Charles Roos

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Charles Roos
Karl Roos.jpg
Karl Roos (1940)
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Karl-Philipp Roos (en français Charles-Philippe Roos), né le 7 septembre 1878 à Surbourg (Bas-Rhin, alors dans le Reichsland Elsaß-Lothringen annexé par l'Empire allemand en 1871) et mort le 7 février 1940 à Champigneulles à côté de Nancy) est un homme politique alsacien. Autonomiste alsacien après le retour à la France des territoires annexés par l'Allemagne en 1871, il adhéra ensuite aux thèses national-socialistes. Il fut fusillé pour espionnage au profit des Allemands durant la drôle de guerre.

Sa jeunesse[modifier | modifier le code]

Karl-Philipp Roos naît le à Surbourg, à côté de Wissembourg dans le nord de l'Alsace alors que l'Alsace et une partie de la Lorraine sont devenues le Reichsland Elsaß-Lothringen (Terre de l'Empire) possession indivise des Etats membres de l'Empire allemand de 1871 à 1918. Certains prétendent que Roos est issu coté paternel d'une lignée de quatre générations d'instituteurs alsaciens avec son père, Nikolaus. Le patronyme Roos est extrêmement répandu en Allemagne rhénane[1] En généalogie il ne suffit pas d'une homonymie pour assurer une filiation, quand bien même l' "ancêtre" prétendu aurait exercé la même profession. Les recherches sérieuses sont restées vaines. D'une part l'acte de mariage de Nikolaùs avec Marie-Anne Buchert[2], comme tous les actes allemands de mariage, il ne fournit aucune indication sur la filiation du marié ni sur son lieu de naissance. D'autre part le dossier professionnel de Nikolaùs Roos, comme celui de tous les fonctionnaires a été déposé aux Archives départementales du Bas-Rhin, mais n'a pas été retrouvé malgré toutes les recherches effectuées. A noter qu'en 1942, les Allemands ont emmené tous les dossiers des fonctionnaires allemands de l'époque de l'annexion 1871-1918, laissant aux Archives les dossiers concernant les fonctionnaires alsaciens. Enfin dans son Ecoles d'Alsace, Yves Bisch témoigne qu'en 1870, les Prussiens ont licencié la quasi-totalité des instituteurs alsaciens pour les remplacer par des instituteurs allemands. L'origine alsacienne de Nikolaùs Roos et donc de son fils n'est nullement certaine et apparaît même comme particulièrement douteuse.

Il fréquente l'école primaire de Nordhouse, l'école moyenne de Sélestat et enfin le collège épiscopal de Strasbourg. Brillant élève, il continue ses études à l'université de Fribourg-en-Brisgau dans le pays de Bade où il obtient en 1903 un doctorat en soutenant une thèse sur les vocables étrangers dans les dialectes alsaciens.

Durant son service militaire il se porte volontaire pour être officier de l’armée allemande : en Allemagne, comme en France, le volontariat est exigé pour devenir officier.


Sa carrière[modifier | modifier le code]

Affiche électorale de Charles Roos
Affiche électorale de Charles Roos

Roos enseigne alors d'abord à Barr, puis à Sainte-Marie-aux-Mines, à Bochum, et à Cologne. Une obscure affaire l'aurait conduit à donner sa démission quelques mois avant la guerre.

Dès août 1914, Karl Roos s’engage pour la durée de la guerre. En 1914, Karl Roos âgé de 36 ans, n’est plus mobilisable. Il participe au siège d’Anvers et sa conduite au feu lui vaudra d’être décoré de la Eiserne Kreuz (Croix de Fer) de 1ère classe. La Eiserne Kreuz de 1ère classe est à l’époque, la plus haute distinction militaire de l’armée allemande, accordée à moins de 10 % des combattants. Karl Philipp ROOS a manifesté publiquement, et plusieurs fois, à 20 ans comme à 36 ans, des sentiments patriotiques élevés. Il a eu aussi, ce qui est moins courant, le courage de ses opinions en s’engageant en 1914, alors que rien ne l’y obligeait, dans un régiment d’infanterie –les plus exposés– dès le début des hostilités.

