Château du Saussay

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Château du Saussay
image illustrative de l’article Château du Saussay
Période ou style Régence
Type Château
Architecte ?
Début construction 1620
Fin construction ?
Propriétaire initial Olivier Le Daim
Destination initiale Habitation
Propriétaire actuel famille Bourbon Busset
Destination actuelle Habitation
Protection  Inscrit MH (1951)
Coordonnées 48° 31′ 06″ nord, 2° 22′ 26″ est
Pays Drapeau de la France France
Région historique Hurepoix
Région Île-de-France
Département Essonne
Commune Ballancourt-sur-Essonne

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château du Saussay

Le château du Saussay est un château français situé dans la commune française de Ballancourt-sur-Essonne, dans l'ancienne province du Hurepoix, aujourd'hui département de l'Essonne et la région Île-de-France, à trente-sept kilomètres au sud de Paris.

Situation[modifier | modifier le code]

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Localisation du château du Saussay dans l'Essonne.
Château du Saussay
Voir l’image vierge
Localisation du château du Saussay dans l'Essonne.

Sis sur le territoire d'une ancienne commanderie templière et bâti sur les ruines d'un château féodal du XVe siècle, le Saussay constitue un rare ensemble de deux pavillons jumeaux du XVIIIe siècle se faisant face à l’entrée d’un parc romantique parcouru par les eaux. À l’intérieur les pièces de réceptions évoquent les vies des personnages illustres qui l’habitèrent.

Histoire[modifier | modifier le code]

État du Château du Saussay du XVIe siècle aux années 1710

De quelques propriétaires avant la dernière vente, en 1573[modifier | modifier le code]

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Le Château du Saussay tel qu'il était de 1725 aux années 1780
Le Saussay tel qu'il était de 1789 aux années 1850

La plus ancienne mention, notariée, du "manoir du Sauçay" est son acte de vente par Philippe Cocheriau du Sauçay à Dame Isabeau de Tremblay en 1368.

Un siècle plus tard, la châtellenie du Sauçay est donnée par Louis XI à Olivier Le Daim, barbier, conseiller, agent, diplomate et -- d'aucuns prétendent -- éminence grise de cette machiavélique Majesté.

Par la grâce du souverain et l'effet de sa propre habileté, Olivier Le Daim Comte de Meulan (Yvelines), puis Vicomte de Corbeil (Essonne), s'est taillé d'importants fiefs dans le sud francilien, au Saussay en 1474, puis à Choisy (Soisy-sur-Seine) et Vayres (Boutigny)[1], opportunément situés sur la route de Paris à Tours, capitale de son maître Louis XI.

Opulent et puissant, Le Daim -- né De Necker en Flandres, appelé d'abord "le Mauvais", "le Malin" ou encore "le Diable" en France avant qu'une lettre royale l’anoblisse et le nomme officiellement Le Daim en 1474[2] {{incise[fut le symbole à éliminer des noires intrigues de Louis XI|stop}}. À la mort de son maître, Le Daim sombre dans la disgrâce de Charles VIII.

Accusé d'une sombre affaire de trafic d'influence, comprenant le viol d'une vierge et l'assassinat de son fiancé, il est arrêté et condamné à être pendu au gibet de Montfaucon en 1484, pour une multitude de motifs abominables.

Sa postérité, trouble comme sa personnalité, a servi la littérature. La figure raspoutinienne d'Olivier Le Daim apparaît notamment dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo[3] et dans Quentin Durward de Walter Scott[4] qui en fait un responsable essentiel de l'assassinat du prince-évêque de Liège, Louis de Bourbon, ancêtre des Bourbon Busset, les actuels propriétaires du Saussay.

Après l'exécution du "Diable" qui possédait les lieux, le Saussay est confisqué. Jean de Selve (1475-1529), seigneur d'Huison devient seigneur du Saussay dans les années 1490. Selve, grand diplomate de François 1er, avait également repris les domaines de Vayres et de Choisy qui appartenaient à Olivier Le Daim et possédait le domaine de Villiers à Cerny et de Bellesbat à côté de Vayres. En 1497, Jean Lhuillier, conseiller, Procureur général au Parlement de Paris et issu d'une noble famille illustrée par la robe et l'épée, rachète le domaine à Selve en 1497. Les affaires de Selve se situent désormais à l'ouest de Paris, nommé président du Parlement de Rouen en 1499. En 1528, Côme Lhuillier, seigneur du Saussay et de Saint Gratien, Général des Monnaies et Echevin en est propriétaire du Saussay.

