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Chacal

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Chacal
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
l'appellation « Chacal » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après
Un chacal à chabraque (Canis mesomelas) parmi des otaries à fourrure à Cape Cross (Namibie).

Taxons concernés

Chacal est le nom vernaculaire désignant en français plusieurs espèces de mammifères carnivores de ou moyenne taille de la famille des Canidés.

Les chacals se caractérisent comme étant des canidés sémantiquement hybrides, ayant l’apparence du loup mais étant d’une taille comparable à celle du renard. On les trouve en Afrique et dans les parties les plus méridionales de l’Eurasie. Ce sont des omnivores opportunistes, prédateurs de proies de petite ou moyenne taille et de bons charognards. Leurs longues pattes et leurs canines recourbées sont adaptées à la chasse des petits mammifères, des oiseaux et des reptiles, et leurs grands pieds ainsi que leurs os des pattes soudés leur confèrent une morphologie adaptée à la course de fond, capable de maintenir une vitesse de 16 km/h sur de longues périodes. Les chacals sont des animaux crépusculaires, surtout actifs à l’aube et au crépuscule.

Leur unité sociale la plus courante est le couple monogame, qui défend vigoureusement son territoire contre les autres couples en pourchassant les intrus et en marquant les points de repère de ce territoire avec leur urine et leurs excréments. Le territoire peut être suffisamment vaste pour abriter de jeunes adultes, qui restent avec leurs parents jusqu’à l’établissement de leur propre territoire. Les chacals peuvent parfois se rassembler en petites meutes, par exemple pour se disputer une carcasse, mais ils chassent généralement seuls ou par couple.

Si son usage était relativement répandu par le passé pour désigner de nombreuses espèces de canidés, son usage moderne se restraint le plus souvent à trois espèces principales : Le Chacal doré ou Chacal commun (Canis aureus) dans le genre Canis, mais surtout les deux espèces du genre Lupulella que sont le chacal à chabraque (Lupulella mesomelas) et le chacal à flancs rayés (Lupulella adusta), proches l’un de l’autre et présents en Afrique centrale et en Afrique australe, ainsi que le chacal doré. Cette terminologie n’est pas factuelle sur le plan zoologique, les différentes espèces désignées sous ce nom ne formant pas un clade monophylétique. Récemment, à la suite d’un remaniement taxinomique les chacals africains du genre Canis, alors associé à une sous-espèce du chacal doré ou bien à une espèce distincte, furent rebaptisées sous le nom de « loup doré africain » (Canis lupaster).

Dénominations et étymologie

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Le terme chacal dériverait du sanskrit शृगाल (sṛgālá) qui signifie « le hurleur » via le persan شغال (šaḡāl) et le turc çakal. Toutes les langues européennes ont leur nom vernaculaire formé à partir de cette même racine, même si le terme latin est thos, terme qui est lui, probablement originaire du carthaginois[1].

Considérations taxinomiques

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Espèces actuelles

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Les ressemblances entre les chacals et les coyotes conduisirent Lorenz Oken, dans le troisième volume de son Lehrbuch der Naturgeschichte (1815), à placer ces espèces dans un nouveau genre distinct, Thos, du grec ancien θώς (« chacal »). Sa théorie eut cependant peu d’impact immédiat sur la taxonomie. Ángel Cabrera, dans sa monographie de 1932 sur les mammifères du Maroc, se demanda si la présence d’un cingulum sur les molaires supérieures des chacals, et son absence correspondante dans le reste du genre Canis, justifiait une subdivision de ce dernier. En pratique, Cabrera choisit de maintenir le genre indivis et continua de désigner les chacals sous le nom de Canis plutôt que Thos[5].

La théorie du Thos d’Oken fut reprise en 1914 par Edmund Heller, qui soutint l’existence d’un genre distinct. Les noms et désignations qu’il attribua aux différentes espèces et sous-espèces de chacals subsistent encore dans la taxonomie actuelle, bien que le genre ait été ramené de Thos à Canis[5].

Les canidés lupoïdes forment un groupe de grands carnivores génétiquement proches. Ils possèdent tous 78 chromosomes. Ce groupe comprend les genres Canis, Cuon et Lycaon[6]. La dernière espèce répertoriées dernier étant le loup doré africain (C. lupaster), longtemps considéré comme une branche africaine du chacal doré [7]. Comme ils possèdent 78 chromosomes, tous les membres du genre Canis sont caryologiquement indiscernables entre eux, ainsi que du dhole et du lycaon [8],[9]. Les deux chacals africains apparaissent comme les membres les plus basaux de ce clade, ce qui indique une origine africaine [10]. Canis arnensis arriva en Europe méditerranéenne il y a 1,9 million d’années et est probablement l’ancêtre des chacals modernes[11].

