Chapelle Suardi

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Chapelle Suardi
Lotto, affreschi di trescore 00.jpg
Mur nord avec le Christ-Vigne et l'histoire de sainte Barbe
Présentation
Type
Cycle de fresques (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Créateur
Construction
Largeur
8,1 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Adresse
Coordonnées

La chapelle Suardi ou Oratoire Suardi est un oratoire situé à l'intérieur d'une propriété appartenant à une famille noble de Bergame, les Suardi, et située à Trescore Balneario, dans la province de Bergame, en Italie. Dédiée à sainte Barbe et à sainte Brigitte, la chapelle a été décorée en 1524 de fresques à sujet religieux par Lorenzo Lotto.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue de la chapelle en direction de l'abside

La chapelle, située sur la route reliant Bergame au lac d'Iseo, a été construite en 1501-1502 pour Battista et Maffeo Suardi, deux cousins de la famille Suardi.

La chapelle de plan rectangulaire est d'une architecture simple, avec un toit en bois, soutenu par des solives apparentes, une porte d'accès à l'ouest, et une petite abside semi-circulaire à l'est où ont été peintes lors de la construction des fresques modestes par un peintre local inconnu [1],[2] : dans le cul-de-four de l'abside, une Assomption de la Vierge avec les saintes titulaires de la chapelle, accompagnées de Marie-Madeleine et Catherine d'Alexandrie ; en dessous, Battista Suardi et sa famille en adoration ; dans les écoinçons, les saintes Barbe et Catherine sont représentées repoussant la foudre et la grêle[1].

Vers 1523 Lotto a reçu la commande pour le décor des trois autres murs et du plafond[3] et s'est installé à Trescore. La décision des Suardi n'était pas dictée par des raisons de prestige, mais par leur esprit de dévotion, en réponse aux progrès du luthéranisme et à des prophéties de déluge universel[4], le programme peint exalte la participation au corps mystique de l'Église (figure du Christ-Vigne), la chute des hérétiques, la doctrine catholique et la vie de saintes exemplaires (Barbe et Brigitte)[5],[6].

Les fresques ont été peintes par Lotto et son élève Francesco Bonetti pendant l'été 1524[2]. Il s'agit du plus important ensemble de fresques de Lorenzo Lotto conservé intact.

Au XIXe siècle, le comte Gianforte Suardi a fait relier la chapelle située dans le parc avec la villa, en faisant construire un passage couvert. Une reconstruction en 1883-1885 a été entreprise pour isoler les murs peints à la fresque endommagés par l'humidité. Une porte a été percée dans le mur sud pour fournir à la chapelle une sacristie.

Les fresques de Lorenzo Lotto[modifier | modifier le code]

Les fresques de Lorenzo Lotto sont peintes sur les trois murs nord, sud et ouest, ainsi qu'au plafond, entre les poutres. Elles proposent un programme iconographique complexe sur le thème de la rédemption et de la foi, incarné par les quatre saintes déjà peintes dans l'abside : Barbe, Brigitte, Marie Madeleine et Catherine d’Alexandrie.

Le plafond
Plafond, détail

Le plafond a été décoré par Lotto entre les poutres par une tonnelle de vigne ; des putti vendangeurs y sont représentés, certains tenant des rouleaux avec des passages de la Bible et des textes liturgiques sur le thème de la vigne et du vin, en relation avec le sacrement de l’Eucharistie[2].

Le style de Lotto se caractérise par des coups de pinceau rapides et efficaces. Son goût de la narration populaire l'amène à peindre de nombreux personnages des classes modestes, comme les paysans, jusque-là inédits dans le répertoire figuratif italien[7].

Mur nord : le Christ-Vigne et l'histoire de sainte Barbe[modifier | modifier le code]

Sur le mur nord, le plus spectaculaire, deux thèmes différents sont réunis dans une même composition, mais peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre ; ce programme iconographique témoigne d'une imagination extraordinairement inventive[8].