En 1573, son héritier Aignan Lhuillier vend le domaine à René de Gaumont (?-1578), marchand joallier. Dès lors, le Saussay s'est transmis par voie familiale, de génération en génération jusqu'à présent, les héritages féminins l'ayant fait passer des Gaumont aux Bragelongne (XVIIIe siècle) puis aux Canclaux (fin XVIIIe siècle), aux Colbert-Chabanais (début XIXe siècle) et aux Bourbon Busset (début XXe).

XVIIe siècle, le rétablissement d'un domaine malmené par les troubles civils[modifier | modifier le code]

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Vingt ans après l'achat du domaine par René de Gaumont, en 1593, les guerres de religion ravagent la France et le château est incendié par une troupe de 500 Espagnols détachés de l'armée d'Alexandre Farnese, condotiere aux ordres de Philippe II d'Espagne qui, après avoir pris et mis à sac Corbeil pour briser le siège de Paris par le roi Henri IV en 1590, est revenu affronter le Français autour de la capitale[5].

La paix rétablie, le château est rapidement rebâti par Laurent de Gaumont (?-1619), fils de René et trésorier général de France. En 1622, Jean (?-1626), son frère et héritier, fait entourer le Saussay de douves, privilège accordé en 1595 par lettre patente du Roi Henri IV. A l'entrée, défendue par une forte tour en grès massif, le pont levis est doublé d'une passerelle facile à manœuvrer en cas d'urgence et qui ne laisse passer qu'un seul homme de front.

Ces prudentes défenses servirent la sécurité des Saussayens comme celle des paroissiens de Ballancourt qui trouvaient refuge au château quand étaient annoncées les bandes armées qui « couraient la campagne » pendant les troubles de la guerre de Trente ans (1635-1648 en France) puis de la Fronde (1648-1653). En 1649, une troupe de 800 cavaliers participant au siège de Paris vient ainsi camper à proximité du Saussay et dévalise l'hôtel de la Commanderie voisine.

À la fin des années 1760, le lointain héritier de Jean de Gaumont, Jean-Baptiste Claude de Bragelongne ( JBCB, qui a laissé un précieux journal arrêté en 1768, riche en descriptions et comptes sur son domaine[6]) s'amuse de la présence de petits canons rouillés et de "gros fusils appelés biscayens[7]" (JBCB) dans la tour d'entrée. Et note moins joyeusement que l'on exhume encore de son vivant des squelettes d'hommes en armes tués plus d'un siècle avant dans les champs et les bois autour du château.

Au XVIIe siècle, le Saussay conserve la forme qu'il devait avoir au temps d'Olivier Le Daim, celle d'une petite forteresse de plaine à plan carré et à tours d'angle, le logis des maîtres, au sud-est, faisant face à la ferme, au nord-ouest. C'est peut-être sous André de Gaumont (1617-1684), fils de Jean et avocat au Parlement, qu'un jardin au goût moderne, "à la française", est réalisé par Denis Pilet (mort avant 1726), paysagiste alors réputé "qui a su tirer parti du terrain bizarre de ce jardin et lui donner en apparence plus d'étendue qu'il n'en a", remarque Bragelongne.

XVIIIe siècle, la Renaissance du Saussay[modifier | modifier le code]

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Jean-Baptiste de Gaumont, de la retouche aux grands travaux : l'engrenage du bâtisseur[modifier | modifier le code]

Réaménagement du logis[modifier | modifier le code]

Sous la fin du règne absolu, et plus paisible en Île de France, de Louis XIV, l'histoire du château est marquée par la figure de Jean-Baptiste de Gaumont (1663-1750), parlementaire, protégé de la princesse de Conti et, sous la Régence, intendant des finances. Maître du domaine en 1684, sa fortune florissante et le bon goût de son épouse lui firent réaménager totalement les lieux entre 1709 et 1725.

