Chanson française

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La chanson française désigne un ensemble de genres de compositions musicales en langue française dont les plus anciennes datent de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. La plus vieille chanson française est probablement la Cantilène de sainte Eulalie, premier texte « littéraire » de langue française du IXe siècle. Le plus vieil air que l'on chante encore est Le Carillon de Vendôme du XVe siècle[1]. La chanson française peut-être différenciée selon les époques. Depuis, on retrouve tout au long de l'histoire des danses et des compositions qui sont à l'origine des chansons populaires. Le genre musical se définit par la mise en valeur de la langue française ancienne ou moderne, avec en particulier la référence à des maîtres et modèles hérités de la littérature poétique de langue française et par opposition (ou par différenciation) aux formes dominantes anglo-saxonnes, de l’industrie musicale[2].

La chanson française se constitue sur le plan de ses origines musicales à partir principalement de la musique classique ou savante. C'est le cas par exemple d'une chanson à succès des années 1930, Couchés dans le foin, composée par Mireille pour une opérette, puis extraite de cette opérette, pour devenir un tube. D'autres chanteurs à succès comme Luis Mariano sont issus des formes classiques d'expression lyrique et les progrès techniques (usage du micro sur scène pour la première fois par Jean Sablon, fabrication et diffusion du disque phonographique) permettent à de nouvelles figures d'entrer sur la scène de la chanson. La chanson se diffuse également grâce à des lieux, tels que le cabaret où des chansonniers comme (Aristide Bruant au Chat noir) diffusent leurs œuvres et acquièrent de la renommée. Le cabaret a son équivalent anglicisé de « music-hall ». Une des salles de music-hall parisienne est l'Olympia, construit par Joseph Oller et inauguré en 1893. Il s'agit d'une grande salle consacrée au spectacle musical, plus vaste que le cabaret, où on donnait des spectacles dits de « variétés ». Ces endroits permettent au début du XXe siècle l'essor de la chanson française et de chanteurs comme Charles Cros, Gaston Couté, Pierre-Jean de Béranger, Aristide Bruant et Vincent Scotto. Au début du XXe siècle, un type de chanson influencée par le réalisme littéraire apparaît, la chanson réaliste. Sa diffusion se localise dans les cafés et cabarets du quartier Montmartre, notamment le Chat Noir et le Moulin Rouge. À partir de la seconde partie des années 1920, la chanson française est influencée par l'émergence du jazz, joué sur scène par des petits ensembles.

La période de l'avant-guerre à la libération marque véritablement la naissance du genre. Gilles et Julien, Charles Trenet, Mireille ou encore Jean Sablon. C'est aussi la période où les premières vedettes du music-hall se font connaître comme Maurice Chevalier.

Le début des années 1950 marque l'heure du retour aux sources littéraires avec les auteurs compositeurs interprètes Léo Ferré, Georges Brassens, Jacques Brel, Charles Aznavour, Guy Béart, Gilbert Bécaud.

Les années 1960 voient l'arrivée du rock'n'roll et une nouvelle génération d'interprètes apparaît : Richard Anthony, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et le groupe Les Chaussettes noires, Dick Rivers et Les Chats Sauvages, bientôt suivie par nombre de jeunes artistes, Sylvie Vartan, Sheila, Claude François, Adamo... L'avènement d'une génération, bientôt désignée par les médias de Yéyé, très influencée par la musique anglo-saxone, dans les sillages du Rock et de la musique beat. Pendant les années 1960 et 1970, les frontières entre la chanson et la musique pop deviennent de plus en plus floues. Les années 1970 voient une concurrence entre la variété française, le renouveau du rock français et la vague disco.

Au début des années 1980, avec l'autorisation d'émission des radios libres , la chanson française est mise à mal. Des radios comme NRJ, qui ont du succès, diffusent en grande partie les hit-parades anglo-saxons des États-Unis ce qui limite l'audience des chansons françaises. Néanmoins apparaissent des artistes comme Alain Bashung, Jean-Jacques Goldman Les années 1990 sont caractérisés par l'apparition de la « nouvelle scène française ». Pour préserver la création française, la loi du impose aux radios privées de diffuser, depuis le , aux heures d'écoute significatives, 40 % de chansons d'expression française.

La fin du XXe et le début du XXIe siècle voit l'apparition de comédies musicales Les chanteurs de l'ancienne génération restent actifs en parallèle à ceux nouvelle scène avec des tournées musicales « rétro » d'artistes de variétés ayant réalisé des tubes dans les années 1960 / années 1980 et la sortie de compilations et rééditions.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Cantilène de sainte Eulalie, suivi du début du Ludwigslied pour mieux visualiser le texte Numérisation du parchemin (Réf. Bibliothèque municipale de Valenciennes 150 (olim 143) fol.141v).

La plus vieille chanson française est probablement la Cantilène de sainte Eulalie, premier texte « littéraire » de langue française au IXe siècle sans doute chanté. Le plus vieil air que l'on chante encore est Le Carillon de Vendôme du XVe siècle[1]. La chanson française peut-être différenciée selon les époques.

Les premiers prémices vérifiables de la chanson existaient déjà au début du Moyen Âge comme les chants de guerre de l'époque de l'Empire franc, les chants folkloriques et les chants choraux, dont certains remontent à l'époque pré-chrétienne. Seuls quelques-uns d'entre eux ont survécu. La Chanson de Roland, qui appartient au genre Chanson de geste, est considérée importante, comme chant de la guerre et de destruction dans la lutte contre les païens. Les littéraires et les historiens datent donc le début d'une « culture de la chanson » au sens étroit du terme au Haut Moyen Âge. Les premières chansons de divertissement françaises remontent au XIIe siècle. Un genre important était chanson de geste, qui est apparue à la même époque que les Croisades. Les troubadours venaient pour la plupart de la chevalerie et cultivaient une forme spéciale de chanson courtoise. Dans le Nord de la France, ces chanteurs étaient appelés trouvères[3] .