La nature paraphylétique du genre Canis vis-à-vis de Lycaon et de Cuon a conduit certains auteurs à proposer que les deux chacals africains soient placés dans des genres distincts : Schaeffia pour le chacal à flancs rayés et Lupulella pour le chacal à chabraque[12], ou bien Lupulella pour les deux[13],[14].

Espèces anciennement considérées comme des chacals

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Cladogramme

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Ce cladogramme rassemble toutes les espèces qui sont désignés sous le nom de chacal, ainsi que celle qui l’on été par le passé : Tout les canidés considérés comme étant des « chacals sont dans la tribu des Canini.

Canina








Chien domestique (Canis lupus familiaris)



Loup gris (Canis lupus)




Chacal aboyeur (aujourd’hui Coyote) (Canis latrans)




Chacal du Sénégal (aujourd’hui Loup doré africain) (Canis lupaster)




Chacal doré (Canis aureus)




Chacal du Simien (aujourd’hui Loup d’Abyssinie) (Canis simensis)




Dhole (Cuon alpinus)




Lycaon (Lycaon pictus)





Chacal à flancs rayés (Lupulella adusta)



Chacal à chabraque (Lupulella mesomelas)




Cerdocyonina


Chien des buissons (Speothos venaticus)




Loup à crinière (Chrysocyon brachyurus)



Loup des Malouines (Dusicyon australis)







Lycalopex

Renard chenu (Lycalopex vetulus)




Renard du désert austral (Lycalopex sechurae)





Renard de Darwin (Lycalopex fulvipes)



Lycalopex gymnocercus





Chacal de Magellan (aujourd’hui Renard de Magellan ou Culpeo) (Lycalopex culpaeus)



Lycalopex griseus







Chacal crabier (aujourd’hui Renard crabier) (Cerdocyon thous)





Renard à petites oreilles (Atelocynus microtis)




Biologie, comportement et écologie

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Les caractéristiques générales des chacals sont celles des Canidés et du genre Canis, avec des différences pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations, notamment sur leur constitution physique ou leur mode de vie respectif.

Les chacals occupent une niche écologique semblable à celle du coyote en Amérique du Nord.

Répartition géographique en 2007. Le chacal doré a colonisé depuis une large partie de l'Europe

Vie sociale et territoire

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Comme les loups en liberté[N 1], les chacals vivent en famille comprenant un couple socialement monogame et ses petits. Chaque famille contrôle, marque et surveille un territoire.

Chasse et alimentation

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De nature opportuniste, ils se nourrissent principalement de charognes et de fruits et chassent de petites proies : petits mammifères, insectes, grenouilles, lézards et oiseaux. Également, comme les loups, les chacals chassent soit seuls (le mâle surtout lorsque la mère allaite), soit en couple, parfois avec de jeunes adultes lorsque le territoire est suffisant pour qu'ils restent plus longtemps.

Communication

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Plusieurs caractéristiques sont communes à la majorité des espèces, comme la communication orale, qui est très importante chez tous les chacals.

Toutefois la gamme des cris est un peu différente selon les espèces.
Les chacals à chabraque et dorés ont un registre plus étendu et sont bien plus bavards. Pour se reconnaître, les chacals à chabraque glapissent (cependant parfois hurlent), tandis que les chacals dorés hurlent (cependant parfois glapissent). Ces derniers émettent une sorte de reniflement à l'approche d’un danger. Les deux espèces poussent de longs hurlements perçants tout en courant, entrecoupés d’aboiements très courts, qui servent à rassembler la meute avant la chasse.

Le chacal rayé est plus silencieux. D’une voix basse, il émet des glapissements ou des aboiements. Le cri du chacal de Simien est aigu et répété.

Aspects culturels

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Le chacal joue dans les fables le même rôle que le renard dans les fables européennes et le coyote dans les fables américaines. Il symbolise l'astuce ou l'intelligence dans les cultures populaires, notamment celles des sorciers, voire le mythe transculturel du fripon.

Ils sont mentionnés environ 14 fois dans la Bible. Le chacal est fréquemment utilisé comme figure littéraire pour illustrer la désolation, la solitude et l’abandon, en référence à son habitude de vivre dans les ruines de villes anciennes ou dans d’autres zones abandonnées par les humains. Il est appelé « chien sauvage » dans plusieurs traductions de la Bible. Dans la King James Version, Ésaïe 13:21 fait référence à des « créatures lugubres », que certains commentateurs identifient soit aux chacals, soit aux hyènes[15].

Dans les histoires indiennes du Panchatantra, le chacal est décrit comme rusé et sage[16]. Dans la tradition tantrique bengalie, il représente la déesse Kali. On dit qu’elle apparaît sous forme de chacals lorsque de la viande lui est offerte.

Les récits mentionnant cet animal dans les textes sanskrits venus d’Inde se sont propagés en Chine et au Japon par l’intermédiaire de la figure du Yakan, donnant naissance aux différences représentations autour de la figure de l’Esprit-renard.

