Charles Félix Pijeaud

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Charles Félix Pijeaud
Charles Félix Pijeaud

Naissance
à Sanary-sur-Mer, dans le Var
Décès (à 37 ans)
à Alexandrie, en Égypte
Allégeance Drapeau de la France France libre
Arme Aviation
Grade Lieutenant-colonel
Années de service 1924-1942
Commandement État-major des Forces aériennes françaises libres
Groupe de bombardement Lorraine
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Compagnon de la Libération
Croix de guerre 1939-1945
Croix de guerre des TOE
Hommages « rue Félix Pijeaud » à Sanary
Cérémonies commémoratives

Emblème
Liste des Compagnons de la Libération

Charles ou Charles Félix Pijeaud, né le à Sanary-sur-Mer dans le Var, mort le à Alexandrie, en Égypte, est un lieutenant-colonel français de l'Armée de l'Air pendant la Seconde Guerre mondiale.

Premier officier supérieur de l'armée de l'air à rejoindre de Gaulle, il est nommé chef d'état-major des Forces aériennes françaises libres qu'il organise. Il met sur pied les premiers groupes de chasseurs et de bombardiers de la France libre. Commandant ensuite le groupe de bombardement Lorraine, gravement blessé et prisonnier après être tombé en parachute, il s'évade mais meurt de ses blessures.

Il est Compagnon de la Libération à titre posthume. Son épouse, Colette Pijeaud, également résistante, meurt en déportation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Félix Pijeaud, né en 1904, est le fils d'un artiste peintre mort dans les combats au début de la Première Guerre mondiale, en [1]. Il est reconnu officiellement « pupille de la Nation » en 1919[2].

Il effectue ses études au lycée de Toulon puis à celui de Nice. Il est reçu à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1924 dans la promotion du Rif[1].

Jeune officier pilote, premières citations[modifier | modifier le code]

Ayant choisi de servir dans l'aviation, il suit comme sous-lieutenant les cours de l'école spéciale d'aéronautique de Versailles. Il en sort breveté pilote en . Il demande alors l'affectation à Oran en Algérie, qu'il obtient lorsqu'il est promu lieutenant en suivant[1].

Au sein de la 2e escadrille du 2e groupe d'aviation à La Sénia, il prend part aux différentes opérations militaires dans le Sud oranais, en 1931-1932. Il reçoit deux citations, puis est promu capitaine en mars 1933[1]. Il reste à Oran jusqu'en 1935[3].

Affecté ensuite à la base aérienne de Reims, il y sert de à . Choisi ensuite pour suivre les cours de l'École supérieure de guerre en 1939[1],[3], il en sort breveté d'état-major, avec le grade de commandant[1].

Il est ensuite nommé à Alger, de fin jusqu'à suivant, au début de la Seconde Guerre mondiale. Il aurait voulu participer à la lutte dans une unité combattante, mais il est nommé à l'état-major de l'Aviation pendant la campagne de mai et juin 1940. Il doit suivre l'état-major se repliant à Bordeaux[1].

Rejoint la France libre, chef d'état-major des FAFL[modifier | modifier le code]

Un lieutenant-colonel debout dans un bureau, des documents à la main

Refusant l'armistice et la défaite, Charles Pijeaud décide de répondre à l'appel du 18 Juin lancé par le général de Gaulle. Il quitte Bordeaux à la recherche d'un embarquement et se rend à Port-Vendres dans les Basses-Pyrénées[1]. Les 22 et 23 juin, il y décide une trentaine d'élèves officiers de l'armée de l'Air à s'embarquer comme lui pour l'Angleterre[3]. Il trouve un torpilleur britannique sur lequel il s'embarque le , pour Gibraltar, et de là il passe en Angleterre[4]. Il est accompagné de la trentaine d'élèves officiers qu'il a décidés à l'accompagner[5].

Pijeaud est le premier officier supérieur de l'armée de l'air à rejoindre les Forces françaises libres du général de Gaulle[2], et il est avec Leclerc un des deux seuls officiers supérieurs brevetés à rejoindre de Gaulle dès juin 1940[6]. Le fait qu'il soit breveté est important pour de Gaulle qui a fort besoin d'officiers expérimentés[5].