Dans un premier temps, le logis du maître est profondément restauré mais l'ensemble garde son allure fortifiée, comme le montre une vue du "Saussay tel qu'il était jusqu'en 1735" (injustement légendée si l'on en croit JBCB qui situe l'achèvement de la seconde aile en 1724-1725) : "son premier dessein n'avait été que d'ajuster et non de bâtir" (JBCB).

Qui entraîne une réfection totale[modifier | modifier le code]

Quelques années plus tard, Mme de Gaumont fait entendre à son mari que l’asymétrie résulté de cet aménagement "ne signifiait rien et ne rimait à rien, s'il ne consentait pas à faire un bâtiment parallèle à celui qu'il avait ajusté ; il se laissa plutôt entraîner que persuader", commente son petit-neveu et héritier Bragelongne avec une pointe d'ironie. Le couple fait appel à l'élève de Mansart et architecte royal Jean Aubert (musée Rodin, écuries de Chantilly...).

Celui-ci "qui ne laissa pas entrevoir [à M. de Gaumont] toute la dépense à laquelle ses projets entraineraient" (JBCB) fait alors totalement abattre la ferme qui fait face au logis des maîtres et élève à la place un bâtiment aux proportions identiques. Aubert harmonise les deux ailes en les ornant d'encadrements de fenêtres en grès gris au rez-de-chaussée et en brique à l'étage, de chaînes en briques et de frontons dressés sur pilastres de grès où les armes de Gaumont au sud-est répondent aux monogrammes de Jean de Gaumont et de son épouse, Marie au nord-ouest.

Ainsi bâties, les deux ailes ont la forme caractéristique des pavillons "en lanterne" (la nuit, leurs nombreuses fenêtres éclairées sur toutes les faces leur donnent apparence de lanternes), dont le plus célèbre exemple, le Pavillon de la Lanterne du château de Versailles, présente une architecture et une façade quasi identiques à celles des ailes du château du Saussay. Aujourd'hui seule l'aile nord-ouest conserve de telles proportions. Les communs, qui flanquent au nord la tour d'entrée, sont aussi harmonisés par le percement de croisées encadrées de briques.

L'oeuvre d'un dignitaire de la Régence[modifier | modifier le code]

C'est donc sous la Régence que le Saussay prend l'essentiel de la forme que nous lui connaissons aujourd'hui.

En 1746, Jean-Baptiste de Gaumont fait don "entre vifs" du Saussay à son petit-neveu, Jean-Baptiste Claude de Bragelongne (1719-1775), conseiller au Parlement de Paris, l'auteur du Journal. Il achève l’œuvre de son légateur en terminant d'aménager -- parfois en réaménageant -- les intérieurs.

Canclaux, marquis général révolutionnaire, fait entrer la Nature et les Lumières au Saussay[modifier | modifier le code]

À sa mort, son neveu Jean-Baptiste Camille de Canclaux (1740-1817), brillant militaire, reçoit le Saussay en héritage. Avant 1789, Canclaux fait abattre la tour d'entrée en grès, ouvrant la vue et l'accueil du château. Puis il fait élever autour d'un portail à son monogramme deux élégants pavillons au style unique de l'architecte royal Claude-Nicolas Ledoux. Celui-ci achève à la même période la barrière d'octroi de Paris et les pavillons d'entrée du Saussay semblent répondre à ceux de la porte d'Enfer, à Paris, qu'il fallait franchir pour se rendre au Saussay.

Pragmatique esprit des Lumières, comme en témoignent sa bibliothèque et son parcours aristocratique, républicain, impérial et enfin royal, Canclaux cède à la mode anglaise et transforme les parterres et broderies du parc en jardin paysagé, jusque dans la cour du château plantée d'une pelouse, d'arbres et de bosquets.

Voulant agrandir le parc, son beau-père Jean-Baptiste de Bragelongne regrettait de n'avoir pu arracher que quelques arpents de mauvaises terres à prix d'or à la Commanderie voisine[8], qui dépendait alors de Malte (JBCB déclare vivre en bon voisinage avec le commandeur, mais laisse transpirer l'agacement que lui cause cette proximité).

Les confiscations révolutionnaires donnent au général républicain Canclaux, pacificateur de l'Ouest royaliste, l'occasion de la revanche. En 1793, il rachète le bien devenu national, démolit dix ans plus tard maison de maître, ferme, greniers, pigeonnier et une partie de la chapelle et agrandit enfin significativement le parc.

