Charles Roos

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Charles Roos
Karl Roos.jpg
Karl Roos (1940)
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Karl-Philipp Roos (en français Charles-Philippe Roos), né le 7 septembre 1878 à Surbourg (alors dans le Reichsland Elsaß-Lothringen de l'Empire allemand, aujourd'hui dans le département français du Bas-Rhin) et mort le 7 février 1940 à Champigneulles à côté de Nancy) est un homme politique alsacien. Autonomiste alsacien après le rattachement à la France de l'Alsace-Moselle, il adhéra ensuite aux thèses national-socialistes. Il fut fusillé pour espionnage au profit des Allemands durant la drôle de guerre.

Sa jeunesse[modifier | modifier le code]

Karl-Philipp Roos naît le à Surbourg, à côté de Wissembourg dans le nord de l'Alsace alors que l'Alsace-Lorraine est devenue partie intégrante de l'Empire allemand depuis 1871 (Reichsland Elsaß-Lothringen ou territoire impérial d’Alsace-Lorraine). Roos est issu coté paternel d'une lignée d'instituteurs avec son père, Nikolaus, son grand-père, né à Allenwiller en 1808 et en poste à Jetterswiller, son arrière-grand-père, tisserand à Allenwiller puis maître d'école à Landersheim et son arrière-arrière-grand-père Antoine Muller, de Schneckenbusch dans la Meurthe. Sa mère, Marie-Anna Buchert, est la fille du maire de Durrenbach, à côté de Wœrth[1].

Il fréquente l'école primaire de Nordhouse, l'école moyenne de Sélestat et enfin le collège épiscopal de Strasbourg. Brillant élève, il continue ses études à l'université de Fribourg-en-Brisgau dans le pays de Bade après son bac avant de rejoindre l'université de l'Empereur-Guillaume (Kaiser-Wilhelms-Universität) de Strasbourg.

C'est là qu'il reçoit le titre de docteur, après une thèse en linguistique.

Sa carrière[modifier | modifier le code]

Affiche électorale de Charles Roos
Affiche électorale de Charles Roos

Roos enseigne alors d'abord à Barr, puis à Sainte-Marie-aux-Mines, à Bochum, et à Cologne. Une obscure affaire l'aurait conduit à donner sa démission quelques mois avant la guerre.

Il est mobilisé dans l'armée impériale en 1914 et, après avoir combattu en Belgique, passe la plus grande partie de la guerre comme chef de gare, en raison de problèmes médicaux, avec le grade de Kompagnieführer (lieutenant). Il est décoré de la Croix de Fer de 1re classe.

Après la guerre, il ouvre le Collège Roos à Strasbourg, une école commerciale que l'administration française condamna à la fermeture parce qu'employant des enseignants révoqués par les commissions de triage, commissions mise en place en Alsace-Moselle après l'armistice et chargées de l'examen, au cas par cas, des Alsaciens et Lorrains signalés comme suspects, en raison de leurs sentiments germanophiles. Ce sont d'ailleurs ces commissions de triage et l'assimilation forcée qui poussent alors Karl Roos à la lutte autonomiste. Léon Strauss, ancien professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Strasbourg, présente la chose autrement dans le Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne (NDBA) en écrivant : « En 1919, il acheta au séquestre une école de commerce privée à Strasbourg-Neudorf, qui périclita au bout de quelques années. » Le séquestre était chargé d'administrer et de revendre les biens alsaciens repris aux Allemands après la désannexion.

En 1924, il est alors nommé par l'administration française inspecteur des Écoles des mines domaniales de la Sarre (le traité de Versailles avait accordé à la France la propriété des mines de charbon de ce territoire allemand), mais il démissionne en 1926 et obtient sa retraite.

