Charles Blanc-Gatti

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Charles Blanc-Gatti
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Charles Jules Ernest Blanc-Gatti, né à Lausanne le et mort à Riex le , est un peintre suisse, l'un des fondateurs en 1932 du musicalisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Au sortir d'une formation secondaire au collège scientifique de Lausanne, Charles Blanc étudie le dessin chez Raphaël Lugeon, s'initie en autodidacte à la peinture de paysage et étudie le violon avec William Merten, pratiquant la musique de chambre dans le cadre d'un orchestre amateur. En 1911, il s'établit à Paris, où il trouve un emploi comme dessinateur-technicien dans un bureau de construction et où il épouse l'année suivante Giustina Gatti[1].

Après la première guerre mondiale, il travaille comme dessinateur de mode à Lausanne, entre 1919-1924, mais retourne bientôt à Paris où le peintre Vladimir Baranov-Rossiné signale ses activités de musicaliste en 1922 déjà. Son compatriote, le peintre Marcel Amiguet, lui aussi longtemps établi dans la Ville-Lumière, cherche également à marier peinture et musique, donnant en 1923 déjà une conférence intitulée «La gamme musicale et son équivalent la gamme colorée»[2].

Charles Blanc-Gatti expose ses tableaux à l'Exposition des arts décoratifs de 1925, puis au Salon des indépendants en 1928 et 1929. Il publie en 1931 son premier texte sur les correspondances entre musique et peinture à l'occasion d'un concert illustré par ses tableaux. L'année suivante, il est à l'origine, avec Henry Valensi, Gustave Bourgogne et Vito Stracquadaini, de l'Association des artistes musicalistes ; il développe dès lors son art de « peintre des sons » ainsi que sa théorie des « synesthésies ». Le musée Arlaud, à Lausanne, présente son travail en 1934[3], année même où il publie son manifeste, Des sons et des couleurs, dans lequel il cherche à faire la synthèse des théories scientifiques et artistiques consacrées aux possibles correspondances entre gammes chromatique et musicale[4]. Ainsi, Blanc-Gatti invoque-t-il un modèle mathématique pour établir un rapport entre les sons et les couleurs, imaginant que les couleurs vibrent 50 octaves plus haut que les notes[5].

Blanc-Gatti s'inspire de grands musiciens, de Jean-Sébastien Bach à Igor Stravinsky, et se livre à des expériences audiovisuelles, faisant notamment breveter en 1933 son Orchestre chromophonique qui associe aux concerts des projections lumineuses à effets polychromes mouvants, synchronisés à l'exécution musicale[6]. Le concept n'est pas vraiment nouveau, puisqu'en 1814 déjà Stendhal imagine la présentation de décorations durant un concert de symphonies de Mozart et Haydn[5].

Fuyant le Front populaire, Blanc-Gatti rentre en Suisse en 1936 et s'installe à Montreux-Territet. Devenu pionnier du dessin-animé abstrait[7], l'artiste produit entre 1938 et 1940, dans le cadre de sa société Montreux-Color-Film, plusieurs dessins animés, dont Chromophony en 1938, deux ans avant le célèbre Fantasia de Walt Disney.


Établi à Verbier en 1947, puis à Riex en 1952, Blanc-Gatti reprend en fin de carrière la peinture de paysage, mais cesse de peindre dès 1953 en raison de problèmes de santé. Il poursuit cependant inlassablement, par le biais de conférences et d'articles, son engagement en faveur du musicalisme[3]. Longtemps oublié, jusqu'au récent regain d'intérêt pour le musicalisme, Blanc-Gatti a toutefois connu une réelle notoriété dans les années 1930 et 1940[6].

Archives[modifier | modifier le code]

  • Inventaire du fonds Charles Blanc-Gatti (1890- 1966) par Aglaja Kempf, Lausanne : SIK-ISEA Antenne romande, 2009, 31 f.

Publications de Charles Blanc-Gatti[modifier | modifier le code]

  • Des sons et des couleurs, Paris : Ed. d'art chromophonique, 1934 (réédité à Neuchâtel [en 1958] par V. Attinger).
  • Verbier vu par un peintre, Neuchâtel, éd. Griffon, 1951.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Junod, Counterpoints. Dialogues between Music and the Visual Arts, Londres, Reaktion Books, , 317 p. (ISBN 978-1-78023-811-1).
  • Vertige des correspondances = Vertiginous Parallels, Lausanne : École cantonale d’art de Lausanne, 2014, 186 p. Julien Fronsacq (dir.). Textes de Sarah Burkhalter, Teresa Castro, Gallien Déjean, Maxime Guitton, Jelena Martinovic (compilation de documents tirés des archives de l’artiste Charles Blanc-Gatti et collection d’essais relatifs au peintre musicaliste).
  • Philippe Junod, « Blanc-Gatti, Charles Jules Ernest », dans Sikart, Lexikon zur Kunst in der Schweiz [1].
  • Roland Cosandey, « Charles Blanc-Gatti », in 19-39, La Suisse romande entre les deux guerres, Lausanne 1986, p. 261-263.
  • Philippe Junod, La musique vue par les peintres, Lausanne, 1988.
  • Philippe Junod, Sylvie Wuhrmann (éd.), De l'archet au pinceau. Rencontres entre musique et arts visuels en Suisse romande, Lausanne, Payot, 1996.
  • Laure Carrard, Charles Blanc-Gatti : le peintre des sons, [manuscrit], Maîtrise de musicologie, Université de Paris IV, 1992, 184 f.
  • Freddy Buache, Le cinéma suisse : 1898-1998, 1998, p. 214-215, 224-225.
  • Philippe Junod, "Charles Blanc-Gatti", in "Saur Allgemeines Künstlerlexikon', XI, München-Leipzig: Saur, 1995, p. 376-377.
  • E. Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d'écrivains spécialistes français et étrangers. Nouvelle édition entièrement refondue sous la direction de Jacques Busse, Paris, 1999.
  • René Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, p. 143.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Junod, « Blanc-Gatti, Charles Jules Ernest », dans Sikart, Lexikon zur Kunst in der Schweiz id=9639023.
  2. Philippe Junod, Marcel Amiguet, peintre, mélomane et aventurier, Gollion, Infolio, , 192 p. (ISBN 978-2-88474-279-5), p. 35, 165-174
  3. a et b Roland Cosandey, « Blanc-Gatti, Charles » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  4. Charles Blanc-Gatti et le musicalisme (peinture, cinéma, radiophonie), Université de Lausanne, 22 juin 2006, p. 2
  5. a et b Junod 2017, p. 24
  6. a et b Philippe Junod, «Blanc-Gatti, Charles Jules Ernest», dans Sikart, Lexikon zur Kunst in der Schweiz id=9639023.
  7. Julien Fronsacq (commissaire d'exposition), Charles Blanc-Gatti Hypothèses d’une généalogie, 13 octobre-18 décembre 2016 (Lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]