Charles-Denis Bourbaki

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Charles-Denis Bourbaki
Image illustrative de l'article Charles-Denis Bourbaki

Naissance
Pau, France
Décès (à 81 ans)
Bayonne, France
Origine Drapeau de la France France
Grade Général de division
Années de service 1834 – 1881
Conflits Campagne d'Algérie
Guerre de Crimée
Deuxième guerre d'indépendance italienne
Guerre franco-prussienne de 1870
Commandement 1er Zouaves
Garde impériale
Armée de l'Est
6e corps d'armée
14e corps d'armée
Faits d'armes Bataille d'Inkerman
Distinctions Grand Croix de la Légion d'honneur

Charles-Denis Bourbaki est un militaire français né à Pau le et mort à Bayonne le .

Fils du colonel grec Constantin Denis Bourbaki (1787–1827), mort pendant la guerre d'indépendance grecque, il se distingue dans l'armée d'Afrique et notamment dans la guerre de Crimée. Nommé général, il sert brièvement lors de la guerre franco-allemande dans l'armée du Nord en cours de constitution avant de prendre le commandement de l'armée de l'Est.

Bourbaki, comme certains autres généraux du Second Empire dont la formation s'est déroulée en Afrique, est appelé aux plus hauts postes de commandement pendant la guerre de 1870[1].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il entre à Saint-Cyr et, en 1836, rejoint les zouaves puis, promu au grade de lieutenant, entre dans la Légion étrangère. Il assume également la charge d'aide de camp du roi Louis-Philippe Ier.

Son baptême du feu a lieu lors d'une expédition en Afrique. Capitaine des zouaves en 1842, lieutenant-colonel du Premier Zouaves en 1850, colonel des Turcos en 1851, et brigadier général en 1854, il commande une partie des troupes algériennes pendant la guerre de Crimée, et rend son nom célèbre à Alma, Inkerman et Sébastopol.

En 1857, il est nommé général de division et commande à Lyon en 1859. Lors de la campagne d'Italie, il combattit à la Bataille de Magenta et à la Bataille de Solférino à la tête de la 3e division du IIIe Corps d'armée français du général Canrobert.

Il est proposé en 1862 comme candidat au trône vacant de Grèce, en raison de son ascendance grecque, mais il décline l'offre[1].

Metz[modifier | modifier le code]

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En 1870, l'Empereur lui confie le commandement de la garde impériale, et il joue un rôle important dans les opérations liées au siège de Metz.

Toutefois, Bourbaki est impliqué dans un curieux événement au moment du siège de Metz : un homme, qui se fait appeler Regnier, apparaît à Hastings vers le , pour demander une entrevue à l'impératrice Eugénie qui y est réfugiée, mais il ne parvient pas à l'obtenir ; il réussit cependant à recevoir du jeune prince impérial une photographie signée avec un message pour Napoléon, dont il use comme sauf-conduit vis-à-vis de Bismarck, et comme pièce d'identité pour le maréchal Bazaine, auquel il se présente à Metz, lui racontant sous l'autorité de l'impératrice que la paix doit être signée et que, soit le maréchal Canrobert, soit le général Bourbaki, doit se rendre à Hastings dans ce but. Aussitôt Bourbaki se rend au Royaume-Uni, avec la connivence de la Prusse, croyant qu'il est en mission officielle. Dès qu'il découvre par l'impératrice que l'on s'est moqué de lui, il revient en France.

A la tête de l'armée du Nord[modifier | modifier le code]

Bourbaki offre ses services à Léon Gambetta. Le , le général Bourbaki est appelé au commandement de la région militaire du Nord. Aidé du colonel Farre et du préfet du département du Nord — Achille Testelin — il tire des dépôts de l'armée des effectifs qu'il constitue en régiments de marche et réorganise la garde mobile en bataillons à cinq compagnies de cent cinquante hommes chacune, commandées par trois officiers. Plusieurs batteries d'artillerie sont organisées dont une de douze qui arrive de Mézières et la cavalerie est organisée avec le dépôt du 7e régiment de dragons de Lille qui prend le nom de dragons du Nord et avec deux escadrons de la légion départementale de la gendarmerie montée. L'armée du Nord est constituée.

Le , Bourbaki est démis de son commandement et transféré à l'armée de la Loire pour former l'armée de l'Est destinée à secourir Belfort. Farre, qu vient d’être promu général, le remplace provisoirement à la tête de l'armée du Nord.

Au secours de Belfort, à la tête de l'armée de l'Est[modifier | modifier le code]

À la tête des troupes hâtivement entraînées et mal équipées de l'armée de l'Est, il tente de lever le siège de Belfort. Cette opération est obérée par de considérables problèmes de ravitaillement, en vivres notamment. Après la victoire inexploitée de Villersexel, elle se conclut par la retraite des Français à la suite de l'échec de la bataille d'Héricourt (1871). Après la guerre, certains déplorent le peu de combativité et l'excès de prudence de Bourbaki qui, à l'image de Bazaine à Mars-la-Tour, aurait surestimé la puissance de l'adversaire et a contrario sous-estimé la sienne pour finir par abandonner le combat sans avoir livré toutes ses forces dans la bataille. Ce point de vue est réfuté par les officiers de l'entourage du général[2].

Retraite et tentative de suicide[modifier | modifier le code]

Armée de Bourbaki déposant les armes à leur passage en Suisse (Panorama Bourbaki, Lucerne).

La retraite de Bourbaki vers Besançon est coupée par d'autres forces allemandes dirigées par Manteuffel, et cela le contraint à replier son armée vers la frontière suisse. Ses troupes sont dans la situation la plus déplorable et manquent de nourriture. Des 150 000 hommes avec qui il était parti, il n'en reste plus que 84 000.

