Charbel Makhlouf

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Saint Charbel Makhlouf
Image illustrative de l'article Charbel Makhlouf
Saint Charbel
Ermite et thaumaturge
Naissance
à Bekaa Kafra (Liban Nord)
Décès (à 70 ans)  (70 ans)
Nom de naissance Youssef Antoun Makhlouf
Nationalité Flag of Lebanon.svg Libanaise
Vénéré à Annaya
Béatification
par Paul VI
Canonisation
par Paul VI
Vénéré par Église catholique
Fête 24 décembre (Église catholique entière) ; 24 juillet (rite romain)

Saint Charbel Makhlouf, né Youssef Antoun Makhlouf à Bekaa Kafra (Liban Nord) le , et décédé le , est un prêtre et moine-ermite libanais de Église maronite, ayant prononcé ses vœux religieux au sein de l'Ordre libanais maronite. Depuis sa mort, c'est un saint thaumaturge, dont le tombeau n'a jamais cessé d'attirer des pèlerins toujours plus nombreux, chrétiens et non chrétiens et de toutes races. Il est officiellement le saint patron du Liban. Il est béatifié en 1965 et canonisé en 1977 par le pape Paul VI, et il est liturgiquement commémoré dans l'Église catholique entière le 24 décembre[1],[2], jour de sa mort, et aussi dans le rite romain par une mémoire facultative le 24 juillet (Calendrier romain général)[3],[4],[5]

Une vie sainte, de l'enfance à la mort[modifier | modifier le code]

Fils d'Antoun Zaarour Makhlouf et de Birgita Chidiac, humbles paysans maronites (chrétien catholiques d'Orient), le jeune Youssef, futur Charbel, reçoit, avec ses deux frères et ses deux sœurs, une éducation très pieuse, qui lui donne dès l'enfance un goût prononcé pour la prière qui sera la caractéristique la plus marquante de sa vie de moine et d'ermite. Son père meurt alors qu'il n'a que quatre ans. Encore enfant, il paît chaque jour quelques brebis que son père avait laissé, et pendant que les bêtes se reposaient il s'agenouillait longuement dans une petite grotte et priait devant une image de Vierge Marie qui ne le quittait jamais. Cette grotte devint en quelque sorte son premier ermitage. À la suite de ses deux oncles ermites, qui s'étaient retirés au monastère de Saint-Antoine Qozhaya, il aspire de plus en plus vers la vie érémitique.

En 1851, âge de 23 ans, comme répondant à un appel, il quitte soudain de nuit la maison familiale, sans prévenir personne, sans dire adieu à sa mère, sort de son village familial et se rend à pied au monastère de Notre-Dame de Maifouk. Ayant bientôt appris qu'il s'y était reclus, des membres de sa famille, accompagnant sa mère, y arrivent pour le voir et lui poser des questions. Malgré les instances du père abbé, il se tait et ne leur ouvre pas la porte de sa cellule. À sa mère, qui le suppplie d'ouvrir, pour qu'elle puisse le voir et l'embrasser une fois encore, il répond enfin, à travers la porte close : « Ma mère... Nous nous reverrons et nous nous embrasserons au Ciel. »

Il passe au monastère de Maifouk sa première année monastique. En 1852, il va au monastère Saint-Maron à Annaya (Mont-Liban), où il rejoint l'Ordre libanais maronite sous le nom de Charbel, l'un des martyrs de l'Église d'Antioche du IIe siècle. Le 1er novembre 1853, il prononce ses vœux au Monastère de Saint Maron à Annaya. Il complète ses études théologiques au monastère des Saints Kibrianos (Cyprien) et Justine à Kfifan, Batroun.

Charbel est ordonné prêtre à Bkerké, au siège patriarcal maronite, le 23 juillet 1859, puis retourne vivre, pendant 16 ans, au monastère Saint-Maron d'Annaya. Le , avec la permission de ses supérieurs, aspirant à une vie érémitique plus intense, il rejoint l'ermitage isolé des Saints-Pierre-et-Paul, qui néanmoins fait partie du monastère. C'est là qu'il allait, dans le silence, l'obéissance parfaite à l'Église, vivre humblement et pratiquer, chaque jour plus profondément, toutes les vertus chrétiennes, partageant son temps entre l'adoration du Saint-Sacrement, d'humbles travaux manuels et la prière quasi perpétuelle. Le cœur entièrement consacré à l'amour du Christ, isolé du monde et de tout le monde, il priait sans fin, dans l'ascèse et le sacrifice de soi, pour le monde et le salut de tous. Le cœur de sa journée était la célébration de l'Eucharistie, à laquelle il se préparait chaque jour avec ferveur et qu'il vivait intensément. Sur l'instance de ses supérieurs, il acceptait d'accueillir parfois des fidèles qui venaient le voir dans son ermitage et qui avaient besoin de ses conseils spirituels. Il formulait toujours ces conseils de manière brève, avec de très simples paroles qui touchaient immédiatement l'âme de son interlocuteur. Il quitta très rarement son ermitage pour venir au monastère, et le faisait en obéissance à ses supérieurs. Toute sa vie et toute sa personne étaient comme immergées en Dieu. Ainsi vécut Charbel une vie érémitique parfaite, durant 23 ans, jusqu'à sa mort une veille de Noël.