L'action politique[modifier | modifier le code]

Il se consacre alors à la lutte contre la francisation de l'Alsace. Très tôt d'ailleurs il avait soutenu une thèse dans laquelle il s'élevait contre l'influence française qui abâtardissait, selon lui, l'âme alsacienne et il se félicitait de la voir reculer dans les jeunes générations. En février 1927, il est nommé secrétaire général du Heimatbund (Alliance patriotique), alors l'une des plus importantes institutions du mouvement autonomiste alsacien-lorrain, où il succède à Jean Keppi. Jugeant le mouvement trop modéré, en il crée la Unabhängige Landespartei, qui adopte un programme résolument autonomiste. Le « Comité des minorités nationales de France », créé à l'initiative de Paul Schall en 1927, encourage donc les autonomistes Catalans, Bretons, Flamands et Corses à devenir séparatistes. Les problèmes commencent alors rapidement et débouchent sur le procès de Colmar. Qualifié par les autonomistes de « simulacre », ce procès vise simplement à condamner les séparatistes alsaciens, mais l'accusation manque de preuves décisives.

Ayant fui à Bâle en Suisse, avant le procès, Karl Roos est condamné par contumace à 15 années de forteresse. Un an plus tard le , il rentre clandestinement en Alsace pour participer à un meeting qui réunit communistes et autonomistes ; le lendemain, il se constitue prisonnier mais est acquitté lors d'un nouveau procès en révision à Besançon du 10 au 22 juin 1929. Avant sa libération et pendant ses sept mois de détention préventive, il est élu au conseil municipal de Strasbourg mais refuse d'être élu maire pour laisser la place au communiste Charles Hueber. En 1931, il entre au Conseil général du Bas-Rhin, dont il devient vice-président.

Après la prise de pouvoir des Nazis en Allemagne en 1933, Roos commença à s'intéresser de plus en plus à la vision nationale-socialiste du monde. La Landespartei, qui comptait environ 300 membres avec les groupes régionaux principaux en Alsace du Nord à la frontière avec le Palatinat et à Strasbourg d’après les sources dont nous disposons, était organisée d’après le « Führerprinzip » : les cadres (« Vertrauensmänner ») devaient être confirmés par le président du parti, Roos. Un moment ce dernier caressa aussi la pensée d'organiser des Sturmtruppen d'après le modèle national-socialiste pour protéger les réunions autonomistes. À l’automne 1933, Roos entreprit un voyage assez long en Europe centrale et prit contact avec les organisations des minorités germanophones au Tyrol du Sud et en Tchécoslovaquie. Après l’Anschluss et la crise des Sudètes en 1938, la Landespartei sous la direction de Roos prit sans cesse pour thème dans ses organes de presse le droit des peuples et la libre disposition d’elles-mêmes pour les minorités nationales et de façon de plus en plus manifeste ne cessa de prendre parti pour l'Allemagne nationale socialiste. Mais de cette façon, le parti et son président se marginalisaient de plus en plus dans la population alsacienne[2]. Il perdit alors l'appui des autonomistes modérés, qui en 1933 ne le reconduisirent pas dans ses fonctions de vice-président et, s'il fut réélu au conseil municipal de Strasbourg en 1935 (où l’autonomiste Hueber dut laisser la mairie au républicain Charles Frey), il perdit en 1937 son siège de conseiller général au profit du socialiste Marcel-Edmond Naegelen. Entretemps, en 1936, il n'avait pu se faire élire député à Strasbourg.

La fin[modifier | modifier le code]

