Charles-François Richard

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Charles-François Richard
Description de cette image, également commentée ci-après
Agrandissement d’une partie d’une héliogravure de Félix Thiollier d’après un buste de Pierre Aubert.
Alias
Richard-Chambovet
Naissance
Bourg-Argental (France)
Décès (à 78 ans).
Saint-Chamond (France)
Nationalité Française
Pays de résidence France
Profession
Autres activités
Maire d’Izieux
Distinctions
Ascendants
Famille
Signature de Charles-François Richard

Charles-François Richard, également connu sous le nom de Richard-Chambovet, né le à Bourg-Argental (Forez) et mort le à Saint-Chamond (Loire) est un industriel de la soie français.

Après une brève parenthèse militaire — due à la tourmente révolutionnaire —, ses débuts de moulinier sont modestes. Puis il s’établit comme passementier orienté vers la fabrication de padous si nécessaires aux culottes ou aux catogans. Mais après une première faillite due à un marasme économique général, la mode les délaissent définitivement et met fin à l’activité. À la recherche d’une autre orientation, il se rend au tout nouveau Conservatoire des arts et métiers où il rencontre Joseph de Montgolfier. Il y trouve un métier à tisser rudimentaire. Alors, cet homme particulièrement entreprenant ne cesse jamais de l’améliorer

Ainsi, ce pionnier ouvre la voie de la fabrication industrielle des lacets. Il innove en développant des métiers à tresses auxquels il adjoint secondairement une machine à vapeur comme force motrice. Plus tard, il reste précurseur et installe un calorifère comme chauffage central qui permet un travail plus soigné puis l’éclairage au gaz dans ses ateliers dont l'activité est accrue.

L'importance des lacets est à cette époque primordiale. Ce sont des éléments de mercerie très répandus et ils servent d'attaches diverses. Dans le courant de la révolution industrielle naissante, il est à l'origine d'une industrie qui domine l'Europe et est reconnue en Amérique. Saint-Chamond devient incontournable dans ce domaine. Il en est le représentant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Baptisé le [1], jour de sa naissance, il est le second d'une fratrie de six. Il a pour parents Jean-Louis Richard, greffier puis futur député aux États généraux de 1789, et Marie Chevalier. Versé dans l'industrie de la soie, le foyer tire une partie de revenus de la culture de mûriers[2].

À vingt et un ans, avec les gardes nationales de Saint-Étienne et de Montbrison, il gagne Lyon pour l'aider dans son soulèvement contre la Convention nationale. Le , son détachement en poste pour protéger l'arrivée d'un convoi de grains en provenance du Forez affronte avec succès une formation assiégeante. Mais, abandonné des siens, il devient une « sentinelle oubliée […] Richard tenta inutilement de rentrer dans Lyon, il se procura des vêtements de paysan et revint à Bourg-Argental[3] […] ». Proscrit, il s'engage à Tournon dans le 4e bataillon des volontaires de l'Ardèche[4]. Cette unité constituée le 20 septembre 1793 à Bourg-Saint-Andéol est commandée par Louis-Gabriel Suchet issu d'une famille de négociants soyeux[5]. On y trouve également son père Jean-Louis Richard. Cet engagement est parfois physiquement éprouvant comme l'indique son fils Ennemond : « Mon père avait été soldat à l'armée d'Italie ; pendant huit mois, il avait été privé de son sac militaire et avait couché avec la neige, dans les haies entrouvertes et recouvertes ensuite de son manteau[6] ». Mais la constitution de cet homme s'avère robuste et plus tard les épreuves de santé connues se limitent à des calculs urinaires qui nécessitent l'intervention d'un chirurgien parisien[7]. Il atteint, en 1794, le grade de lieutenant. Puis, libéré de toute obligation le 28 avril 1796 par « le conseil d'administration de la 69e demi-brigade d'infanterie de ligne[8] », il quitte l'armée d'Italie comme officier surnuméraire[9].

Le 9 septembre 1798, il épouse, à Saint-Chamond, une parente par alliance, Marie Chambovet[8], dont il a quatre enfants[N 1].