Le Christ-Vigne

Au centre, se dresse une figure monumentale du Christ aux bras tendus ; à ses pieds, sont représentés les Suardi : Battista, son épouse Orsolina et sa sœur Paolina. Au-dessus du Christ, un passage de l'Évangile selon Jean est peint en lettres d'or : « Ego sum vitis vos palmites »[9], avec le nom du peintre et l'année.

Le Christ lui-même est représenté comme une vigne miraculeuse, dont les branches sortent de ses doigts et forment, dans le registre supérieur, une série de dix médaillons où sont peints, tels des fruits, des saints et saintes. Aux deux extrémités, se trouvent deux pères de l'église, saint Jérôme et saint Ambroise, qui repoussent et font tomber dans le vide des hérétiques, équipés d'échelles et de crochets, qui tentent de couper les branches de la vigne[10]. Les autres saints peints dans chaque médaillon sont, de gauche à droite[2] :

L'ensemble du programme est voulu comme une continuité entre le Christ et l'Église, dans une polémique clairement anti-luthérienne, avec l'exaltation de la valeur des bonnes œuvres dans les récits de saints[2],[5].

Histoire de sainte Barbe, à gauche du Christ-Vigne
Histoire de sainte Barbe, à droite du Christ-Vigne

De part et d'autre du Christ, Lotto a peint l'histoire de sainte Barbe, depuis sa conversion au christianisme jusqu'à son martyre, dans des scènes urbaines animées qui confèrent au récit une saveur populaire et vivante[8]. Le peintre a suivi le texte de La Légende dorée pour raconter l'histoire de la jeune sainte[10] :

  • à gauche, la jeune Barbe, qui vit à Nicomédie à l'époque des empereurs Maximien Hercule et Dioclétien, est enfermée par son père païen dans une tour cylindrique (qui deviendra l'attribut de la sainte) ; un ermite lui rend visite, l'instruit dans la foi chrétienne ; Barbe demande le baptême et refuse l'idolâtrie païenne. Quand son père le découvre, il tente de la tuer avec une épée. La sainte s'échappe dans les montagnes ; un berger la dénonce, on la traîne devant le préteur, qui la fait flageller et torturer ; enfermée en prison, elle reçoit la visite du Christ qui la guérit[2].
  • à la droite du Christ, l'histoire continue avec de nouvelles tortures ordonnées par le préteur. Dénudée, amputée des seins, Barbe est couverte d’un drap blanc par un ange (les femmes de la famille Suardi sont représentées assistant éplorées à son martyre[11]). Elle est traînée à travers la ville, au milieu d’une foule curieuse, sur la place du marché : son père la décapite et il est puni par la foudre divine[2].

Mur sud : histoire de sainte Brigitte[modifier | modifier le code]

Miracles de sainte Brigitte
Miracles de sainte Brigitte

Le mur de droite, au sud, est occupé par trois panneaux représentant l'histoire de la religieuse irlandaise sainte Brigitte, séparés par deux fenêtres ; chacune des scènes a trait à des miracles :

  • dans le premier panneau, lors de la prise de voile de Brigitte, une marche en bois de l'autel bourgeonne ; les laïcs assistant à la scène (hommes à gauche, femmes et fillettes à droite) sont des portraits des membres de la famille de Maffeo Suardi[12]. Sur l'autel, sont représentés des objets sacrés, dans une composition qui est peut-être un souvenir de la fresque de Raphaël La Messe de Bolsena[13] ; d'autres rapprochements ont été faits entre les fresques de Raphaêl au Vatican pour la chambre d'Héliodore et celles de Lotto pour la chapelle Suardi[14]. La scène s'ouvre à travers le mur vers l'extérieur, où l'on voit la sainte distribuant du pain aux pauvres.
  • le deuxième panneau représente des épisodes de la vie de la sainte en ville et à la campagne : elle distribue des aliments aux pauvres, change l'eau en bière, guérit un aveugle, détourne un orage qui menace les moissons, protège un troupeau de moutons d'un sanglier[2].
  • le troisième et dernier panneau est située dans une ville où Brigitte accomplit divers miracles : multiplier un vase en trois pour des lépreux, sauver un homme condamné à mort en le remplaçant par son ombre[2].

