Charles Fréger

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Charles Fréger
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Charles Fréger (né en 1975 à Bourges) est un photographe français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Fréger est d'abord connu pour ses séries de portraits photographiques de personnes en uniformes (gardes nationaux, légionnaires, sumos, patineuses, majorettes…), qui jouent sur le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et l'individualité de la personne qui revêt l'habit. Cette vocation documentaire lui est venue à Rouen alors qu'il était encore étudiant aux Beaux-Arts et s'était essayé au portrait de marins en escale : « En une journée, tout a basculé. J'ai vu que c'était mon monde. Je travaillais déjà sur la sérialité. Dans l'uniforme, il y avait quelque chose de conceptuel, de froid, que j'aimais »[1].

Sa série Wilder Mann (2012) relève presque de l'anthropologie puisqu'elle recense les créatures de mascarades rurales de 20 pays d'Europe. Elle a donné lieu à une publication plusieurs fois rééditée dans plusieurs pays.

Charles Fréger est par ailleurs fondateur d'un réseau international d'artistes, Piece of Cake (POC).

Texte de Didier Mouchel (libre de droit)

Charles Fréger poursuit, depuis le début des années 2000, un inventaire intitulé « Portraits photographiques et uniformes ». En Europe et un peu partout dans le monde, avec ses séries consacrées à des groupes de sportifs, de militaires ou d’étudiants, il s’intéresse aux tenues et aux uniformes. Sa première série s’appelait « Faire face », car pour lui, la rencontre du photographe et du modèle se cristallise dans une confrontation distancée en surface comme pour mieux apprécier l’épaisseur de l’être au monde et son appartenance au corps social. Faire corps et esprit de corps sont les ressorts de ces présences individuelles où la tenue, entendue à la fois comme pose et vêtement, matérialisent le « physique de l’emploi » ou « l’habit du moine ».

Mais l’aspect uniforme, statique du dispositif photographique qui vise à neutraliser la présence du photographe pour privilégier l’enregistrement documentaire des sujets n’est qu’apparent. La qualité des cadrages, le choix des poses, le détail des mains ou des traits des visages, ainsi que l’importance accordée à la mise en situation restituent l’acuité de la présence, l’adéquation entre la personne et un univers repéré pour ses codes et son inscription dans une société. L’exotisme y a sa part que ce soit à l’intérieur avec différents corps d’armées ou groupes sportifs, ou bien à l’extérieur à l’opéra de Pékin ou auprès de tribus africaines. Ceci renforce le jeu des différences et de l’altérité qui est un des principes des « portraits photographiques et uniformes ».

Dans ses projets, Charles Fréger décline un vocabulaire photographique précis constitué de cadrages centrés souvent frontaux, en pied, en buste ou serrés. La transparence de l’éclairage, la neutralité de l’expression ainsi que la statique de l’image, cependant attentive à la qualité des grains de peau et à la texture des vêtements, suggèrent une référence aux portraits peints par les maîtres anciens. Les profils médiévaux ou la présence frontale des figures de la Renaissance dont les attributs indiquent le rang et la qualité sont autant de sources du travail de Charles Fréger. Portraits peints d’hier et photographies d’aujourd’hui semblent se répondre dans ces images posées et emblématiques où se distinguent les signes d’appartenance, d’adhésion ou d’existence. Cependant c’est toujours de représentation dont il s’agit : les sujets posent, les services de communication ou des intermédiaires choisis ont permis l’activité du photographe qui enregistre des effigies. Celles-ci hésitent entre icônes et documents, elles aspirent à la sollicitude du portrait, au respect du sujet.

Des différentes communautés qu’il rend visibles par la puissance du médium photographique, Fréger choisit aussi bien celles où le discours de l’apparence revêt ses habits les plus chatoyants et les plus prestigieux (Steps, Empire, Opera) que celles plus modestes où la raison sociale signifie les conditions d’existence en Europe (Bleus, Sihuhu) ou dans d’autres continents (Umwana, Ti du). Régiments protocolaires et troupes d’élites occidentales côtoient ainsi orphelins rwandais ou moines vietnamiens dans un grand écart où l’exotisme du costume redouble une vision presque ethnographique, proche de celle d’August Sander. Cependant point d’ambition scientifique ou didactique chez Fréger, il sait qu’il doit se méfier de l’anachronisme entomologique qui consistait à coller nos étonnants voisins sur des fonds neutres comme autant d’insectes à comparer à la loupe de nos sciences coloniales. Juste chez lui, le souci de rendre ses sujets en accord avec un lieu, un temps et une communauté comme pour mieux nous convaincre de notre irréductible parenté avec l’outrance du paraître et la contingence sociale d’une condition ou d’un statut. Pas d’angélisme non plus, dans « la famille de l’homme » chère à Steichen, nous ne sommes pas les oncles d’Amérique, et notre paternaliste compassion doit cesser d’aveugler nos visions ethnocentriques.