Cette conduite est toute à son honneur. Elle atteste que Karl Philipp Roos est profondément patriote et qu’il n’a pas hésité à risquer sa vie pour sa Patrie allemande. En 1919 après la défaite allemande, Karl Roos sollicite sa naturalisation française. Bien qu’il ait notoirement prouvé ses sentiments germanophiles et qu’il ait de son plein gré, pris les armes contre elle, la France lui accorde la nationalité française, montrant son esprit de tolérance envers ses anciens ennemis.

Après la guerre, Karl Roos ouvre et dirige le Collège Roos à Strasbourg, un collège germanophone, tentant de mener en sens inverse, l’action francophile de la Comtesse de Pourtalès durant l’annexion. Les lois françaises écartaient tout naturellement de l’enseignement, les individus notoirement francophobes. Règle que les Allemands avaient eux-mêmes appliquée sans aucun scrupule en 1870, rompant tous les contrats des instituteurs alsaciens[3]. Karl Roos, qui ne respecte pas mieux cette interdiction que d’autres prescriptions administratives, a quelques soucis avec l’administration[4]. C’est tout simplement la faillite[5] qui mettra rapidement un terme à son collège. Quand les Alsaciens envoient leurs enfants en « Vieille France » pour réapprendre la langue et la culture françaises, interdites depuis 47 ans, la tentative germanophile de Karl Roos a peu de chance de succès.

En 1924, il est alors nommé par l'administration française inspecteur des Écoles des mines domaniales de la Sarre vieille terre prussienne (le traité de Versailles avait accordé à la France la propriété des mines de charbon de ce territoire allemand), mais il démissionne en 1926 et obtient sa retraite.

L'action politique[modifier | modifier le code]

Les idées autonomistes ont pris naissance en Alsace vers 1890, durant l’annexion. Il s’agissait de se libérer du statut de colonie indivise des Etats de l’Empire allemand (Reichsland = Terre de l’Empire), l’opposition absolue manifestée depuis 1871 ayant démontré son inefficacité. Il en sortira notamment le théâtre dialectal[6] et les très nombreuses satires, jouées encore actuellement, mais dont l’origine et la motivation en sont complètement perdues de vue. Le 2 novembre 1918, à Berlin, quelques Vieux-Allemands et Alsaciens germanophiles reprennent cette idée d’autonomie alsacienne à leur compte et lancent le mouvement politique autonomiste « pour que les Français trouvent une noix dure. »[7]

Karl Roos se consacre alors à la lutte contre la francisation de l'Alsace. Très tôt d'ailleurs il avait soutenu une thèse dans laquelle il s'élevait contre l'influence française qui abâtardissait selon lui, l'âme alsacienne et il se félicitait de la voir reculer dans les jeunes générations. En février 1927, il est nommé secrétaire général du Heimatbund (Alliance patriotique), alors l'une des plus importantes institutions du mouvement autonomiste alsacien-lorrain, où il succède à Jean Keppi. Jugeant le mouvement trop modéré, en il crée la Unabhängige Landespartei, qui adopte un programme résolument autonomiste. Le « Comité des minorités nationales de France », créé à l'initiative de Paul Schall en 1927, encourage donc les autonomistes Catalans, Bretons, Flamands et Corses à devenir séparatistes. L’Allemagne qui s’était toujours opposée à l’autonomie alsacienne durant l’annexion[8] accorde son soutien financier, tous gouvernements confondus, de la République de Weimar jusqu’au nazisme[9] de 1919 à 1940. Les problèmes commencent alors rapidement et débouchent sur le procès de Colmar. Qualifié par les autonomistes de « simulacre », ce procès vise simplement à condamner les séparatistes alsaciens. Les Français ne sont pas dupes mais l'accusation manque de preuves décisives.

Ayant fui à Bâle en Suisse, avant le procès, Karl Roos est condamné par contumace à 15 années de forteresse. Un an plus tard le , il rentre clandestinement en Alsace pour participer à un meeting qui réunit communistes et autonomistes ; le lendemain, il se constitue prisonnier mais est acquitté lors d'un nouveau procès en révision à Besançon du 10 au 22 juin 1929. Avant sa libération et pendant ses sept mois de détention préventive, il est élu au conseil municipal de Strasbourg mais refuse d'être élu maire pour laisser la place au communiste Charles Hueber. En 1931, il entre au Conseil général du Bas-Rhin, dont il devient vice-président.