Du XIXe siècle à nos jours, un patrimoine vivant d'Histoire, de nature et d'arts[modifier | modifier le code]

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Le prince foudroyé et le patricien chenu[modifier | modifier le code]

Le 30 décembre 1803, Madeleine, fille unique de Canclaux, épouse Auguste Colbert, brillant officier de cavalerie qui est fait, deux ans après son mariage, à 28 ans, général de brigade par l'Empereur. Le Saussay passe alors dans la famille des Colbert-Chabanais, issue d'un cousin du grand Colbert et dernière branche subsistante aujourd'hui de la dynastie. Au XIXe siècle, le château est doté d'une magnifique bibliothèque.

Plus tard, le général marquis Pierre de Colbert (1834-1905) double dans sa largeur l'aile sud-est, qui est resté le logis du châtelain, et y adjoint un pavillon. Il dépose les armes à supports de lions des Gaumont qui avaient été placés au fronton de ce bâtiment et y fait sceller, portées par des licornes, la couleuvre des Colbert jumelée à la croix des Berkheim, famille de Françoise, son épouse depuis 1877.

Des lys dans la vallée[modifier | modifier le code]

En 1911, le château passe par sa fille Guillemette à la famille des Bourbon Busset.

Le parc est alors redessiné par le grand paysagiste Achille Duchêne qui sut y conjuguer le charme des parcs à l'anglaise et l'harmonie classique des jardins à la française. Comme le plan des châteaux successifs s'est modelé sur le plan initial en forteresse pérennisé par la permanence des quatre tours d'angle et les délimitions des douves, le parc à l'anglaise et celui de Duchêne ont respecté les grandes structures pensées, très finement souligne JBCB, lors de la réalisation du parc à la française à la fin du XVIIe siècle.

Les trois grandes perspectives (O , O.S-O , S.S-O), ouvertes par des "sauts-de-loup" ont été maintenues. Le système des bassins d'agrément communiquant qui drainent le jardin n'a connu que des modifications mineures (comblement d'un grand bassin ovale parallèle au second miroir, à l'est de celui-ci et connexion des douves -- dont une section est comblée -- avec le premier miroir début XIXe siècle ; création d'un bassin rond et d'une cascade entre les deux miroirs par Duchêne).

L'Esprit de la forêt[modifier | modifier le code]

L'académicien Jacques de Bourbon Busset vécut dans ce château où habitent aujourd'hui ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Le 19 janvier 1951, le château est partiellement inscrit au titre des monuments historiques[9].

Tournages : de nombreux[réf. nécessaire] films et téléfilms ont été tournés dans ce lieu, notamment : Une vie[réf. nécessaire], un téléfilm français d’Élisabeth Rappeneau d'après le roman de Guy de Maupassant diffusé sur FR3 en 2004.

Architecture[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Avant le sac de 1593[modifier | modifier le code]

Nous ne savons pas quelle pouvait être l'apparence du Saussay avant l’incendie de 1593. La plus ancienne vue du château existante (en photo) est un état du Saussay tel qu'il était de sa restauration dans les premières années du XVIIe siècle au début de sa réfection moderne, dans les années 1720.

Qualifié de "manoir" dans l'acte de vente de 1368, le Saussay devait avoir à l'époque des dimensions plus modestes que celles du château actuel. Centre d'une châtellenie au temps d'Olivier Le Daim (châtelain du Saussay en 1474), le Saussay s'est probablement fortifié dans les feux de la Guerre de Cent ans (1337-1453).

Relevé et renforcé (circa 1610)[modifier | modifier le code]

Lorsqu'au début des années 1600, Laurent de Gaumont reconstruit l'édifice incendié; il doit sans doute s'appuyer sur les structures saines qui subsistent pour remonter les murs du châteaux et l'on peut émettre l'hypothèse que le château avait, à l'arrivée de la soldatesque espagnole, la forme que lui a rendu Laurent de Gaumont et que nous voyons sur sa plus ancienne représentation connue (reproduite ici) : un pentagone à quatre tours d'angle carrées avec une tour d'entrée centrale orientée au nord-est.