Dans la Communication non violente (CNV), le chacal est utilisé pour représenter notre voix intérieure jugeante. Il symbolise nos pensées et histoires intérieures sur les autres et sur nous-mêmes. Marshall Rosenberg, le père de la CNV, explique qu’il a imaginé la métaphore du chacal lors d’un voyage en Europe, lorsqu’une participante à son atelier se plaignait de son mari et qu’il lui demanda : « En es-tu toujours à gérer ce vieux chacal ? ». Depuis, il utilise régulièrement le chacal pour présenter le pendant de la girafe non violente en CNV[17].

Notes et références

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  1. …et, contrairement au mythe des meutes de loups et des mâles dominants, issu à la fois de légendes populaires et d'études en captivité.

[pas clair]

Références

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  1. Informations lexicographiques et étymologiques de « Chacal » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Macdonald, David, The Velvet Claw, BBC Books, , 256 (ISBN 978-0-563-20844-0)
  3. Richard Estes, The behavior guide to African mammals: including hoofed mammals, carnivores, primates, University of California Press, (ISBN 978-0-520-08085-0)
  4. « Side-Striped Jackal » [archive du ], Canids.org (consulté le )
  5. a et b « None » [archive du ]
  6. Wayne, R., « Molecular evolution of the dog family », Trends in Genetics, vol. 9, no 6,‎ , p. 218–224 (PMID 8337763, DOI 10.1016/0168-9525(93)90122-X)
  7. Koepfli, K.-P., Pollinger, J., Godinho, R., Robinson, J., Lea, A., Hendricks, S., Schweizer, R. M., Thalmann, O., Silva, P., Fan, Z., Yurchenko, A. A., Dobrynin, P., Makunin, A., Cahill, J. A., Shapiro, B., Álvares, F., Brito, J. C., Geffen, E., Leonard, J. A., Helgen, K. M., Johnson, W. E., O’Brien, S. J., Van Valkenburgh, B. et Wayne, R. K., « Genome-wide Evidence Reveals that African and Eurasian Golden Jackals Are Distinct Species », Current Biology, vol. 25, no 16,‎ , p. 2158–2165 (PMID 26234211, DOI 10.1016/j.cub.2015.06.060)
  8. Wayne, Robert K., Leonard, Jennifer A. et Vila, Carles, Documenting Domestication: New Genetic and Archaeological Paradigms, Melinda A. Zeder, , 279–295 p. (ISBN 978-0-520-24638-6), « Chapter 19: Genetic Analysis of Dog Domestication »
  9. Wurster-Hill, D. H. et Centerwall, W. R., « The interrelationships of chromosome banding patterns in canids, mustelids, hyena, and felids », Cytogenetics and Cell Genetics, vol. 34, nos 1–2,‎ , p. 178–192 (PMID 7151489, DOI 10.1159/000131806)
  10. Lindblad-Toh, K., Wade, C. M., Mikkelsen, T. S., Karlsson, E. K. et Jaffe, D. B., « Genome sequence, comparative analysis and haplotype structure of the domestic dog », Nature, vol. 438, no 7069,‎ , p. 803–819 (PMID 16341006, DOI 10.1038/nature04338)
  11. (en) Saverio Bartolini Lucenti et Lorenzo Rook, « A review on the Late Villafranchian medium-sized canid Canis arnensis based on the evidence from Poggio Rosso (Tuscany, Italy) », Quaternary Science Reviews, vol. 151,‎ , p. 58–71 (ISSN 0277-3791, DOI 10.1016/j.quascirev.2016.09.005, Bibcode 2016QSRv..151...58B, lire en ligne Accès payant)
  12. Zrzavy, J. et Ricankova, V., « Phylogeny of recent Canidae (Mammalia, Carnivora): relative reliability and the utility of morphological and molecular datasets », Zool. Scr., vol. 33, no 4,‎ , p. 311–333 (DOI 10.1111/j.0300-3256.2004.00152.x, S2CID 84733263)
  13. Francisco J. Privosti, « Phylogeny of the large extinct South American Canids (Mammalia, Carnivora, Canidae) using a total evidence approach », Cladistics, vol. 26, no 5,‎ , p. 456–481 (PMID 34875763, DOI 10.1111/j.1096-0031.2009.00298.x Accès libre, S2CID 86650539)
  14. Viranta, S., Atickem, A., Werdelin, L., & Stenseth, N. C. (2017). Rediscovering a forgotten canid species. BMC Zoology, 2(1), 6.
  15. « Jackal », sur classic.net.bible.org (consulté le )
  16. Roshen Dalal, Hinduism: An Alphabetical Guide, Penguin UK, , 189 p. (ISBN 9788184752779)
  17. « Origin Story (Of Jackal/Giraffe) »,

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Articles connexes

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Liens externes

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