Sur la frise au-dessus des scènes, Lotto représente dans des médaillons des prophètes et des sibylles. Se succèdent de gauche à droite : David, la sibylle d'Érythrées, Isaïe, la sibylle Samienne, Jérémie, la sibylle de Delphes, Ézéchiel, la sibylle cimérienne, Michée et la sibylle hellespontine[2].

Au-dessus de la porte d'entrée, est peint à mi-corps un homme portant sur l'épaule un fagot ; une ancienne tradition veut que cette figure soit un autoportrait de l' artiste[2].

Mur ouest : histoires de Catherine d'Alexandrie et de Marie Madeleine[modifier | modifier le code]

Sur le mur du fond, à l'ouest, Lorenzo Lotto a peint deux scènes évoquant les saintes non titulaires de la chapelle, Marie-Madeleine et Catherine d'Alexandrie, qui avaient été représentées dans l'abside. La porte percée dans le mur date des années 1880[10].

Ces deux scènes sont surmontées de la représentation de prophètes et de sibylles : Habacuc, la sibylle tiburtine, Sophonie, la sybille phrygienne, Daniel, la sybille persique et Moïse[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Peter Humfrey 1997, p. 74.
  2. a b c d e f g h i j k et l Carlo Pirovano 2002, p. 85.
  3. Stefano Zuffi 1992, p. 12.
  4. Des astrologues avaient prévu une inondation pour février 1524.
  5. a et b Francesca Cortesi Bosco 1980.
  6. Roberta D'Adda 2004, p. 45.
  7. Rodolfo Pallucchini, Lotto, Milan, Electa, 2004, p. 17.
  8. a et b Roberta D'Adda 2004, p. 124.
  9. « Je suis la vigne, vous êtes les sarments ; celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits, car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il dessèche », Jean, 15, 5-6.
  10. a b et c Peter Humfrey 1997, p. 76.
  11. Jérôme Coignard 1998, p. 54.
  12. Peter Humfrey 1997, p. 82.
  13. Stefano Zuffi 1992, p. 13.
  14. (en) M. Barry Katz, « The Suardi Chapel. A Document of Lotto's Work with Raphael », dans Arte Lombarda, no 50, 1978, p. 82-86 Aperçu en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Francesca Cortesi Bosco, Gli affreschi del'Oratorio Suardi : Lorenzo lotto nella crisi della Riforma, Bergame, 1980.
  • (it) Stefano Zuffi, Lotto, Milan, Elemond Art, 1992 (ISBN 88-435-4365-2).
  • Peter Humfrey, Lorenzo Lotto, traduit de l'anglais par Ann Sautier-Greening et Béatrice de Brimont, Paris, Gallimard, 1997, 192 p. (ISBN 2-07-011551-8).
  • (it) Francesca Cortesi Bosco, Lorenzo Lotto: gli affreschi dell'Oratorio Suardi a Trescore, Skira, 1997.
  • Peter Humfrey, Mauro Lucco et Carlo Pirovano, Lorenzo Lotto. Les fresques de Trescore, traduit de l'italien par Louis Bonalumi, Paris, Gallimard, 1998, 304 p. (Collection : Chefs-d'œuvre de l'art italien).
  • Jérôme Coignard, « Lorenzo Lotto ou la fresque virtuose », dans Connaissance des arts, no 554, 1998, p. 54-61.
  • (it) Carlo Pirovano, Lotto, Milan, Electa, 2002 (ISBN 88-435-7550-3)
  • (it) Elisabetta Rosina, « Quando il degrado è cronico: gli affreschi di Lorenzo Lotto nell'Oratorio Suardi », dans Arkos: scienza e restauro, vol. 3, no 1, 2002, p. 38-45.
  • (it) Roberta D'Adda, Lotto, Milan, Skira, 2004.