De Gaulle le charge d'organiser la participation aérienne à l'opération de Dakar[3]. Il quitte l'Angleterre fin [1] à bord du Westernland où il est le commandant d'armes ; il y fait preuve de fermeté et d'efficacité[3]. Il participe le mois suivant à l'affaire de Dakar qui est un échec. Il rejoint ensuite Brazzaville puis le Tchad[1], chargé de la mission d'évaluer les forces en Afrique[3]. Un accident d'avion le blesse légèrement en [1]. Lieutenant-colonel, il est nommé en janvier 1941 chef d'état-major des Forces aériennes françaises libres (FAFL)[3], et retourne à Londres en février 1941[1].

Comme chef d'état-major des FAFL, malgré le manque de moyens[3], il crée et organise seul la première formation aérienne de la France libre, le groupe de chasse « Île-de-France »[1],[7], ainsi que le groupe de bombardement no 2 constitué grâce à une négociation réussie auprès des Britanniques[5]. Il crée en parallèle les corps féminins de l'armée de l'air, incorporant les volontaires françaises[5].

Il organise ensuite l'ensemble des autres premiers groupes de chasse et les groupes de bombardement de la France libre[8]. Il le fait avec efficacité[9], malgré le gros manque de moyens et la large dispersion des personnels et des appareils[5]. Il est considéré comme le « véritable initiateur des FAFL »[7], dont il est un architecte « plus ou moins méconnu »[5]. Sa réputation augmente par ses allocutions à la radio et ses conférences sur les FAFL et sur l'aviation dans la guerre moderne[3].

Lorsque le colonel Martial Valin est nommé au commandement des FAFL en juillet 1941, Pijeaud qui le connaît depuis plus de vingt ans le seconde pendant plusieurs mois. Il lui explique l'organisation complexe qu'il a mise en place[5].

Commandant du Groupe Lorraine, mort pour la France[modifier | modifier le code]

Photo d'un gros bombardier à croix de Lorraine en premier plan, et une formation de six autres bombardiers à l'arrière plan
Un bombardier et une formation du groupe de bombardement Lorraine qu'il commande.

Depuis le début de la guerre, Pijeaud souhaite combattre directement[10]. Préférant donc servir dans une unité combattante, il obtient à l'automne 1941 d'être nommé au Groupe réservé de bombardement no 1 (GRB 1), rebaptisé Groupe de bombardement Lorraine. Ce groupe de bombardement, basé en Égypte, participe aux opérations de Libye lorsqu'il le rejoint. Il en prend le commandement le suivant[1],[3]. Le lendemain , le groupe s'installe sur le terrain d'aviation de Gambut[11].

Le surlendemain , le groupe Lorraine part pour une mission de bombardement, mené par le lieutenant-colonel Pijeaud et accompagné de trois escadrons britanniques. L'objectif est de bombarder les colonnes allemandes près de Benghazi, mais la formation est attaquée par un grand nombre de chasseurs allemands Messerschmitt 109, et les bombardiers alliés se dispersent[1].

Photo noir et blanc d'un avion avec deux gros moteurs à hélices, un grand poste de pilotage à l'avant, et une tourelle de tir au milieu du fuselage
Il pilote un Bristol Blenheim lorsque son avion est abattu.

L'appareil qu'il pilote, un Bristol Blenheim[12], est atteint et prend feu. Pijeaud ordonne à ses hommes de sauter en parachute, puis veut s'assurer du sort de son mitrailleur qui est déjà mort ; lui-même saute alors à son tour, mais il est déjà gravement brûlé au visage et aux mains[1],[6].

Capturé par une patrouille italienne, il est hospitalisé à Derna. Les Italiens étant sur le point de s'enfuir, il réussit à s'évader bien qu'il soit devenu aveugle. Après être resté caché, une fois les Italiens partis, il retourne à l'hôpital où, seul pendant quatre jours, il attend les Britanniques[1]. Selon Facon, il marche quatre jours dans le désert, jusqu'à rejoindre les Britanniques[13]. Évacué sur l'Égypte et hospitalisé à Alexandrie, il y meurt des suites de ses blessures le . Il est enterré au cimetière militaire français d'Alexandrie[1].

Charles de Gaulle préside à Londres un service à sa mémoire, dans l'église Saint-Paul[3]. Charles Pijeaud est créé Compagnon de la Libération à titre posthume, par le décret du 26 mars 1942[1],[3].