Après la prise de pouvoir des Nazis en Allemagne en 1933, Roos commença à s'intéresser de plus en plus à la vision nationale-socialiste du monde. La Landespartei, qui comptait environ 300 membres avec les groupes régionaux principaux en Alsace du Nord à la frontière avec le Palatinat et à Strasbourg d’après les sources dont nous disposons, était organisée d’après le « Führerprinzip » : les cadres (« Vertrauensmänner ») devaient être confirmés par le président du parti, Roos. Un moment ce dernier caressa aussi la pensée d'organiser des Sturmtruppen d'après le modèle national-socialiste pour protéger les réunions autonomistes. À l’automne 1933, Roos entreprit un voyage assez long en Europe centrale et prit contact avec les organisations des minorités germanophones au Tyrol du Sud et en Tchécoslovaquie. Après l’Anschluss et la crise des Sudètes en 1938, la Landespartei sous la direction de Roos prit sans cesse pour thème dans ses organes de presse le droit des peuples et la libre disposition d’elles-mêmes pour les minorités nationales et de façon de plus en plus manifeste ne cessa de prendre parti pour l'Allemagne nationale socialiste. Mais de cette façon, le parti et son président se marginalisaient de plus en plus dans la population alsacienne[10]. Il perdit alors l'appui des autonomistes modérés, qui en 1933 ne le reconduisirent pas dans ses fonctions de vice-président et, s'il fut réélu au conseil municipal de Strasbourg en 1935 (où l’autonomiste Hueber dut laisser la mairie au républicain Charles Frey), il perdit en 1937 son siège de conseiller général au profit du socialiste Marcel-Edmond Naegelen. Entretemps, en 1936, il n'avait pu se faire élire député à Strasbourg.

La fin[modifier | modifier le code]

Le commissaire de police Antoine Becker, intrigué par ses fréquents voyages en Allemagne, se persuade rapidement qu'il s'agit d'un espion. De leur côté, les Juifs alsaciens, persécutés par l’extrême droite nationaliste alsacienne, s’opposent de plus en plus frontalement au parti de Karl Roos[11]. Un réseau de résistance aux autonomistes est constitué sous l’impulsion du Dr Joseph Weill. Ce dernier transmet régulièrement des rapports sur les agissements des pro-allemands au gouvernement et la présidence du Conseil[12]. À la demande du Dr Weill, un jeune juif infiltre le parti de Karl Roos pour en comprendre le fonctionnement. Une nuit, il simule un cambriolage du siège et jette toutes les archives dans la rue où elles sont réceptionnées par des militants juifs. Outre la liste des adhérents, de nombreux écrits en provenance d’Allemagne, notamment de Robert Ernst, impliquent Karl Roos. Ces dossiers sont remis au commissaire divisionnaire Philippe Pfulgfelder[13]. Le , Karl Roos est à nouveau arrêté et incarcéré sous l'accusation d'espionnage à la prison militaire de Nancy. Le procès débute le 23 octobre, l'accusation étant la suivante : « espionnage au profit de l'ennemi ». Comme c'est souvent le cas dans les affaires d'espionnage, les preuves effectives de sa culpabilité manquaient (Robert Ernst, maire allemand de Strasbourg entre 1940 et 1944 lors de l'annexion de l'Alsace, en apportera quelques-unes dans ses Confessions écrites en 1945). On produisit alors une photographie qui le montrait revêtu de l'uniforme d'officier de la SA -un organisme nazi- et faisant le salut hitlérien. Pour sa défense, il prétendit piteusement que cela n'avait été qu'un jeu. Deux témoignages l’accablent. Celui de son chauffeur, Julien Marco, qui fait part des liens étroits qui unissent Karl Roos avec le NSDAP, Robert Ernst et plusieurs hauts dirigeants nazis comme Joseph Goebbels et Heinrich Himmler. Et celui de Lobstein, un militaire membre du parti de Roos, qui confirme les accusations de Marco[14]. Ses sympathies pour le nazisme ne faisaient aucun doute pour les Français, même si l'on aurait pu arguer devant un tribunal en temps de paix qu'il n'était nullement hostile à la France mais plutôt favorable à l'Allemagne. Le 26 octobre, il fut donc condamné à mort par le tribunal militaire de la 20e région militaire, à Nancy[15], mais on attendit le 7 février 1940 pour l'exécuter à Champigneulles, près de Nancy, en essayant entre-temps de le faire chanter pour qu'il invente des « preuves » permettant d'inculper d'autres autonomistes.