En 1817, exerçant dans le domaine de la soie, il apparaît par ailleurs comme un industriel établi. La Chambre consultative des arts et manufactures de Saint-Étienne, qui comprend six membres, l'élit au titre de moulinier[11],[N 2]. En 1820, la Société d'agriculture, arts et commerce de l'arrondissement de Saint-Étienne est recréée. Son premier Bulletin, de 1823, indique qu'il en est membre[12]. En 1824, cette Société publie une partie de la notice princeps où il décrit ses débuts. Le commentaire est élogieux alors que Saint-Chamond sous son impulsion devient la capitale des lacets[13]. En 1833 il figure toujours au Tableau comme membre titulaire[14].

Les mandats électoraux s'ajoutent à son activité de manufacturier. Il appartient au conseil municipal de Saint-Chamond en 1808. Ce conseil municipal est favorable à la Restauration. Il a pour vision une paix sociale qui repose sur un équilibre entre la monarchie divine, l'église et la prospérité commerciale[15],[N 3]. En 1830, il est maire d'Izieux[16].

Des distinctions honorent son œuvre. En 1814, il reçoit la décoration du Lys[16],[N 4]. Le il est fait chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur[18],[N 5]. En 1839, les industriels français décernent à son entreprise, à l'occasion de l'exposition annuelle de Paris, une médaille d'argent. Celle-ci récompense non pas simplement les produits exposés mais l'ensemble de l'œuvre accomplie. Il est ainsi conclu : « Il y a vingt-cinq à trente ans, Saint-Chamond livrait au commerce pour trente mille francs de lacets, maintenant il lui en livre pour plus de deux millions[19]. »

En 1839, Richard-Chambovet abandonne son entreprise à ses trois fils, qui adoptent pour raison sociale « Richard Frères » [20]. Enfin, son décès est déclaré le par son fils aîné qui projette de l'inhumer à Lyon[21]. L'aîné se retire au château de Montchat avant le décès de son père, puis, le , le dernier se retire au château du Montellier dans l'Ain. Ainsi, à terme, seul le second, Ennemond Richard, reprend l'affaire[22].

En 1889, cet industriel est honoré à Saint-Chamond par une voie dénommée « rue Richard-Chambovet »[23],[24]. En 1890, lorsque la municipalité de Saint-Étienne cède la totalité du Palais de la bourse à la Chambre de commerce, celle-ci entreprend notamment des travaux de décoration. Des bustes, parmi lesquels figure celui de Richard-Chambovet, sont cédés par les familles[25]. Félix Thiollier tire des héliogravures de ces bustes[N 6]. Ultérieurement, son frère fait à ce propos un exposé à la dite Chambre. Cet exposé, imprimé en 1894, consacre un chapitre à Richard-Chambovet[26].

Industriel de la soie[modifier | modifier le code]

Moulinier[modifier | modifier le code]

En 1790 et 1791, il est apprenti moulinier[N 7], puis en 1792 et 1793, il est employé chez un fabricant de rubans à Saint-Étienne. Les évènements politiques l’emmènent pendant trois ans sur une voie militaire. À son retour, il trouve une place de moulinier, à Saint-Chamond, chez un dénommé Coron[4],[28].

Passementier[modifier | modifier le code]

Costume en soie et velours sur un manequin.
Costume en soie et velours avec passementerie et padous. Vers 1800.

En , il s’installe comme fabricant de passementerie et plus précisément de padous[N 8]. Ces padous bordent les vêtements : jupes, jupons, robes, soutanes, etc. Ils sont aussi utilisés pour attacher les cheveux des hommes en catogan et les chaussures. Pour obtenir une production optima, Richard, comme d'autres, achète un certain nombre de métiers à la zurichoise susceptibles d'en tisser douze à vingt-quatre à la fois selon la largeur voulue, qu'il installe à Saint-Chamond. Puis, il fabrique aussi des soies à coudre[N 9]. En 1799, les premiers revers de l’armée d’Italie font perdre à un État déjà exsangue les quelques conquêtes territoriales qui le soutiennent difficilement. Dans ce marasme économique, Richard-Chambovet fait une première faillite.