Sur la vue citée, le côté opposé à l'entrée est ouvert. L'hypothèse est crédible que tous les côtés du château étaient fermés quand une de ses fonctions essentielles était défensive. Le creusement des douves, en 1622, renforce efficacement et utilement (cf. supra) ses défenses et le côté donnant aujourd'hui sur le parc doit être maintenu clôt.

Vers le château d'agrément, dans la lumière du Roi Soleil (circa 1690)[modifier | modifier le code]

C'est sans doute dans les dernières décennies du règne de Louis XIV, quand l'Île de France ne connaît plus la menace des bandes armées, qu'a été abattu le côté fermant la vue sur le beau jardin à la française que l'on créait alors.

Comme l'indique la vue citée, qui a peut-être immortalisé l'état du château avant que ne soient lancés les réaménagements importants des années 1717-1725, des défenses sont néanmoins maintenues côté parc, avec un pont levis gardé par un châtelet à meurtrières érigé dans la cour du château.

XVIIIe siècle, les métamorphoses[modifier | modifier le code]

Années 1710, l'ajustement de M. de Gaumont[modifier | modifier le code]

L'« ajustement » (selon les termes de JCBB[Qui ?])[réf. nécessaire] architectural auquel procède J.B. de Gaumont dans les années 1710 modifie peu l'apparence fortifiée du château. Le logis du châtelain, qui occupe les deux-tiers du côté sud-est, est refait. La composition générale de sa façade est la même qu'aujourd'hui : six fenêtres autour d'une porte centrale au rez-de-chaussée, sept fenêtres au premier étage et deux fenêtres à chaque étage dans la largeur donnant sur les douves.

Des petits jardins sont ménagés des deux côtés du bâtiment rénové. Un second pavillon est peut-être élevé à côté de la tour sud. Le Saussay est alors tel qu'on le voit sur la vue citée ci-dessus et mal légendée "jusqu'en 1735".

Années 1720, les grandes œuvres de Jean Aubert[modifier | modifier le code]

Car, si l'on en croit JBCB, l'architecte royal Jean Aubert engage au Saussay ses ambitieux travaux en 1717-1718 pour les achever en 1724-1725. Le châtelet de la cour est rasé. Le logis seigneurial est détaché de la tour est, actuel pigeonnier.

En face, la ferme qui ne faisait qu'un haut étage est entièrement abattue et un bâtiment identique au grand logis refait dans les années 1710 est élevé. Les deux façades sur cours sont ornées d'encadrements de fenêtres en grès au rez-de-chaussée et en brique à l'étage. Tous les autres encadrements de fenêtres du château sont alors en brique. Au XIXe siècle, certaines au rez-de-chaussée seront couvertes de stucs imitant la pierre.

L'ensemble des toits sont d'ardoises au lieu des tuiles qui les coiffaient avant, à l'exception du pigeonnier. En bon élève de Mansart, Aubert fait ouvrir dans les toits des deux ailes une fenêtre de chaque côté des frontons.

De plus petites mansardes, également en "chien assis", seront ouverte de chaque côté des premières à la fin du XIXe siècle. Pour achever l'harmonisation de l'ensemble, les façades sur cour des communs qui flanquent l'entrée sont percés sur un seul étage de croisées identiques à encadrement en briques.

JCBB situe l'achèvement de la seconde aile en 1725 mais les travaux sur les communs et autres chantiers, notamment celui de la ferme reconstruit à l'extérieur du château, ont pu durer quelques années de plus. A leur achèvement, le Saussay est tel qu'on le voit sur le tableau reproduit sur cette page et intitulé "Le Saussay tel qu'il était jusqu'en 1789".

Révolution à l'anglaise (1780-1810)[modifier | modifier le code]

À l'orée de la Révolution, le Saussay connaît en effet la dernière transformation décisive de son apparence. Dans ses grandes œuvres, M. de Gaumont avait voulu faire abattre la tour qui défendait l'entrée du château, devenue inutile et qui arrêtait la vue de ce côté du château. Mais, après plusieurs heures passées par les ouvriers à émousser vainement leurs outils sur l'édifice en grès massif, il se représenta le coût supplémentaire d'une telle entreprise et y renonça.

Deux générations plus tard, le maréchal de camp Jean-Baptiste de Canclaux (la république le fera général) s'attaque à nouveau à la fortification et cette fois l'emporte. Sur les douves, toujours en eaux devant le château, le pont levis est remplacé par un pont en pierre précédé d'une plateforme pavée en demi-lune.