Revenus triomphants en Alsace, en juin 1940, les Allemands tinrent à faire de lui un héros national, symbole de la « résistance alsacienne à l'oppression française ». Son nom fut d'ailleurs le seul ajouté à la liste des membres d'honneur des martyrs du mouvement national-socialiste (Ehrenliste der Ermordeten der Bewegung) pour l'année 1940. Le 19 juin 1941, ses restes furent solennellement transportés au Hunebourg une ruine médiévale restaurée avant guerre avec l'argent de la fondation allemande Topfer [16], dont Friedrich Spieser avait fait un haut lieu du « germanisme », et la place Kléber à Strasbourg fut débaptisée pour devenir la Karl-Roos-Platz.

À la Libération, compte tenu de la récupération politique de son exécution par la propagande nazie, son cercueil fut jeté au bas de la tour du Hunebourg en signe de représailles par un groupe d'Alsaciens des villages voisins. Eclatant en arrivant au sol, il livre son contenu[17] : des pierres et des gravats, devant lesquels se sont respectueusement inclinés, durant 4 ans, les Allemands et les germanophiles. En France, dans les cas extrêmement rares où la sépulture pourrait devenir un facteur de troubles, la dépouille du condamné n’est (ou n’était) pas rendue à la famille, mais inhumée anonymement dans un cimetière non précisé, à seule fin de préserver l’ordre public en empêchant toutes manifestations inopportunes. Cette pratique rarissime date de la monarchie.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Die Fremdwörter in den elsässischen Mundarten. Ein Beitrag zur elsässischen Dialektforschung. Heitz, Straßburg, 1903
  • Politik und Gewaltpolitik in Elsaß-Lothringen. Eine Schrift zur Lehr und Wehr; aus Anlaß der Autonomistenverfolgung um Weihnachten 1927. Fricke, Zürich, 1928
  • Unser Elsässerditsch (Schriften des Elsässischen Volksbildungsvereins 1). Strassburg, 1938
  • Unser Elsaß in Haushumor und Spruchweisheit. Hünenburg-Verlag, Neuweiler, 1940

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plusieurs milliers de Roos en Bade et au Palatinat et plusieurs centaines en France dans le Bas-Rhin (annuaires téléphoniques actuels)
  2. Archives départementales du Bas-Rhin, Actes d'Etat-Civil de Durrenbach, mariages de 1876 – A noter que sur le site de la commune de Durrenbach, aucun Maire du nom de Buchert ne figure sur la liste des Maires de la Commune
  3. Ecoles d'Alsace de Yves Bisch
  4. Mais sans trouver dans les archives administratives françaises aucune trace d'une quelconque fermeture administrative
  5. Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne (Léon Strauss ancien professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Strasbourg)
  6. D’r Herr Maire et beaucoup d’autres datent de cette époque
  7. Souvenirs d’une Allemande de Strasbourg de Mme Elly Heuss-Knapp, épouse du (futur) premier Président de la RFA – Editions Oberlin 1.996.
  8. Opposition absolue, Actes de la Conférence de Bingen sur le devenir du Reichsland après la victoire allemande (15 & 16 juin 1917)
  9. Voir les Confessions de Robert Ernst, qui servit d’intermédiaire avec l’aide efficace et très discrète des banques suisses.
  10. Kurt Hochstuhl: Zwischen Frieden und Krieg: Das Elsaß in den Jahren 1938–1940, p. 61-82 et p. 308
  11. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 414
  12. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 296
  13. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 350
  14. Viviane Janouin-Benanti, Le double visage du Dr Karl Roos, 3E éditions, , 414 p. (ISBN 979-10-95826-67-5), p. 352
  15. Le Populaire, 27 octobre 1939
  16. « La tombe de Roos deviendra un lieu de pèlerinage pour tous les patriotes allemands et alsaciens. Le cercueil a été déposé dans une tour, qui a été élevée à côté du château et sur laquelle flottera jour et nuit le drapeau à croix gammée », extrait d'un article du Strassburger Neueste Nachrichten du 22 juin 1941.
  17. Confirmation m’a été donnée par un témoin

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]