Mais il reprend ses activités alors que le coup d'État du 18 Brumaire permet une reprise économique. C’est alors qu’il est confronté d’une part à l’industrie lyonnaise, qui par protectionnisme défend aux teinturiers et aux chevilleurs[N 10] de travailler pour les fabricants de soie à coudre de Saint-Chamond, et d’autre part à la mode, qui adopte définitivement les cheveux courts et abandonne la culotte au profit du pantalon rendant inutile les padous. En 1804, une seconde faillite est inéluctable[28],[31].

Fabricant de lacets[modifier | modifier le code]

Conservatoire des arts et métiers[modifier | modifier le code]

Dans ce contexte, Richard-Chambovet semble pris de découragement. « Sa famille possède des lettres écrites par lui à cette époque, dans lesquelles il déclare que s'il n'était marié il reprendrait immédiatement du service pour chercher la gloire ou la mort[28]. »

Il se rappelle un article paru dans le Journal des débats qui décrit l’industrie des lacets du duché de Berg. Il y est écrit qu'« on fabriquait des lacets au moyen de certains métiers qu’une seule personne faisait mouvoir et que, chaque jour, chacun d’eux produisait une centaine d’aunes de lacets[32] »[N 11]. Il cherche alors s’il existe un moyen d’augmenter la production des ganses de fleurets[N 12] des métiers à tisser basses lices[N 13] de Saint-Martin-en-Coailleux. L’idée est de faire avec ces métiers des lacets plats, comme ceux que l’on importe d’Allemagne. Mais il y renonce et songe à se rendre en Allemagne.

Depuis , le Conservatoire des arts et métiers ouvre ses portes au public[N 14]. Il est possible de se faire expliquer par des démonstrateurs le fonctionnement des nombreuses machines qui y sont exposées. En , Richard-Chambovet se rend à Paris et demande à Joseph de Montgolfier, natif de Vidalon-lès-Annonay — environ 10 km de son lieu de naissance — et démonstrateur[N 15], s’il existe des métiers à lacets déposés au Conservatoire. Celui-ci le fait conduire par son fils dans une salle. Parmi ceux-ci, il relève un modèle en bois à treize fuseaux dont une des caractéristiques est l'arrêt dès qu'un fil casse[38]. Il s’agit très vraisemblablement du métier de Perrault[N 16]. À son interrogation, Joseph de Montgolfier indique que, pour Paris, il en a été construits trois exemplaires en planches de sapin pour occuper les enfants d’un organisme de charité. N'ayant jamais permis de dégager de bénéfice, ils ont été cédés à un revendeur à qui il faut s’adresser pour en faire l’acquisition. Richard-Chambovet retrouve ce brocanteur, lui achète ses trois exemplaires trois-cent-quatre-vingt-dix francs (dix francs le fuseau) et fait l’acquisition d’un manège à bras. Le transport à Saint-Chamond et l’installation lui coûte deux-cents francs. Plus tard, il rappelle que le début de la Fabrique de lacets à Saint-Chamond lui est revenu à six-cents francs.

Amélioration du métier de Perrault[modifier | modifier le code]

Photo en couleur d'un métier à tisser les lacets.
Fabrication d’un lacet par un métier de type Perrault. 2002.

Richard-Chambovet étudie et améliore le mécanisme de ce bien installé dans le moulinage de Terrasson (actuelle rue de Baie à Saint-Chamond).

Il commande la fabrication d’autres métiers. Un constructeur de Paris, James Collier, dont les prix sont trop élevés, est écarté au profit de Perrault et ultérieurement de l’un de ses fils, qui, ruiné, est devenu marchand ambulant de chandeliers en cuivre[40]. Cette famille est également fabricante de lacets installée à Lisieux, avant lui, indique Richard-Chambovet[N 17], mais l’affaire fermera. Ces commandes sont donc probablement honorées par l'inventeur du modèle de base.

À Saint-Chamond, « il éprouva d’abord de grandes difficultés dans la vente de ses produits[42] » : en 1808, sept autres métiers sont adjoints, puis dix en 1809. Il acquiert la Fabrique Granjon (place Saint-Jean à Saint-Chamond) pour y mettre trente-neuf nouveaux métiers en 1810, puis vingt-cinq autres en 1811 et soixante-dix supplémentaires en 1813. Ces métiers lui coûtent en tout vingt et un mille francs.