Chanson médiévale[modifier | modifier le code]

Chanson de geste[modifier | modifier le code]

Couverture de l’Édition populaire de la Chanson de Roland (1881), illustrée par Luc-Olivier Merson.

La chanson de geste est un récit versifié (un long poème) le plus souvent en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés regroupés en laisses, strophes présentant la même assonance, de taille variable, relatant des exploits guerriers appartenant, le plus souvent, au passé. La plupart des chansons de geste puisent dans un passé mythifié et notamment le règne de Charlemagne, d'autres sont globalement contemporaines des personnages de la chanson, comme Hugues Capet, chanson du XIVe siècle[4]. Souvent anonyme, l'auteur de la geste est un troubadour (ainsi appelé au Sud) ou trouvère (au Nord) qui la destinait à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public large, populaire ou noble. Parmi les plus connues figurent Chanson de Roland, XIe siècle et Renaut de Montauban ou les Quatre Fils Aymon[4].

Chanson courtoise (Grand chant)[modifier | modifier le code]

Les troubadours, des poètes occitans ont développé l'art du chant courtois entre 1000 et 1350 dont les œuvres sont colportées par les ménestrels. Plus de 2 500 chansons sont répertoriées. Vers la fin du XIIe siècle, au nord de la Loire, les trouvères adaptent le chant courtois[5]. Le thème prédominant du grand chant est l'amour courtois, mais les sujets sont plus vastes que dans le « canso occitan» , surtout après le XIIIe siècle. Le grand chant monophonique du Haut Moyen Âge (XIIe et XIIIe siècle) est à bien des égards le prédécesseur de la chanson polyphonique du Bas Moyen Âge (XIVe et XVe siècle)[6]

La chanson d'Aube ou Alba (XIIe siècle) figure parmi les œuvres connues.

Renaissance[modifier | modifier le code]

Chanson bourguignonne[modifier | modifier le code]

Page manuscrite de Dame, mon cuer en vous remaint, rondeau à trois voix de Guillaume de Machaut

Chanson bourguignonne fait référence à un genre de chanson française polyphonique de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Les premières chansons avaient tendance à être sous la forme de ballade, rondeau ou virelai. Bien que certains compositeurs aient plus tard donné à la poésie populaire des formes variées, les premières chansons étaient à deux, trois ou quatre voix, puis à quatre voix au XVIe siècle. Parfois, les chanteurs étaient accompagnés par des instruments. Le premier compositeur important de ce type de chansons est Guillaume de Machaut[7], qui au cours du XIVe siècle composa des œuvres à trois voix dans les formes fixes. Guillaume Dufay et Gilles Binchois (1400-1460), chapelain de Philippe le Bon, qui ont écrit des chansons dites « bourguignonnes » parce qu'ils étaient originaires de la région Bourgogne, ont été les plus importants compositeurs de chansons de la génération suivante (vers 1420-1470). Leurs chansons, bien que de style assez simple, sont aussi généralement à trois voix avec un ténor structurel. Le musicologue David Fallows inclut le répertoire bourguignon dans A Catalogue of Polyphonic Songs 1415-1480. Ces œuvres sont généralement à trois voix ( discantus), avec une voix supérieure active montée au-dessus de deux voix inférieures (ténor et alto) partageant généralement la même tessiture. Après la mort de Josquin Des Prés (1521), la chanson bourguignonne est supplantée par la chanson parisienne[8].

Chanson parisienne[modifier | modifier le code]

Clément Janequin (1485-1558) ou Claudin de Sermisy (~1495-1562) perpétuent la tradition du chant polyphonique, généralement à quatre voix donnant naissance à la « chanson parisienne ». La chanson parisienne se libère des formes fixées à l'époque précédente. Devant plus libre et plus simple, elle recherche les effets descriptifs en multipliant les jeux de voix et de rythmes. Les onomatopées s'inspirent des éléments de la nature ou de la vie quotidienne comme le chant des oiseaux et les bruits de batailles. Ces œuvres introduisent de longs passages en onomatopées, chantées au milieu d'autres paroles. On peut considérer Janequin comme le premier musicien bruitiste, qui tenta de retranscrire dans ses compositions ce qu'il entendait. Quand on écoute La Guerre ou Les Cris de Paris, on a l'impression d'entendre, outre la musique, les sons présents à cette époque, comme si on avait pu les enregistrer[9]. Au XVIe siècle,la diffusion de « musique imprimée  » contribue à la diffusion de la chanson française. En 1571 l'éditeur Adrien Le Roy fait paraître le Livre d'airs de cours mis sur le luth. Plus de 275 chansons à 3, 4 et 5 voix de Clément Janequin nous sont parvenues[10].

Après 1550 la chanson polyphonique est supplantée par la « chanson en forme d'air  », ancêtre de la chanson de cour du XVIIe siècle. Celle-ci privilégie la voix supérieure, confiant les autres aux instruments, préfigurant la monodie accompagnée du Baroque.

XVIe et XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

Air de cour[modifier | modifier le code]

Page du titre du 2d livre d'airs au luth d'Étienne Moulinié, 1625.
Un air de cour pour voix et luth, extrait du Ier livre de 1624.

L'air de cour est apparu dans les dernières années du XVIe siècle, dans la continuation de la chanson française de la Renaissance sous l'influence des humanistes de la fin du XVIe siècle. De la chanson, il garde la simplicité de la carrure et de la mélodie. Il continue souvent à être écrit à quatre ou cinq voix.

