à l’Union Theological Seminary de New York, puis enfin à Édimbourg[1]. Il épouse Denise Leenhardt en 1925.

Premiers postes pastoraux[modifier | modifier le code]

Après un premier poste pastoral à Châtillon-en-Diois dans la Drôme, il devient en 1929 Secrétaire Général de la Fédération Française des étudiants Chrétiens, la "Fédé", succédant au pasteur Pierre Maury, qu’il marque de son ouverture vers l’œcuménisme et de sa grande culture littéraire. Il était un lecteur assidu de Kierkegaard et un grand admirateur de Claudel[1]. Après un intérim à l'Église réformée de Pentemont (Paris), il est nommé à Grenoble où il a la charge d'un ministère d'enseignement et de formation théologique des laïcs de 1939 à 1945[1].

Deuxième Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le dimanche 14 juillet 1940, au temple de Grenoble, Charles Westphal condamne en chaire le régime nazi. Bien que dénoncé, il ne sera pas arrêté. Son collègue au sein de la paroisse réformée de Grenoble, le pasteur Jean Cook (1899-1973), arrivé à Grenoble en 1938, partage entièrement les vues de Charles Westphal et opère de concert avec lui[2]. Tous deux manifestèrent clairement leur opposition à la politique antisémite dès la parution des premières mesures antisémites du gouvernement de Vichy et demandèrent aux paroissiens de l’Église réformée de "résister avec une foi ferme", dans la ligne des thèses de Pomeyrol.
De septembre 1941 à 1942, Charles Westphal dirige la rédaction de thèses universitaires prônant la tolérance et rejetant le racisme et les persécutions religieuses. Directeur de la revue protestante Foi et Vie, avant la guerre, il avait préconisé une série de Cahiers spéciaux d'études juives qui fut à l'origine d'une véritable révolution de la mentalité protestante dans ses rapports entre Chrétiens et Juifs. C'est finalement pendant la deuxième Guerre mondiale qu'il crée les Cahiers d'Études Juives. L'influence spirituelle de Charles Westphal incita donc la communauté protestante à s'engager activement dans le sauvetage des juifs persécutés voire dans la Résistance[3].

Très discret sur ses propres actions, il aide des étudiants choisissant le maquis et la Résistance et de nombreux juifs désirant passer en Suisse. Il est pour cela en liaison avec Madeleine Barot et la CIMADE. Sa famille est totalement associée à cet engagement. Par exemple, lorsqu'il réussit à faire sortir du camp de Rivesaltes Imre Gomery, un Juif hongrois destiné à la déportation, la femme de ce dernier trouva chez les Westphal, en attendant la libération de son mari, "le réconfort et l’espoir". Ensuite Charles et Denise Westphal continuèrent à aider le couple Gomery en leur fournissant des colis de ravitaillement. Ou bien lorsque Simon Feigelson, jeune juif de 18 ans réfugié à Grenoble avec sa famille, décida de se soustraire au STO en septembre 1943 : le pasteur Westphal proposa de l’héberger afin de lui permettre d'échapper à la police. Denise Westphal fit des prouesses pour nourrir tous ses hôtes car il y avait un autre ménage de fugitifs juifs caché dans leur chambre de bonne. Claude, une de leurs filles, lui montait ses repas. Le couple Westphal prit ainsi d’énormes risques puisque leurs positions étaient connues du public et que la police française et la Gestapo recherchaient activement à démanteler les filières d'évasion des juifs comme des réfractaires au STO. Le danger s'accrut après le retrait des troupes italiennes de la région, en septembre 1943, mais les Westphal ne furent finalement pas inquiétés[4].

Les soldats alliés évadés bénéficient aussi de l'aide de l’Église protestante de Grenoble. Dans la salle annexe, derrière le temple, il y a une trappe qui mène à une ancienne cave à charbon, sous la chaire. C'est là que des prisonniers de guerre anglais, échappés d'un camp d'internement, trouvent une cachette pendant quelques jours en 1942, grâce à l'initiative du concierge du temple, M. Brachon, et avec l'aide de Donald Caskie, pasteur écossais. Par la suite, un certain nombre de Juifs l’utilisent à leur tour en attendant de pouvoir bénéficier des filières de passage vers la Suisse[2].