Ceci va créer des émules et, en 1813, s’élève la première maison concurrente celle de M. Hervier-Charrin et Cie, puis M. Motiron, employé de Richard-Chambovet, monte une seconde Fabrique et M. Tamet, teneur de livres chez M. Hervier, en monte une troisième. Selon un inventaire de Philippe Hedde, en 1812, il y a cent-dix métiers à Saint-Chamond dont quatre-vingt-deux appartiennent au seul Richard-Chambovet[43].

Machine à vapeur[modifier | modifier le code]

En 1813, pour se développer, Richard-Chambovet acquiert à la Villette, moyennant vingt-mille francs, les jardins de l’ancienne teinturerie Dutreyve qui comprennent une chute d’eau. Il y installe soixante-dix nouveaux métiers mais le débit inconstant de l’eau limite son expansion.

Pour remédier aux périodes de gelées comme de sécheresse, Richard-Chambovet fait construire à Lyon par M. Crépu la première machine à vapeur du département de la Loire qui ne soit pas destinée à une mine[N 18]. « Elle est la première établie en France sans condenseur[45] ». Cette machine à vapeur à haute pression, dont la chaudière est choisie en tôle plutôt qu'en fonte par son commanditaire[46], développe douze chevaux[N 19]. Richard-Chambovet en donne ainsi toute la justification : « Cet agent moteur est plus dispendieux, il est vrai, qu’une chute d’eau ; mais l’excédent de dépense est bien compensé par la régularité du mouvement, qui n’est pas interrompue par les variations des saisons[46]. » Selon une de ses notes manuscrites c’est en 1816 que la machine est mise en mouvement, sachant que l’autorisation préfectorale de l’établir est obtenue le 3 mars 1817[48]. Cette machine permet d’animer « deux-cent-quarante métiers à lacets, offrant une résistance de mille-deux-cents kilogrammes, parcourant soixante mètres à la minute[32]. »

Corset vu de dos.
Corset à la Nina[N 20] et son laçage dans le dos. 1810.

Richard-Chambovet dépense ainsi cent-cinquante-mille francs à la Villette pour l’installation de trois-cents métiers dans cette fabrique.

Puis, en 1819, il achète les moulins d’Izieux à Perrault. Celui-ci, fabricant de métiers pour Richard-Chambovet, en a fait préalablement l’acquisition avant de les lui revendre. Ces moulins, qui bénéficient de toutes les eaux du Gier et de dix mètres de chute, permettent l’installation d’une grande fabrique. Il dépense trois-cent-mille francs pour cette installation. En 1828, une seconde machine à vapeur de seize chevaux, construite par M. Imbert mécanicien à Rive-de-Gier, y est installée[47].

Le constat est là : « Tous les métiers se fabriquent dans ses ateliers ; la matière première subit toutes les préparations sans sortir de son établissement. Le coton y est filé, mouliné, blanchi, teint, mis en lacets, calandré[N 21], et plié. Il en est de même des soies et des fleurets[51]. »

Ceci ouvre la voie d'abord à quatre concurrents, ensuite en 1822 un de ses employés s’installe à son compte puis, en 1824, huit entrepreneurs s'établissent. Une statistique de 1830, qui comprend les villes de Saint-Étienne et Saint-Chamond, établit qu’il existe deux-mille-deux-cents métiers dont huit-cents appartiennent à Richard-Chambovet. Lui seul emploie trois-cents ouvriers. Parmi quelques caractéristiques, on note que les métiers sont indépendants les uns des autres pouvant s’arrêter individuellement si un fil vient à céder et que la production peut augmenter d’un tiers en travaillant de nuit. La valeur totale des matières premières consommées annuellement est de un million cent-mille francs et celle-ci double une fois toutes les étapes de la fabrication franchies.

À l'époque, cette expansion de la fabrication du lacet tient au fait que : « C'est un objet de mercerie d'une assez grande consommation. Les femmes font usage de lacets de soie pour serrer leurs corsets, ou autres pièces de leurs vêtements. Les lacets de fils de lin, de chanvre, de coton, sont employés au même usage, mais on s'en sert également, en place de ficelle, pour des ligatures[52] ».

