Chardonneret élégant

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Carduelis carduelis

Le Chardonneret élégant (Carduelis carduelis) est une espèce de passereaux de la famille des fringillidés, partiellement migratrice, petite et très bariolée.

Dénominations[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Le chardonneret adulte et son juvénile ont le bec rose pâle, pointu et effilé, la queue fourchue, les yeux marron foncé et les pattes grises.

Aspect de l'adulte[modifier | modifier le code]

L'adulte a la face rouge écarlate, entouré de blanc et de noir (ou de gris chez trois sous-espèces), le dos et les flancs bruns, la queue noire avec des taches blanches et le croupion blanc. Le plumage de ses ailes est noir rayé d'une large bande d'un jaune vif. Le dimorphisme sexuel est peu marqué chez cette espèce : la femelle est un petit peu moins bariolée que le mâle, et le plumage rouge de sa face ne passe pas derrière les yeux contrairement au mâle. L'adulte mesure environ 20 à 25 cm d'envergure, 12,5 de cm de longueur et pèse de 14 à 18 g.

Aspect des juvéniles[modifier | modifier le code]

Le jeune est d'une couleur fauve-grisâtre un peu terne et ne possède pas le rouge-blanc-noir de l'adulte sur la tête. Il est rayé sur le ventre et sur le dos avec une large bande alaire jaune et une queue noire. La distinction entre mâle et femelle à ce stade est difficile.

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Chant et cri[modifier | modifier le code]

Son chant est un gazouillis fluide et répété dont les "sticlitt" et les "didelitt" s'entremêlent. Lorsqu'il est anxieux il lance un doux "èh-i" et des rafalements. Son agressivité se traduit par un "crrrr" guttural. le chardonneret possède un répértoire riche et mélodieux qu'on peut apprécier notamment en période d'accouplement avec son "chant nuptial". Nous pouvons distinguer clairement les chants d'autres oiseaux dans ce répertoire (allouette lulu, mésange charbonnière, ...). Ces cris sont repris par le chardonneret et correspondent souvent à ceux d'oiseaux de son entourage qu'il a entendu étant jeune.

Organisation et comportement sociaux[modifier | modifier le code]

Il est assez gracieux, très sociable et son vol est onduleux et dansant, mais très erratique.

Assez farouche surtout à la saison de la nidification, il se perche principalement à la cime des arbres.

Lors de la parade nuptiale, le chardonneret élégant étant très agressif, les disputes entre mâles ou entre un mâle et une femelle ne sont pas rares, et l'on entend leurs cris gutturaux très typiques.

En mars, le mâle, déjà en couple, s'approche du perchoir de la femelle en prenant une posture assez curieuse : il bombe le dos et se tourne de gauche à droite, en étirant soit une aile, soit la queue. Les scientifiques pensent que ce comportement permet d'exhiber la couleur jaune des plumes et les taches que le chardonneret possède sur les rectrices. Pendant ce temps, la femelle tourne le corps d'un côté et de l'autre. Cette parade se termine par un apport de nourriture du mâle à la femelle qui pendant ce temps ouvre ses ailes en tremblotant tel un juvénile se faisant nourrir.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le chardonneret est exclusivement granivore.

  • Il recherche avant tout les graines de chardons (ce qui lui vaut son nom) et de bardanes car grâce à son bec effilé, il peut très bien les enlever sans se piquer et parvient à les décortiquer très habilement.
  • Il se nourrit aussi de graines de bouleaux et d'aulnes.
  • La fleur de cosmos (plante) en train de faner ou de sécher lui fournit une nourriture appréciée (il s'accroche aux tiges qu'il fait plier et extrait les akènes à grands coups de bec).

Reproduction[modifier | modifier le code]

Nidification[modifier | modifier le code]

Au printemps, la saison des nids commence et le chardonneret se fait très discret. Rares sont les prédateurs qui remarquent le nid construit par la femelle car elle le camoufle habilement. Elle recouvre les parois extérieures du nid avec des brindilles, des fines herbes et de la soie d'araignée. L'intérieur est garni de duvets végétaux : plumes, lichens...