Carrière pastorale après-guerre[modifier | modifier le code]

Il revient à Paris en 1945 comme pasteur de la paroisse réformée du Saint-Esprit et assume en outre de nombreuses autres charges. Il est par exemple, après Pierre Maury en 1945, rédacteur de Foi&Vie de 1945 à 1957. Il est aussi vice-président de la Fédération protestante de France à partir de 1947. Ces fonctions, en plus de son engagement dans le mouvement œcuménique mondial (il est membre du Comité central du Conseil œcuménique des Églises à partir de 1956), l'obligent à confier Foi&Vie à Jean Bosc en 1957. Il est nommé vice-président de la Fédération Protestante en 1947 et en devient président en 1961 à la suite du pasteur Marc Boegner, poste qu’il conserve jusqu’en 1970[5],[1].

Importance et postérité[modifier | modifier le code]

Le théologien engagé[modifier | modifier le code]

Charles Westphal, comme de nombreux pasteurs de sa génération, est très marqué par la pensée du théologien suisse Karl Barth, qu’il contribue avec Pierre Maury à faire connaître en France. Il fait publier en 1932 dans le Semeur, l’organe de presse de la Fédération française des Étudiants Chrétiens, le premier texte de Karl Barth traduit en français, et inspire en 1939 la lettre de Barth aux protestants de France, qui soutiendra puissamment leur résistance au nazisme.
Après la guerre, que ce soit au sein du Conseil national de l'Église Réformée de France, au sein du Conseil de la Fédération protestante de France ou comme Président de cette Fédération, Charles Westphal n'a pas cessé d'exhorter l'Église à prendre courageusement ses responsabilités politiques et sociales, même impopulaires comme l'opposition au recours à la torture pendant la guerre d'Algérie. Mais, toujours en conservant à la politique sa place: "les vrais problèmes se situent d'abord sur un autre plan, qui est celui de l'amour"[5].

Œcuménisme[modifier | modifier le code]

Charles Westphal contribue activement à l’œcuménisme naissant tant vis-à-vis de catholicisme que des minorités du protestantisme, en particulier les baptistes dont il admirait la piété. Il est à l’origine de la création du Laboratoire de Recherches Théologiques, qu’il anime avec les Pères Villain et Congar, et participe avec eux à de nombreux débats.

Il assiste aux assemblées œcuméniques internationales d’Amsterdam (1948) – assemblée fondatrice du Conseil Œcuménique des Églises, d’Evanston (1954) et de New Delhi (1961). Il est nommé membre du Comité Central du Conseil Œcuménique des Églises en 1956[1].

Jusqu'à son décès, Charles Westphal a œuvré sans relâche pour le rapprochement entre Juifs et Chrétiens[4]. Restant attentif à tous les symptômes de renaissance de l'antisémitisme, il présidera le comité de la Fédération protestante de France "Église et Israël". Dans sa perspective le rapprochement avec l'ensemble de la Communauté juive ne pouvait exclure la sympathie pour l'État d'Israël.

Famille[modifier | modifier le code]

Charles Westphal et son épouse Denise, née Leenhardt, ont eu six enfants. Tous se sont mariés. Il est décédé le 11/01/1972 à Montpellier. À cette date, il avait 22 petits-enfants et un arrière-petit-fils[6].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Titulaire de la Croix de guerre au titre de la Première Guerre mondiale, il était depuis 1970, Commandeur dans l'Ordre de la Légion d'Honneur[6].

Le 13 avril 2004, Yad Vashem a décerné à Denise et Charles Westphal le titre de Juste parmi les Nations[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • MAYEUR Jean-Marie et HILAIRE Yves-Marie, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Beauchesne, Paris, 1985-, Tome 9

Notes et références[modifier | modifier le code]