En 1830 Philippe Hedde constate que : « La concurrence qui s’est élevée entre les diverses fabriques de Saint-Étienne et de Saint-Chamond a réduit la vente des lacets au plus mince bénéfice, mais il en est résulté un grand avantage pour l'exportation au préjudice des fabriques d'Allemagne qui ne peuvent plus rivaliser pour les prix. Saint-Chamond et Saint-Étienne fournissent Amsterdam, Bruxelles, Leipzig, Anvers, Milan, quelques cantons en Suisse et les deux Amériques ». Il poursuit après avoir détaillé les performances de l’établissement de Richard-Chambovet : « Aucune concurrence étrangère n'est à craindre aujourd'hui pour une manufacture qui a su porter l'ordre et l'économie dans la main-d'œuvre à un tel degré de perfection[53]. »

Calorifère[modifier | modifier le code]

Les réalisations résultent ensuite de l’action conjointe de Richard-Chambovet et son fils Ennemond Richard.

En 1830, ils perfectionnent des machines de moulinage en fonte acquises en Angleterre[20]. Le rendement est encore accru : les fuseaux passent de mille tours par minute à trois-mille tours par minute tout en suscitant une force motrice moindre[54].

En 1831, sont rapportées les caractéristiques de calorifères, novateurs, installés dans les établissements d’Izieux[55]. Un « calorifère à six ruches », alimenté par de la houille, remplace très économiquement six poêles. La chaleur devenue homogène évite que l’huile des métiers éloignés des poêles se fige. La suppression des courants d’air met un terme aux mauvaises odeurs des poêles, des huiles et des cordes en boyau utilisées pour animer le mouvement des métiers. Les fumées qui altèrent la couleur des soies disparaissent. Les mains des ouvrières, qui n’entretiennent plus les poêles, ne sont plus noircies ou gercées par les lavages ; elles peuvent manipuler les tissus de soie sans perte. La température générale est de dix degrés Réaumur mais elle est modulée dans de chaque atelier pour conserver au mieux la soie. Le rapporteur indique que ce calorifère peut également être proposé à toute construction en cours : hôpital, logement collectif, individuel, etc. Il est simple d'en diminuer la taille comme dans l'établissement d'Izieux où existe aussi un calorifère à deux foyers.

Éclairage au gaz[modifier | modifier le code]

En 1833, l’éclairage au gaz est installé dans l’usine d’Izieux bien avant que Saint-Étienne et Lyon en soient dotées. Ainsi, « deux-cent-seize becs fonctionnent en 1836 et permettent aux ouvrières de travailler jour et nuit avec remplacement à midi et minuit[20] ».

En 1833, avec les métiers déjà connus, la fabrique produit pour la première fois dans l’arrondissement de Saint-Étienne, des « lacets élastiques ronds » dont chaque fil de caoutchouc est recouvert de soie ou de fil, puis elle produit des « lacets élastiques plats » de largeur variable[56].

En 1833, l’entreprise est toujours aussi active ainsi qu’en témoigne le dépôt de deux brevets l'un « pour le perfectionnement apporté aux métiers à lacets et son application à la fabrication des cannetilles[57],[N 22] » et l'autre pour « des perfectionnement aux métiers à lacets[59] ».

En 1835, le prix d‘un kilogramme de lacets en coton n’est plus que de huit francs et cinquante centimes soit trois fois moins que dix ans auparavant[60].

Cette industrialisation permet de lire : « L’industrie du lacet ne se développa que sous l’Empire, à Saint-Chamond, qui devait en acquérir presque le monopole[39] ». Son rayonnement est cité en exemple : « Les manufacturiers stéphanois établissent des réseaux très vastes qui dépassent largement le cadre national pour aller vers des horizons continentaux voire dans certains cas mondiaux[61] ».

