Charles-Pierre Boullanger

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Charles-Pierre Boullanger
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Charles-Pierre Boullanger, né le à Paris et mort dans la même ville le (à 41 ans), est un ingénieur géographe français à bord du Géographe au départ de l'expédition Baudin.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Charles-Pierre Boullanger naît à Paris le [1],[2]. Il est élève de la première promotion de l'École polytechnique en 1794[3],[4],[5],[Note 1], reçu dans la promotion du 28 ventôse an III ()[6],[7]. Il y entre le 2 germinal an III (), et cesse d'en faire partie le 1er nivôse an VI () « y ayant passé le temps prescrit la loi[8] ». Il s'est présenté en effet avec succès au difficile concours d’entrée à l'École des géographes récemment créée en 1797 que fait passer le mathématicien Laplace.

Les ingénieurs des camps et armées du roi, ou ingénieurs-géographes militaires du Dépôt de la Guerre apparaissent en France à la fin du XVIIe siècle[9]. Les besoins accrus sous la Révolution avec la départementalisation et la création du cadastre font abandonner l'apprentissage sur le tas au profit d'une formation plus conforme à l'évolution du métier. Malgré la suppression du corps des ingénieurs-géographes militaires en 1791, sous la pression du Génie militaire, la Convention les rétablit provisoirement[10]. Lors de la création de l'École centrale des Travaux publics (future École polytechnique), Galon, nommé en directeur du Dépôt général de la guerre de terre et de mer et de la géographie, défend vivement l'autonomie de la formation des ingénieurs-géographes[11].

Le recrutement parmi les polytechniciens, qui est imposé par la loi du 30 vendémiaire an IV ()[12] dans les autres services publics, est ouvertement réclamé sous le Consulat, afin d'élever le niveau théorique des ingénieurs-géographes militaires[13]. Après un projet de cours révolutionnaire, le bureau du cadastre de Prony – service civil employant également des ingénieurs-géographes - s'y rallie. L'École des géographes, créée par la loi du 30 vendémiaire an IV () et l'arrêté du 10 thermidor an IV (), ouvre ses portes au printemps 1797, dans le bureau du cadastre ; associée à l’École nationale aérostatique[14], elle est dirigée par Prony[15],[Note 2].

Boullanger intègre cette nouvelle école le 5 messidor an VI (), en sort après une scolarité de deux ans le 27 thermidor an VIII ()[17], et, deux mois plus tard, le 27 vendémiaire an IX (), il part du Havre à bord du Géographe[18] que commande Baudin pour un voyage de découvertes aux terres australes. Lui et son collègue Faure[19] embarqué sur le Naturaliste sont les deux ingénieurs hydrographes de l'expédition. Prony, nommé le 29 brumaire an IV () dès l'origine[20] membre de l'Institut national et à l'époque secrétaire de l'Académie des sciences[21], n'est sans doute pas étranger à la présence de ses deux anciens élèves de l'école des géographes.

L'expédition est en effet soigneusement préparée et l’Institut, récemment créé en 1795 pour remplacer les anciennes académies supprimées par la Convention, joue un rôle déterminant en créant à cet effet une commission comprenant la fine fleur des savants de l’époque : Lacépède, Jussieu, Laplace, Cuvier, Bougainville, Fleurieu, Bernardin de Saint-Pierre, et quelques autres moins célèbres. C’est la première fois, dans l’histoire des voyages de découvertes, qu’est mis à contribution un tel nombre de sommités scientifiques, chargées de préparer les instructions qui seraient données au chef de l’expédition[22].

Boullanger conduit le petit groupe envoyé le par Baudin sur l'île Maria[23] (Tasmanie). Lorsque Baudin décide à Port Jackson[a 1] de renvoyer en France le Naturaliste et de le remplacer par le Casuarina, Faure rejoint Boullanger sur le Géographe le [19], ce qui permet à ce dernier de passer ensuite à deux reprises sur la goélette le Casuarina, d'abord du 7 au , puis du au [18], afin de cartographier avec L. de Freycinet. C’est lui que l’on peut considérer comme le principal auteur de la carte de la Tasmanie (côte orientale de l’Australie)[24],[25],[26],[27],[28] ; on trouve aussi sa signature sur bien d'autres cartes : Terre Napoléon[29],[30],[31],[32],[33],[34],[35], Terre de Witt[36],[37],[38],[39] et ville de Sydney[40].

Dans leur pratique géographique, Boullanger et Faure intégrèrent les méthodes tout récemment mises au point par l’ingénieur-géographe Beautemps-Beaupré, mais en utilisant parallèlement les méthodes de relèvement plus traditionnelles, à la boussole notamment, multipliant par là-même les mesures. À la manière de Beautemps-Beaupré, ils relèvent avec le cercle à réflexion la position et la route de l’expédition ainsi que les points remarquables des côtes. Ils font leurs mesures conjointement avec l’astronome de l’expédition, Bernier, et certains officiers, particulièrement les frères Louis et Henri de Freycinet.