Un plan d'époque réalisé avec précision suggère que rien ne vient remplacer dans un premier temps le pavillon d'entrée. Le coût de la destruction, qui avait rebuté M. de Gaumont, peut expliquer les réticences de Canclaux à poursuivre le chantier après avoir jeté bas la tour. Les façades des communs donnant sur l'entrée doivent être harmonisées, une grille avec portail fermant l'accès. L'entrée largement dégagée ouvre alors en grand sur le château et son parc à l'anglaise qui déborde jusque dans la cour centrale.

De la cour, la colline boisée du Mont semble se dresser sur l'autre rive de la douve, alors toujours en eaux devant l'entrée. La section sud-est des douves est asséchée et comblée, les flots sont déviés vers le premier miroir d'eau qui orne le parc, dans le prolongement de la façade sud-est.

Les pavillons Ledoux ou les mystères de l'octroi du Sauçoy (1788-1789)[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1780, Canclaux décide de refermer en partie ces panoramas en érigeant deux pavillons de chaque côté du pont d'entrée. De forme parfaitement carrés, coiffés de toits pyramidaux brisés en leurs sommets par un fût carré surmonté d'un pyramidion, présentant des frontons sur la cour et des portes de style colossal à ornements doriques, les deux pavillons présentent toutes les caractéristiques des bâtiments de l'architecte royal Claude-Nicolas Ledoux, notamment des doubles pavillons des entrées de la magnifique barrière d'octroi dont il achève, à la même période, la construction autour de Paris.

Se pourrait-il que le maître ait été lui-même le dessinateur des deux loges du Saussay ? La preuve en fait défaut, mais Ledoux n'hésitait pas à envoyer des plans à exécuter partout en Europe et il connaissait bien la région, pour être venu travailler à des projets pour le nouveau château que Mme du Barry voulait se faire édifier à Saint-Vrain, à moins de 10 kilomètres du Saussay.

En outre, lorsque Canclaux engage les travaux, en 1788-1789, Ledoux est tombé en disgrâce, les factures ayant excédé très au-delà du raisonnable les prévisions et les temps sont durs. Désœuvré, Ledoux avait alors tout le loisir de satisfaire la petite commande d'un aristocrate à la trajectoire ascendante. Enfin, l'on ne connaît pas de réalisations d'élèves ou même de plagiaires qui ait repris si strictement les codes du maître, ce qui aurait été encore plus étonnant à moins de cinquante kilomètres de sa grande œuvre, quand il était au sommet de son art.

Cependant la modestie de la réalisation ne plaide pas pour l'hypothèse Ledoux, ainsi que le peu d'homogénéité du bâti, masqué par un recours massif au stuc (qui imite parfois des chaînages d'angles existant ailleurs...), quand les ouvrages de Ledoux se caractérisent par la rigueur de la construction, et l'homogénéité et la pérennité des matériaux employés.

Canclaux a pu commander un "à la manière de" mais le plagiat aurait été peu digne de ses prédécesseurs qui avaient fait appel à l'élite des jardiniers et au meilleur des architectes. Il a pu se contenter de commander un plan au maître et les faire exécuter par un architecte plus modeste. Des recherches restent à faire.

Un tableau (reproduit ici), datable de l'Empire, au plus tôt du Directoire par les tenues des personnages, montre le Saussay tel qu'il était après les derniers travaux de Canclaux. Le portail actuel, aux deux "C" croisés de Canclaux y figure. Canclaux achève d'harmoniser l'entrée de son château en faisant orner les pavillons latéraux de la ferme qui s'élève devant le château de motifs à l'antique selon Ledoux semblables à ceux des deux loges d'entrée.

Fin du XIXe siècle, derniers ajustements[modifier | modifier le code]

Dans les années 1870, Pierre de Colbert effectue des remaniements aux résultats beaucoup plus discrets que leur ampleur pouvait présager. L'aile des châtelains est doublé dans sa largeur et un important pavillon lui est adjoint côté communs.