Sa mort. Prodiges autour de sa tombe. Premières exhumations non officielles[modifier | modifier le code]

Le , en récitant la prière liturgique « Père de Vérité », alors qu'il célébrait la messe assisté d'un acolyte, le Père Charbel est atteint de paralysie. Sa sereine et silencieuse agonie dure huit jours, durant laquelle il ne cesse de répéter seulement la parole liturgique, d'une voix à peine audible : « Père de Vérité, voici votre Fils... ». Il rend son âme à Dieu le 24 décembre, à 5 heures du soir, dans la Vigile de Noël.

Après sa mort, les moines remarquent qu'une exsudation sanguine suinte de son corps. Après les obsèques, il est enterré sans cercueil, à même la terre, selon la tradition de l'ordre monastique auquel il appartient. La nuit même de sa mise en terre, des clartés inexplicables apparaissent autour de sa tombe ; des paysans, les apercevant de loin, viennent s'en enquérir au monastère. Les moines constatent le même étrange phénomène, sans parvenir à repérer la source de cette luminosité dans leur cimetière dans la zone où Charbel était enterré depuis la veille. La rumeur de la sainteté de Charbel se répand, et bientôt une foule, qui ne cessera de grossir, viendra quotidiennement prier et se recueillir devant son humble sépulture. Des malades y sont conduits bientôt conduits qui lui demandent des grâces d'intercession. Au bout de 45 jours d'expectative et d'hésitations, les autorités ecclésiastiques finissent par ordonner l’exhumation le . Une fois nettoyé de la terre, on trouve son corps absolument intact, sans la moindre décomposition. Son corps est alors relavé puis revêtu de vêtements monastiques neufs, avant d’être placé dans un cercueil de bois et muré dans la chapelle du monastère. C'est son nouveau tombeau qui suinte alors, à travers le mur, comme un constant exsudat sanguin. Au bout de quelques semaines, une nouvelle ouverture de son tombeau a lieu, et des médecins constatent qu'un liquide "huileux", ayant une odeur de sang frais, est en train de sourdre des pores du saint. Cet épanchement avait été si abondant que les vêtements durent être encore changés.

Les trois exhumations officielles ordonnées par Rome[modifier | modifier le code]

Vingt-huit ans, plus tard, en 1927, le pape Pie XI ordonne une première exhumation officielle, pour une nouvelle expertise médicale. Le même phénomène d'épanchement est de nouveau constaté. Le corps fut cette fois placé dans un cercueil de bois de cèdre doublé d'un cercueil de zinc. Le rapport d'examen médical, établi par le professeur Armand Jouffroy, de la Faculté française de Médecine de Beyrouth, secondé par le docteur Balthazar Malkonian, est scellé dans un tube métallique et déposé aux pieds du saint. Le cercueil est cette fois surélevé légèrement, de manière oblique, afin que l'exsudat coule vers les pieds. Puis il est de nouveau emmuré dans la chapelle du monastère avec des pierres épaisses, non poreuses, jointoyées au ciment, et le maître maçon se porte garant de l’étanchéité du nouveau mur de cloison. À la suite de cette première exhumation, le pape Pie XI déclare Charbel Vénérable Serviteur de Dieu et autorise l'ouverture de son procès de béatification.

Vingt-trois ans plus tard, le 25 février 1950, le suintement rosâtre se reproduit de nouveau hors du tombeau, cette fois au pied du mur de cloison. Après un délai, le pape Pie XII autorise une nouvelle exhumation. Elle a lieu en présence du supérieur de l’Ordre libanais maronite, des moines du couvent, d'autres autorités ecclésiastiques, du docteur Chekri Bellan, directeur du Service de Santé et d’Assistance près le gouvernement libanais, du docteur Théophile Maroun, professeur d’Anatomie pathologique à la Faculté française de Médecine de Beyrouth, de Joseph Hitti, député du Mont-Liban, et diverses autorités civiles et militaires. Le suintement rosâtre, de nature physiologique, emplit le fond du cercueil de cèdre sur une épaisseur de 8 centimètres. Le corps de saint Charbel était toujours identiquement intact, sa chair parfaitement souple et non dégradée, et la rapport d'expertise de préciser : «  Tous les vêtements étaient littéralement imbibés de liquide séreux, et, çà et là, tachés de sang, spécialement l’aube. Le liquide, répandu sur tout le corps, s’était coagulé, comme solidifié par endroits. Cependant, le corps conservait toute sa souplesse, et on pouvait plier bras et jambes. » A la surprise générale, tous les témoins présents constatent avec émotion que le voile qui recouvrait le visage et les mains du vénérable Charbel porte l’empreinte de ceux-ci, à la manière du Linceul de Turin. Par contre, le tube métallique renfermant l'expertise de 1927 était très corrodé.