La vogue du luth modifie la nature du chant français. De plus en plus, l'écriture polyphonique à quatre ou cinq voix est remplacée par une seule ligne mélodique accompagnée par le luth, puis par le clavecin. La France reste fidèle au style de la chanson avec sa carrure et sa mélodie indépendante de l'accent des mots.

Parmi les compositeurs d'airs de cour, on trouve Jean-Baptiste Besard, qui fait paraître un recueil de transcriptions pour chant et luth en 1603 ; Giulio Caccini, compositeur et chanteur florentin qui a séjourné à la cour de France en 1604 et a fait découvrir la récitation chantée et l'art de l'ornementation vocale ; Étienne Moulinié qui introduit les doubles ornementés en 1629 ; Pierre de Nyert qui, de retour d'Italie, opère la véritable synthèse du chant français et de la manière italienne ; puis Bertrand de Bacilly, Jean de Cambefort, Sébastien Le Camus, Jean-Baptiste Boësset, Robert Cambert, et surtout Michel Lambert, qui pratiquent l'air de cour.

Au milieu du XVIIe siècle, l'art du chant à la française est parvenu à un très grand raffinement. Bertrand de Bacilly a laissé dans ses Remarques curieuses sur l'art de bien chanter « le code de cet art subtil, précieux, et virtuose ».

Tragédie lyrique[modifier | modifier le code]

La tragédie lyrique (ou tragédie en musique) est un genre musical spécifiquement français, en usage au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, principalement représenté sur la scène de l'Académie royale de musique de Paris, puis diffusé dans les autres grandes villes françaises et étrangères. Jean-Baptiste Lully[11], a voulu se démarquer de l'opéra italien alors en vogue dans le reste de l'Europe en raison du goût prononcé des Français pour le théâtre et la danse. La tragédie en musique est l'aboutissement d'une fusion des éléments du ballet de cour, de la pastorale, de la « pièce à machines », de la comédie-ballet et de l'opéra-ballet. Ses créateurs — Lully et Quinault ambitionnaient d'en faire un genre aussi prestigieux que la tragédie classique de Corneille et Racine : à l'exemple de cette dernière, la tragédie comporte cinq actes. Les premiers compositeurs d'opéra en langue française ont été Robert Cambert[12], puis Jean-Baptiste Lully à partir de 1673.

Chanson populaire[modifier | modifier le code]

Les refrains des Ballades de Villon deviennent vite célèbres :
Mais où sont les neiges d’antan[13] ?
Tout aux tavernes et aux filles[14].
Il n’est tresor que de vivre à son aise[15].
Il n’est bon bec que de Paris[16].
En ce bordeau (bordel) où tenons nostre estat[17].
Je crye à toutes gens mercys[18].
Autant en emporte ly vens[19].
Je congnois tout, fors que moy mesmes[20].
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre[21].
Li lesserez là, le povre Villon[22] ?

Les origines de la chanson populaire remontent au Moyen Âge. Ses porteurs étaient des chanteurs ambulants (parmi lesquels des prêtres) qui chantaient des chansons de rue sur les places de marché. En raison de leur contenu, en partie critique envers les autorités, leur diffusion était limitée par des ordonnances et des lois. François Rabelais et François Villon, deux poètes du XVe siècle sont considérés comme des sources d'inspiration importantes jusqu'au XXe siècle. La chanson en tant que chanson à texte avec une mélodie simple et un accompagnement d'accords a été créée au XVIe siècle à la même époque que le vaudeville. La pratique de la chanson et du chant vaudeville a contribué à la formation de la communauté dans la France absolutiste. Les chansons font naturellement partie de l'Opéra-comique français au XVIIIe siècle. À l'occasion de rencontres informelles, les «  Dîners du Caveau », qui se sont répandues dans la première moitié du XVIIIe siècle, la chanson est également devenue populaire auprès des artistes, des écrivains et des universitaires. Les chansons socialement critiques, satiriques ou même poétiques ont de plus en plus déterminé le répertoire des pièces contemporaines[23]. À l'époque de la Révolution française, les chansons de mobilisation se sont imposées[24]. Des exemples bien connus sont deux hymnes révolutionnaires Ah ! ça ira et La carmagnole des royalistes. En 1959, l'Histoire de France par les chansons, en huit volumes, recense plus de 10 000 chansons, dont plus de 2 000 pour la seule période révolutionnaire de 1789 à 1795, dont l'évolution a été fortement influencée par les activités des deux paroliers Marc-Antoine Désaugiers (1742-1793) et Pierre-Jean de Béranger (1780-1857). Bien que, rétrospectivement, la position d'opposition de Béranger soit jugée plutôt ambivalente (par exemple, après la révolution de juillet 1830, il a soutenu le « Roi citoyen » Louis-Philippe), il a joui pendant le XIXe siècle de la réputation de poète national français. Avec l'industrialisation de la France et les conflits politiques au cours du XIXe siècle, le répertoire des diverses mobilisations, convictions et chansons commémoratives n'a cessé de croître. Beaucoup d'entre elles ont été écrites en mémoire de la suppression de la Commune de Paris (Elle n'est pas morte, écrite en 1886), ou se placent dans la tradition de la chanson ouvrière socialiste.

La période de la chanson classique : 1890 à 1960[modifier | modifier le code]

Le cabaret[modifier | modifier le code]

Affiche pour les représentations de Germaine Gallois à la Scala en 1901 par Maurice Biais.