Vers l'industrie du lacet[modifier | modifier le code]

Richard-Chambovet évolue au début de la révolution industrielle. Son parcours témoigne de la primauté de l’Europe. Ainsi que l’indique Jean-Charles Asselain « la Chine des Song (960-1279) est indéniablement plus riche que l'Europe de son temps. […] Jamais pourtant il n'en résulte un processus cumulatif comparable à celui de la révolution industrielle, et l'élan était déjà largement retombé lorsque la Chine, au XVe siècle, se ferme aux relations avec le monde extérieur[62]. »

Production artisanale[modifier | modifier le code]

Au cours de fouilles archéologiques menées dans la grotte de Fontanet en Ariège, il est retrouvé dans une calcite meuble, à côté d'empreintes humaines avec des traces d'orteils, une marque qui en est dépourvue comme si le sujet porte une sorte de semelle. L'ensemble remonte à 12 000 ans c'est-à-dire à l'époque magdalénienne. Il n'existe aucune documentation quant au mode de fixation mais une attache va certainement de pair avec la protection[63]. La première observation de lacet résulte de l'examen de la chaussure de la grotte d'Areni-1 située en Arménie. Ce lacet vieux de 5 500 ans est donc trouvé au Proche-Orient ancien et apparaît comme une lanière probablement réalisée avec la peau d'un animal[64]. Les archéologues stipulent alors « [qu']il existe d'énormes similitudes entre la technique et le style de fabrication des chaussures en cuir monobloc à travers l'Europe et celle rapportée ici de la grotte Areni-1, ce qui suggère que des chaussures de ce type ont été portées pendant des millénaires dans une vaste région géographique diversifiée sur le plan environnemental[N 23] ». Ils émettent aussi l'hypothèse que des modèles identiques soient antérieurs. Ainsi il est présumé d'une fabrication très répandue tant dans le temps que géographiquement[64]. Ce laçage est présent, comme le décrit et le dessine Lucas, dans les années 1950 sur les pampooties, chaussures portées par habitants des îles d'Aran (archipel de l'Irlande)[65].

Production régionale[modifier | modifier le code]

Métier à lacets chinois reproduit par Isidore Hedde.

Ultérieurement, après tressage, le fil ou la soie deviennent les éléments essentiels de la composition des lacets. Le premier fragment d'étoffe en soie, datant de , est trouvé en Chine[66]. Ce savoir-faire des Chinois est importé par les Phéniciens et les Arabes dans l'Asie-Mineure, en Barbarie, en Espagne, en Italie, etc. Ainsi Isidore Hedde se déplace dans l'« Empire céleste » de 1843 à 1846 puis affirme que « les Chinois fabriquaient des lacets, cordonnets, galons, gances, padoux, etc. bien longtemps avant les Européens[67]. »

En France le Livre des métiers d'Étienne Boileau, datant du règne de Saint Louis en 1268, donne la première mention d’un métier organisé autour de la fabrication de lacets. Il s'agit de la corporation des « Laceurs de fil et de soie »[68]. À cette date « comme la matière était très coûteuse il y avait des parfileuses qui retiraient le fil des vieilles étoffes et le filait à nouveau[69]. » La France est l'une des dernières nations à profiter des connaissances chinoises[70], et cette industrie ne se développe qu'à partir de Louis XI au XVe siècle[71]. Ainsi en 1540, Clément Marot décrit dans son Dialogue nouveau fort joyeux la toilette d'une Parisienne « Elle vous avoit un corset / D'un fin bleu, lacé d'un lasset / Jaulne qu'elle avoit faict exprès[72] ». Plus tard Jacques Savary des Brûlons, dans son Dictionnaire universel de commerce du milieu du XVIIIe siècle, précise que le lacet « se fabrique sur un boisseau[N 24] avec des fuseaux par les maîtres passementiers-boutonniers, ou sur le métier avec la navette par les tissutiers-rubaniers[74]. » Ces moyens induisent un résultat limité.

Production industrielle[modifier | modifier le code]

Cliché noir et blanc. Machine dans un cadre de bois haut.
Métier à lacets de Perrault au Musée des Arts et métiers.

