Charles Louis de Marbeuf

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Marbeuf.

Louis Charles René de Marbeuf
Naissance
Rennes
Décès (à 73 ans)
Bastia (Corse)
Origine Bretagne
Arme Infanterie
Grade Lieutenant-général
Années de service 1728-1786
Distinctions Grand-croix de Saint-Louis

Blason fam fr Kerboudel.svg

Louis Charles René, comte de Marbeuf, né le à Rennes et mort le à Bastia, est un lieutenant-général breton, que le roi Louis XV a fait marquis de Cargèse lors de son gouvernement de la Corse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et famille[modifier | modifier le code]

C'est le fils de Robert Jean de Marbeuf (1668-1736), lieutenant-général des armées du roi (1734), et Marie Thérèse de Kergoët (+1762)[1].

Le 29 septembre 1783, il épouse, à Paris, Catherine Antoinette Salinguerra de Gayardon de Fenoyl. Veuve, son épouse est créée baronne de l'Empire[2] avec dotation (19 juin 1813).

Sa carrière jusqu'en 1764[modifier | modifier le code]

Il entre en service à 16 ans, comme enseigne au régiment de Bourbonnais, et passe lieutenant le 7 juillet 1729, puis capitaine le 23 avril 1732. Envoyé à Malte en 1738, il est fait major général de l'infanterie du roi le 1er mai 1747, et obtient le rang de colonel le 15 février 1748. Le 1er mars 1757, il est employé à l'armée de Westphalie, et est nommé brigadier d'infanterie le 3 septembre 1759. Le 1er mai 1760, il sert en Bretagne, et le 1er mars 1762, il est attaché à l'armée d'Espagne en qualité de maréchal-général-des-logis. Il est promu maréchal de camp le 25 juillet 1762.

Le comte de Marbeuf en Corse[modifier | modifier le code]

En 1756, le roi de France a signé un premier traité à Compiègne avec la République de Gênes. Cette dernière n'arrivant pas à battre les forces de la république indépendantiste de Corse de Pascal Paoli et à rétablir son autorité sur toute l'île a fait appel au roi de France pour l'aider dans cette entreprise. De son côté Louis XV y voyait une opportunité de contrôler l'île et de contrebalancer l'influence anglaise en Méditerranée. La France s'engage alors à occuper jusqu'en mars 1759 les villes d'Ajaccio (en corse : Aiacciu), de Saint-Florent (en corse : San Fiurenzu) et de Calvi.

Le traité de Compiègne est renouvelé par un autre traité de Compiègne, en 1764. la République de Gênes permet à la France de poursuivre pendant quatre ans l'occupation militaire en Corse consentie en 1756 à Ajaccio, Calvi et Saint-Florent mais en ajoutant Bastia et Algajola.

En décembre 1764, le comte de Marbeuf est envoyé en Corse avec la mission apparente est d'aider les Génois à garder la souveraineté de la Corse. Il débarque avec sept bataillons à Saint-Florent. Il écrit alors à Pascal Paoli dont les troupes assiègent la ville que ses ordres sont de prendre possession de la ville et lui donne l'assurance que les troupes françaises ont pour seul mission de garder pendant quatre ans les cinq places maritimes de l'île, et nullement d'aider les Génois à reprendre l'offensive contre leurs anciens sujets. Puis il se rend à Calvi d'où il embarque pour Bastia.

En janvier 1765, Pascal Paoli lui envoie de Corte (en corse : Corti) un manifeste dans lequel il s'engage à abandonner le siège de Saint-Florent par respect pour le roi de France. Les Génois lui cèdent la ville et la citadelle de Bastia. Il rencontre Pascal Paoli en mars, puis en avril, au cours de son voyage entre Bastia et Saint-Florent. Il rend compte au duc de Choiseul de cette rencontre. En juillet il envoie au duc de Choiseul une lettre élogieuse concernant Matteo Buttafoco. Il rencontre James Boswell à Bastia en novembre.

Il commence l'année 1766 en rendant compte au duc de Choiseul de ses actions en Corse, puis, en avril, à la demande du duc de Choiseul, il propose à Pascal Paoli d'étudier un plan de paix avec la République de Gênes.