À partir du XIXe siècle, la chanson française développe un charisme international en tant que chanson de cabaret. Contrairement à l'aria d'opéra et à l'opérette, le genre est indépendant de toute intrigue scénique, n'est pas nécessairement chanté à l'opéra et n'est généralement accompagne d'aucun chœur. Alors que la tradition de la chanson littéraire s'est cantonnée progressivement dans le milieu des clubs et sociétés, les cafés et les théâtres de variétés prennent de l'importance en tant que lieux de représentation, encouragés par le fait que les théâtres ont perdu entre-temps le monopole sur les représentations publiques. Dans les années 1830, les premiers « cafés chantants » ont commencé à apparaître dans les rues de Paris. Ce sont des lieux de divertissement pour les ouvriers et pour un public d'abord majoritairement petit-bourgeois, puis bourgeois, sur les traces de la Goguette. Ils ont été suivis par les «café-concerts » situés principalement dans les quartiers nord-est de la ville, sur Montmartre et dans le Quartier Latin, c'est-à-dire dans les quartiers où vivaient les « classes laborieuses  »[25]. Là, on ne chantait pas seulement des textes inoffensifs, mais aussi des chansons socialement critiques et politiques. C'est surtout l' Eldorado, ouvert en 1858 et élevé au rang de temple de la chanson avec ses 2 000 places, ou la Scala, construite en 1856, qui sont devenus célèbres. À la fin du siècle, des établissements littéraires et artistiques s'ouvrent dans le quartier parisien de Montmartre, comme Le Chat Noir, fondé par Rodolphe Salis en 1880. Enfin, d'autres endroits ont été ouverts, comme le Moulin-Rouge, les Folies Bergère et l'Olympia. Avec les premiers cinémas, ils ont fait concurrence aux café-concerts et les ont finalement remplacés.

Depuis la révolution de 1789, la chanson était suspectée d'avoir une influence subversive élevée et les sociétés de divertissement étaient considérées avec suspicion. En 1806, Napoléon Ier avait réintroduit la censure et l'avait étendue aux textes de chansons. Le succès des cafés chantants et des cafés-concerts engendre la production d'un nombre élevé de chansons, ce qui nécessite un système de censure strict. Selon les estimations contemporaines, dans les années 1880, plus de 300 000 chansons ont été produites chaque année dans le seul Paris[26]. Parmi les chansons interdites, figurent de nombreuses chansons socialement critiques et anarchistes, critiquant l'injustice sociale et caricaturant le mode de vie de la bourgeoisie, comme Les infectes de Léonce de Saint-Martin ou Les Bourgeois de Saint-Gilles, ainsi que la peur engendrée par les assassinats de l'anarchiste Ravachol; la chanson La frousse, qui devait être chantée à La Cigale en 1892[27]. D'autres chansons reprennent les allégations péjoratives de la classe dirigeante à l'égard des ouvriers alors que d'autres les exaltent comme Le prolétaire d'Albert Leroy ou Jacques Bonhomme de Léon Bourdon[28]. Les café-concerts devaient soumettre les textes et afficher une liste de titres le soir de la représentation afin que les fonctionnaires puissent vérifier le répertoire. Aristide Bruant, un ami du peintre Henri de Toulouse-Lautrec est considéré comme étant le premier chanteur de chanson moderne. Il se produisait au Chat Noir devant des écrivains et des compositeurs éminents comme Alexandre Dumas, Émile Zola et Claude Debussy. Yvette Guilbert, une chanteuse du Chat Noir et du Moulin Rouge, a diffusé la chanson française en Allemagne par sa présence régulière à Berlin[3],[23].

La chanson réaliste[modifier | modifier le code]

Aristide Bruant sur une affiche de 1892

Au début du XXe siècle, un type de chanson influencée par le réalisme littéraire apparaît, la chanson réaliste. Sa diffusion se localise dans les cafés et cabarets du quartier Montmartre, notamment le Chat Noir et le Moulin Rouge. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, Montmartre est un centre de divertissement hédoniste et frivole. Les Chansons réalistes sont influencées par le mouvement naturaliste)[29]. Les thèmes de ces chansons se concentrent sur la vie des personnes socialement marginalisées comme les voyous, les prostituées, les proxénètes, les orphelins et les serveuses interprétées entre-autres par Eugénie Buffet, Berthe Sylva et Marie Dubas. Les vedettes reconnues de la chanson réaliste métropolitaine, outre Aristida Bruant, sont Damia et dans les années 1920 la chanteuse Fréhel. Le chanteur breton Théodore Botrel incarne une interprétation d'une chanson caractérisée par des valeurs traditionnelles rurales. Sa chanson La Paimpolaise figure parmi les plus populaires du début du XXe siècle. L'un des chansonniers les plus célèbres du début du siècle est Félix Mayol. D'autres classiques de la chanson sont Je te veux d'Erik Satie (1897), Mon anisette d'Andrée Turcy (1925), la chanson anti-guerre La butte rouge (1923) et La java bleue (1939), enregistrée pour la première fois par Fréhel.

Influence du jazz[modifier | modifier le code]

Tino Rossi dans les années 1930.

À partir de la seconde partie des années 1920, le développement de la chanson française est influencé par l'émergence du jazz, joué sur scène par des petits ensembles. Les interprètes les plus remarquables des années 1930 sont Charles Trenet, accompagné du guitariste de jazz Django Reinhardt[30], Jean Sablon, inspiré par le swing et le jazz, Maurice Chevalier et Tino Rossi. La chanteuse Mistinguett est vénérée comme la « reine des théâtres de revue » concurrencée par Josephine Baker, qui s'installe en France en 1927. L'évolution du genre est influencé par Édith Piaf qui célèbre ses premiers succès à la fin des années 1930 au théâtre de l'ABC à Paris. Elle s'impose avec des chansons du parolier Raymond Asso, qui écrit pour d'autres chansonniers comme la chanteuse de music-hall Marie Dubas. Dans les années 1950, Édith Piaf devient une star de la chanson qui promeut la carrière de nouveaux talents comme Yves Montand, Gilbert Bécaud, Georges Moustaki et les Compagnons de la chanson[31].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Charles Aznavour au début des années 1960.