Ceux-ci sont partiellement transformés, une aile continue d'abriter le pigeonnier, la cuisine, le fournil, des logements de domestiques et la conciergerie (dans la loge d'entrée), l'autre est davantage modifiée avec la création d'une orangerie chauffée (dans l'autre loge), d'une sellerie et de vastes écuries. Est-ce alors que la section des douves courant devant l'entrée du château est asséchée et partiellement comblée ?[style à revoir]

Techniques et matériaux[modifier | modifier le code]

Construire local[modifier | modifier le code]

Les matériaux utilisés sont ceux qui abondent dans la région, calcaire et meulière pour la chaux et les moellons, sables pour les mortiers et les enduits, argile pour les briques et les tuiles, bois pour les charpentes, les planchers et les lambris.

Le Saussay étant situé au bord de la plattière gréseuse qui s'étend sous la forêt de Fontainebleau, des chaos du grès gris qui structure, en blocs soigneusement taillés, les bâtiments du Saussay affleurent partout dans les environs et les carriers ballancourtois ont envoyé des charrettes de pavés gris vers les rues de Paris. Derniers édifices du hameau avant d'arriver à l'allée du château, les longs bâtiments d'une ancienne tuilerie existent toujours et jusqu'au milieu du XXe siècle, un four à chaux continuait de fonctionner à 200 mètres du château. Sur un flanc du Mont qui surplombe le Saussay, une ancienne carrière a pu servir aux constructeurs du château.

JBCB remarque que les bois pour construire l'aile qui supplante la ferme en 1725 ont été pris sur le Mont et que, travaillés trop verts, ils ont fait bouger le bâtiment jusqu'à leur séchage complet. Il ne faut pas négliger le remploi des matériaux issus des destructions opérées dans le château (ferme, pan de l'aile sud-est, tour d'entrée) et dans son voisinage (Commanderie Saint-Blaise). Coquetterie introduite au XVIIIe siècle par l'architecte Aubert, seule l'ardoise semble avoir été apportée de loin.

Constructions en chaînages[modifier | modifier le code]

Les bâtiments Les tours Nord et Est à chaque extrémité de la façade d'entrée, anciennes, laissent apparaître sous le crépis un appareil en grès massif, relativement bien ajusté comme l'était la tour d'entrée qui se dressait au milieu, selon le témignage de JBCB. Ce mode de constructions évoque davantage les ruines voisines de la chapelle de la Commanderie que le reste du bâti saussayen, bien que les murs de Saint-Blaise présentent des différences notables et soient bien plus anciens. Ces deux tours ont vus leurs murs percés de fenêtres, puis bouchés, puis réouverts au fil des siècles, ce qui en a altéré l'homogénéité. La façade d'entrée montre d'ailleurs de nombreux encadrements de fenêtres en briques bouchés à côté de nouvelles aux encadrements similaires.

La tour Ouest de la chapelle, bien crépie, présente peut-être le même type de bâti en moellons de grès bien ajusté, ainsi que la tour Sud bien que celle-ci ait été fortement remaniée par Jean de Gaumont qui y a ouvert de nombreuses fenêtres. L'absence de chainages d'angle sur ces deux tours appuie cette hypothèse. Les angles de la chapelle sont tenus par des contreforts ajoutés au XIXe siècle, ceux de la tour Sud sont décorés de stucs imitant un chaînage d'angle, autre ajoutXIXe siècle.

Les autres bâtiments, en longueur, sont construits sur des fondations en gros blocs de grès taillés et ajustés, et élevés selon la technique du chaînage : en blocs de grès taillés pour les chaînes d'angle et les pilastres des façades, en briques pour les chaînes horizontales. Cette technique de construction est -- avec plus de rusticité et moins de briques -- la plus répandue parmi les bâtiments anciens que l'on trouve encore à Ballancourt, fermes et maisons de bourg.

Sur les deux façades principales donnant sur la cour, les encadrements des croisées sont, en grès au rez-de-chaussée, en briques à l'étage et sur les toits. Partout ailleurs elles sont en brique sauf autour des fenêtres des pavillons Ledoux dont les encadrements, comme l'ensemble des ornements de ces deux pavillons, sont en stuc. Entre les chaînages et les cadres de fenêtres, les murs sont élevés en opus incertum de moellons de calcaire, de meulière et de grès liés par un mortier à la chaux. Ces murs sont ensuite recouverts d'une couche d'enduit lissé, lui-même crépi en deux couches d'un mélange à la coquille d’œuf.

