Charles-Michel-Ange Challe

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Charles-Michel-Ange Challe
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Prix de Rome, 1741 ; Dessinateur de la Chambre et du Cabinet du Roi, 1765

Charles Michel-Ange Challe, né à Paris le 13 février 1718 et mort le 8 janvier 1778 est un peintre, dessinateur et architecte français.

Elève de Boucher et Le Moyne, il est l’un des peintres les plus appréciés de son époque et connait un immense succès à travers l’Europe. Ses dessins d’architecture dans le style de Piranèse contribuent à le faire nommer en 1764 dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, charge pour laquelle il produira de nombreuses architectures éphémères pour les fêtes et grandes pompes funèbres royales.

Il joue un rôle essentiel dans la transition entre le style rocaille et classique et sera l’un des contributeurs essentiels à la création de l’esthétique connue sous le nom de style Louis XVI.

Les premières années (1718 – 1742)[modifier | modifier le code]

Charles Michel-Ange Challe est né à Paris d’une famille modeste de 18 mars 1718. Il étudie d’abord l’architecture auprès du moine dominicain Frère André avant de rejoindre l’atelier de François Lemoyne, alors au somment de sa gloire. Après le suicide de ce dernier en 1731, il devient l’élève de François Boucher dont il deviendra l’ami et dont la technique l’influencera durablement.

En 1738, il tente une première fois le prix de Rome et arrive second. Il sera de nouveau candidat en 1740 et 1741, année où il reçoit le grand prix pour sa Guérison de Tobit. Parmi les membres du jury on compte Nicolas de Largillière et Charles van Loo. Son frère, Simon, remporte la même année le deuxième prix de sculpture.

Les années romaines (1742 – 1749)[modifier | modifier le code]

Il arrive à Rome le 3 novembre 1742 en qualité de pensionnaire du roi à l’Académie de France à Rome. Sous la direction de Jean-Francois de Troy, il va réaliser des copies des Stanze de Raphael au Vatican afin de les envoyer aux Gobelins comme cartons pour des tapisseries. Challe réalise en particulier la copie de La Rencontre entre Léon Ier le Grand et Attila. Il profite de son séjour pour parcourir l’Italie dont il rapportera quantité de dessins d’architecture et de paysages.

En Campanie, il visite Herculanum et s’aventure jusque dans le cratère du Vésuve, alors actif, dont il rapportera un traité scientifique.

Dans le cadre de l’Académie de Rome, il joue également un rôle prépondérant dans l’élaboration de décors festifs, ou farandoles, dans le cadre du carnaval de 1748 et est amené à collaborer avec les architectes Louis-Joseph Le Lorrain, Ennemond-Alexandre Petitot et Charles-Louis Clérisseau qui vont renforcer sa manière néoclassique. Le succès de ces initiatives jouera un rôle non négligeable dans son appointement comme responsable des Menus Plaisirs quelques années plus tard.

Il reste à Rome sept ans alors que la durée normale d’un s’jour n’était pas supposée dépasser trois années.

Mais c’est surtout par ses dessins de monuments dans le style de Piranèse que cette période va marquer l’œuvre de Challe. L’influence du grand dessinateur sur l’Académie de France, voisine de l’atelier où ses œuvres étaient gravées, est connue. Tout au long de sa carrière, Challe produira un grand nombre de dessins de très grande qualité dans le goût de Piranèse et travaillera à la traduction en français de ses ouvrages théoriques.

Il conçoit des temples, des arcs de triomphe, des groupes sculptés monumentaux, des ponts pour lesquels il fait appel à nombre de motifs monumentaux : colonnes, urnes funéraires, obélisques.

Les grandes années (1749 – 1764)[modifier | modifier le code]

De retour à Paris en 1749, il va connaitre un succès important et devenir l’un des peintres les plus en vue. En 1752, il devient membre agréé de l’Académie Royale de peinture puis devient académicien deux années plus tard.  En 1758, il est nommé professeur de perspective en remplacement de Sébastien Leclerc. Sa pièce de réception à l’Académie, L'Union des Arts de Peinture et de Sculpture par le Dessin[1], va orner le plafond de la salle de séances.