C'est alors le passage en Suisse aux Verrières (commune proche de Pontarlier-Doubs), mais aussi à Sainte-Croix et Vallorbe, où l’armée de l'Est est désarmée puis internée dans les divers cantons de la Confédération, à la suite de la Convention des Verrières. Cet épisode dramatique est immortalisé par le peintre Édouard Castres (voir ci-contre). Bourbaki lui-même, plutôt que de se soumettre à l'humiliation de la reddition, le , délègue ses fonctions au général Clinchant puis, dans la nuit, se tire une balle dans la tête ; mais la balle, ayant dévié, ricoche contre son crâne et Bourbaki est miraculeusement sauf. Le général Clinchant le transporte en Suisse, où il retrouve assez de force pour retourner en France[3].

Fin de carrière militaire[modifier | modifier le code]

En , Bourbaki devient gouverneur militaire de Lyon. En 1881, du fait de ses opinions politiques, il est placé dans la réserve. En 1885, sa candidature au Sénat est un échec.

Citations ou expressions contenant le nom de Bourbaki[modifier | modifier le code]

Tombe du général Bourbaki et de sa femme au cimetière Saint-Étienne de Bayonne.

De nos jours dans l'armée française (mais aussi dans la Police nationale ou les sapeurs-pompiers), l'expression l'armée à Bourbaki désigne de façon péjorative un groupe hétérogène mal équipé, comme par exemple lorsque le port de l'uniforme n'est pas règlementaire. Ceci est sans doute une référence aux troupes mal équipées de l'armée de l'Est qui furent placées sous le commandement de Bourbaki. Il semble que ce sont les légionnaires qui, engagés dans un conflit sur le sol national métropolitain pour la première fois en 1870, et découvrant une armée française métropolitaine encore plus démunie qu'eux, auraient inventé l'expression suivante, destinée à un autre légionnaire mal accoutré, : « T'es pas dans l'armée à Bourbaki ».

On trouve par ailleurs une petite vacherie de la part de Maupassant dans sa nouvelle intitulée Le Lit 29 ; elle ne concerne pas directement Bourbaki mais celui-ci est cité dans un passage, avec toutefois un peu d'ironie : le général Bourbaki passait aux yeux du capitaine Épivent, bel homme vain et superficiel, pour le plus grand des généraux français, « […] Il [Épivent] ne respectait, en somme, que les beaux hommes, la vraie, l'unique qualité du militaire devant être la prestance. Un soldat c'était un gaillard, que diable, un grand gaillard créé pour faire la guerre et l'amour, un homme à poigne, à crins et à reins, rien de plus. Il classait les généraux de l'armée française en raison de leur taille, de leur tenue et de l'aspect rébarbatif de leur visage. Bourbaki lui apparaissait comme le plus grand homme de guerre des temps modernes. Il riait beaucoup des officiers de la ligne qui sont courts et gros et soufflent en marchant, mais il avait surtout une invincible mésestime qui frisait la répugnance pour les pauvres gringalets sortis de l'école polytechnique, ces maigres petits hommes à lunettes, gauches et maladroits, qui semblent autant faits pour l'uniforme qu'un lapin pour dire la messe, affirmait-il. Il s'indignait qu'on tolérât dans l'armée ces avortons aux jambes grêles qui marchent comme des crabes, qui ne boivent pas, qui mangent peu et qui semblent mieux aimer les équations que les belles filles. Le capitaine Épivent avait des succès constants, des triomphes auprès du beau sexe […] ».

À Pau, un stade et le club de football y résidant porte son nom, ainsi qu'un théâtre.

Le panorama Bourbaki de Lucerne[modifier | modifier le code]

Le panorama circulaire Bourbaki à Lucerne (Suisse)[4], se présente sous la forme d'une rotonde d'un diamètre de plus de 40 mètres, entièrement tapissée de peintures, soit sur 112 mètres par 10 en tout. Réalisé sur la base de nombreuses esquisses dessinées pendant cette guerre, il est le témoignage historique d'une qualité documentaire exceptionnelle.

Le thème très particulier — on peut même dire unique — du panorama est l'immense misère des soldats blessés, affamés et gelés qui ont passé la frontière suisse à Verrières-de-Joux, le .

L'auteur de l'ouvrage est le peintre Édouard Castres, volontaire de la Croix Rouge pendant la guerre, aidé de collaborateurs. Après avoir réalisé un grand nombre de projets, Édouard Castres a voulu dans cette œuvre, associé à l'idée de guerre, non pas la notion de victoire, mais la notion de douleur. Le cadre choisi, un triste paysage d'hiver gris-blanc, d'immenses champs couverts de neige, a permis d'accentuer la tragédie humaine soigneusement décrite. C'est en colonnes interminables que les soldats traversent le champ de vision des visiteurs[5].

Cette œuvre constitue un document à la mémoire de la première grande action humanitaire de la Croix-Rouge suisse, et de la politique de neutralité de la Confédération.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alfred Guye, Qui était le général Charles Denis Sauter Bourbaki (22 avril 1816-22 septembre 1897), Chézard, 1976 (OCLC 82663820).
  2. Le général Bourbaki, par un de ses anciens officiers d'ordonnance ; Louis d'Eichthal ; Paris, E. Plon, Nourrit et cie, 1885. (OCLC 12526525).
  3. Le général Bourbaki, 1816-1897. ; G de Corlay ; Abbeville, C. Paillart 1900. (OCLC 23425910).
  4. Site officiel du Panorama Bourbaki de Lucerne.
  5. Brigit Kämpfen-Klapproth, Das Bourbaki-Panorama von Edouard Castres, Luzern, Edouard Castres, 1980 (OCLC 25916035).

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]