Le 2 avril 1767, le roi d'Espagne Charles III décide d'expulser les Jésuites de tous les territoires espagnols. Après avoir errer quelque temps, les Jésuites espagnols ont obtenu du Sénat de Gênes un asile en Corse, dans les places occupées par les troupes françaises. Louis XV ayant banni les Jésuites de France en 1764, il fait des remontrances au gouvernement génois et donne l'ordre au comte de Marbeuf de retirer ses troupes des places qu'elles devaient s'établir. Pascal Paoli fait aussitôt attaquer les places abandonnées par les Français. François Gaffori s'est alors emparé d'Ajaccio et a forcé les troupes génoises de s'enfermer dans la citadelle. Le duc de Choiseul signifie alors à Pascal Paoli que jusqu'à date de fin du traité de Compiègne, le 7 août 1768, Ajaccio, Bastia, Calvi, Saint-Florent et Algajola restent sous la protection de la France, mais que sous la pression de Charles III, il consent à ce que les Jésuites restent en Corse. Le comte de Marbeuf envoie Jadart, commissaire des guerres, à Ajaccio pour faire respecter les ordres du gouvernemant. Jadart lui écrit le 12 août pour lui rendre compte de la situation et des mesures prises pour faire respecter par chaque parti, corse et génois, la neutralité de la ville et garantir aux Jésuites leur sécurité.

Cette singulière occupation fait place à des hostilités réelles, lorsque le 15 mai 1768, la République de Gênes convaincu de l'inutilité de ses efforts, signe le traité de Versailles abandonnant la souveraineté sur la Corse au roi de France pour une période de dix ans. Le roi de France s'engage à restituer la Corse à la République de Gênes après le remboursement des frais engagés pour lutter contre les rebelles, soit 40 millions de livres.

Sept jours après, le drapeau blanc flotte sur Bastia. En juin, le comte de Marbeuf somme Pascal Paoli de retirer les troupes corses qui gardent les communications de Saint-Florent à Bastia, et tiennent en échec ses deux villes. Le 12 juillet, les effectifs de l'armée française en Corse placée sous le commandement du lieutenant-général Bernard-Louis Chauvelin puis du comte de Vaux sont passés de 4 000 à 12 000 hommes,

Il participe à la pacification de la Corse, d’abord en assurant l’intérim à la tête de l’armée entre Chauvelin et le comte de Vaux de décembre 1768 à avril 1769, puis il commande un corps sous Vaux jusqu’à la bataille de Ponte-Novo. Il est fait lieutenant-général le 23 octobre 1768, et reste chargé du commandement de la nouvelle possession française après le départ du comte de Vaux.

Le comte de Marbeuf et la famille Bonaparte[modifier | modifier le code]

Lors de son séjour en Corse, il se lie d'amitié avec Charles Bonaparte. Il est le protecteur de Napoléon Bonaparte qui lui doit sa place au collège militaire de Brienne. Le Mémorial de Sainte-Hélène cite cet épisode :

« À cette époque, deux généraux français se trouvaient en Corse, fort divisés entre eux ; leurs querelles y formaient deux partis : c'était M. de Marbeuf, doux et populaire ; et M. de Narbonne Pellet, haut et violent. Ce dernier, d'une naissance et d'un crédit supérieurs, devait être naturellement dangereux pour son rival ; heureusement pour M. de Marbeuf, beaucoup plus aimé en Corse, la députation de cette province arriva à Versailles. Charles Bonaparte la conduisait ; il fut consulté, et la chaleur de ses témoignages fit donner raison à M. de Marbeuf. Le neveu de ce dernier, archevêque de Lyon et ministre de la feuille des bénéfices, cru devoir venir en faire des remerciements à Charles Bonaparte, et quand celui-ci conduisit son fils à l'école militaire de Brienne, l'archevêque lui donna une recommandation spéciale pour la famille de Brienne qui y demeurait la plus grande partie de l'année: de là l'intérêt et les rapports de bienveillance des Marbeuf et des Brienne envers les enfants Bonaparte. »

Une rumeur persistante, défendue notamment par les auteurs Hervé le Borgne et Edmond Outin, a fait du comte de Marbeuf, d'après une supposée liaison adultérine avec Letizia Bonaparte, la mère de Napoléon Bonaparte qui, selon les défenseurs de cette thèse, est né, non à Ajaccio, mais à Sainte-Sève dans le Finistère[3]. Cette hypothèse est rejetée par les historiens, pour Jean Tulard « on est dans l'invraisemblance » car il n'est pas possible que le séjour de Letizia en Bretagne n'ait pas été documenté[4].