L'origine européenne du métier à tresses revient probablement à un brevet de Thomas Walford en 1748 aux indications cependant incomplètes[75]. En 1750 un métier à lacets est développé en Allemagne à Barmen dans la vallée de la Wupper par Bockmühl. Après perfectionnements la navette s'arrête lorsqu'un fil casse et il est mû par la force hydraulique[76],[77]. Toutefois le rendement de ces machines est insuffisant du fait de leur conception [78]. En France en 1783, après avoir observé un modèle d'Elberfeld toujours du duché de Berg, un dénommé Perrault dépose au bureau de Jean-François de Tolozan une réalisation pour laquelle il obtient un privilège[79]. Il s'agit très probablement du métier qui attire l'attention de Charles-François Richard. D'une part, les caractéristiques du métier observé au Conservatoire des arts et métiers et ceux construits par Perrault père (puis fils) font du constructeur également l'inventeur. D'autre part, l'analogie des prix avec ceux qui sont demandés plus tard à Richard-Chambovet pour la construction de métiers en font un seul personnage. Cependant, la famille Richard ne précise jamais ce lien. Une inimitié connue s'était développée entre les protagonistes[80]. En 1942, ce métier est toujours référencé dans la dernière série de catalogues du Conservatoire, ce qui témoigne de son importance[81]. Ainsi Charles-François Richard « créa une industrie inconnue jusqu'alors en important le métier à fuseaux actionnés mécaniquement et en augmentant progressivement son outillage et sa fabrication[82]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • P., « Fabrique de lacets », Bulletin d’industrie agricole et manufacturière, Saint-Étienne, Société d’agriculture, arts et commerce de l’arrondissement de Saint-Étienne (Loire), vol. 2,‎ , p. 27-29 (ISSN 1256-3129, lire en ligne [in-8°]). 
  • Jean-Antoine de la Tour-Varan et Ennemond Richard, « Fabrication des lacets », Bulletin. Notice statistique industrielle sur la ville de Saint-Étienne et son arrondissement, Saint-Étienne, Société industrielle et agricole de Saint-Étienne, 3e série, vol. XXI, t. II « 2e partie »,‎ , p. 73-75 (ISSN 1256-3129, lire en ligne [in-8°]). 

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • Philippe Hedde, « Fabrication des lacets », Indicateur du commerce, des arts et des manufactures de Saint-Étienne, Saint-Chamond et Rive-de-Gier, précédé d'un aperçu sur l'industrie de l'arrondissement de Saint-Étienne, Saint-Étienne, Brun,‎ , p. 56-57 (lire en ligne [in-8°]). 
  • Lucien Auguste Thiollier, Notices industrielles : La chambre de commerce de Saint-Étienne, bustes et portraits. Vingt-trois héliogravures de Félix Thiollier, faites d'après les originaux des peintures et sculptures appartenant à la chambre de commerce, œuvres de Hippolyte Flandrin, Albert Maignan, Guillaume Montagny, etc., Saint-Étienne, Théolier et Cie, , XIII-125 p., in-4 (notice BnF no FRBNF31458253), « Ch.-Fr. Richard-Chambovet », p. 18-23. 
  • Louis-Joseph Gras, Histoire de la rubanerie et des industries de la soie à Saint-Étienne et dans la région stéphanoise : suivie d'un historique de la fabrique de lacets de Saint-Chamond ; étude sur le régime économique et la situation générale depuis les origines jusqu'à nos jours, Saint-Étienne, Société de l’imprimerie Théolier, , VIII-886 p., 25 cm (OCLC 3640516, lire en ligne). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