Dès le retour du voyage de découvertes aux terres australes, Boullanger, qui souffre déjà d'une fort mauvaise vue[17], est le premier polytechnicien à intégrer en le dépôt des cartes et plans de la Marine[41],[42]. En 1811 on le trouve sous les ordres de Beautemps-Beaupré pour l'établissement des cartes des bouches de l'Escaut et de la Meuse[17]. Ingénieur hydrographe de 2e classe, il meurt en activité le [1],[2], sa santé étant mauvaise depuis le retour de l'expédition Baudin[17].

Cartographie[modifier | modifier le code]

Sur les cartes de l'Australie, Boullanger a laissé son nom :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Expédition Baudin
Ouvrages contemporains
  • Jean Bourgoin et Étienne Taillemite (article publié dans la revue trimestrielle XYZ de l'Association Française de Topographie), « L'expédition Baudin en Australie 1800 - 1804 », Revue XYZ, no 91,‎ (lire en ligne)
  • Dany Bréelle (Flinders University, Adélaïde, Australie) (vol. composé et éd. par Michel Jangoux), Portés par l'air du temps : les voyages du capitaine Baudin (Études sur le XVIIIe siècle), Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, , 289 p. (ISBN 978-2-8004-1486-7 et 2-8004-1486-3, OCLC 778760607, présentation en ligne, lire en ligne), chap. XXXVIII (« Les géographes de l’expédition Baudin et la reconnaissance des côtes australes »), p. 213-223.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « On les avait cherchés dans toute la France, presque toute la France d'alors, sauf quelques territoires comme la ville de Lyon jugés trop réactionnaires pour qu'on puisse avoir confiance en leurs enfants. On avait envoyé dans un pays déchiré et affamé des examinateurs choisis parmi les savants les plus reconnus pour vérifier quels candidats étaient dignes d'entrer dans une école conçue par des savants encore plus éminents. Cette institution révolutionnaire – comme tout ce qui se pensait et se faisait en cette époque ! – serait chargée de préparer les futures élites de la nation. Son premier nom : l'École centrale des travaux publics.
    Dans les villes et les campagnes, officiels et colporteurs faisaient l'article : on recherchait jeunes gens doués et remplis d'amour pour la patrie ! Des garçons, évidemment, la question de l'admission des filles ne se posait même pas. Enseignants, précepteurs de bourgeois, prêtres constitutionnels ou réfractaires, officiers responsables de leur régiment et capables d'y repérer des têtes bien faites ou bien pleines les avaient envoyées à ces jurys mobiles venus à Clermont-Ferrand comme à Bordeaux, à Mézières comme à Dun-Libre, le nouveau nom laïcisé de Dun-Église, ou Dunkerque. Et c'est ainsi que se firent, dans vingt deux centres d'examen, des sélections défiant toutes les traditions en vigueur de tri des responsables : le mérite et le savoir commençaient à remplacer les titres et la fortune[4]. »
  2. Durant sa brève existence, de 1797 à 1802, l'école des géographes bénéficie, théoriquement du moins, d'un niveau plus homogène et plus élevé que le dépôt de la guerre. Mais le problème des débouchés s'y pose avec plus d'acuité encore, malgré la loi censée assurer aux sortants une place tant au cadastre qu'au dépôt de la guerre. La fusion des deux cursus, par l'intégration du dépôt au système polytechnicien, et un véritable statut d'ingénieur-géographe semblent la seule issue. Après l'échec d'une première tentative en 1802-1803, le dépôt général de la guerre en récupère l'héritage lors de la création de l'École impériale des ingénieurs-géographes en 1809[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Fichiers de l'état civil reconstitué », sur Archives de Paris
  2. a et b Guillaume de Tournemire, « Charles Pierre BOULLANGER », sur le site de généalogie Geneanet (consulté le 29 avril 2019).
  3. « Des débuts révolutionnaires », sur Bibliothèque centrale - École polytechnique
  4. a et b « Les conscrits de l'An 4 », sur SABIX (société des amis de la bibliothèque de l'X)
  5. « Boullanger, Charles Pierre (X 1794 ; 1772-1813) », sur École polytechnique
  6. Correspondance sur l'École impériale polytechnique sur Google Livres
  7. Ambroise Fourcy, « Histoire de l'École polytechnique, promotion de 1794 (An III) (p. 392) », sur Gallica
  8. « Fiche matricule de Charles-Pierre Boullanger », sur Bibliothèque centrale - École polytechnique
  9. Patrice Bret, « Le Dépôt général de la Guerre et la formation scientifique des ingénieurs-géographes militaires en France (1789-1830) », sur HAL archives-ouvertes
