Charles Frédéric Chassériau

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Charles Frédéric Chassériau
Charles Frederic Chasseriau.jpg

Portrait du baron Charles-Frédéric Chassériau par lui-même en 1825

Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Activité
Père

Le baron Charles Frédéric Chassériau (1802, Port-au-Prince - 1896, Vars-sur-Roseix) était architecte en chef des villes de Marseille, Constantine et Alger.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le à Port-au-Prince et mort en 1896 à Vars-sur-Roseix (Corrèze).

Il se destina d’abord, comme son père Victor Frédéric Chassériau, général d'Empire à la carrière des armes. Après des études au lycée Napoléon (lycée Henri-IV), il est reçu à Saint-Cyr en 1819. Il ne put suivre les cours de l’École, sa famille ruinée par la révolte de Saint-Domingue, n’ayant pas assez de ressources pour payer sa pension.

Il entra d’abord chez un notaire; puis décidé à se faire architecte, il fut reçu le 3 avril 1824 comme élève-titulaire de l’École des beaux-arts de Paris[1]. Il fut l'élève de Jean-François-Julien Mesnager. Il débuta en 1824 dans l’agence de son parent François Mazois, inspecteur des bâtiments civils, qui le fit collaborer à son ouvrage de construction de la Cour des comptes que devait décorer vingt ans plus tard son cousin Théodore Chassériau ainsi qu'à ses travaux sur les Ruines de Pompéi. Une aquarelle de Frédéric Chassériau faite sur les ruines de Pompéi est conservée au Metropolitan Museum of Art de New York et figure dans l'ouvrage Les ruines de Pompéi par Mazois ("Triclinium découvert de la maison dite d'Actéon"). Repris en 1830 par ses velléités militaires, il fit campagne dans l’armée républicaine espagnole comme aide de camp du général Antonio Quiroga grâce à Felix Lepeletier de Saint Fargeau qui avait été l'intermédiaire entre lui et Quiroga.

En Égypte de 1830 à 1833, il fut architecte du Lazaret d’Alexandrie et dressa les plans du consulat à Alexandrie sur la demande du vice-consul Ferdinand de Lesseps, puis rentra en France. Le consulat de France, situé sur la célèbre place des Consuls, sera entièrement détruit lors du bombardement d’Alexandrie par les Anglais en juillet 1882[2].

Il devint en 1833, Architecte adjoint de la ville de Marseille puis rapidement Architecte en chef jusqu'en 1839. Il y construisit notamment l’Hôpital des aliénés, la Halle des Capucins, les Hangars du Frioul ainsi que le petit arc de triomphe blanc de la porte d'Aix.

En 1840, Charles-Frédéric Chassériau tout comme son cousin le peintre Théodore Chassériau (pour un projet de sculpture), proposa son projet pour le tombeau de l’Empereur Napoléon Ier à l’Hôtel des Invalides, projet inspiré de l’œuvre d’Horace[3]. Charles-Frédéric Chassériau avait été un temps proche du roi Joseph Bonaparte qui habitait rue Provence et avec lequel il visitait les ateliers d'artistes voisins dont celui d'Eugène Delacroix ou François-Édouard Picot[4].

Nommé architecte en chef d'Alger en 1849, Chassériau abandonna ses fonctions pour édifier, sur ses plans, dans cette ville, avec le concours de MM. Sarlin et Ponsard, le beau théâtre qui s'élève sur la place Bresson. En 1869. il reprit son emploi d'architecte en chef, et le conserva jusqu'en 1870, époque où il fut licencié, avec une partie de son service, par suite d'une nouvelle organisation.

À Alger, il sera nommé à trois reprises Architecte en chef de la ville d'Alger (1849, 1859 et 1874) et prit sa retraite en 1882. Charles-Frédéric Chassériau meurt à l'âge de 94 ans. Il est alors le doyen des Saint Cyriens.

