Chantier participatif

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Un chantier participatif, également dénommé chantier solidaire, chantier collaboratif, chantier partagé, etc., est un évènement durant lequel des particuliers se retrouvent entre eux pour travailler ensemble, bénévolement.

Généralités[modifier | modifier le code]

Organisation[modifier | modifier le code]

Un chantier participatif est en général d'une activité organisée :

  • dans un cadre privé, sans but lucratif ;
  • dans le domaine de l'habitat, qui concerne le gros œuvre, le second œuvre, les finitions et parfois les aménagements extérieurs ;
  • dans le but de construire, de rénover, d'embellir, etc. ;
  • qui implique un organisateur, des participants et parfois un accompagnateur professionnel[1].

Modalités d'accueil[modifier | modifier le code]

Les conditions d'accueil des bénévoles varie en fonction des chantiers : certains chantier demandent une participation financière en échange d'une formation à certaines techniques de construction par des professionnels, d'autres sont entièrement gratuits. Certains organisateurs offrent le gîte et le couvert en échange d'un nombre d'heures de travail ; une durée minimale de présence sur le chantier peut être demandée[2]. De nombreux chantiers participatifs fonctionnent selon la logique du don et contre-don. Avant d'être aidé, le bénéficiaire a ainsi souvent participé à plusieurs chantiers. Pour assurer le suivi, un système d'échange local (SEL) est parfois mis en place, afin d'échanger biens (sable, terre, repas, etc.) ou services (heure de main d'œuvre, prêt de matériel, etc.) sans avoir recours à de l'argent[3].

Certains professionnels de la construction sont spécialisés dans l'accompagnement à l'autoconstruction, et aident des personnes à construire elles-même leur logement en réalisant les parties les plus complexes du chantier. Ils peuvent également superviser ou organiser un chantier-école pour former des bénévoles[4].

Historique[modifier | modifier le code]

Le mouvement des chantiers participatifs trouve ses origines dans les pratiques d'entraide, courantes dans les sociétés traditionnelles de par le monde. Cette pratique ancestrale est appelée « Twiza » en Berbère[5], de « Tłoka » en Slave[6] ou encore du « Combit » en Haïti[7]. En France, ce type d'entraide s'est formalisé dès les années 1920 avec les cottages sociaux puis dans l'après guerre avec le mouvement des Castors[8]. Plus récemment, cette pratique a été réintroduite par l'association Les Compagnons Bâtisseurs (de) dans le domaine de l'action sociale[9] ou encore dans celui de l'éco-construction avec les associations telles que Botmobil[10] ou le réseau de l'habitat écologique Twiza[11].

 L'auto-réhabilitation accompagnée[modifier | modifier le code]

« L'auto-réhabilitation accompagnée est une démarche destinée à aider des habitants en difficulté dans la résolution de leurs problèmes de logement, qu’ils soient locataires ou propriétaires. Les territoires d’interventions sont très divers : parcs publics et privés, centres anciens, copropriétés dégradées, logements diffus en milieu rural, etc. »[12]. Selon les conclusions d'une journée () consacrée au thème de l'auto-réhabilitation (organisé par l'Association nationale des compagnons bâtisseurs (ANCB, ONG d'éducation populaire) cette pratique est en développement[13], elle est à ce jour « un dispositif social, réservé aux ménages les plus modestes, qui s'inscrit dans le programme 'Habiter mieux' de l'Agence nationale de l'Habitat (Anah) notamment pour un projet territorial, un quartier, un centre-bourg » selon Hervé Cogné[14] qui note que l'auto-réhabilitation accompagnées est un moyen de lutte contre la précarité énergétique qui commence à être reconnue et aidée par des collectivités territoriales, les Caisses d'allocations familiales, les organismes HLM, l'ADEME, les services de l'Anah, des fondations de groupe de BTP et des entreprises de négoces de matériaux[13].

Analyse[modifier | modifier le code]

Contrairement aux chantiers classiques menés par une entreprise de BTP, les chantiers participatifs ont un rapport au travail différent qui remet en cause les hiérarchies professionnelles traditionnelles. Ils associent de nombreux acteurs : maçons, architectes, bénévoles, famille et amis[4]. Certaines personnes viennent se former, d'autre simplement apporter leur aide. « C'est un autre rapport au travail qui est prôné, privilégiant l'échange et la diffusion de savoir-faire »[4]. Les relations se veulent pédagogiques, voire amicales, entre les différents participants, et les compétences professionnelles sont vues comme « un savoir à élaborer ou à acquérir in situ avec l'équipe en présence »[4].

Certains chantiers participatifs ont une dimension très politique, remettant en cause le capitalisme et réinterrogeant la notion de travail tout en s'inscrivant dans un engagement écologique fort. Ces chantiers autogérés cherchent à abolir les hiérarchies professionnelles, voire à abolir complètement l'échange marchand et s'inscrivent dans une perspective libertaire. Comme le résume la sociologue Geneviève Pruvost, « changer d'organisation et de conception du travail, c'est changer la société »[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. FédAc - Fédération des accompagnateurs à l'autoproduction et à l'entraide dans le bâtiment.
  2. Eddy Fruchard et Virginie Piaud, Technique de construction en paille, Eyrolles, (ISBN 978-2-212-13809-2, lire en ligne), p. 287
  3. Reporterre, « Je t'aide, tu m'aides, on rénove nos maisons », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie, (consulté le )
  4. a b c et d Morgan Jouvenet et Didier Demazière, Andrew Abbott et l’héritage de l’école de Chicago (volume 1), Éditions de l’EHESS, (ISBN 978-2-7132-2614-4, lire en ligne), p. 321
  5. « La Twiza : entraide d'hier et d'aujourd'hui - Psychanalyse et exil », sur parole-sans-frontiere.org (consulté le ).
  6. (pl) « Czym jest tłoka? », sur Tłoka - Stowarzyszenie Społeczno-Kulturalne (consulté le ).
  7. Nach Mback Charles, Haïti République Dominicaine - Une Île pour deux (1804-1916), Karthala Éditions, , 384 p. (ISBN 978-2-8111-3711-3, lire en ligne).
  8. Nicolas de la Casinière, « Un Rêve fait maison », revue Z,‎ no 5 automne 2011, p. 170-199.
  9. Laurent Bouyer, Qu'est-ce que l’auto-réhabilitation accompagnée ?, Reporterre, 15 octobre 2015.
  10. Sylvain Moréteau, « Chantiers enchantés », La Maison Écologique,‎ décembre 2016 - janvier 2017, p. 42-45 (ISSN 1634-5460).
  11. « Twiza, réseau de l'habitat écologique », sur fr.twiza.org, (consulté le ).
  12. Définition de l'auto-réhabilitation accompagnée (ARA) sur le site web de l'association Les compagnons bâtisseurs.
  13. a et b Sébastien Chabas (2016) Rénovation énergétique : l'auto-réhabilitation en voie de progression, article de BatiActu publié en ligne le .
  14. directeur de l'association ANCB.
  15. Geneviève Pruvost, « Chantiers participatifs, autogérés, collectifs : la politisation du moindre geste », Sociologie du travail, vol. 57, no 1,‎ , p. 81–103 (ISSN 0038-0296, DOI 10.4000/sdt.1819, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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