Son épouse, résistante, morte en déportation[modifier | modifier le code]

photo de jeune femme souriante, en costume blanc d'infirmière
Colette Pijeaud, infirmière et résistante, en 1940.

Son épouse, Colette Pijeaud (1906-1943), née Colette Barry, est infirmière[14]. Restée en France avec leurs enfants encore jeunes, elle entre dans la Résistance dès 1940, tout en continuant son travail d'infirmière à Chartres puis à Paris, et effectue des missions de renseignement[3],[1],[2]. Elle œuvre successivement pour les réseaux « Cartwright », « Marc-France » et « Turma-Vengeance »[3],[14]. Son engagement dans la Résistance est précoce, mais elle ignore que l'un des réseaux auxquels elle participe est plus lié aux vichysto-résistants qu'aux gaullistes[15].

Arrêtée le 7 mars 1943, Colette Pijeaud est incarcérée à la prison de Fresnes[3]. Elle est ensuite déportée en Allemagne, internée à Cologne, puis au camp de concentration de Ravensbrück. Elle y meurt à 36 ans le [1],[2],[3].

Son parcours est jugé atypique, comme diplômée pourvue d'expérience professionnelle et mère de famille, mais résistante précoce[6]. Elle est parfois associée aux hommages rendus à son mari lors des célébrations commémoratives[2]. Un livre d'André Martel publié en 2006 est consacré à elle autant qu'à son mari[16].

Ils ont eu deux enfants, qui sont pupilles de la Nation. Selon Pierre Clostermann, le général de Gaulle a personnellement veillé sur les deux orphelins[12].

Jugements sur Pijeaud[modifier | modifier le code]

Charles de Gaulle lui rend le plus bel hommage[9]. Il l'exprime sous forme de regret : « J'aurais fait de Pijeaud le Leclerc de l'armée de l'Air »[3],[9]. De Gaulle aurait attendu que Pijeaud fasse ses preuves, ce que celui-ci voulait depuis le début de la guerre[10].

Pierre Clostermann lui consacre un chapitre sur les neuf que comporte son ouvrage Feux du ciel illustrant les sacrifices d'aviateurs du monde entier[17].

Le colonel Pijeaud est jugé dévoué et téméraire, frustré d'avoir été confiné dans un bureau, mais efficace dans l'organisation des forces aériennes. Politiquement, il semble plutôt conservateur et antiparlementaire, comme beaucoup d'officiers de l'époque. Le choix de la France libre est mis sur le compte de son tempérament rebelle[18].

Hommages et distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Autres hommages[modifier | modifier le code]

  • La « rue Félix Pijeaud » lui rend hommage à Sanary-sur-Mer dans le Var, sa ville natale.
  • La « place du Lieutenant-Colonel Pigeaud » lui rend aussi hommage à Saint-Pierre (Saint-Pierre-et-Miquelon)[19].
  • Des cérémonies commémoratives rappellent son souvenir et celui de sa femme, notamment le pour le 70e anniversaire de sa mort[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u Dictionnaire des compagnons de la Libération, 2010.
  2. a b c d e et f « Sanary : La commune rend hommage à Charles Felix et Colette Pijeaud », sur ouest-var.net, (consulté le 17 avril 2016).
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Dictionnaire De Gaulle, 2006, p. 917.
  4. Allain 2007, p. 133.
  5. a b c d e f et g Facon 2006, p. 501.
  6. a b et c Spina 2007, paragr. 54.
  7. a et b De Gaulle, chef de guerre, 2008, p. 327 et note.
  8. « Charles Pijeaud (1904-1942) », sur france-libre.net, Fondation de la France libre.
  9. a b et c Spina 2007, paragr. 55.
  10. a et b Allain 2007, p. 134.
  11. Yves Donjon, « Le Groupe de bombardement "Lorraine" », sur charles-de-gaulle.org (consulté le 17 avril 2016).
  12. a et b Pierre Clostermann, « Les forces aériennes françaises libres », sur charles-de-gaulle.org, (consulté le 14 avril 2016).
  13. Facon 2006, p. 502.
  14. a et b Colette Pijeaud (1906-1943) sur data.bnf.fr.
  15. Spina 2007, paragr. 54-55.
  16. Martel 2006.
  17. Clostermann 1951, chap. « Le Colonel Pijeaud ».
  18. Spina 2007, paragr. 55-56.
  19. Arrêté du 16 février 1942, signé Alain Savary.

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]