Charles-Frédéric Chassériau est principalement connu comme étant l'auteur du Boulevard de l'Impératrice et du front de mer d'Alger qui furent inaugurés en 1865 par l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie.

Principaux travaux[modifier | modifier le code]

Alexandrie (Égypte)[modifier | modifier le code]

baron Frédéric-Charles Chassériau du Chiron, architecte au Caire en 1831, portrait au crayon par le comte Adolphe de Trobriand[5]
  • Lazaret d’Alexandrie - L’année 1831 est marquée par une terrible épidémie de choléra qui fait 35 000 morts au Caire. En août 1831, Frédéric Chassériau envoya au géographe Edme François Jomard et à Boglios-Bey, ministre du commerce de l'Égypte, un rapport complet intitulé De la nécessite d'établir l'administration de la voirie en Égypte sous le rapport de la sûreté, de la salubrité publique et de l'embellissement de la ville. Le 21 décembre 1831, Frédéric Chassériau présente au vice roi Mehmet Ali son projet de lazaret pour Alexandrie.
  • Consulat général de France à Alexandrie
  • Projet de construction d'un hôpital et de l'École de médecine au Caire - En 1833, Edme François Jomard soutient activement les projets de Frédéric Chassériau auprès du Docteur Antoine Clot dit Clot-Bey de l'hôpital de la charité du Caire. Ce projet comprenait notamment la construction d'un hôpital et de l'École de médecine au Caire. Le projet d’hôpital modèle est salué par le docteur Antoine Clot qui le décrit comme l’ « un des plus grandioses et des plus utiles de notre époque »[6]. L’architecte Chassériau a selon Antoine Clot vu l’Égypte en « observateur, qui l’a admiré en poête dans ses vieux monuments, qui eut voulu, architecte philanthrope, lui en laisser de plus utiles »[6].

Marseille (France)[modifier | modifier le code]

Parmi les travaux dus à cet habile architecte, on cite à Marseille :

  • la construction qu'il termina de l'Arc de triomphe de la porte d'Aix (situé sur la Place Jules-Guesde)[7].
  • les vastes hangars du Frioul
  • l'hôpital des aliénés
  • le marché des Capucins
  • les parloirs du Lazaret
  • les portes monumentales du cimetière
  • l'hôpital des aliénés à Saint-Pierre, exécuté d'après le plan primitif de Penchaud
  • l'entrepôt Enoq
  • la villa Saulière
  • le tombeau du général Louis-Michel Morris

Alger (Algérie)[modifier | modifier le code]

C’est en Algérie qu’il exécuta ses principaux travaux comme architecte en chef de la ville d'Alger.

  • Boulevard de l’impératrice Eugénie - Frédéric Chassériau dessina l’ensemble de la structure soutenant le boulevard et les rampes entre les quais et la ville. Il prend le nom de boulevard de l’Impératrice en honneur de Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III qui l’inaugure en 1865 (avant son achèvement)[8],
  • théâtre municipal d’Alger achevé en 1853 en collaboration avec Sorlin et Ponsard.
  • Aménagement des abords et des contreforts du port réalisés entre 1860 et 1865
  • l'église Notre-Dame du Mont-Carmel d'El-Biar
  • le mont-de-piété
  • l'abattoir
  • le projet de boulevard remplaçant le ravin du Centaure
  • la construction partielle de l'Hôtel-de-Ville
baron Frédéric-Charles Chassériau, architecte en chef de la ville d'Alger

Projets non achevés en Algérie[modifier | modifier le code]

  • Cité Napoléon-Ville

Frédéric Chassériau a publié en 1858 une Étude pour l’avant-projet d’une Cité Napoléon-Ville visant à établir sur la plage de Mustapha à Alger une ville résolument moderne : "Pour nous, il nous faut de l’air, du soleil, des boulevards plantés d’arbres et des rues à galeries couvertes"

  • Palais impérial à Alger

Il travailla également sur le projet de construction d'un palais impérial situé sur le boulevard de l'Impératrice et faisant face à la mer.

