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Charles W. Mills

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Charles W. Mills
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Charles Wade MillsVoir et modifier les données sur Wikidata
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Gladstone Mills (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Le Contrat racial (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Charles Wade Mills est un philosophe jamaïcain né le et mort le . Il est notamment connu pour ses travaux de philosophie politique autour de la blanchité et du contrat racial.

Le contrat racial et la suprématie blanche

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Charles W. Mills soutient qu'il existe un système politique de domination mis en place par les personnes blanches au détriment des personnels non-blanches. Il nomme ce système "suprématie blanche" et affirme qu'il s'est développé avec la colonisation du monde par les Européens. Selon lui, la suprématie blanche existe à l'échelle mondiale et locale : elle structure le monde contemporain. Elle ne se confond pas avec le suprémacisme blanc[1].

Cependant ce système de domination passe inaperçu auprès des personnes blanches. Il constitue un cadre omniprésent dont elles n'ont pas conscience. Avec l'idée de "contrat racial", Mill propose une façon de décrire la suprématie blanche capable de la rendre visible. Il s'agit de créer un "pont conceptuel"[2] entre la philosophie politique dominante de son époque, qui parle de justice et de droit de façon abstraite, et des pensées politiques non-blanches, qui insistent sur le colonialisme et le racisme.

Mills réinvestit l'idée de contrat social, théorisée à partir du XVIIe siècle. En philosophie, le contrat social est une fiction méthodologique. Elle permet de penser la fondation de l'État et la naissance de la politique. Les théoriciens contractualistes imaginent un moment de bascule où des personnes signent un contrat qui les fait quitter un "État de nature" pour entrer dans des relations politiques.

Selon Charles W. Mills, le contrat social masque un contrat racial. Ce contrat racial crée une hiérarchie entre des personnes (les blancs) et des sous-personnes (les non-blancs). Il institue les catégories raciales. Les individus ne sont pas "blancs" ou "non-blancs" au départ : ils le deviennent sous l'effet du contrat racial.

Mills affirme qu'être "blanc" ou non est une construction sociale. La blanchité n'a pas de rapport avec la couleur de la peau. Il sépare ainsi la blanchité (le fait d'appartenir au groupe social des blancs) et la blancheur (le fait d'avoir une peau claire). Être blanc, c'est bénéficier de la domination raciale : la théorie de Mills "décolore la blanchité"[3] pour en faire un ensemble de relations de pouvoir. Dans un monde différent, sa théorie aurait pu parler de "jaunité, de rougité, de brunité ou de noirité"[3].

Le concept de contrat racial permet à Charles W. Mills de repenser le contrat social classique. Le contrat social est en réalité signé par les blancs entre eux, au détriment des non-blancs[4]. L'État né du contrat social est un État racial, dont la fonction est d'organiser la domination politique et économique des non-blancs. Cette théorie permet à Mills d'affirmer que le racisme n'est pas une anomalie, un comportement incohérent par rapport à l'humanisme affiché des Européens. Le racisme est la norme, car les non-blancs sont exclus de l'humanité et du contrat social[5].

Alors que le contrat social est une fiction, le contrat racial est une réalité historique. Des règles de droit ont réellement existé pour organiser la domination raciale. Mais la disparition de l'esclavage ou de la ségrégation légale n'ont pas mis fin au contrat racial. Mills affirme que ce contrat est réécrit en permanence et s'adapte[6]. La domination raciale prend de nouvelles formes, moins explicites, mais continue d'exister.

L'ignorance blanche

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Mills est à l'origine du concept d'ignorance blanche, qui désigne une incapacité à connaître correctement le réel causée par la domination raciale. Selon lui, la position de domination raciale des blancs provoque des croyances fausses sur certains pans du réel et l'absence de croyances vraies sur d'autres.

Mills s'inscrit à la suite de penseurs comme W.E.B Dubois[7] ou Karl Marx[8], qui considèrent que la position sociale affecte ce que peuvent connaître les personnes. Dans cette optique, appartenir à un groupe minoritaire permet d'accéder à des savoirs qui sont indisponibles pour les membres du groupe dominant. Mills peut alors affirmer que le groupe des blancs a un « handicap »[9] épistémique collectif.

L'ignorance blanche se manifeste par certaines erreurs « typiques[10] ». Par exemple, croire que l'Europe est un continent à part entière, alors qu'elle n'est qu'une partie d'un ensemble géographique plus grand. Elle correspond aussi à « l'amnésie »[11] ou à la minimisation des crimes commis par les puissances coloniales. Aux sein des anciens pays colonisateurs, l'histoire de la colonisation et de l'esclavage est parfois transmise de façon partielle, édulcorée, voire trompeuse.

Mills précise que l'ignorance blanche est une « tendance cognitive »[12] : elle n'est ni uniforme ni statique. Tout le monde ne la manifeste pas de la même façon, et il est possible de s'en libérer, au moins de façon partielle. Elle n'est d'ailleurs pas réservée aux blancs[13]. Des personnes non-blanches peuvent faire preuve d'ignorance blanche, car cette dernière est structurelle dans les sociétés européennes ou issues de colonies de peuplement européennes (États-Unis, Australie, etc.).

Enfin, l'ignorance blanche est un phénomène historique et spatialisé. Mills affirme qu'elle apparaît à partir de l'époque moderne, période à laquelle les catégories sociales de "blancs" et "non-blancs" sont créées. Elle devient un phénomène mondial à mesure que les Européens colonisent de plus en plus de territoires.

Mills reconnaît qu'il est parfois difficile de savoir si une situation particulière relève de l'ignorance blanche. Pour que ce soit le cas, le désavantage épistémique doit être causé, directement ou non, par le racisme blanc. C'est la spécificité de l'ignorance blanche sur d'autres ignorances fondées sur le privilège : la race y joue un rôle causal.

Publications

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Bibliographie

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Notes et références

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  1. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 86
  2. Charles W. Mills et Aly Ndiaye, Le contrat racial, Mémoire d'encrier, (ISBN 978-2-89712-855-5), p. 34
  3. 1 2 Charles W. Mills et Aly Ndiaye, Le contrat racial, Mémoire d'encrier, (ISBN 978-2-89712-855-5), p. 191
  4. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 88
  5. Charles W. Mills et Aly Ndiaye, Le contrat racial, Mémoire d'encrier, (ISBN 978-2-89712-855-5), p. 63
  6. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 89
  7. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 91
  8. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 87
  9. Charles W. Mills, « L'ignorance blanche », Marronnages: les questions raciales au crible des sciences sociales, vol. 1, no 1, , p. 98-99 (DOI 10.5281/zenodo.7620865, lire en ligne, consulté le )
  10. Charles W. Mills, « L'ignorance blanche », Marronnages: les questions raciales au crible des sciences sociales, vol. 1, no 1, , p. 100 (DOI 10.5281/zenodo.7620865, lire en ligne, consulté le )
  11. Charles W. Mills, « L'ignorance blanche », Marronnages: les questions raciales au crible des sciences sociales, vol. 1, no 1, , p. 108-110 (DOI 10.5281/zenodo.7620865, lire en ligne, consulté le )
  12. Charles W. Mills, « L'ignorance blanche », Marronnages: les questions raciales au crible des sciences sociales, vol. 1, no 1, , p. 104 (DOI 10.5281/zenodo.7620865, lire en ligne, consulté le )
  13. Solène Brun et Claire Cosquer, La domination blanche, Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », (ISBN 978-2-38629-021-3), p. 96

Liens externes

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