Le commissaire de police Antoine Becker, intrigué par ses fréquents voyages en Allemagne, se persuade rapidement qu'il s'agit d'un espion. De leur côté, les Juifs alsaciens, persécutés par l’extrême droite nationaliste alsacienne, s’opposent de plus en plus frontalement au parti de Karl Roos[3]. Un réseau de résistance aux autonomistes est constitué sous l’impulsion du Dr Joseph Weill. Ce dernier transmet régulièrement des rapports sur les agissements des pro-allemands au gouvernement et la présidence du Conseil[4]. À la demande du Dr Weill, un jeune juif infiltre le parti de Karl Roos pour en comprendre le fonctionnement. Une nuit, il simule un cambriolage du siège et jette toutes les archives dans la rue où elles sont réceptionnées par des militants juifs. Outre la liste des adhérents, de nombreux écrits en provenance d’Allemagne, notamment de Robert Ernst, impliquent Karl Roos. Ces dossiers sont remis au commissaire divisionnaire Philippe Pfulgfelder[5]. Le , Karl Roos est à nouveau arrêté et incarcéré sous l'accusation d'espionnage à la prison militaire de Nancy. Le procès débute le 23 octobre, l'accusation étant la suivante : « espionnage au profit de l'ennemi ». Comme c'est souvent le cas dans les affaires d'espionnage, les preuves effectives de sa culpabilité manquaient (Robert Ernst, maire allemand de Strasbourg entre 1940 et 1944 lors de l'annexion de l'Alsace, en apportera quelques-unes dans ses Confessions écrites en 1945). On produisit alors une photographie qui le montrait revêtu de l'uniforme de maire nazi et faisant le salut hitlérien. Pour sa défense, il prétendit piteusement que cela n'avait été qu'un jeu. Deux témoignages l’accablent. Celui de son chauffeur, Julien Marco, qui fait part des liens étroits qui unissent Karl Roos avec le NSDAP, Robert Ernst et plusieurs hauts dirigeants nazis comme Joseph Goebbels et Heinrich Himmler. Et celui de Lobstein, un militaire membre du parti de Roos, qui confirme les accusations de Marco[6]. Ses sympathies pour le nazisme ne faisaient aucun doute pour les Français, même si l'on aurait pu arguer devant un tribunal en temps de paix qu'il n'était nullement hostile à la France mais plutôt favorable à l'Allemagne. Le 26 octobre, il fut donc condamné à mort par le tribunal militaire de la 20e région militaire, à Nancy[7], mais on attendit le 7 février 1940 pour l'exécuter à Champigneulles, près de Nancy, en essayant entre-temps de le faire chanter pour qu'il invente des « preuves » permettant d'inculper d'autres autonomistes.

Revenus triomphants en Alsace, en juin 1940, les Allemands tinrent à faire de lui un héros national, symbole de la « résistance alsacienne à l'oppression française ». Son nom fut d'ailleurs le seul ajouté à la liste des membres d'honneur des martyrs du mouvement national-socialiste (Ehrenliste der Ermordeten der Bewegung) pour l'année 1940. Le 19 juin 1941, ses restes furent solennellement transportés au Hunebourg[8], dont Friedrich Spieser avait fait un haut lieu du « germanisme », et la place Kléber à Strasbourg fut débaptisée pour devenir la Karl-Roos-Platz.

À la Libération, compte tenu de la récupération politique de son exécution par la propagande nazie, son cercueil fut jeté au bas de la tour du Hunebourg en signe de représailles par un groupe d'Alsaciens des villages voisins.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Die Fremdwörter in den elsässischen Mundarten. Ein Beitrag zur elsässischen Dialektforschung. Heitz, Straßburg, 1903
  • Politik und Gewaltpolitik in Elsaß-Lothringen. Eine Schrift zur Lehr und Wehr; aus Anlaß der Autonomistenverfolgung um Weihnachten 1927. Fricke, Zürich, 1928
  • Unser Elsässerditsch (Schriften des Elsässischen Volksbildungsvereins 1). Strassburg, 1938
  • Unser Elsaß in Haushumor und Spruchweisheit. Hünenburg-Verlag, Neuweiler, 1940

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives départementales du Bas-Rhin (67): Cote 4 E 487/23
  2. Kurt Hochstuhl: Zwischen Frieden und Krieg: Das Elsaß in den Jahren 1938–1940, p. 61-82 et p. 308
  3. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 414
  4. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 296
  5. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 350
  6. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 352
  7. Le Populaire, 27 octobre 1939
  8. « La tombe de Roos deviendra un lieu de pèlerinage pour tous les patriotes allemands et alsaciens. Le cercueil a été déposé dans une tour, qui a été élevée à côté du château et sur laquelle flottera jour et nuit le drapeau à croix gammée », extrait d'un article du Strassburger Neueste Nachrichten du 22 juin 1941.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]