Charles Sarchi

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Charles Sarchi
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Couverture de l’Examen de la doctrine de Kant par Charles Sarchi, 1872.

Charles François André Sarchi, signant parfois Carlo Sarchi, né à Vienne (Autriche) le 28 juin 1803, mort en 1879, est un financier, philosophe et essayiste français d'origine italienne. Il écrit notamment l'Examen de la doctrine de Kant et Lettres sur l'économie politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Sarchi est un des fils du philologue hébraïque Philippe Sarchi (v.1765-1830) et de Franziska Schmidt[1]. Il passe son enfance à Trieste jusqu'à la chute de l'Empire, puis à Paris où il arrive avec son père et ses deux frères en 1814[2].

Agent de change saint-simonien[modifier | modifier le code]

Il suit des études juridiques et obtient un doctorat en droit, puis fait carrière dans les affaires[2]. Il est d'abord employé dans la même entreprise que son père et son frère aîné[3]. Comme négociant, associé avec son frère, il acquiert des brevets d'invention[4]. Il devient plus tard agent de change. D'un caractère ardent et généreux, il est réputé comme homme d'esprit[5].

Il est un adepte du Saint-simonisme[6]. Agent de change, associé de son frère, il est aussi administrateur de sociétés, notamment dans les chemins de fer et la banque. Ses investissements connaissent des fortunes diverses. Il s'associe parfois aux Pereire et administre ou dirige l'une ou l'autre de leurs entreprises[5]. Selon Altmann, il réussit beaucoup moins bien dans les affaires que son frère Philippe, et il n'occupe que des postes secondaires[6].

À la suite de mauvaises affaires, Sarchi doit partir en Italie vers 1860, et tâche d'y refaire fortune[7]. Au bout d'un an, il retrouve une situation à Paris[8].

Activité littéraire[modifier | modifier le code]

Charles Sarchi a plus de succès dans les lettres, auxquelles il consacre la fin de sa vie[5]. Érudit, il traduit notamment les œuvres de Giovan Battista Vico. Ses traductions sont estimées[9]. Adolphe Franck en donne un longue recension, et juge que Sarchi traduit « en italien avec un véritable talent, ne se croyant pas quitte envers l'auteur quand il a fidèlement rendu sa pensée, mais se faisant un devoir de conserver la mâle simplicité et la fermeté austère de son langage » ; il fait aussi un large hommage à sa préface, sans toutefois partager complètement l'enthousiasme patriotique de Sarchi[10].

Il participe à diverses revues littéraires, juridiques, économiques et financières, ainsi qu'aux revues et publications des Saint-simoniens. Au Journal des débats, il prend la suite d'Isaac Pereire à la direction du bulletin de bourse[11].

Il publie plusieurs essais sur l'économie et la finance, qui semblent appréciés[12]. Il écrit aussi sur l'économie politique et la philosophie[5].

L'œuvre de Charles Sarchi la plus notable est son ouvrage sur l’Examen de la doctrine de Kant, qu'il publie en 1872[13],[14]. Cet ouvrage est dédié à Émile Pereire[15]. Le Polybiblion cite notamment le passage où Sarchi indique que « au déclin de la vie, dégagé dès lors complètement de toute préoccupation ambitieuse, nous ne sommes poussé que par un ardent amour de la vérité » ; cette même revue trouve que cet essai sur Kant, jugé très sérieux, mais résolument contre le kantisme, « mérite d'être lu, mais il est d'une lecture un peu difficile » : si elle apprécie la clarté d'expression de Sarchi, elle lui reproche en revanche une organisation moins claire de son ouvrage, un manque de synthèse, et de n'avoir pris en compte qu'une partie des œuvres de Kant[15]. Cette œuvre vaut à Sarchi d'être cité par Larousse parmi les philosophes italiens[16].

Il étudie aussi Spinoza, dont il traduit le Traité théologico-politique et l'Éthique du latin en italien. Il en compare la philosophie avec celle de Vico[17] et affirme leur intime concordance.

Sarchi écrit par ailleurs plusieurs ouvrages sur l'économie politique, la finance, les banques, la crise des chemins de fer italiens. Dans ses Lettres sur l'économie politique, publiées en 1875, Sarchi s'en prend aux abstractions des économistes, que, selon lui, les faits démentent continuellement[18].

Charles Sarchi épouse à Paris (ancien 3e), le 4 décembre 1828, Félicité Rodrigues-Henriques[19],[20], fille du banquier Isaac Rodrigues-Henriques, sœur du mathématicien Olinde Rodrigues[21] et belle-sœur du financier Émile Pereire. Ils ont trois enfants : un fils mort jeune, Augustin[22], une fille Marie[23] et une autre fille Hélène qui épouse en 1862 Philippe Van Tieghem (1839-1914), botaniste, membre de l'Académie des sciences[24]. Charles Sarchi et sa femme correspondent avec leur fille Hélène Van Thieghem ; cette correspondance est publiée en 2006[25].

Il meurt à Paris le 8 mars 1879[23].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • De la Banque de France et de la fixité du taux de l'escompte, Paris, 1861.
  • Lettre sur la pluralité des banques et l'unité des billets, Milan, 1863.
  • (it) La Crisi delle ferrovie italiane, Paris, H. Plon, 1866.
  • Examen de la doctrine de Kant, Paris, Librairie philosophique de Ladrange, 1872 [lire en ligne]. Traduit en italien en 1873. Plusieurs rééditions.
  • La fixité de l'escompte, 1873.
  • Lettres sur l'économie politique, Milan, Bortolotti, 1875 ; traduit en italien, 1878 ; réédité Guillaumin et cie, 1879, 129 pages ; rééd. Nabu Press, 2012, 150 pages (ISBN 1279829656 et 9781279829653) ; titre complet : Lettres sur l'économie politique écrites pendant le siège de Paris (1871) et adressées à monsieur le baron Molroguier, à Bruxelles.
  • (it) Della dottrina di Benedetto de Spinoza e di Giovanni Battista Vico, Milan, Bortolotti, 1877 ; rééd. 1878.