Le 4 août 1950, par autorisation du pape Pie XII, on expose solennellement le corps de Charbel dans un cercueil de verre, au cours d’une cérémonie religieuse qui attire des foules énormes, tant de chrétiens que de musulmans du Liban et des pays arabes voisins. Le patriarche maronite la préside ainsi que les différents patriarches catholiques orientaux, chefs d'Église. Le corps est de nouveau remis au tombeau et muré. C’est à partir de cette date que des registres officiels commencent à tenir le compte des miracles, tant corporels que spirituels, qui se produisent devant le corps ou la tombe de Charbel. Ils sont innombrables, quoique que seulement un certain nombre parmi eux soient scientifiquement attestés (la médecine déclarant officiellement ne pouvoir les expliquer) et qui sont reconnus par l'Église catholique. Ils permettra par la suite l'aboutissement des deux procès romains de béatification et de canonisation, en 1965 et en 1977.

Le procès de béatification progressant, Rome ordonne une troisième exhumation. Elle a lieu le 7 avril 1952. Le prêtre maronite Joseph Mahfouz témoigne : « Moi-même j’ai touché, personnellement, son corps (...) ; on aurait dit qu’il était mort mais vivant. Qu’un cadavre se conserve, ce n’est pas un phénomène unique. Mais qu’une dépouille mortelle reste souple, tendre, pliante, et qu’elle transpire incessamment, c’est un cas unique... Un Signe. » Les rapports médicaux et les procès-verbaux établis, on mure de nouveau le corps dans son tombeau. Du monde entier affluent désormais à Annaya des lettres de fidèles, de toutes langues. Le monastère en recevra 41 530 entre 1950 et 1957. Toutes témoignent de détresses, morales ou physiques, et d'espérance ; beaucoup réclament des reliques du Serviteur de Dieu, et certains correspondants envoient des linges, à leur renvoyer après les avoir mis en contact avec l'exsudat qui ne cesse de suinter du corps du vénérable Charbel.

Le procès de béatification (1965)[modifier | modifier le code]

Au terme d'un procès de béatification d'une durée de presque quarante ans, le Serviteur de Dieu Charbel est béatifié le 5 décembre 1965 par le pape Paul VI en la Basilique Saint-Pierre de Rome, en présence de nombreux Pères du Concile Vatican II que le pape allait clôturer trois jours plus tard, le 8 décembre. Le procès de béatification, parmi de nombreux miracles attestés, s'appuya sur deux, en particulier :

- Guérison complète, instantanée et définitive, devant la tombeau du vénérable Charbel, en 1950, de la sœur Mariam-Abel Kamari (Congrégation des Sœurs des Saints-Cœurs), âgée de 30 ans, atteinte d’uune ulcération chronique généralisée de la peau depuis 14 ans.

- Guérison complète, instantanée et définitive, devant la tombeau de vénérable Charbel, en 1950, d'Alexandre Obeid, forgeron libanais de la ville de Baabdat, aveugle de l’œil gauche par suite d’un déchirement irréversible de la rétine.

Le procès de canonisation (1977)[modifier | modifier le code]

Au terme d'un nouveau procès, de canonisation, d'une durée de douze ans, le Bienheureux Charbel est solennellement canonisé le 9 octobre 1977 par le pape Paul VI en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Cette fois, le procès de canonisation se contenta de retenir un seul parmi les miracles attestés :

- Guérison complète, instantanée et définitive, devant la tombeau du Bienheureux Charbel, en 1966, de Marie Assaf Arouad, de la ville de Hammana, au Liban, âgée de 68 ans, souffrant d’un cancer incurable de la gorge (carninome épidermoïde indifférencié), en détresse respiratoire aggravée, maintenue en vie par perfusion de sérum, ne pouvant plus se nourrir car souffrant de douleurs atroces à chaque déglutition. En décembre 1966, à la suite d’un pèlerinage au tombeau du saint, elle fut totalement guérie.

Le sanctuaire de saint Charbel et le village d'Annaya aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Autrefois isolé dans la montagne, le monastère d'Annaya est dès lors desservi par de larges routes. Devant l'esplanade de la nouvelle et vaste église circulaire dont les vitraux relatent la vie de Charbel, et où sa dépouille mortelle a été transférée, les pèlerins et les malades affluent, de toutes races et de toutes religions ; les infrastructures se sont multipliées pour assurer leur réception. Malgré cela, les moines réussissent à préserver la paix autour de leur couvent, de sa vieille chapelle et du petit ermitage, aujourd'hui un sanctuaire, où le saint ermite vécut reclus jusqu'à sa mort. Nuit et jour, on y amène des infirmes, des cas incurables pour la médecine de chaque époque, et le nombre de béquilles, par dizaines suspendues aux murs, ne cessent d'augmenter, ainsi que les ex-votos de reconnaissance à Dieu et à l'intercession de saint Charbel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis de Beaumont, Saint Charbel Maklhouf, 16 p.
  • Paul Daher, Charbel, un homme ivre de Dieu, Beyrouth, , 166 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]