La période de l'avant-guerre à la libération marque véritablement la naissance du genre. Gilles et Julien, Charles Trenet, Mireille ou encore Jean Sablon. C'est aussi la période où les premières vedettes du music-hall se font connaître comme Maurice Chevalier. La génération relais est constituée de chanteurs qui étaient présents durant l'avant-guerre comme Marcel Amont, André Claveau, Francis Lemarque, Dario Moreno ou encore Jean-Claude Pascal.

Gilbert Bécaud dans les années 1960.

La philosophique de l'existentialisme s'est avérée être une source d'inspiration importante pour la chanson d'après-guerre. L'écrivain, trompettiste de jazz et chansonnier Boris Vian, une connaissance de l'écrivain Jean-Paul Sartre, écrit des textes pour d'autres artistes. Sa chanson la plus célèbre est Le déserteur (1954). En 1949, Juliette Gréco, dont le répertoire est issu de l'environnement allant de Sartre à Boris Vian, est une chanteuse dont les paroles sont considérées comme politiquement et intellectuellement engagées. Elle participe à la réouverture du cabaret Le Bœuf sur le toit[32]. Dans les années 1950, les chansons de Georges Brassens (essentiellement interprétées à la guitare) et du chanteur et compositeur belge Jacques Brel sont considérées engagées et innovantes. Alors que Brassens revendique sa position politique extremiste, entre autres par des apparitions régulières aux événements des anarchistes, Brel émet une critique générale plutôt nihiliste de la société[33] . D'autres représentants de la chanson des années 1950 sont Gilbert Bécaud (« Monsieur 100 000 volts  » ( Nathalie, 1964), Georges Moustaki, Charles Aznavour, Henri Salvador, Léo Ferré, Marcel Mouloudji, Dalida, Brigitte Fontaine et Barbara. À partir de 1954, l'Olympia devient une salle de spectacle importante pour la chanson française[31].

Retour aux sources littéraires[modifier | modifier le code]

Le début des années 1950 marque l'heure du retour aux sources littéraires avec les auteurs compositeurs interprètes Léo Ferré, Georges Brassens, Jacques Brel, François Deguelt, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud, Serge Gainsbourg, Barbara, Claude Nougaro ou encore Boby Lapointe. À partir de 1955, un nouveau style de chanson arrive en France avec des chanteurs et chanteuses au répertoire plutôt méditerranéen. Ainsi des figures comme Gloria Lasso et Dalida sont très populaires dans cette période[34],[35].

Claude François au milieu des années 1960.
Édith Piaf en 1962.

Baudelaire, Verlaine (dont un recueil s'intitule La Bonne Chanson) et Rimbaud sont trois sources littéraires essentielles pour la chanson francophone moderne. D'abord par leur travail sur la musicalité des mots, et le format court de nombre de leurs textes, ils inventent, en quelque sorte tels des « musiciens sans guitare », un format qui deviendra celui de la chanson. Dans leurs poèmes on trouve des textes dans lesquels le mot « chanson » figure (« chanson d'automne »[36] ou « chanson d'après-midi »[37]). En outre, leur esthétique poétique fait la part belle à la musicalité et aux sonorités des mots, comme en témoigne la célèbre phrase de Verlaine : « De la musique avant toute chose »[38].

Ces poètes ont été chantés par de nombreux artistes, au premier rang desquels Léo Ferré[39], dont de nombreux chanteurs ultérieurs reprendront les mises en musiques.

Des poèmes de Louis Aragon sont mis en musique par Léo Ferré (album Les Chansons d'Aragon, 1961), Jean Ferrat et Brassens (Il n'y a pas d'amour heureux) qui s'est intéressé aussi aux poèmes de Verlaine, Hugo, Villon (La Ballade des dames du temps jadis), Lamartine (Pensée des morts), Antoine Pol (Les Passantes), Paul Fort (Le Petit Cheval) entre autres.

La tradition littéraire offre de nombreux exemples de réécritures poétiques. Jean de La Fontaine est pastiché, parodié par Pierre Perret par exemple[40], ou à l'univers de Thomas Fersen, avec la présence marquée d'un bestiaire merveilleux. La chanson intitulée Les Malheurs du lion[41] paraît être calquée sur Le Lion et le Moucheron[42].

D'autres poètes comme Charles Cros et Jacques Prévert entre-autres ont inspiré les chanteurs de langue française[31].

Diversité stylistique : 1960 à 1990[modifier | modifier le code]

L'avènement des jeunes et du rock dans les années 1960[modifier | modifier le code]

Françoise Hardy à la fin des années 1960.

Jusqu'aux années 1960, le « jazz » est la principale importation de musique anglo-saxonne, une musique qui a été popularisée par ailleurs par certains films de la Nouvelle Vague comme Ascenseur pour l'échafaud de 1958. Les années 1960 marquent l'avènement du rock'n'roll. La chanson française fait face à la première révolution économique de l’industrie du disque. Venu des États-Unis, le rock'n'roll bouscule le monde musical et change les codes de la chanson et de la musique populaire : désormais la partie musicale, l'arrangement orchestral, font jeu égal avec le texte, quand ils ne sont pas tout simplement prédominants.

Tandis que Richard Anthony connait son premier succès avec la chanson Nouvelle vague, à la fin des années 1950, le Golf-Drouot devient le « temple du rock » où les futurs Johnny Hallyday et Eddy Mitchell sont parmi les premiers à s'y produire[43]. L'un sort ses premiers disques et défraie la chronique dès 1960 ; l'autre, chanteur du premier groupe de rock'n'roll en France Les Chaussettes noires s'impose aux disques début 1961 et à la scène quelques semaines plus tard avec le Premier festival international de rock, avec Johnny Hallyday en vedette. Cet événement a un grand retentissement et lance véritablement le rock en France.

