Charles Cressent

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Charles Cressent
Naissance
Décès
(à 82 ans)
Paris
Nationalité
Activité
ébéniste du duc d'Orléans
Maître
François Cressent (son père) et Joseph Poitou
Père

Charles Cressent est un maître ébéniste du XVIIIe siècle, principal représentant du style Régence, né à Amiens le , et mort à Paris le (à 82 ans)[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Amiens en 1685. Il est le petit-fils d’un ébéniste amiénois, Charles I Cressent (mort à Amiens le 21 mars 1707), et le fils du sculpteur du roi, François Cressent (1663-après 1746) marié en 1684 à Marie-Madeleine Bocquet[2].

D’abord formé à la sculpture et à la ciselure par son père, il poursuivit sa formation à l'Académie de Saint-Luc à Paris et fut reçu maître sculpteur, le 14 août 1714. Il travailla pour Girardon et Le Lorrain.

Il entra à l’atelier parisien de l'ébéniste Joseph Poitou[3], rival d’André-Charles Boulle comme sculpteur ornemaniste spécialisé en bronze d'art.

À la mort de son maître, en 1719, il épousa sa veuve et reprit son atelier. Il hérita donc de la charge d'ébéniste ordinaire des palais du duc d'Orléans, exerçant ainsi, sans posséder la maîtrise d'ébéniste et devint, par là-même, ébéniste du Régent. Il compta dans sa clientèle le roi Louis XV, le roi Jean V de Portugal et l'Électeur Charles-Albert de Bavière mais aussi de grands amateurs tels que Crozat, Joseph Bonnier de La Mosson, Jean de Jullienne, Augustin Blondel de Gagny, et le duc de Richelieu.
Après le Régent et sa famille, le plus important des clients de Charles Cressent fut le trésorier général de la Marine, Marcellin-François - Zacharie de Selle (Ref : Charles Cressent aux Editions Faton).

Il a dirigé un atelier, conçu des meubles, dessiné et réalisé, grâce à sa formation de sculpteur, les bronzes d'ameublement. Cela lui a valu plusieurs procès des fondeurs-ciseleurs en 1723, 1735 et 1743, puisqu'il transgressait les règles des corporations. En 1743, il employait chez lui pour la fabrication de ses ornements de bronze le fondeur Jacques Confesseur qui avait travaillé pour André Charles Boulle. Cressent et Confesseur sont alors condamnés à une amende avec interdiction de réunir deux ouvriers[4]. En 1757, il est de nouveau condamné à payer 8 191 livres à la corporation[5].

En 1746, avec son père, il a pris à bail une maison située au coin des rues Notre-Dame-des-Victoires et Jonquelet.

En 1750, pour des raisons financières, il organisa une vente aux enchères de son stock et de ses collections dont il rédigea lui-même le catalogue. La publicité créée autour de cet évènement relança son établissement et suscita de nouvelles commandes.
En 1756, avant de cesser son activité, il vendit une nouvelle fois son stock et ses collections.
Il se consacra à l'enrichissement de ses collections jusqu'à son décès en 1768.
Il est un des plus grands ébénistes de sa génération. A l’instar d’André-Charles Boulle, il fut un des rares ébénistes à bénéficier d’une grande notoriété de son vivant.

Charles Cressent était un collectionneur de tableaux. Dans la vente qu'il fait le 15 janvier 1749, Charles Cressent prend le titre d'ébéniste des palais de feu S. A. R. Mgr le duc d'Orléans[6]. La vente n'ayant pas réussi, il en a fait une deuxième le 15 mars 1757. Une troisième vente eut lieu en 1765 qui n'a pas épuisé sa collection et qui a été finalement entièrement vendue après sa mort.

Comme il le revendique, il a été l'ébéniste du Régent.

Il est mort le dimanche 10 janvier 1768, vers 8h30 du soir, dans une maison sise rue Jonquelet, faisant le coin avec la rue Notre-Dame-des-Victoires[7].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Estampille[modifier | modifier le code]

Dans la mesure où l'obligation d'apposer une estampille date de 1743, l'œuvre de Cressent, qui correspond au style Régence et au début du style rocaille, ne porte pas de signature. On peut cependant établir la provenance de certains meubles grâce aux procès-verbaux des deux saisies que la corporation des fondeurs fit faire chez lui en 1722 et en 1735 mais aussi grâce aux ventes qui eurent lieu de son vivant en 1748, en 1756 et en 1765 regroupant notamment des bureaux plats, des commodes et des médailliers.

Commodes[modifier | modifier le code]

Commode, Paris, 1745-1749

Les commodes de Cressent connues sous le nom « à palmes et fleurs » en référence à leur monture de bronze doré possèdent toutes une monture de bronze composée de volutes, pendeloques florales, palmes et tablier. Les commodes de Cressent représentent la majorité de son activité qui est composée de bureaux plats, d’armoires et de bibliothèques.