  • Palais de justice

Les plans du Palais de justice conçus par Chassériau sont aujourd'hui conservés au Musée national des beaux-arts d'Alger (donation des Amis de Théodore Chassériau en 2014). Le livre d'Octave Teissier "Napoléon III en Algérie" raconte que Chassériau eut l'occasion de s'entretenir avec l'Empereur Napoléon III à deux reprises lors de son second voyage en Algérie. Le 5 mai 1865, Chassériau présenté à l'Empereur par le Préfet et le Maire d'Alger avait soumis le plan de la façade du Boulevard de l'Impératrice, dont il est l'auteur. L'Empereur le félicita et lui dit que ce travail lui faisait honneur. À cette occasion l'Empereur a entretenu le Maire d'Alger et Chassériau des projets relatifs au square à établir sur l'emplacement actuel de l'arsenal, comformément au tracé fait de sa propre main, sur le plan qui lui avait été remis. Il chargea également Chassériau de préparer un projet et un plan pour l'emplacement à choisir pour la construction du palais de justice. Le 27 mai 1865, Chassériau soumit à l'Empereur le plan par lui proposé pour le palais de justice dont l'emplacement a été définitivement fixé place Napoléon. L'Empereur après s'être fait donner toutes les explications utiles a approuvé et signé le plan, et a adressé des éloges à cet habile architecte[9]. La construction de ce palais de justice ne se fit pas. Les différents projets qu'il réalise dans cette ville pour l'aménagement du front de mer permettront à Frédéric Chassériau de faire fortune, laquelle richesse sera ensuite utilisée par son fils Arthur Chassériau pour former la première collection des œuvres de son oncle Théodore Chassériau.

Famille[modifier | modifier le code]

Charles-Frédéric Chassériau était le fils de Victor Frédéric Chassériau, général et baron du premier Empire mort à Waterloo et d'Elisabeth Ranson qui appartenait à une grande famille d'armateurs protestants de La Rochelle. Créole, il était également cousin germain du peintre Théodore Chassériau et de l'écrivain Louise Belloc. Charles-Frederic Chassériau fut élevé par son oncle Chassériau, commissaire de police à Paris. A la mort de ce dernier, un autre de ses oncles Benoit Chassériau, père du peintre célèbre l'accueillit dans sa famille. De son mariage avec Joséphine Warrain, fille d'Alexandre Warrain, armateur à Marseille et conseiller général du département, il eut 3 enfants :

  • Alexandre-Frédéric Chassériau (1838-1863)
  • Arthur Chassériau (1850-1934), agent de change et collectionneur (donation Chassériau au Musée du Louvre)
  • Claire Chassériau, épouse du préfet d'Oran Jean-Baptiste Nouvion

Un portrait de la baronne Chassériau née Warrain, exécuté en 1846 par Théodore Chassériau est conservé au Art Institute of Chicago. Sa beauté est évoquée par le conseiller d'État Frédéric-Victor Chassériau dans une lettre adressée à son frère Théodore Chassériau : « 18 ans, de la beauté, un excellent naturel, peu de fortune mais d’une famille extrêmement considérée à Marseille, son père a refusé la mairie et la députation [...] le cousin parait fort épris »

Charles-Frédéric Chassériau habitait la villa Mahieddine à Alger et une grande villa de la rue Michelet (Mustapha supérieur) devenue par la suite l’hôtel oriental.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Membre de l'Académie des sciences, lettres et arts de Marseille - 1839
  • Membre correspondant de l’Institut historique de Paris[10] (cinquième classe – Histoire des Beaux-Arts sous la présidence de Louis-Pierre Baltard) - 1834
  • Doyen des Saint-Cyriens
  • Rampe Frédéric Chassériau à Alger : le nom de Chassériau en hommage à l'architecte a été donné à une rue à Alger. La Rampe Frédéric Chassériau existe toujours à Alger et est une parallèle au port, non loin de la gare de l'Agha[11].

