Cham (peuple)

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Le peuple cham prononcé "tchame" ( cham : Urang Campa | ꨂꨣꩃ ꨌꩌꨚ, khmer : ជនជាតិចាម, vietnamien : người Chăm ou người Chàm) , est un groupe ethnique présent essentiellement au Cambodge, au Viêt Nam et en Chine sur l'île de Hainan, où ils sont appelés Utsul ou Hainan Cham. Il parle le cham, mais également le tsat en Chine : des langues malayo-polynésiennes de branches chamiques proches du jaraï, du rhade et de l' aceh, toutes cinq faisant partie de la famille des austronésiens.

Les Cham ont jadis créé un état, le royaume de Champā situé entre les IIe et XVIIe siècles dans l'actuel Centre du Vietnam.

Austronésiens originaires de Sumatra, le peuple cham a migré en Asie du Sud-Est continentale habité par les austroasiatiques khmers et môns via Bornéo.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que les Chams étaient arrivés par la terre, chassés de la Chine par les Han (206 av. J.-C. et 220)[1]. Récemment, les chercheurs ont établi que les Chams provenaient initialement d’une région de l’ancien Bengale, aujourd’hui au Bihar, en Inde, dont la capitale était Champâpuri, d’où ils ont migré par la mer à la fin du Néolithique vers la Malaisie et l’Indonésie (Sumatra et Bornéo), pour finalement s’établir dans le centre du Viêt Nam moderne[2].

Les Chams originels sont donc les héritiers probables de navigateurs austronésiens de l’Asie du Sud, ayant comme principales activités le commerce, le transport et peut-être aussi la piraterie. Sans avoir formé de thalassocratie laissant des traces dans les sources écrites, ils ont investi les ports au départ d’importantes routes d’échanges reliant l’Inde, la Chine et les îles indonésiennes, puis, au IIe siècle, ils ont fondé dans la région de l’Annam le royaume de Champā, qui sera progressivement absorbé par le Viêt Nam.

C’est un peuple initialement brahmaniste et hindouiste de rites shivaïste et vishnouïste, dont la moitié s’est convertie à l’islam sous l’influence des marchands malais, javanais et hui chinois présents en Asie du Sud-Est continental, entre la fin du XVIe siècle et le XVIIe siècle.

Cuisine[modifier | modifier le code]

Cari Saraman ការីសារ៉ាម៉ាន់, le curry cham de bœuf ou d'agneau au lait de coco.

La gastronomie cham est diverse, et se distingue notamment par les interdits alimentaires dans deux des religions pratiquées par son peuple. Les hindouistes shivaïstes et vishnouïstes ne mangent pas de bœuf, les musulmans bani ne consomment pas de porc, alors que les bouddhistes cuisinent ces deux viandes.

Le repas typique cham comporte principalement du riz parfumé nature ou frit, servi avec : de différentes soupes-bouillon ; grillades ; vapeurs ; ragoûts ; curry ; salades de viande au fruit ou légume avec herbes aromatiques.

Les desserts ne sont consommés qu'à l'heure du goûter ou lors de différentes fêtes traditionnelles. Les fruits frais étant préférés en fin de repas, comme pour tous les peuples Sud-Est asiatiques.

Génocide de l'ethnie cham[modifier | modifier le code]

Entre 1975 et 1979, selon le Centre de documentation du Cambodge, presque 100 000 chams ont trouvé la mort sous le régime de Pol Pot[3].

Lors du procès de Khieu Samphan et Nuon Chea, un témoin Cham évoque un acte de cannibalisme : « Les Khmers rouges ont demandé à une femme de se déshabiller. Ils l’ont ensuite coupée en morceaux. Il y avait du sang partout. Ils lui ont ensuite retiré le foie et l’ont cuit pour en faire leur repas »[4].

Les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens ont jugé, le 16 novembre 2018, que Nuon Chea, étant « chargé de l’exécution des ordres donnés par Pol Pot », il était donc « responsable, en tant que dirigeant, pour tous les crimes, ce qui inclut les crimes de génocide contre les membres de l’ethnie cham »[5]

Religion[modifier | modifier le code]

L'introduction tardive de l'Islam au sein de la population chame se greffe à un socle originellement shivaïste, vishnouïste et bouddhiste. Ceci explique la distinction aujourd’hui faite au Viêt Nam entre les Chams brahmanistes et les Chams musulmans dits bani (« fils du prophète »). Ces derniers ne représentent qu’un tiers de la population chame. Autre conséquence, les Chams bani sont considérés par les musulmans du Moyen-Orient comme des marginaux, en ce sens qu’ils pratiquent un islam dénué de toutes les obligations relatives à la voie majoritaire de l’islam, et hybride de surcroît par son fort penchant hindouiste et bouddhiste. Du fait de leur pratique religieuse, les Chams du Cambodge ont été surnommés Khmers islam[6] sous le règne de Norodom Sihanouk. La minorité malaise du Cambodge est également désignée sous les noms de Khmers islam et de Chams, qui tend à englober l'ensemble des Cambodgiens musulmans[7] ; mais cette dénomination a été abandonné depuis. Les personnes d'origine malaise, plus précisément appelés "Chvea", ne parlent plus la langue malaise mais le khmer[8].

Drapeau du FLC – Front de Libération du Champa, actif pendant la guerre du Viet-Nam

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Cabaton, Nouvelles recherches sur les Chams, vol. 2, Angers — Imprimerie Orientale A. Burdin et Cie, Rue Garnier, 4., E. Leroux, coll. « Publications de l'École française d'Extrême-Orient », (présentation en ligne), p. 215
  • Étienne Aymonier, Les Tchames et leurs religions, Angers — Imprimerie Orientale A. Burdin et Cie, Rue Garnier, 4., E. Leroux, (présentation en ligne), p. 111
  • Agnès De Féo, Parlons cham du Vietnam, Paris, L'Harmattan, 2015.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://media.artabsolument.com/pdf/article/14505.pdf.
  2. V. Higham, Early Mainland Southeast Asia, River Books Co. Ltd., Bangkok 2014.
  3. Cambodge : le génocide oublié des musulmans 8 septembre 2015
  4. Accusations de cannibalisme au procès des Khmers rouges Le Monde, 5 mars 2016
  5. « Cambodge : le génocide khmer rouge reconnu pour la première fois par le tribunal international », sur lemonde.fr, (consulté le 16 novembre 2018)
  6. Toan Thach, Histoire des Khmers ou L'odyssée du peuple cambodgien, Paris, Éditions L'Harmattan, coll. « Recherches asiatiques », , 154 p. (ISBN 978-2-296-07365-4, notice BnF no FRBNF41445765, présentation en ligne, lire en ligne), p. 13.
  7. Jean Delvert, Le paysan cambodgien, L'Harmattan, , p. 22-23.
  8. (en) Anthony Milner, The Malays, Wiley-Blackwell, p. 178.

Voir également[modifier | modifier le code]

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