[vidéo] Vidéos du Parc du Pilat : Maison des tresses et lacets. La Terrasse-sur-Dorlay, de Parc naturel régional du Pilat, Vimeo, 2013, min 15 s [voir en ligne] : Tissage de lacets par des métiers de Perrault améliorés par Charles-François Richard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ses quatre enfants, nés à Saint-Chamond sont : Jean Louis François (30 brumaire an XIII), Ennemond Julien (), François Jules (), Jeanne Françoise Marie Louise ()[10].
  2. Comme « moulinier » car il semble que l'activité de « fabricant de lacets » n'était pas encore reconnue.
  3. Un Tableau affiché à la mairie de Saint-Chamond reprend la liste de tous les maires de cette commune depuis janvier 1792 sans aucune discontinuité. Il n'y figure pas. Ainsi, contrairement à ce qu'affirment certaines sources, il n'a pas été maire de Saint-Chamond.
  4. À noter que le 27 aout 1814 le conseil municipal de Saint-Chamond demande, en délégation, au Roi sa bénédiction et la décoration du Lys. Celles-ci sont décrites comme un signe distinctif et qui honore les amis du trône des Bourbons. Le Conseil municipal rappelle les industries, la morale et l'attachement de la commune à une pratique religieuse héritée des anciens et jamais démentie [malgré la tourmente révolutionnaire][17].
  5. Ci-contre sa signature figurant au dossier de la Légion d'honneur.
  6. La totalité de l'héliogravure de Richard-Chambovet par Félix Thiollier est visible ici sur Wikimedia Commons.
  7. Il apprend alors à « tordre ou filer la soie [brute, pour la rendre solide,] avec une sorte de moulin garni de bobines et de fuseaux[27] ».
  8. Le padou est un « ruban tissus moitié de fil et moitié de soie[29] ».
  9. Les « soies à coudre » sont des « fils de soie pour la couture ».
  10. Le chevilleur est « celui qui apprête les soies écrues [c.-à-d. brutes] pour les fabricants et marchands[30] ».
  11. L'article, dont le contenu est relaté par Charles-François Richard est probablement celui du Journal de l'Empire — ultérieurement Journal des débats — du . Celui-ci précise « Duché de Berg […] À Elverfeld, on voit travailler […], 150 [métiers] pour les soieries : une machine à faire des lacets produit mille aunes par heure[33]. »
  12. Le fleuret est une « espèce de fil fait de la matière la plus grossière de la soie[34] ».
  13. Les lices sont les « pièces mobiles d'un métier à tisser, au moyen desquelles et [avec] des pédales on fait ouvrir les fils de la chaîne d'un tissu pour passer la navette et par conséquent le fil de la trame. […] Quand la chaîne est horizontale, tous les fils de la trame sont également dans un même plan horizontal, ce qui fait la basse lice ; et, si la chaîne est verticale, les fils de la trame forment aussi un plan vertical, d'où la haute lice[35] ».
  14. Le Conservatoire des arts et métiers est créé par la loi du 22 prairial an VI (). Ainsi les machines qui semblent dignes d'intérêt sont regroupées et exposées en un seul lieu[36].
  15. « Démonstrateur, c'est-à-dire professeur faisant des démonstrations pratiques. Le directeur ou administrateur en chef était [Claude-Pierre] Molard[37]. »
  16. Le , des lettres patentes sont accordées à Perrault pour son métier en bois construit après amélioration d’un modèle allemand en fer. Son dépôt officiel à l'hôtel de Mortagne a lieu en 1785 avant de rejoindre le Conservatoire des arts et métiers[39].
  17. Louis-Joseph Gras pense que Perrault avait son activité plutôt à Laigle qu'à Lisieux[41].
  18. Les premières et rares machines installées pour l’exploitation minière sont d’origine anglaise. Celle de Richard-Chambovet est construite à Lyon par un prisonnier anglais au service de M. Crépu mécanicien[44].
  19. Selon Alphonse Peyret la puissance de cette machine est de six chevaux[47].
  20. Auguste Thurner écrit en 1885 : « Un enthousiasme indescriptible accueillit Nina ; la mode s’empara du nom de la pauvre folle : il y eut des coiffures à la Nina, des manteaux à la Nina , etc.etc. Ce fut un délire, une frénésie[49]. »
  21. Le coton est passé par une « machine dont on se sert pour presser[50] ».
  22. Une cannetille est une « petite lame très fine d'or ou d'argent tortillée[58] ».
  23. Le texte d'origine est le suivant : « Enormous similarities exist between the manufacturing technique and style of one-piece leather-hide shoes across Europe and the one reported here from Areni-1 Cave, suggesting that shoes of this type were worn for millennia across a large and environmentally diverse geographic region[64]. »
  24. Jacques Savary des Brûlons donne la définition suivante du boisseau : « C'est aussi une espèce d'instrument de bois, long et mince, en forme de cylindre, creux en dedans que les passementiers-boutonniers mettent sur leurs genoux, pour fabriquer à la main, avec des fuseaux, des lacets, gances, cordons ronds, et autres semblables ouvrages de leur métier[73]. »

Références[modifier | modifier le code]

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