Charles Blondel (conseiller d'État)

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Charles Blondel
Fonctions
Conseiller d'État
Commissaire de la République institué par le Gouvernement provisoire de la République française
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Père
Autres informations
Conflit
Distinctions

Charles Henri Marie Blondel, né le 17 octobre 1895 à Quincy-le-Vicomte (Côte-d'Or) et mort le 7 octobre 1975 à Paris, conseiller d'État, fut l'un des commissaires de la République du Gouvernement provisoire en 1944.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Blondel est le fils aîné du philosophe Maurice Blondel[1] et de Rose Royer (1874-1919)[2], elle-même fille d'Édith Royer.

Appelé en 1915 comme simple soldat, il fait toute la guerre au 411e régiment d'infanterie[3]. Il est blessé le [4] à la cote 304. Sous-lieutenant en juillet 1918, il est affecté après l'armistice au quartier général de la 167e division d'infanterie, puis à la mission militaire française à Berlin, et n'est démobilisé qu'en septembre 1919. Il sera promu lieutenant de réserve en 1925[5].

Il entre au Conseil d'État le et effectue la première partie de sa carrière, avant guerre, à la Section du contentieux. Il passera après guerre à la Section sociale. Il est en 1928 chef de cabinet du sous-secrétaire d'État au Travail, à l'hygiène, à l'assistance et à la prévoyance sociales Alfred Oberkirch[6],[7], en 1930 chargé de mission au ministère des Pensions[8] puis, en 1938, membre du cabinet du ministre des Anciens combattants et pensionnés Auguste Champetier de Ribes[9].

Attiré, comme son oncle Georges Blondel et son beau-frère Charles Flory, par le catholicisme social, il participe activement aux Semaines sociales. Il y fait en particulier à Angers en 1935 un cours remarqué[10] sur Les fonctionnaires dans la Nation[11], où il conclut, comme dans l'article qu'il a publié l'année précédente dans la revue Politique, sous le même titre et sous le pseudonyme de Claude Leblond[12], à la nécessité de doter les fonctionnaires d'un statut[13],[14]. Sous le même pseudonyme il est, à partir de 1933, un éditorialiste régulier dans l'Aube et cosigne l'appel « Pour le peuple basque » publié, à la suite du bombardement de Guernica, par La Croix le [15],[16].

Lorsque, portée par l'élan du Front populaire, la CFTC en vient à craindre que son succès ne suscite des réactions politiques, il met ses compétences de maître des requêtes au Conseil d'État à son service pour surveiller ce qui, dans la législation en chantier, pourrait la mettre en danger[17]. En 1938 il collabore avec Georges Bidault pour la rédaction de la brochure Aux hommes de notre esprit[18], qui accompagne le lancement des Nouvelles Équipes Françaises, et prône en 1940 « l'armement spirituel clandestin »[19],[20], attitude qui lui vaut d'être salué par Emmanuel Mounier comme « un des rares démocrates-chrétiens qui ait le sens de l'histoire »[21]. En 1942 il remet au cardinal Suhard un rapport démontrant que le gouvernement de Vichy n'était plus libre depuis l'été 1940[22].

Bien que, sous l'autorité du CNR, Jacques Fonlupt-Espéraber eût été désigné, en 1943, préfet régional à Strasbourg, le c'est Charles Blondel que le GPRF choisit pour exercer les fonctions de commissaire régional de la République pour les départements du Haut et du Bas-Rhin[23] (dont Fonlupt et Haelling deviennent respectivement préfets)[24]. À Strasbourg (libérée le ), Blondel répond diplomatiquement aux FFI locaux qui se plaignent de la nomination de chargés de mission « venant de l'intérieur » :

« L’arrivée des fonctionnaires est la conséquence du retour de l’Alsace à la France et du rétablissement de la légalité républicaine dans les deux départements placés désormais sous la pleine et souveraine autorité du gouvernement provisoire et de son chef, le général de Gaulle, qui ajoute à cette qualité celle de chef de tous les résistants de France, parmi lesquels les FFI d’Alsace occupent une place de choix[23]. »

Toutefois, avant même la libération de Strasbourg, il a remis au gouvernement une note appelant à traiter l'Alsace avec « de grands ménagements et une sollicitude particulière », en particulier en respectant, car il n'est pas antinomique de son attachement à la France, son caractère de « pays de langue allemande »[25]. Charles Blondel ne reste cependant commissaire régional de la République que jusqu'au [26], date à laquelle il est remplacé par Émile Bollaert.

Après la guerre, en plus de ses charges officielles au Conseil d'État, au conseil supérieur de la fonction publique (de 1948 à 1963)[27], puis à l'Ordre des médecins, il continue à travailler à l'organisation de l'action sociale, présidant et animant l'Union nationale des secrétariats sociaux et jouant un rôle central dans la fondation de l'UNIOPSS[28],[29]. Il préside le Conseil supérieur des entreprises de presse, la commission qui statue sur l'emploi obligatoire des mutilés de guerre, le comité d'organisation de l'enseignement de l'École des surintendants du service social. Il est, en 1946, président de section à la Commission supérieure chargée de déterminer le salaire minimum vital[30]. Sous la IVe République il est aussi l'un des sept membres désignés par l'Assemblée nationale, à chacune de ses sessions annuelles[31], pour siéger au Comité constitutionnel[32].