Restaurations modernes[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la plupart des briques des encadrements de fenêtres, usées, sont remplacées sur les façades sur cour et sur parc des deux ailes par des briques cuites selon des procédés modernes, beaucoup plus résistantes bien que n'ayant pas l’uniformité, la finesse et le beau vermillon du matériau remplacé.

Dans le même temps les frises en briques anciennes qui courent sous le toit et encadrent les frontons sont plâtrés et badigeonnés de la couleur coquille d’œuf du crépis, mais le rouge de la frise qui sépare le rez-de-chaussée du premier étage est conservé. Sur les flancs des deux ailes et de la tour Sud qui donnent sur le parc, au rez-de-chaussée, les encadrements des fenêtres, en briques, sont couverts de stucs imitant des pierres de taille, la tour Sud reçoit des chainages d'angle de même nature.

Ces opérations ont été réalisées lors des travaux engagés par Pierre de Colbert-Chabanais après son mariage en 1877. Les bâtisseurs doivent alors certainement avoir recours à de nouveaux matériaux, acier, ciment, et de nouvelles techniques pour élever les pans de bâtiments ajoutés. Côté jardin, la façade de l'aile sud-est est alors décorée de faux chaînages et encadrements de fenêtres en stuc imitant des pierres de taille.

Une partie des façade reste aujourd'hui couverte par un crépi ancien et abimé ("patiné", préfèrent les propriétaires!) quand les bâtiments modifiés à la fin du XIXe siècle (communs, nouveau pavillon de l'aile sud-est, façade côté jardin de cette aile) ont reçu un crépi plus récent. A une date postérieure, des rattrapages de pans de crépi dégradés ont été pratiqués au moyen d'un mauvais mélange au gravier tandis que les jointures des encadrements de fenêtres en grès étaient malencontreusement soulignées par des arrêtes en ciment.

Dans les années 1950, la belle ferme à l'extérieur du château a été partiellement détruite par un incendie et rebâtie à l'époque sans grand souci de conservation historique.

L'ensemble des toitures en ardoises a été restauré à la fin du XXe siècle. Au XIXe siècle, la quasi totalité des boiseries, lambris et murs nus avaient été peints en camaïeux de gris, comme c'en était alors la mode. Dans les années 1980, le gris, bien fatigué, dominait encore largement, surtout dans les pièces de réception. Aujourd'hui, seul un petit salon témoigne de cette antique grisaille. Le camaïeu de gris a néanmoins été repris dans le grand escalier lors de sa restauration.

Propriétaires du Saussay[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Patrice Boudet, « Faveur, pouvoirs et solidarités sous le règne de Louis XI : Olivier Le Daim et son entourage », Journal des savants, vol. 4, no 1,‎ , p. 219–257 (ISSN 0021-8103, DOI 10.3406/jds.1986.1498, lire en ligne)
  2. Philippe de Commynes, Godefroy et Académie des sciences, belles-lettres et arts, Les Mémoires de messire Philippe de Comines, seigneur d'Argenton, contenants l'Histoire des Roys Louys XI et Charles VIIII, depuis l'an 1464 iusques en 1498, F. Foppens, (lire en ligne)
  3. « Notre-Dame de Paris - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 9 juin 2018)
  4. « Quentin Durward/Texte entier - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 9 juin 2018)
  5. Capitaine de Terrier-Santans, Campagnes de Alexandre Farnèse, duc de Parme et de Plaisance - Aumale, Cailly, Caudebec (1591-1592), Collection XIX, (ISBN 9782346124831, lire en ligne)
  6. Bragelongne, Jean-Baptiste Claude de, 1719-1775, et Société de l'histoire de France,, Livre journal de Jean-Baptiste Claude de Bragelongne (1719-1775) (ISBN 9782354071424 et 2354071426, OCLC 952968591, lire en ligne)
  7. Mousquet de gros calibre à longue portée
  8. « Les commanderies de l'Ordre de Malte », sur www.templiers.net (consulté le 9 juin 2018)
  9. « Château du Grand-Saussay », notice no PA00087811, base Mérimée, ministère français de la Culture

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Cusset (textes et photographies) et Joël Jacquet (photographies), L'Essonne des châteaux, (OCLC 463863774)