Le groupe Les Chats Sauvages avec Dick Rivers au chant, fait ses débuts en mai 1961. Cette même année, le Golf Drouot devient une discothèque, où, dès le début de 1962, Henri Leproux y invite des jeunes musiciens et chanteurs amateurs à se produire sur scène et récompense les plus méritants. L'endroit devient un moyen de découverte et de promotion de nouveaux talents...

Une nouvelle génération de jeunes artistes, bientôt appelé yéyé (le twist et autre Mashed potatoes aidant), apparait, ils ont pour noms : Sylvie Vartan, Sheila, Françoise Hardy, France Gall, Claude François, Salvatore Adamo, Hervé Vilard, Frank Alamo, Vince Taylor, Pétula Clark... De nombreux groupes apparaissent également, parmi eux Les Vautours, Les Lionceaux, Les Parisiennes, El Toro et les Cyclones (avec Jacques Dutronc à la guitare)...

Cette nouvelle génération de vedettes met à mal le « music-hall de papa » et nombre de chanteurs des décennies précédentes n'y résistent pas. La Variété Française elle-même en est à jamais bouleversée[44]. Guitares électriques et batterie prennent l'ascendant sur l'accordéon et si, entre un slow et un madison, on chante toujours l'amour, (sujet universel et intemporel), la chanson sentimentale s'orchestre elle aussi selon l'influence anglo-saxonne, dans le sillage de la musique beat.

Édith Piaf décède en 1963 et devient à jamais la « grande dame » de la chanson française[45].

En 1965, Christophe sort une de ses premières chansons, Aline qui devient instantanément un tube. En 1966, Pascal Danel sort le titre La Plage aux Romantiques, qui connaît le succès en France en se classant en tête des hit-parades[46] et Kilimandjaro, qui devient numéro un dans le monde[46].

En 1966, apparaît Antoine avec la chanson Les Élucubrations d'Antoine. « La jeune chanson » se veut aussi adulte et engagée et le rock, le folk, la pop ne sont plus seulement des rythmes appelant à la danse ou au flirt, mais véhiculent aussi des messages à l'aube de mai 1968. Et dans un style très différent, Collette Magny chante en 1963 le blues de deux enfants d'ouvriers dans Melocoton. La même année, Jacques Dutronc commence une carrière de chanteur et s'impose avec Et moi, et moi, tandis que Michel Polnareff connait des débuts retentissant avec La Poupée qui fait non et que Nino Ferrer s'impose avec Mirza. 1966 « sonne le glas » de la période Yéyé et musicalement, les influences s'orientent d'avantage vers la pop britannique.

Durant cette décennie, si les « anciens » furent bousculés et que beaucoup furent relégués à une retraite anticipée, il en fut tout autrement pour les principaux tenants de la génération précédente. Charles Trenet est toujours le « fou chantant », Yves Montand se recycle acteur, mais pour autant, n'en a pas fini avec la chanson, le charme de Tino Rossi opère encore et Chevalier porte toujours le canotier, Jean Ferrat est au sommet, Léo Ferré met en musique Verlaine et Rimbaud et/ou chante Ni Dieu ni maître, Georges Brassens, autre libertaire, chante ses copains et s'acoquine avec des missives comme La fessée ou Le temps ne fait rien à l'affaire. Et si Jacques Brel quitte définitivement la scène en 1967, Charles Aznavour comme Juliette Gréco exportent avec succès la chanson française à travers le monde.

Les années 1960 voient aussi l'avènement de Barbara, Claude Nougaro, Henri Salvador, Dalida, Guy Béart. Sacha Distel, Mireille Mathieu, Enrico Macias ou encore Joe Dassin se font une place dans le paysage de la chanson, tandis que Michel Berger, Serge Lama et Michel Sardou peinent à atteindre le succès. En cette fin de décennie, Michel Polnareff s'impose et Julien Clerc se fait un nom avec la comédie musicale Hair[47]. Anne Vanderlove, avec ses chansons calmes et mélancoliques, peut être considérée comme un pendant de la vague de chansons folkloriques anglo-saxonnes de Joan Baez. Serge Gainsbourg est un musicien polyvalent et provocateur. Le titre Je t'aime… moi non plus, enregistré en 1967 avec Brigitte Bardot en version originale et réédité deux ans plus tard avec Jane Birkin fait scandale et malgré les critiques et les boycotts devient un succès international à la fin des années 1960[48].

Mireille Mathieu au début des années 1970.

Les années 1970, entre variété française, renouveau du rock français et vague disco[modifier | modifier le code]

Dalida à la fin des années 1960.

Dans les années 1960 et 1970, les frontières entre la chanson et la musique pop deviennent de plus en plus floues. Cette évolution est favorisée par le Concours Eurovision de la chanson qui a été influencé par les titres de langue française jusque dans les années 1970. France Gall, lauréate en 1965 avec la chanson Poupée de cire, poupée de son écrite par Serge Gainsbourg, a cherché, comme d'autres artistes, à construire un pont vers le marché pop anglo-saxon ainsi que celui de l'Allemagne voisine. D'autres artistes comme Salvatore Adamo ou Mireille Mathieu ont également mené des carrières en France et à l'étranger. Un cas particulier est celui de la chanteuse Britannique Petula Clark, d'abord devenue célèbre en France, et qui a ensuite connu le succès sur le marché pop anglophone et international.