Fréger ne revendique d’ailleurs pas de discours critique ou politique, il explore en artiste le portrait comme genre, en revisite constamment l’histoire et les méthodes à la façon d’un peintre officiel au service de lui-même, de tout-un-chacun et du monde entier. Si académisme il y a dans son protocole, c’est volontaire, comme pour interroger encore le portrait d’apparat, car il part toujours de là : un portrait où les modèles doivent être des sujets restitués dans leur identité mais aussi leur dignité. J’ai eu l’opportunité et la chance d’accompagner Charles Fréger sur certaines prises de vue et j’ai été frappé par le respect et la simplicité dégagés par ces séances. Aucune emphase, aucune recherche psychologique, juste une présence affirmée (on vient pour faire des photographies) et mesurée (on perturbe le moins possible la situation en cours). C’est bien ce qui se traduit sur les images : l’affirmation discrète d’une identité alliée à l’incarnation d’une situation sociale. Les images de Fréger enregistrent des effets de socialisation retrouvés dans le costume et la tenue qui sont la surface de l’être. Fréger aime les tuniques, les textures, les allures imposées par le port d’une tenue. Il aime mesurer les écarts d’une tenue à l’autre, d’une tribu à l’autre, tous ces écarts qui font qu’on est soi parmi les autres. Que ses sujets possèdent des tenues ou des coiffures identiques voilà qui conduit à un profil type que Charles Fréger ne manque pas de décliner et de souligner mais il montre en même temps combien la série permet la perception des moindres différences. A chaque fois la curiosité le pousse de plus en plus loin dans la recherche de ses sujets mais aussi dans ses recherches formelles. Comme si finalement il souhaitait aller toujours plus loin dans l’identification aux différentes communautés, comme si pour faire le portrait de quelqu’un il lui fallait toujours envier sa place et vouloir enfiler son costume

[2] .

Expositions (résumé)[modifier | modifier le code]

  • Avril 2001 : Festival International des Arts de la Mode, Hyères (France)                
  • Janvier-février 2002 : Maison européenne de la photographie, Paris (France)                    
  • Mai 2002 : Le printemps de Septembre, Toulouse (France)                                   
  • Janvier- Avril 2004 : Musée des beaux-arts de Rouen (France)
  • Janvier-février 2005 : Musée d'art de Yokohama (Japon)
  • 23 septembre - 1 novembre 2005 : Kicken Berlin (Allemagne)
  • Juin-août 2006 : Stephen Daiter gallery, Chicago (États-Unis)
  • Juin 2006 : Musée d’art Moderne/ MUDAM (Luxembourg)   
  • Janvier - mars 2008 : MOCA, Shanghai (Chine)
  • Mai - juin 2008 : Parcours St Germain, Paris (France)                                                   
  • Juillet 2008 - août 2008 : MEM Gallery, Osaka (Japon)
  • Juin - septembre 2008 : Rencontres internationales d’Arles (France) 
  • Juin - novembre 2009 : Kunshalle Wien, (Autriche)  
  • Novembre 2011 – janvier 2012 : Fotohof  – Salzbourg (Autriche)  
  • Septembre 2012 – janvier 2013 : Hermès Gallery TH13 (France)    
  • Février– mai 2013 : MAC/VAL, Vitry-sur-Seine (France)
  • Février– juin 2013 : Fotomuseum, Anvers (Belgique)  
  • 2 mai - 29 août 2014 : Structures and Surfaces. Joachim Brohm, Charles Fréger, Jitka Hanzlová, Hans-Christian Schink, Alfred Seiland, Kicken Berlin (Allemagne)
  • 11 mai 2015 - 11 novembre 2015 : Wilder Mann, Musée de l'image, Épinal ( France)  
  • 6 juin - 31 août 2015 : Bretonnes, musée de Bretagne/les Champs libres, Rennes (France)  
  • 16 février - 15 mai 2016 : Yokainoshima, Le Forum, Hermès, Ginza, Tokyo (Japon)  
  • 3 juillet - 28 août 2016 : Yokainoshima, Rencontres photographiques d'Arles, Arles (France)  

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claire Guillot, « Chasseur tribal », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  2. « Piece of cake project »
  3. Charles Fréger, son dernier livre Wilder MannLe Journal de la Photographie, consulté le 9 juillet 2012
  4. Avec “Bretonnes”, le photographe Charles Fréger rajeunit les coiffes, Télérama.

Liens externes[modifier | modifier le code]