  10. Ambroise Fourcy, « Histoire de l'École polytechnique (p. 11) », sur Gallica
  11. Ambroise Fourcy, « Histoire de l'École polytechnique (p. 30) », sur Gallica
  12. « L’ingénieur-savant, 1800-1830 », sur Bibnum
  13. Patrice Bret, « L'autonomisation d'une profession : de l'ingénieur surnuméraire à l'Ecole d'application des ingénieurs-géographes (1763-1809) »
  14. Ambroise Fourcy, « Histoire de l'École polytechnique (p. 135) », sur Gallica
  15. Ambroise Fourcy, « Histoire de l'École polytechnique (p. 380) », sur Gallica
  16. Jean-François Brun, « Les ingénieurs géographes : la science au service de l'Empire », sur NAPOLEON.org,
  17. a b c et d À la mer comme au ciel (p. 778) sur Google Livres
  18. a et b « Voyage de découvertes aux terres australes (Tome 5 : Navigation et géographie, 1815) p. 16/604 »
  19. a et b « Voyage de découvertes aux terres australes (Tome 5 : Navigation et géographie, 1815) p. 19/604 »
  20. « Les membres du passé dont le nom commence par P », sur Académie des Sciences
  21. « Secrétaires de la 1re classe de l’Institut (Académie des sciences) [an IV (1795) - an XI (1803)] », sur Académie des Sciences
  22. L'expédition Baudin en Australie 1800 - 1804, p. 37
  23. Dany Bréelle, « Les géographes de l'expédition Baudin et la reconnaissance des côtes australes »
  24. a et b Boullanger, Faure et H. et L. Freycinet, « Carte générale de la côte orientale de la Terre de Diemen », janvier, fevrier et mars 1802
  25. L. Freycinet, H. Freycinet, Faure et Boullanger, « Carte particulière de la côte sud-est de la Terre de Diemen »,
  26. L. Freycinet, Faure et Boullanger, « Carte d'une partie de la côte orientale de la Terre de Diemen »,
  27. Boullanger et Faure, « Plan de l'Île Maria sur la côte orientale de la Terre de Diemen », février 1802, décembre 1803
  28. L. Freycinet et Boullanger, « Carte des Îles Hunter »,
  29. Boullanger, Faure, H. Freycinet et Bernier, « Carte d'une partie de la Terre Napoléon (à la Nouvelle-Hollande) », mars, avril et décembre 1802
  30. H. Freycinet, Bernier et Boullanger, « Carte d'une partie de la Terre Napoléon (à la Nouvelle-Hollande) », mars et avril 1802
  31. L. Freycinet et Boullanger, « Carte de l'Île Decrès (à la Terre Napoléon, Nouvelle-Hollande) », avril 1802 & janvier 1803
  32. L. Freycinet, Boullanger, H. Freycinet et Bernier, « Carte d'une partie de la Terre Napoléon (à la Nouvelle-Hollande) », avril 1802 & février 1803
  33. L. Freycinet, Boullanger, H. Freycinet et Bernier, « Carte d'une partie de la Terre Napoléon (à la Nouvelle-Hollande) », avril 1802, janvier & février 1803
  34. L. Freycinet, Boullanger, H. Freycinet et Bernier, « Carte d'une partie de la Terre Napoléon (à la Nouvelle-Hollande) », mai 1802 & février 1803
  35. a et b L. Freycinet, H. Freycinet, Heirisson et Boullanger, « Carte d'une partie des Terres de Leuwin et d'Edels (a la Nouvelle Hollande) »,
  36. L. Freycinet, Boullanger et Ronsard, « Carte d'une partie de la Terre de Witt (à la Nouvelle-Hollande) », années 1801 & 1803
  37. L. Freycinet, Boullanger et Ronsard, « Carte d'une partie de la Terre de Witt (à la Nouvelle-Hollande) », années 1801 & 1803
  38. L. Freycinet, Boullanger et Ronsard, « Carte d'une partie de la Terre de Witt (à la Nouvelle-Hollande) », années 1801 & 1803
  39. L. Freycinet, Boullanger et Ronsard, « Carte d'une partie de la Terre de Witt (à la Nouvelle-Hollande) », années 1801 & 1803
  40. Lesueur et Boullanger, « Plan de la ville de Sydney : (Capitale des colonies Anglaises aux Terres Australes) », novembre, 1802
  41. À la mer comme au ciel (p. 578) sur Google Livres
  42. Olivier Chapuis, « Une filière prometteuse », sur SABIX (société des amis de la bibliothèque de l'X)
  43. a b et c « Voyage de découvertes aux terres australes (Atlas, deuxième partie, 1811) p. 18/42 »
  44. L. Freycinet, « Carte trigonométrique des Îles Hunter »,
  45. « Cap Boullanger (Île Maria) »
  46. « Voyage de découvertes aux terres australes (Atlas, deuxième partie, 1811) p. 14/42 »
  47. (en) « Cap Boullanger (24°59′48"S 113°06′54″E) », sur Google Maps
  48. « Voyage de découvertes aux terres australes (Atlas, deuxième partie, 1811) p. 34/42 »
  49. « Cap Boullanger (Île Rottnest) »
  50. (en) « Île Boullanger (30°18′55″S 115°00′13″E) », sur Google Maps

Références dans l'atlas[modifier | modifier le code]

(en) « Atlas », sur tageo.com (consulté le 26 avril 2019).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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