Le vieux M. de Marbeuf commandant dans l’île, demeurait à Ajaccio ; la famille Bonaparte y était une des premières ; Mme Bonaparte était la plus agréable, la plus belle de la ville ; rien de plus naturel que le commandant y fixât ses habitudes et lui prodiguât ses préférences.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Mémoire sur la subvention dont le Roi a ordonné que la levée soit faite dans l'île de Corse. [23 juin 1770.] Memoria su la sovvenzione di cui il Re ha ordinato sia fatta la colletta nell'isola di Corsica, impimerie S.F. Batini, Bastia
  • Discours prononcé par Mr. le comte de Marbeuf à l'ouverture des États de Corse à Bastia, le 26 mai 1779, imprimerie de Vve Batini, Bastia, 1785 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. C'est à tort que l'on attribue l'origine du nom de la rue Marbeuf - proche des Champs-Élysées et qui fut la scène d'un attentat le 22 avril 1982 - à une maison qu'aurait eu Louis Charles René à Paris. La rue Marbeuf à Paris doit son nom à Henriette-Françoise Michel, fille de l'armateur nantais Gabriel Michel, veuve de Jacques Ange, marquis de Marbeuf, neveu du gouverneur de la Corse. Elle possédait des jardins sur les Champs-Élysées (jardins Marbeuf) et des terres à Champs-sur-Marne. Elle a été condamnée à mort et exécutée le 5 février 1794, « comme convaincue d'avoir désiré l'arrivée des Prussiens », selon le tribunal révolutionnaire (cf. Biographies bretonnes de Prosper Jean Levot (1857)).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Louis Charles René de Marbeuf », sur roglo.eu (consulté le 1er août 2011)
  2. « BB/29/974 pages 277-278. », Titre de baronne accordé à Catherine, Salinguerra, Antoinette de Gayardon de Fenoyl, veuve du sieur Louis, Charles, René de Marbeuf, par décret du 10 avril 1813. Saint-Cloud (19 juin 1813)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (consulté le 4 juin 2011)
    Armoiries 
    Écartelé au premier et quatrième d'azur à deux épées renversées en sautoir, d'argent ; au deuxième et troisième contre écartelées de gueules et d'or ; sur le tout d'argent à l'épée renversée en pal d'azur qui est le signe distinctif des baronnes veuves de militaires, avec les ornements extérieurs pour nous déterminés, consistant en palmes d'argent nouées en bas de l'écu par un ruban de gueules.
  3. Hervé Le Borgne, Napoléon breton ?, Keltia Graphic, Spézet, 2008 [ (ISBN 978-2-35313-035-1)]
  4. Notice « Marbeuf » dans : Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, 2012

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le bonheur de deux nations, ou L'heureuse convalescence de Monsieur le comte de Marbeuf commandant en chef les troupes de Sa Majesté en Corse, imprimerie de Sébastien-François Batini, Bastia, 1775 (lire en ligne)
  • Percement de la Route de Bastia à Saint-Florent par l'expédition française de Monsieur de Marbeuf, 1775-1780 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, mars 1882, p. 426-444 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, avril 1882, p. 453-491 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse (suite), dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, mai 1882, p. 530-548 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse (suite), dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, juillet 1882, p. 570-591 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse (suite), dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, octobre 1882, p. 593-619 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse (suite), dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, novembre 1882, p. 633-664 (lire en ligne)
  • Correspondance de M. Jadart (12 août 1767-12 mai 1768), commissaire des guerres suivie de la correspondance (15 août 1767-19 juillet 1768) du comte de Marbeuf, commandant des troupes de S.M.T.C., en Corse (suite), dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, décembre 1882, p. 699-722 (lire en ligne)
  • Correspondance de Monsieur le comte de Marbeuf avec Monsieur Jadart, commissaire des guerres et représentant du roi à Ajaccio, à commencer du mois d'aoust 1767, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, novembre-décembre 1883, p. 179-241 [
  • Prosper Jean Levot, Biographie bretonne: recueil de notices sur tous les Bretons qui se sont fait un nom, tome 2, Rennes, Caudéran éditeur, , p. 398.
  • Emmanuel de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène (mercredi 16 au lundi 22 août 1815)
  • R. Comnène Stefanopoli, Une colonie grecque en Corse, 3e partie, Le marquisat de Marbeuf, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, octobre 1919, p. 153-235 (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]