Ses commodes sont généralement « à la régence » en référence à leurs deux tiroirs et à leurs pieds élevés. La combinaison des bois satinés et de bois d’amarante, soit simplement plaquée, soit en marqueterie formant des dessins en forme de treillis ou de losange. Cressent réalisait lui-même ses propres bronzes donnant ainsi à son œuvre, bien que non estampillée, un caractère homogène et pour s’assurer que ses modèles ne soit pas reproduits, il supervisait la production dans son propre atelier.

Cette particularité l’opposa en 1722-1723 et 1735 à la corporation des fondeurs-ciseleurs. D’après Alexandre Pradére : « en théorie nous ne pouvons pas retrouver des montures de bronze caractéristiques de Cressent sur des meubles d’autres ébénistes. », il apparaît alors qu’il est raisonnable d’attribuer les pièces de Charles Cressent par rapport à leur monture de bronze doré.

De plus, il est important de noter qu’un groupe restreint de commodes incontestablement par Cressent existent, mais avec des bronzes inconnus de l’ébéniste, probablement ajoutés au cours des années 1750-1760 par des marchands-merciers (marchands d’objets de luxe) pour adapter les commodes au goût en vigueur dans la seconde partie du XVIIIe siècle. (Appartient à ce groupe, une commode passée en vente chez Sotheby’s Monaco le 14 juin 1982, sans nul doute par Cressent mais avec des bronzes de pur style Louis XV).

Œuvres conservées[modifier | modifier le code]

Bureau du Président de la République dans le Salon Doré

Un certain nombre de meubles créés par Charles Cressent sont conservés à :

achetées par Calouste Gulbenkian à des collectionneurs comme Alphonse et Nathaniel de Rothschild ou dans les salles de ventes de Londres entre 1919 et 1949.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir : Les Artistes décorateurs du bois, tome 1, p. 124.
  2. Henri Vial, Adrien Marcel, André Girodie, Les Artistes décorateurs du bois - Répertoire alphabétique des ébénistes, menuisiers, sculpteurs, doreurs sur bois etc., ayant travaillé en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, tome premier, A à L, p. 126, Bibliothèque d'art et d'archéologie, Paris, 1912 (lire en ligne (vue 153))
  3. Note : Il est le fils de Philippe Poitou (mort le 9 avril 1709) qui se qualifie de « marqueteur du roi » jusqu'en 1687 avant de devenir l'ébéniste du duc d'Orléans (Voir : Henri Vial, Adrien Marcel, André Girodie, Les Artistes décorateurs du bois, tome 2, p. 91).
  4. Charles Barrat, L'apprentissage industriel : Rapport sur l'apprentissage dans les industries de l'ameublement, p. 61, Imprimerie nationale, Paris, 1905 (lire en ligne)
  5. Voir : Alfred de Champeaux, p. 46.
  6. Catalogue de différens effets curieux du Sieur Cressent ébéniste des palais de feu S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, cette vente dans laquelle il ne sera rien retiré se fera au plus offrant et dernier enchérisseur, le 15 janvier 1749 (lire en ligne)
  7. Voir : Scellés et inventaires d'artistes, p. 415.
  8. « Le Salon doré », elysee.fr (consulté le 3 juillet 2013)

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-J. Ballot, Charles Cressent, sculpteur, ébéniste, collectionneur, Paris, 1918, réédition, F de Nobelle, 1969.
  • Alexandre Pradère, Charles Cressent, Sculpteur, ébéniste du Roi, Dijon, 2003, Éditions Faton (ISBN 978-2-87844-061-4)
  • Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XV à la Révolution, Paris, Editions Le chêne, 1989, p. 129.
  • Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Amaury Lefébure, Le mobilier du musée du Louvre, t. 1, Dijon, Editions Faton, pp. 128-129.
  • Jules Guiffrey, Scellés et inventaires d'artistes. Deuxlème partie (1741-1770). CCXXXVI. Charles Cressent, ébéniste du duc d'Orléans (1768), p. 413-425, Nouvelles archives de l'art français : recueil de documents inédits, 1884 (lire en ligne)
  • Henri Vial, Adrien Marcel, André Girodie, Les Artistes décorateurs du bois - Répertoire alphabétique des ébénistes, menuisiers, sculpteurs, doreurs sur bois etc., ayant travaillé en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, tome 1, A à L, p. 124-126, Bibliothèque d'art et d'archéologie, Paris, 1912 (lire en ligne (vues 151-153))
  • Henri Vial, Adrien Marcel, André Girodie, Les Artistes décorateurs du bois - Répertoire alphabétique des ébénistes, menuisiers, sculpteurs, doreurs sur bois etc., ayant travaillé en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, tome 2, M à Z, p. 224-225, Jean Schemit éditeur, Paris, 1922 (lire en ligne (vue 246-247))
  • Alfred de Champeaux, Dictionnaire des fondeurs, ciseleurs, modeleurs en bronze et doreurs : depuis le Moyen âge jusqu'à l'époque actuelle, p. 314, 341-342, Libraire de l'art, Paris, 1886 (lire en ligne (vue 344))

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]