Le chardonneret niche dans les arbres, souvent en bout de branche et parfois dans les haies, dans les pruniers, pommiers les cyprès ou les cerisiers. Si elle se trouve dans un jardin ou dans un parc, la femelle choisira plutôt les érables ou les peupliers. Une fois le nid fini, la femelle pond de quatre à six œufs blanchâtres tirant vers le bleu avec des taches brunes, d'une longueur de 15-20 x 12- 14 mm, qu'elle couve seule pendant 12 à 14 jours, tandis que le mâle la ravitaille au nid pendant ce temps.

Élevage des oisillons[modifier | modifier le code]

À l'éclosion des œufs, les oisillons sont - comme la plupart des autres oisillons - recouverts d'un léger duvet très long et très épais donc très chaud. Les parents nourrissent leurs petits avec des pucerons et ensuite avec des graines prédigérées. Au bout de deux semaines, lorsque les petits peuvent voler, ils quittent le nid, mais les parents les nourrissent encore pendant quelque temps. Ensuite les jeunes forment de petites bandes nombreuses qui vagabondent l'hiver.

Le chardonneret élégant produit deux à trois couvées par année.

Longévité[modifier | modifier le code]

Il vit une douzaine d'années, au maximum 15 ans.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Distribution géographique du Chardonneret élégant.

Le Chardonneret vit dans toute l'Europe (et aussi au Cap-Vert et à la Réunion), tous les pays qui bordent la Méditerranée, le Moyen-Orient sauf le Yémen, et dans toute l'Asie sauf l'Asie du Sud-Est et les Corées. Il a été introduit au Brésil, en Uruguay, en Nouvelle-Zélande, en Australie et aux Açores. Exceptionnellement il a été observé en Argentine, au Japon et en Oman. Seuls les individus nordiques sont considérés comme migrateurs.

Le chardonneret vit dans les vergers, parcs, jardins et autres lieux cultivés, mais en automne et en hiver, il recherche les chardons, donc il préfère les bords des routes et les terrains en friche. Dès le mois d'août il se regroupe en bandes de congénères de la même espèce, dans les espaces à découvert et les cultures, recherchant la proximité des mares et des ruisseaux. Mais il se regroupe aussi avec des individus d'autres espèces tels que des tarins des aulnes, dont leur alimentation très semblable les fait souvent se côtoyer.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

L'espèce Carduelis carduelis a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758[3], sous le nom initial de Fringilla carduelis.

Liste des Sous-espèces [4]

L'espèce connaît un synonyme (Fringilla carduelis Linné, 1758) et compte plusieurs sous-espèces décrites. Cet oiseau est représenté par 14 sous-espèces :

  • Carduelis carduelis carduelis (Linnaeus) 1758 — Europe occidentale et centrale ;
  • Carduelis carduelis balcanica Sachtleben 1919 — Balkans : Bulgarie, Grèce et Macédoine (y compris Carduelis carduelis schiebeli (Jordans & Steinbacher, 1943) de Crète) ;
  • Carduelis carduelis britannica (Hartert) 1903 — Grande-Bretagne & Irlande ;
  • Carduelis carduelis caniceps Vigors 1831 — Himalaya ;
  • Carduelis carduelis colchica Koudashev 1915 ;
  • Carduelis carduelis frigoris Wolters 1953 ;
  • Carduelis carduelis loudoni Zarudny 1906 — Iran septentrional et Azerbaïdjan ;
  • Carduelis carduelis niediecki Reichenow 1907 — Chypre, Rhodes, Moyen-Orient et Proche-Orient ;
  • Carduelis carduelis paropanisi Kollibay 1910 — Asie Centrale ;
  • Carduelis carduelis parva Tschusi 1901 — Espagne et Afrique du Nord ;
  • Carduelis carduelis subulata (Gloger) 1833 — Turkestan ;
  • Carduelis carduelis tschusii Arrigoni degli Oddi 1902 (syn. Carduelis carduelis bruniventris Schiebel, 1934) — Corse, Sardaigne et Sicile ;
  • Carduelis carduelis ultima Koelz 1949 — Iran ;
  • Carduelis carduelis volgensis Buturlin 1906.

Les sous-espèces suivantes ne sont plus valides : Carduelis carduelis brevirostris Zarudny, 1889 ; Carduelis carduelis major Taczanowski, 1879 et Carduelis carduelis propeparva (Jordans, 1923).