Peintre prolifique, il produit de nombreuses pièces, montrant l’influence qu’ont eu sur lui François Boucher et Nicolas de Troy (Les Charmes multipliésLe Berger couronné), qui connaissent un succès considérable en France mais aussi en Prusse, dans tous les états allemands, en Angleterre et en Russie. De nombreuses cours européennes l’invitent sans succès. Les meilleurs de ses œuvres sont gravées (Jupiter et Léda, gravé en 1761 par Jean-Baptiste Tillard.)

Il expose au salon de 1753 et continuera à participer les années suivantes, aux côtés de Jean Siméon Chardin, Etienne Jeaurat, Jean-Marc Nattier, Jean Restout, Louis Tocqué, Louis-Michel et Charles van Loo. Il présente des scènes religieuses (Saint Sébastien, Jugement Dernier, Ascension), d’histoire (Lucrèce et Brutus, Mort de Cléopâtre) ainsi que des portraits (Mignot, sculpteur du roi.)

Mais ses travaux pour le salon vont lui valoir en 1763 de violentes critiques de Diderot après des éloges sur son Socrate sur le point de boire la ciguë en 1761 :

« Il a l’air d’être peint il y a cent ans ; mais il est bien plus vieux encore pour la manière que pour la couleur. On dirait que c’est une copie d’après quelque bas-relief antique. Il y règne une simplicité, une tranquillité, surtout dans la figure principale, qui n’est guère de notre temps. » [2]

Sa Venus endormie est très appréciée en particulier à la cour :

« C'est au sujet de ce tableau que Louis XV ayant demandé à une dame de sa cour, célèbre par son goût pour les arts, ce qu'elle pensait du Salon, elle répondit qu'elle ne se souvenait que de la Vénus de Challe. »[3]

En 1765, il présente une toile monumentale : Hector entrant dans le palais de Pâris qui lui vaudra d’unanimes critiques négatives et le dissuadera d’exposer les années suivantes.

Il continue néanmoins à être très fortement sollicité et devient un des peintres les plus chers de son temps. Il décore de nombreuses églises (Oratoire du Louvre, Couvent des Feuillants, Saint-Hippolyte et Saint-Roch à Paris) et hôtels particuliers (hôtels du Palatin de Lituanie, de Soyecourt, de Malte, du duc de Praslin, du duc d’Aiguillon.)

Dessinateur de la chambre et du cabinet du Roi (1764 – 1778)[modifier | modifier le code]

A la mort du sculpteur et ornemaniste René Michel Slodz en 1764, il est nommé, par lettre patent du 23 février 1765, dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, poste qu’il obtient grâce au soutien du duc d’Aumont face à d’autres brillants candidats (de Wailly, Bocquet, Géraud.) Cette charge est alors importante à la cour :

« Machiniste, compositeur d’habits de théâtre et de costumes de ballets, organisateur de pompes funèbres, artificier, peintre de décors, en un mot, homme du goût courant et de l’élégance facile, tel était le dessinateur du cabinet de Sa Majesté. »[4]

Il va s’illustrer en particulier dans les premières années par les architectures éphémères qu’il crée pour les grandes pompes funèbres à un moment où le goût est en transition vers le néoclassicisme « à la grecque. » Ainsi il conçoit les monuments de l’infant Philippe de Bourbon, duc de Parme puis de Louis, dauphin de France, Stanislas Leszczynski, roi de Pologne, Elisabeth Farnèse, reine d’Espagne, la dauphine Marie Josèphe de Saxe, la reine de France, Charles-Emmanuel III de Savoie puis enfin du roi Louis XV lui-même. L’étiquette du moment veut en effet que les grandes pompes funèbres « corroborent l’élaboration d’une rhétorique s’attachant à composer une sorte d’éloge funèbre figuré obéissant en outre à une “géographie“ précise », celle de l'espace cérémoniel [5]. Elles constituent un pendant figuré, monumental et décoratif, à l’oraison funèbre. Le dessinateur du roi crée aussi les décors pour les autres cérémonies royales : entrées, mariages, lits de justice, fêtes et divertissements. En 1770, il crée le décor éphémère du mariage du dauphin, futur Louis XVI et de Marie-Antoinette à Versailles et à l’Orangerie avec l’assistance de Moreau le Jeune qui lui succédera :