Publications[modifier | modifier le code]

- Étude pour l'avant-projet d'une cité Napoléon-Ville, à établir sur la plage de Mustapha à Alger par Frédéric Chassériau – Éditions Dubos frères, 1858

Dessins conservés dans les musées[modifier | modifier le code]

  • Triclinium découvert de la maison dite d'Actéon á Pompéi - encre, lavis, et aquarelle, New York, The Metropolitan Museum of Art
  • Projet d'établissement d'un marché aux fleurs et aux fruits, quai aux Fleurs, près le palais de Justice, adressé à monsieur le comte de Chabrol de Volvic, préfet du département de la Seine - plume et encre, lavis, et aquarelle (1828), Paris, Musée Carnavalet
  • Plans du Palais de justice d'Alger présentée à l'Empereur Napoléon III - plume et encre (1865), Alger, Musée national des beaux-arts d'Alger
  • Fragments des haut reliefs de l'arc de Triomphe de Marseilles - 3 dessins, Musée du Vieux Marseille

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Architecture urbaine et urbanisme en Algérie sous le Second empire : le cas de l’architecte Charles-Frédéric Chassériau (1802-1896)’ par Gérard Monnier - Culture et création dans l’Architecture provinciale de Louis XIV à Napoléon III – Travaux et colloques de l’Institut d’Art – Publications de l’Université de Provence – 1983
  • Une façade pour Alger : le boulevard de l’Impératrice’ par Federico Cresti - catalogue de l'exposition (Paris, Palais de la Porte Dorée, 25 juin-14 septembre 2003) - Les éditions de l’Imprimeur

Liens externes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les architectes élèves de l'École des beaux-arts 1793-1907 - Par Louis Thérèse David de Pénanrun, Edmond Augustin Delaire, Louis François Roux - Librairie de la construction moderne, 1907
  2. Site du Ministère des Affaires Etrangères http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/archives-et-patrimoine/expositions/expositions-diverses/ferdinand-de-lesseps/article/les-debuts-dans-la-carriere
  3. As Befits a Legend: Building a Tomb for Napoleon, 1840-1861 par Michael Paul Driskel, Édition Kent State University Press, 1993
  4. d'après les notes laissées par son fils le baron Arthur Chassériau
  5. Adolphe de Trobriand (1800-1874) un temps le plus jeune capitaine de l'armée française fut blessé lors de la prise d'Alger. Fervent légitimiste, il refusa de prêter serment en 1830 et quitta l'armée pour retourner sur ces terres et se consacrer notamment à la peinture et à la poésie. Chateaubriand dans sa correspondance datée de 1832 avec Adolphe de Trobriand mentionne les portraits que ce dernier fit de sa sœur Madame de Marigny et de sa nièce.
  6. a et b Compte rendu des travaux de l'École de médecine d'Abou-Zabel... pour les 3e et 4e ("sic" pour 4e et 5e) années de sa fondation 1245-1246, 1246-1247 (hégire) 1830-1831, 1831-1832, suivi de l'exposé de la conduite et des travaux de l'auteur lui-même en Égypte depuis 1240 à 1248 (hégire) 1825 à 1832, par Antoine Clot-Bey – Ed. Feissat aîné et Demonchy, 1833 – page 162
  7. Répertoire numérique concernant l’hôtel de ville de Marseille - Marseille, la passion des contrastes. Ouvrage publié par l’Institut français d’architecture et l’Atelier du patrimoine de la ville de Marseille
  8. L'Histoire d'Alger
  9. Feuillets d'El-Djezaïr par Henri Klein - Édition L. Chaix, 1937 – Alger – page 123
  10. Le Comité des travaux historiques et scientifiques, créé en 1834, est depuis 2007 un « institut » rattaché à l'École nationale des chartes
  11. Rampe Frédéric Chassériau