Il avait épousé, en , Marie-Thérèse Bazire, fille aînée d'Henri Bazire[33].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Croix de guerre 1914-1918, étoile de vermeil Croix de guerre 1914-1918, étoile de vermeil[3],[34]
Medaille d'honneur de la mutualite Or ribbon.svg Médaille d'or de la mutualité[7]
Commandeur de la Légion d'honneur Commandeur de la Légion d'honneur [30]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Qui êtes-vous ? : annuaire des contemporains - notices biographiques, Paris, Ehret, G. Ruffy, successeur, (lire en ligne), p. 84
  2. Cf. Généalogie simplifiée de la famille Blondel dans Daniel Dubuisson, « La maison Blondel », Terroir, Société historique et touristique de la région de Fontaine-Française, no 148,‎ , p. 13-21
  3. a et b Grand mémorial, registres matricules du département des Bouches-du-Rhône, bureau de recrutement de Digne, matricule no 301
  4. « Chronique régionale : citations », La Croix de Provence, no 1203,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  5. « Infanterie : réserve », Journal officiel de la République française,‎ , p. 332 (lire en ligne)
  6. « L'hôpital français de Bruxelles », Le Temps,‎ , p. 6 (lire en ligne)
  7. a et b « Lois et décrets », Journal officiel de la République française,‎ , p. 2290 (lire en ligne)
  8. « Au ministère des Pensions », Paris-Soir,‎ (lire en ligne)
  9. « Lois et décrets », Journal officiel de la République française,‎ , p. 4610 (lire en ligne)
  10. Jean Lacroix, « XXVIIe session des Semaines sociales de France : l'organisation corporative », Esprit, no 37,‎ , p. 169 (lire en ligne)
  11. Sommaire des leçons de la XXVIIe session des Semaines sociales de France : l'organisation corporative, Lyon, Chronique sociale de France, , 122 p. (lire en ligne), p. 88
  12. Claude Leblond, « Les fonctionnaires dans la Nation », Politique,‎ , p. 7. Cet article avait été précédé de « La situation matérielle et morale des fonctionnaires », Politique,‎ , p. 961. Charles Blondel sera un collaborateur régulier de Politique, cf. encore Claude Leblond, « Fondements et objectifs d'un statut moderne du travail », Politique,‎ , p. 195.
  13. « La Semaine sociale d'Angers », L'express du Midi, no 15478,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  14. Alfred Michelin, « La Semaine sociale d'Angers », La Croix,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  15. « Pour le peuple basque », La Croix,‎ (lire en ligne)
  16. Paul Vignaux, Manuel de Irujo : ministre de la République dans la guerre d'Espagne, 1936-1939, Éditions Beauchesne, , 546 p. (présentation en ligne), p. 59
  17. Michel Launay, La C.F.T.C. : origines et développement, 1919-1940, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne), p. 343
  18. Paul Christophe, 1939-1940 : les catholiques devant la guerre, Éditions de l'atelier, , 201 p. (lire en ligne), p. 24
  19. Maurice Cordier, « La résistance spirituelle et intellectuelle », sur Les amitiés de la Résistance (consulté le 29 juin 2014)
  20. Bernard Comte, L'honneur et la conscience : catholiques français en résistance (1940-1944), Éditions de l'Atelier, , 303 p. (présentation en ligne), p. 120
  21. Jean-Dominique Durand et Bernard Comte, Cent ans de catholicisme social à Lyon et en Rhône-Alpes : la postérité de Rerum novarum, Éditions de l'atelier, , 566 p. (lire en ligne), p. 511
  22. Jacques Duquesne, Les catholiques français sous l'Occupation, Grasset (réimpr. 1986) (1re éd. 1966), 458 p. (présentation en ligne), p. 57
  23. a et b François Igersheim, « L’Alsace et la Lorraine à Londres et Alger : de la BBC à la Libération 1940-1944 », Revue d'Alsace, no 136,‎ , p. 199-273 (lire en ligne, consulté le 28 juin 2014)
  24. Eugène Riedweg, La libération de l'Alsace septembre 1944 - mars 1945, Tallandier, , 352 p. (présentation en ligne)
  25. Eugène Philipps, L'ambition culturelle de l'Alsace, Strasbourg, Salde/media, (présentation en ligne), p. 47-48
  26. Christian Baechler, « Blondel Charles Henri Marie », sur Alsace-histoire, (consulté le 21 septembre 2017)
  27. Cf. décrets successifs de nomination au CSFP des , , , et .
  28. François-Pierre Boursier, « 1947-1951 Naissance d'un réseau » [PDF], sur UNIOPSS, (consulté le 27 juin 2014)
  29. François Boursier, « La pensée, en matière de politiques sociales, des fondateurs de l'Union nationale interfédérale des œuvres privées sanitaires et sociales (UNIOPPSS) » [PDF], sur UNIOPSS, (consulté le 21 septembre 2017)
  30. a et b « Cote 19800035/1304/50570 », base Léonore, ministère français de la Culture
  31. Voir par exemple les nominations de 1947 et 1951 respectivement en « Débats parlementaires - Assemblée nationale : Séance du 11 mars 1947 », Journal officiel de la République française,‎ , p. 796 (lire en ligne [PDF]) et en « Débats parlementaires - Assemblée nationale : Séance du 13 février 1951 », Journal officiel de la République française,‎ , p. 1050 et 1110 (lire en ligne [PDF]).
  32. Embryon de conseil constitutionnel sous la IVe République, le Comité constitutionnel ne fut formellement saisi qu'une seule fois, en 1948, cf. « Le contrôle de constitutionnalité des lois », sur Sénat (consulté le 29 juin 2014) & « Débats parlementaires - Conseil de la République : Séance du mardi 22 juin 1948 », Journal officiel de la République française,‎ , p. 1563 (lire en ligne [PDF]).
  33. « Mariage », La Croix, no 12577,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  34. « Chronique régionale : citation », La Croix de Provence, no 1324,‎ , p. 1 (lire en ligne)