« On se souviendra longtemps de ce palais du Soleil, élevé à une des extrémités du canal, dont les eaux réfléchissaient des torrents de lumière; de ces bosquets et de ces parterres de feu, des bassins où les deux éléments semblaient se confondre, de la variété des amusements et des spectacles distribués dans tout le parc pour partager la foule. »[6]

Il est le premier à faire graver ses dessins, ce qui nous permet de redécouvrir aujourd’hui cette partie moins connue de l’art français du XVIIe siècle, toutes les réalisations des Menus Plaisirs ayant été démantelées aussitôt l’occasion passée.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

En novembre 1770, Challe vieillissant est nommé chevalier de l’ordre de Saint Michel et anobli. Il est comblé d’honneurs et reçu à l’académie des sciences et des beaux-arts de Lyon.

Il a épousé en 1762 Madeline-Sophie Nattier, la plus jeunes des filles de Jean-Marc Nattier dont il n’a eu aucun enfant.

Dans les dernières années de sa vie, il travaille à un projet d’agrandissement de la ville de Marseille qui est d’abord approuvé par Turgot, ministre de la Marine avant d’être abandonné. Sa santé déclinante ne lui permet pas de participer activement au décor du sacre de Louis XVI à Reims en juin 1775, qui sera réalisé par son assistant Moreau le Jeune. Il décède le 8 janvier 1778 des suites d’une violente fièvre, à l’âge de 59 ans.

Au-delà de son œuvre peint et gravé, il laisse de nombreux ouvrages, pièces en vers, œuvres dramatiques, récits de voyage et traductions de Piranèse, sans oublier son essai scientifique sur le Vésuve mais aucune ne sera publié sous son nom et il est difficile de tracer ses noms d’emprunt.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

Gravures d'après Challe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Conservé au château de Fontainebleau, après avoir orné le plafond de la salle des séances de l'Académie royale au palais du Louvre.[1]
  2. Denis Diderot, Salons in Œuvres complètes, t. X, XI et XII, Garnier, 1875-77 (lire en ligne)
  3. Paul Lacroix, « Challe, peintre », Revue Universelle des Arts,‎ , p. 406
  4. Henry de Chennevières, « Michel-Ange Challe, Dessinateur du Cabinet du Roi, documents tirés d'un journal inédit », Gazette des Beaux Arts,‎
  5. Romain Condamine, « Entre héritage fonctionnel et renouveau décoratif. Les pompes funèbres de Michel-Ange Challe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », Europa Moderna, revue d'Histoire et d'Iconologie, no 4,‎ , p. 58-85 (lire en ligne)
  6. Paul Lacroix, « Challe, peintre », Revue Universelle des Arts,‎ , p. 402
  7. Ancien dessus-de-porte chantourné, don en 2013 de Christian et Nathalie Volle par l'intermédiaire de la Société des Amis du Louvre.
  8. Ancien dessus-de-porte chantourné, don en 2013 de Marie-Catherine Sahut par l'intermédiaire de la Société des amis du Louvre.
  9. (en) Marc-H. Jordan, The Dictionary of Art, Oxford University Press (ISBN 0195170687), Tome 6, page 401
  10. St-Bruno biographies artistes
  11. (nl) « Leda en Jupiter in de gedaante van een zwaan (also known as Jupiter et Leda) »
  12. sites.univ-provence.fr
  13. Gravé par Jean-Baptiste-Michel

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit
  • Richard P. Wunder, « Charles Michel Ange Challe, A Study of his Life and Work », in Apollo, janvier 1968
  • Marie-Catherine Sahut, « Deux tableaux de Charles-Michel-Ange Challe destinés aux salles du mobilier du XVIIe siècle », in Bulletin de la Société des Amis du Louvre, décembre 2013.
  • Romain Condamine, "Entre héritage fonctionnel et renouveau décoratif, les pompes funèbres de Michel-Ange Challe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle", Europa Moderna. Revue d'histoire et d'iconologie, 2014, n°4, pp. 58-85 [4]
  • Allgemeines Künstlerlexikon, K.G. Saur (ISBN 3598227450), München / Leipzig, K.G. Saur Verlag, 1992.
  • Journal de Paris, numéro 154, 3 juin 1778.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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