À l'aube des années 1970, nombres d'artistes ayant débuté durant la décennie précédente, voient leurs succès confirmés[49]. Dalida, Joe Dassin, Michel Delpech, Claude François, Mireille Mathieu, Johnny Hallyday, Sheila ou Sylvie Vartan, d'autres comme Serge Lama et Michel Sardou voient leurs carrières décollées et deviennent des artistes de premiers plans. Les années 1970 sont aussi celles de la maturité et de la reconnaissance pour des artistes tels que Michel Berger, Joël Daydé, France Gall, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier, Véronique Sanson, Gérard Lenorman ou encore Michel Jonasz[49]. Elles marquent les débuts de Renaud, Alain Souchon, Alain Bashung, Francis Cabrel et Francis Lalanne tandis que Jacques Higelin, Hubert-Félix Thiéfaine, ou encore le groupe Téléphone renouvellent le rock français. C'est également la décennie des duos comme Stone et Charden, Dalida et Alain Delon, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday ou encore Sheila et Ringo. C'est également la décennie de la chanson de variété avec Daniel Guichard, Julien Clerc, Michel Delpech, Herbert Léonard, Yves Simon, Mike Brant, Alain Chamfort, Frédéric François, C. Jérôme, Patrick Juvet ou encore François Valery[49].

L' auteur-compositeur-interprète Francis Cabrel, commence son activité en 1974, il a sorti depuis plusieurs albums qui relèvent principalement du folk, avec des incursions occasionnelles dans le blues ou la country. Plusieurs de ses chansons, telles que Petite Marie (1977), Je l'aime à mourir (1979), L'Encre de tes yeux (1980) et La Corrida '1994), sont depuis devenues des classiques de la musique française[50].

Christophe connaît d'autres grands succès en 1973 et 1974 avec Les Paradis perdus et Les Mots bleus, salués par la critique, tout comme son album pop rock Le Beau Bizarre en 1978[51] .

En 1974, Laurent Voulzy rencontre Alain Souchon. De leur collaboration naît en 1974 J'ai dix ans, écrit et interprété par Alain Souchon puis en 1976 les albums Bidon , Jamais content, et enfin Rockollection, tube de l'été 1977, toujours sur un texte d'Alain Souchon, qui révèle Voulzy au grand public[51].

À la suite de mai 68, les années 1970 voient l'émergence de chanteurs comme François Béranger, Morice Benin, ou Colette Magny, qui défendent une certaine chanson « engagée  ».

La deuxième moitié des années 1970 voit l'arrivée du disco[52]. Dès 1975, des chanteuses comme Dalida et Sheila font partie des premières à chanter sur du disco en France avec les titres J'attendrai[53] et C'est le cœur[54]. D'autres artistes profitent de cet appel d'air pour leur carrière comme Claude François, Sylvie Vartan ou encore le groupe Ottawan. Des succès comme Laissez-moi danser par Dalida, D.I.S.C.O par Ottawan ou encore Alexandrie Alexandra par Claude François dépassent les frontières françaises. D'autres chansons anglaises, interprétées par des chanteurs et chanteuses françaises comme Singin' in the Rain par Sheila[55] ou encore Born to Be Alive par Patrick Hernandez[56], connaissent le succès.

La scène de la chanson des années 1970 et 1980 est progressivement dominée par les styles de musique internationaux. À la fin des années 1970, certains chanteurs à succès comme Sheila, par exemple, se sont tournés vers la musique disco anglaise. Claude François, s'est laissé séduire par des reprises de titres pop bien connus. D'autres artistes de cette période, comme Nicoletta (Mamy Blue), Daniel Balavoine et Michèle Torr, ont également orienté leurs productions vers le marché pop international. À l'inverse, Bernard Lavilliers, influencé par les événements de mai 1968 a combiné la tradition de la chanson critique avec des influences musicales des Caraïbes, d'Amérique latine et des éléments de rock, tandis que Renaud perpétue la tradition de la chanson « socialement critique ».

En 1979, Michel Berger sur un livret de Luc Plamondon crée Starmania, un opéra rock cyberpunk présenté le au Palais des Congrès de Paris, l'œuvre est devenue, au fil des productions et des enregistrements, l'un des spectacles les plus joués et les airs, parmi les plus célèbres du répertoire francophone[57].

Le tournant des années 1980[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Goldman au Zénith de Paris en mai 2002

Dans cette période, avec l'autorisation d'émission des radios libres au début des années 1980, la chanson française est mise à mal. En effet ces dernières, comme NRJ, ont beaucoup de succès mais diffusent en grande partie les hit-parades anglo-saxons des États-Unis et du Royaume-Uni ce qui limite l'audience des chansons françaises sur ces stations[58],[59]. En 1987, la France est en deuil lorsqu'elle apprend que Dalida s'est suicidée dans sa maison à Paris[60].

La France voit l'apogée de plusieurs artistes francophones, solistes ou groupes aux influences musicales très marquées par la pop anglaise comme Daniel Balavoine, Mylène Farmer, Étienne Daho, Indochine ou Jeanne Mas. En 1986, Desireless avec Voyage, Voyage parvient à entrer dans le marché anglo-saxon[61].

À partir du début des années 1980, Alain Bashung égérie du rock français se fait remarquer avec Gaby oh Gaby (1980) et Vertige de l'amour (1981) ainsi que le groupe Noir Désir qui puise ses influences dans le punk rock et le mouvement post-punk[62].

Jean-Jacques Goldman, après avoir joué dans divers groupes entame une carrière solo qui lui permet de s'imposer comme l'un des chanteurs les plus populaires de sa génération, avec des titres comme Il suffira d'un signe (1981), Quand la musique est bonne (1982), Je te donne (1985) ou Là-bas (1987). De 1990 à 1995, il fait partie du trio Fredericks Goldman Jones avec le Franco-Gallois Michael Jones et l'Américaine Carole Fredericks, avant de reprendre une carrière solo, interrompue en 2003. Au total, il a vendu plus de 30 millions de disques[63] en son nom propre.