Traductions[modifier | modifier le code]

Sarchi traduit notamment plusieurs œuvres de Vico et de Spinoza, du latin vers l'italien :

  • (it) Dell'Unico principio e dell'unico fine del diritto universale, de Giovan Battista Vico, traduit du latin, Milan, Agnelli, 1866.
  • (it) Della Antica sapienza degl'Italiani, de Vico, traduit du latin, Bortoletti, 1870.
  • (it) Trattato teologico-politico, de Spinoza, traduit du latin avec introduction et notes, Milan, 1875.
  • (it) Dell'Etica, de Spinoza, traduit du latin, Lodovico Bortolotti, 1880.

Contributions diverses, correspondance[modifier | modifier le code]

  • Articles, contributions, chroniques dans plusieurs revues littéraires, juridiques, économiques et financières.
  • Lettres à Hélène (posthume), correspondance de Charles et Félicie Sarchi à leur fille, Mme van Thieghem : 1862-1878, Montpellier, L. Bachy, 2006, en trois volumes : t. I, 1862-1868, 471 pages (ISBN 2-84210-029-8) ; t. II, 1869-1875, 447 pages (ISBN 2-84210-030-1) ; t. III, 1876-1878, 451 pages (ISBN 2-84210-031-X).
    Comporte au tome III, p. 380, la bibliographie des publications de Charles Sarchi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Morpurgo, Samuel alias Filippo Sarchi », dans Asher Salah, La république des lettres: rabbins, écrivains et médecins juifs en Italie au XVIIIe siècle, Brill, (lire en ligne), p. 453-454.
  2. a et b Altmann et Ortiz 2005, p. 51.
  3. Rapport de police de 1826, Delavau et Franchet 1829, p. 116.
  4. Bulletin des lois, 1844, p. 265, no 1080 du 2 février 1844.
  5. a, b, c et d Combes 1929, p. 177.
  6. a et b Altmann et Ortiz 2005, p. 63.
  7. Combes 1929, p. 187.
  8. Combes 1929, p. 189-190.
  9. Francesco Viganò, La fraternité humaine, Librairie Guillaumin, 1880, p. 19.
  10. Adolphe Franck, dans le Journal des savants, 1866, p. 141-142 [lire en ligne].
  11. Le Figaro, 9 novembre 1862, p. 5.
  12. Francesco Vigano, Banques populaires, volume 2, 1865, p. 329.
  13. Charles Sarchi, Examen de la doctrine de Kant, Paris, Ladrange, 1872 [lire en ligne].
  14. Bibliothèque nationale de France, Catalogue général.
  15. a et b « Examen de la doctrine de Kant (Ch. Sarchi) », critique dans Polybiblion : Revue bibliographique universelle, volume 16, 1876, p. 499-500
  16. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 17 (2e supplément), article « Italie » p. 1447.
  17. (it) Della dottrina di Benedetto de Spinoza e di Giovanni Battista Vico, Milan, 1878.
  18. Benoît Malon, Manuel d'économie sociale, Paris, Derveaux, 1883, p. 163, note [lire en ligne].
  19. Combes 1929, p. 133.
  20. Paris, État-civil reconstitué, « Sarchi, 1828 ».
  21. Altmann et Ortiz 2005, p. 51, 53.
  22. Combes 1929, p. 177-178.
  23. a et b « Sarchi, Charles François André », sur nebuleuse-rh.org
  24. Revue générale de botanique, Paris, tome 26, 1914, p. 356.
  25. Lettres à Hélène : correspondance de Charles et Félicie Sarchi à leur fille Mme Van Tieghem, Montpellier, L. Bachy, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Viganò, Biographies de Garnier-Pagès et Charles Sarchi, prononcées à l'Académie physico-medico-statistique de Milan, 1879.
  • « Examen de la doctrine de Kant (Ch. Sarchi) », critique dans Polybiblion : Revue bibliographique universelle, volume 16, 1876, p. 499-500.
  • (it) « Carlo Sarchi e il De antiquissima », dans Riccardo Caporali, La tenerezza e la barbarie : studi su Vico, Liguori Editore, 2006 (ISBN 8820739240 et 9788820739249), p. 131-158 [Extraits en ligne].
  • (en) Simón L. Altmann et Eduardo L. Ortiz, Mathematics and social utopias in France: Olinde Rodrigues and his times, American Mathematical Society, , p. 51, 63, 64.
  • Marguerite Combes, Pauvre et aventureuse bourgeoisie : Roulin et ses amis, 1796-1874, Paris, Peyronnet, , p. 133, 138, 177-182, 185, 187-190, 206.
  • Francesco Viganò, La fraternité humaine, Librairie Guillaumin, 1880, p. 19 et suivantes, 267, 269.
  • « Sarchi », dans Guy Delavau, Franchet, Le Livre noir, ou Répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable, vol. 4, Paris, Moutardier, (lire en ligne), p. 113-118 ; contient cinq demandes d'enquête et quatre rapports de police sur les Sarchi, d'octobre 1825 à octobre 1827.
  • Bibliothèque nationale de France, Catalogue général, « Carlo Sarchi ».

Liens externes[modifier | modifier le code]