Le Chardonneret élégant et l'Homme[modifier | modifier le code]

Populations et conservation[modifier | modifier le code]

Les populations de chardonnerets élégants sont classées en danger. Leur nombre a fortement baissé durant le siècle dernier, pour deux raisons :

  • avec l'usage excessif des pesticides pour les mauvaises herbes, le chardonneret trouve de moins en moins facilement sa nourriture, composée quasi-exclusivement de graines ;
  • durant le XXe siècle le chardonneret a été beaucoup capturé pour devenir oiseau d'ornement.

Le nombre de chardonnerets en Europe est estimé entre 23 et 57 millions d'individus[5].

Le Chardonneret élégant (sous sa forme sauvage) bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire[6]. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, de détruire, d'altérer ou de dégrader son milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Le chardonneret dans la culture[modifier | modifier le code]

Le tableau de Raphaël.

Peinture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vierge au Chardonneret.

La Vierge au chardonneret est un thème récurrent de l'iconographie chrétienne, apparu dans la statuaire gothique française au XIIIe siècle, et qui a connu une immense fortune dans la peinture italienne du Trecento et de la Renaissance[7].

Sa représentation la plus fréquente constitue en une variation du motif traditionnel de la Vierge à l'Enfant : Jésus, assis sur les genoux de Marie, tient dans une de ses mains un chardonneret élégant. Il annonce de façon symbolique le sacrifice à venir du Christ lors de sa Passion : le chardon épineux dont il se nourrit, et qui se lit de façon transparente dans son nom — du moins en latin, en italien (cardellino) et en français — évoque en effet la Couronne d'épines, alors que les taches rouges de sa tête renvoient au sang versé[8].

Pas moins de 486 œuvres de dévotion, de 254 artistes différents, dont 214 italiens, sont connues pour avoir repris ce motif. Parmi elles, la plus célèbre est vraisemblablement la Madonna del Cardellino de Raphaël (Florence, Musée des Offices), dont la restauration a été achevée en 2008[9].

Musique[modifier | modifier le code]

  • Antonio Vivaldi a composé un concerto pour flute sous-titré "Il Gardellino" (le Chardonneret) RV 428 (Op. 10 n°3) dans lequel le soliste imite à plusieurs reprises le chant de l'oiseau.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Armoiries de la ville de Stehelčeves.

.

Il est représenté sur quelques armoiries telles que celles de la municipalité tchèque de Stehelčeves.

Philatélie[modifier | modifier le code]

Le Chardonneret élégant figure également sur de très nombreux timbres.

Autres[modifier | modifier le code]

Son nom anglais « European Goldfinch » est également celui d'un site internet, europeangoldfinch.net, qu'utilisent les fugitifs de la série Prison Break pour communiquer. La Fox, la chaîne qui produit la série, avait réellement acheté le nom de domaine pour en faire une foire aux questions sur l'oiseau ainsi qu'un forum.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nom vernaculaire en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada
  2. Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  3. Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824 pp : page 180
  4. D'après Alan P. Peterson
  5. IUCN Red List
  6. Le statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux
  7. (pl) Michał Walicki, « Z problematyki malarstwa wielkopolskiego połowy XV wieku (1440-1475) », dans Id., Złoty widnokrąg, Varsovie, 1965, p. 73, cité par Anna Maria Migdal, Regina Cœli Les images de la Vierge et le culte des reliques, thèse de doctorat, Université Lyon II, 2010, p. 173
  8. Cartel du Maître de la Nativité de Castello, La Vierge et l'Enfant au chardonneret. « Notice no 1202 », sur la base Atlas du musée du Louvre
  9. (en) Herbert Friedmann, The symbolic goldfinch, 1946

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jiří Félix, Oiseaux des Pays d'Europe, Paris, Gründ, coll. « La Nature à livre ouvert »,‎ , 22 cm × 30 cm, 320 p. (ISBN 2-700-01504-5), p. 294
  • Guy Mountfort et P.A.D Hollom, Guide des oiseaux de France et d'Europe, Delachaux et Niestlé, coll. « Les guides du naturaliste», Paris, 1994.
  • M. Ottaviani, 2011. Monographie des Fringilles (carduélinés) – Histoire Naturelle et photographies, volume 2. Éditions Prin, Ingré, France, 286 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]