En raison de sa diversité stylistique, la musique pop en France s'impose progressivement comme pop française. Ce n'est qu'au début des années 1980 qu'elle a pu renouer des contacts internationaux. Alors que des groupes comme Téléphone jouent du punk et de la new wave, des duos comme Chagrin d'amour et Les Rita Mitsouko (Marcia Baila) s'adressent à un public plus large. Il en va de même pour Lio en 1979 avec Le Banana split et Amoureux solitaires (1980), Plastic Bertrand, qui connaît un succès ponctuel en 1980 avec Ça plane pour moi, ainsi que vers la fin de la décennie les groupes Niagara et Les Innocents. Le style de chanson s'élargit avec l'apparition d' interprètes comme Cheb Khaled et Sapho, influencés par le raï algérien et la musique arabe. La musique de groupes comme Les Négresses Vertes et Mano Negra est orientée vers le folklore français et international. D'autres interprètes, comme la chanteuse Patricia Kaas, orientés vers la chanson classique, l'ont modernisée avec des éléments de jazz, de blues et de swing[Information douteuse]. La création d'une scène hip-hop française a joue un rôle dans le développement de la musique francophone. Deuxième au monde après les États-Unis[précision nécessaire], elle produit des artistes comme MC Solaar, Kool Shen et Joeystarr [64].

Depuis 1990[modifier | modifier le code]

Années 1990[modifier | modifier le code]

Mylène Farmer en concert en 2013.

Les années 1990 sont caractérisés par l'apparition de la « nouvelle scène française » Dominique A, Mano Solo ou Miossec revendiquent des influences anglo-saxonnes comme le Velvet Underground. Des univers musicaux particuliers émergent (Juliette, Dominique A)[65].

Le à Rome, Amina représente « la France métissée » au 36e Concours Eurovision de la chanson avec la chanson C'est le dernier qui a parlé qui a raison à « consonances arabes et sénégalaises ». Elle atteint la première place ex-æquo avec la représentante de la Suède, Carola, chacune obtenant 146 points. Cependant cette dernière est déclarée gagnante, ayant obtenu le plus souvent le nombre de points maximum[66].

La loi du impose aux radios privées de diffuser, depuis le , aux heures d'écoute significatives, 40 % de chansons d'expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions, pour la part de leur programme composée de musique de variété[67]. Ainsi, des radios comme RTL ou NRJ qui diffusaient des chansons majoritairement anglophones ont l'obligation depuis cette année de diffuser un minimum de 40 % de chansons en langue française[68]. Cette mesure exclut également les artistes français qui chantent en anglais[69]. Depuis le début des années 1990, une nouvelle scène de la chanson (Nouvelle Chanson ou Nouvelle Scène de Française) se développe sans que le marché international ne s'en aperçoive[70]. Contrairement aux générations précédentes, les centres de la nouvelle chanson se trouvent surtout en périphérie. Sur le plan stylistique, la nouvelle chanson se caractérise d'une part par une grande variété de styles, et d'autre part par le recours aux caractéristiques et aux éléments stylistiques de la chanson classique.

Christophe au Festival des Vieilles Charrues (2014)

En 1998, sort la comédie musicale Notre-Dame de Paris, Le parolier en est Luc Plamondon et le compositeur, Richard Cocciante. La première est jouée le à Paris au Palais des congrès. Elle s'inspire du roman de Victor Hugo[71].

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le siècle débute avec une série de comédies musicales dont Les Dix Commandements est écrite par Lionel Florence, mise en scène par Élie Chouraqui et composée par Pascal Obispo, dont la première représentation a eu lieu au Palais des sports de Paris, en , suivies de Les Mille et Une Vies d'Ali Baba et Roméo et Juliette[72]. Benjamin Biolay est généralement considéré comme le pionnier de la nouvelle scène. Parmi les autres interprètes importants, figurent entre-autres Dominique A, Thomas Fersen, Philippe Katerine, Émilie Simon, Coralie Clément, Sébastien Tellier, Mickey 3D, Calogero et Zaz. La popularité de la nouvelle chanson est renforcée par la musique composée par Yann Tiersen pour le film Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. La nouvelle scène de la chanson française s'est également fait connaître grâce au succès du groupe de reprises Nouvelle Vague et à Serge Gainsbourg[Quoi ?]. En plus des influences de la lounge-pop et d'autres styles électroniques, la nouvelle chanson est également influencée par des pop stars francophones comme la Canadienne Céline Dion[73],[74],[75],.

En , sort un album de reprises intitulé Génération Goldman, à l'initiative du label My Major Company. Vendu à plus 700 000 exemplaires en France[76].

Les chanteurs de l'ancienne génération restent actifs en parallèle à ceux nouvelle scène avec des tournées musicales « rétro » d'artistes de variétés ayant réalisé des tubes dans les années 1960 comme Âge tendre, la tournée des idoles et dans les années 1980 (Stars 80 et RFM Party 80) ainsi que la publications de rééditions[77].

Les chanteurs Jacques Dutronc, Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, en marge de leurs carrières respectives, forment le trio Les Vieilles Canailles qui se produit une première fois sur la scène de Bercy, où ils donnent six représentations, du 5 au . En juin et juillet 2017, le trio se reforme le temps d'une tournée en France, Belgique et Suisse.

Johnny Hallyday meurt le à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), un important hommage populaire lui est donné quelques jours plus tard lors de ses obsèques à l'église de la Madeleine. En , le 19 octobre, sort post mortem son 51e et dernier album studio Mon pays c'est l'amour[78].

Le chanteur Christophe sort son ultime album original le , Les Vestiges du chaos, qui reçoit un bon accueil critique[79].Son ultime tournée s'interrompt le au centre culturel Robert-Desnos de Ris-Orangis[80]. Il meurt le à Brest[81].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  15. Les Contredits de Franc Gontier.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]